‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 66 sur 226 · I. GOUTTE ARTICULAIRE AIGUE · texte numérisé non relu

I. GOUTTE ARTICULAIRE AIGUE

C’est là la manifestation principale de la maladie, un de ses ; accidents les plus fréquents, celui qui, pour beaucoup d’auteurs, est lia condition sme qua non de la goutte, manifestation importante, ulominante, nous le reconnaissons, mais non pas nécessaire. L’at- Itaque de goutte articulaire n’est qu’un épisode dans le tableau 'Symptomatique de 1 affection, ou, si l’on veut, elle est la signature (Ile l’affection; mais la signature mise au bas du tableau n’est pas I nécessaire à un œil exercé pour reconnaître la main qui a peint ce 'tableau. Il faut bien reconnaître cependant que cet épisode est pathognomonique; car, les caractères de l’accès de goutte articulaire ne se rencontrent dans Aucune autre maladie. Si, en présence des diverses autres manifestations que nous aurons à décrire, on peut rester hé.sitant, soupçonnant seulement la nature .,multeuse des symptômes, l’apparition d’un accès aigu enlève tous •es doutes.

La description de cet accès a été tracée par Sydenham de main de maître et on ne peut mieux faire que de la reproduire textuellement. « Le malade, dit l’illustre médecin anglais, se met au lit et s endort tranquillement; mais vers deux heures du matin, il est •éveillé par une douleur qui d’ordinaire occupe le gros orteil, parois aussi le talon, le mollet ou le cou-de-pied. Cette douleur res-

LECORCHÉ, Goutte. ,, ,

m TRAITÉ THÉORIQUE ET l'RATlQÜE DE LA GOUTTE.

semble à celle que produit la dislocation d’un os, avec la sensation d’une eau chaude répandue sur les membranes tle la partie affectée ; bientôt api’ès, il survient un frisson, un tremblement et une fièvre légère. La douleur qui d’abord est supportable, devient par degrés plus vive., et à mesure qu’elle augmente, le froid et le tremblement diminuent; cela dure ainsi tout le jour, jusqu’à ce que vers le soir la douleur parvient à son plus haut point, s’accommodant aux différents os du tarse et du métatarse dont elle attaque les ligaments, f Cette douleur ressemble tantôt à une tension violente ou à un déchirement des ligaments, tantôt à la morsure d’un chien, quelquefois à une violente compression; la partie atteinte devient si douloureuse qu'elle ne peut seulement supporter le poids de la couverture, ni qu’on marche un peu fortement dans la chambre. Le malade s’agite continuellement et fait mille efforts pour donner une autre situation tant à tout son corps qu’à la partie affectée. Mais c’est inutilement qu’il cherche à apaiser la douleur; elle ne cesse que vers les deux ou trois heures du malin, vingt-quatre heures après le début de l’accès. Le malade éprouve alors tout à coup un soulagement 1 qu’il attribue à la position où il est parvenu à mettre la partie souffrante. 11 lui prend alors une douce moiteur, et il se laisse aller au sommeil. A son réveil, la douleur est fort diminuée, et il aperçoit la partie malade tuméfiée, au lieu qu’auparavant on n’y voyait qu’un gonflement considérable des veines, comme il est ordinaire dans toutes les attaques de goutte. Le lendemain et même pendant deux ou trois jours, si la matière goutteuse est abondante, la partie malade restera encore douloureuse et la douleur augmentera sur le soir pour diminuer avec le retour du jourL »

Tel est le tableau d’ensemble de l’accès de goutte. Voyons main- ] tenant les signes qui l’annoncent, puis nous étudierons en détail les différents symptômes qui le caractérisent.

(l. Symptômes prémonitoires. — NouS eutendoilS par ceS lllOlS , les perturbations diverses qui précèdent immédiatement l’attaque ■ de goutte, et non les troubles viscéraux qui existent parfois pen- | dant de longues années avant la crise articulaire et qui sont des j manifestations proprement dites de la diathèse goutteuse. Ces * symptômes prémonitoires, ces prodromes ont été niés par certains auteurs (Graves, Sprengel), qui donnent même comme un fait caractéristique de l’attaque de goutte l’absence de tout prodrome.

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