CHAPITRE IV
LA GOUTTE DANS LES ARTICULATIONS
La multiplicité des dénominations et des épithètes données à la I goutte par les anciens auteurs est bien plutôt faite pour obscurcir que pour faciliter la description de cette maladie. Suivant l’état de l’organisme ou l’évolution de la goutte, on admettait les variétés suivabtes :
Artbritis fortiorum, debiliorum ou nervosa, atonica, organica I ou nodosa, vaga, retenta, retrogressa.
Suivant le siège et la localisation des symptômes on décrivait :
I l’arthritis universalis, cephalagra, dentagra, rachiagra, omagra, cheragra, ischias, gonagra, podagra.
I Cullen, rejetant le mot artbritis, se sert, avec Boerhaave, du mot podagra pour désigner la goutte; il admet quatre divisions :
I la goutte régulière, la goutte atonique, la goutte rétrocédée et la j goutte mal placée^.
Scudamore ne distingue que trois variétés : la goutte aiguë, la goutte chronique et la goutte rétrocédée.
Hamilton simplifie encore en ne reconnaissant plus que deux grandes divisions : la goutte aiguë et la goutte chronique.
C’est tomber d’un excès dans l’autre; cette simplification est J applicable à la goutte articulaire, mais elle laisse hors cadre toutes ! les manifestations viscérales.
Gairdner ne reconnaît non plus qu’une goutte régulière et une il goutte atonique.
Braun décrit une goutte régulière, une goutte clironique et une
I I. Cullen, Éléments de médecine pratique, trad. fr. de Bosquillun, 1765,
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goutte atoniqiie, celle-ci répondant à la goutte inétastati(|ue ou interne des anciens.
Garrod ramène tous les phenomenes que la goutte peut présenter aux deux cliel's suivants : l" Goutte régulière, aiguë ou chronique, portant sur les articulations; 2“ goutte irrégulière, se manifestant soit par des troubles fonctionnels graves d’un organe quelconque, soit par le développement d’inflammation dans des parties ou des tissus autres que ceux qui concourent à former les articulations.
Cette division est, d’une manière générale, celle qu’adopte Charcot : goutte régulière articulaire et goutte viscérale. Celle-ci se divise en goutte fonctionnelle, larvée, si elle précède l’attaque articulaire, remontée, si elle succède aux accidents du côté des jointures; et goutte anatomique avec lésions permanentes.
MM. Jaccoud et Labadie-Uagrave dans leur article du Dictionnaire de médecine pratique donneaües divisions suivantes ; goutte normale, aiguë ou chronique, quand les manifestations sont limitées aux jointures ; goutte anormale, si la maladie présentedes accidents viscéraux par fluxion métastatique ou compensatrice; goutte compliquée, quand aux symptômes articulaires s’ajoute quelque affection viscérale; ils donnent comme exemple de cette dernière variété la goutte avec lithiase rénale ou avec endocardite athéromateuse.
Enfin Ebstein, rejetant toutes ces dénominations, ne distingue que deux variétés ; la goutte articulaire et la goutte rénale, pouvant l’une et l’autre se compliquer d’affections diverses.
Le principe de la division d’Ebstein nous paraît bon, en ce sens que l’auteur se Rase essentiellement sur une donnée anatomique. Pour nous, en effet, la classification anatomique nous paraît la plus rationnelle. Admettant que les lésions de la goutte reconnaissent pour cause première l’irritation produite par un excès d’urate de soude dans le sang, soit que cet urate se dépose dans les jointures, dans les reins ou les autres tissus, soit qu’il se borne à les altérer à son contact, nous devons nous borner à classer les manifestations de la maladie selon les localisations diverses du principe morbide. Nous décrirons donc une goutte articulaire et une goutte viscérale. Peut-être serait-il plus juste d’admettre une goutte externe et une-goutte interne, les dépôts d’urate qui caractérisent la goutte articulaire se faisant non se«lement dans les articulations, mais dans le tissu cellulaire sous-cutané et même dans le derme. Mais
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il y aurait dans cette division comme une idée d’opposition entre les manifestations articulaires et viscérales de la goutte, opposition qui nous ramènerait aux hypothèses anciennes de la rétrocession et de la métastase. Or, ces hypothèses peuvent être soulevées à propos de la marche ou de l’évolution des accidents goutteux, mais elles ne sauraient servir de hase à une description. Il en est de même des termes de goutte larvée, goutte remontée, qui correspondent k des faits vrais, mais d’une interprétation discutable.
' Quant au mot de goutte compliquée, nous le réserverons pour les i cas où à la goutte vient s’ajouter une maladie de nature did'érente,
^ comme le rhumatisme articulaire, la tuberculose, le diabète, etc. iLa migraine, la colique néphrétique, la stéatose du cœur ne • sauraient être regardées comme des complications, ce sont pour ■ nous des manifestations directes de la goutte.