‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 68 sur 226 · TEMPÉRATURE DU SOIR · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE DU SOIR

OBSERVATIONS

5' jour.

Nouvelle poussée au ni-

veau du poignet droit.

il' —

iO' —

Obs. I V. — Gouile acquise. — Troisième attaque. — Marche de la fièvre.

Température locale.

A..., âgé de cinquanlc et un ans, commissionnaire en vinsàRercy, entré le 'P'' juin 1882 à la maison Dubois.

Antécédents. — Ni rhumatisme ni goutte dans la famille de cet homme, aucune maladie ayant quelque rapport avec l’une ou l’autre do ces deux diathèses. Le malade, jusqu’en 1878, a toujoursjoui d’une bonne santé. 11 dit n’avoir jamais été malade.

Cependant ses fonctions digestives n’ont pas été toujours parfaites.

De temps à autre, surtout depuis quelques années, il avait des pesan- t

leurs d’estomac après ses repas ; quelquefois il avait des vertiges sur- i

venant surtout le matin, vertiges qui le forçaient à s’arrêter un instant.

Ce malade a toujours vécu assez largement. Commissionnaire à Bercy, il se nourrissait bien et buvait surtout beaucoup de bon vin. Cependant pendant ces quatre dernières années l’appétit a beaucoup diminué Aucun autre antécédent pathologique; pas d’hémorrhoides, pas de syphilis. Plusieurs blennorhagies pendant la jeunesse.

Le début des accidents remonte à 1878. A cette époque, au mois d’août, cet homme tomba à l’eau; le jour après il avait sa première attaque de goutte. L’articulation tibio-tarsienne du côté gauche fut d’abord prise en même temps que le gros orteil du même côté. La douleur fut très vive, la tuméfaction considérable, les symptômes douloureux étaient violents surtout pendant la nuit. Il se soigna avec un emplâtre composé de séné et de poivre blanc appliqué sur le point malade.

Les douleurs durèrent ainsi pendant douze jours, puis la résolution survint; mais presque aussitôt se produisit une douleur vive avec tuméfaction du poignet gauche; même marche que pour le pied; guérison complète au bout de trois semaines.

La deuxième attaque eut lieu en 81, au mois de mars. Celle-ci fut plus légère, le gros orteil du côté droit fut seul pris ; guérison au bout de huit jours, pas de cause occasionnelle de cette attaque.

C’est entre ces deux attaques que les vertiges furent surtout fréquents.

La troisième attaque est celle qui l’amène à Thôpilal. Sans cause [ occasionnelle cet homme a été pris il y a six jours de douleurs dans le ' pied droit. 11 eut recours â l’emplâtre de séné et poivre blanc.

Etat actuel. — Homme vigoureux, visage rouge, embonpoint assez prononcé. 1

Ce malade se plaint de souffrir du pied gauche depuis quatre jours; j

la douleur a commencé par le gros orteil et s’est étendu au dos du »

pied. Le malade a appliqué encore cette fois l’emplâtre de séné et poivre I blanc, .\ussi arrive-t-il à l’hôpital avec de grosses phlyctènes sur le dos | du pied. La tuméfaction constatée au niveau des parties malades n’a pas grande importance, car il est difficile de faire la part de la maladie et de 1 inflammation provoquée par l’emplâtre. La douleur est vive, s’exaspère pendant la nuit. — On recueille la sérosité des phlyctènes, ou n’y constate pas d’acide urique. Mais celte même sérosité traitée par l’acide chlorhydrique contient des cristaux d’acide urique. Les parties

LA GOUTTE DANS LES ARTICULATIONS. 175

atleiiUes semblent être les articulations méclio-tarsienne et libio-tarsienne.

La température locale, à ce niveau, est de 37°, 6 sur le pied malade et de 36 sur le pied sain.

Température axillaire 38“ le soir (voir ci-dessus). Rien au cœur. — Quelques râles de bronchite; un peu de dyspnée.

Langue sèche; inappétence, soif assez vive. — Constipation. — Très peu d’agitation, sommeil presque nul en raison de la douleur. Urines rouges déposant un sédiment briqueté.

3 juin. — Même état. Articulation gonflée. Phlyctène énorme ; il en sort un liquide gélatineux.

Urines.

Quantité

Dentité

Urée

Acide urique.

lOU

5 juin. — Pied moins gonflé. Douleurs un peu moins vives.

Urines.

Quantité

Densité . . . .

Urée

Acide urique.

6 juin. — Même état. Le malade se plaint de vives démangeaisons au niveau du pied malade.

Urines.

! Quantité

\ Densité,

J Urée

\ Acide urique.

7 juin. — La phlyctène s’affaisse; la rougeur du pied diminue; la douleur est beaucoup moins vive.

État général plus satisfaisant, le sommeil est un peu revenu.

Urines.

8 juin. — Mieux considérable, du

Urines. |

Quantité

Urée

Acide urique.

moins du côté du pied.

Quantité

Densité

Urée

Acide urique.

9 juin. — Nouvelle poussée au niveau de la main gauche. I>e dos de la main est gonflé, rouge. La rougeur assez vive, s’étend depuis les articulations métacarpo-phalangiennes jusqu’au-dessus de l’articulation radio-carpienne ; mouvements du poignet très douloureux, la flexion des doigts esLaussi douloureuse, le malade a beaucoup souffert toulela nuit.

Quantité 1200

\ Densité 1021

Urines, s Urée 21.2

[ Acide urique. Ü.AO

1 1 juin. — Même état, pied guéri. Main gonflée, douloureuse et rouge. Le malade a beaucoup souffert pendant la nuit.

12 juin. — Même état.

/ Quantité.. .. 2000

\ Densité 1015

I Urée 12.8

i Acide urique. 0.25

lA juin. — Douleur de la main a diminué un peu; pied absolument guéri, mais toujours un peu endolori.

Urines.

Quantité 2200

Densité 1012

Urée 12.8

Acide urique. 0.10

16 juin. — Tuméfaction et douleur diminuées.

Urines. -,

Quantité

Acide urique.

On donne au malade 4 grammes de salicylate de soude.

18 juin. — Douleur a bien diminué; mais le gonflement n’a pas encore disparu; appétit revenu.

Urines.

Quantité 1000

Densité 1027

Urée 23

Acide unque. 0.90

20 juin. — L’attaque a complètement cessé; le malade va bien comme

LA GOUTTE DANS LES ARTICULATIONS. 177

il état général, mais il reste un peu d’endolorissement des deux articulations primitivement malades.

Trois grammes de salicylate de soude.

I Quantité

J. . \ Densité

I Uree

V Acide urique.

21 juin. — On cesse tout traitement; le malade va bien.

23 juin. — Urines.

26 juin. — Urines.

i Quantité

Densité.

Urée

Acide urique.

f Quantité

) Densité

I Urée

\ Acide urique.

27 juin. — On donne de l’eau de Vittel.

29 juin. — Urines.

30 juin. — Urines.

3 juillet. — Urines.

I Quantité

\ Densité

I Urée

\ Acide urique.

/ Quantité

\ Densité

I Urée

Acide urique.

1 Quanti té

Densité

Urée

Acide urique.

7 gr.

Le malade sort complètement guéri.

On voit que, dans ce cas, au cinquième et au sixième jour de la première poussée articulaire, la température axillaire ne dépassait pas 38“,2 le soir, et qu’une nouvelle articulation ayant été envahie vers le douzième jour, le thermomètre marqua 38®,61e soir de cette I nouvelle crise, mais pour retomber dès le lendemain à 37,6 et 37,8 et le surlendemain à 37, malgré la persistance des phénomènes locaux.

[I Dans le cas suivant, la fièvre survenait assez vite au début de I l’accès, atteignant 38 à 39° dans la soirée, mais cessait au bout de ' trois à quatre jours.

LECORCHÉ, Goutte.

Obs. V. — Goutte kéi'éditairc. — Fièvre au début de l accès.

X..., âgé de cinquanle-six ans. — Trois généralions de gouUeu.\ dans la famille. Gros mangeur; grand viveur. ^

Première attaque des l’âge de trente ans ; jusqu en 1880, accès a

toujours etc limité au gros orteil gauche. i i i •

En 1880, localisation à l’articulation tibio-tarsienne; le lendemain,

l’orteil droit se prend. •

La fièvre au début de l’attaque est habituellement assez vive, elle existe surtout la nuit. Le thermomètre monte à 38”,5 ; 39= dans la soirée. La fièvre cesse au bout de trois à quatre jours. ^

L’urine, claire pendant l’attaque, ne devient sédimenteuse qu a la fin

de l’accès.

On peut donc dire que la fièvre goutteuse élève à peine la température de quelques dixièmes de degré, que cette élévation est de très courte durée, qu’elle ne se prolonge que si d’autres articulations se prennent successivement. En tout cas, elle n a rien de comparable avec la fièvre rhumatismale, qui souvent précède toute localisation articulaire, qui atteint très facilement 39 et 40 degrés, et qui, lion traitée, se prolonge d’une manière indéterminée.

Les troubles généraux qui accompagnent l’attaque de goutte aiguë peuvent porter sur les organes digestifs, respiratoires, circulatoii es, sécrétoires et nerveux. Les troubles digestifs manquent rarement. La fréquence et le degré des altérations gastriques sont évidemment influencés et dominés par l’état antérieur des fonctions digestives du sujet, et l’on sait combien les phénomènes dyspeptiques sont habituels chez les goutteux. Mais même en dehors de ces conditions, il y a presque toujours un dérangement plus ou moins maiqué de l’estomac. L’appétit, qui la veille de l’attaque peut êtie exagéré, comme nous l’avons dit, se perd dès que 1 accès douloureux a éclaté. La soif est vive; la houche mauvaise, enduite d un mucus épais et d’odeur fétide. La langue est chargée, saburrale, recouverte d’une matière blanche ou jaunâtre ; quand 1 irritation gastrique est plus marquée, elle est rouge à la pointe et sur les hords et les papilles apparaissent hérissées et saillantes. U y a souvent des nausées, des renvois aigres et parfois des vomissements, tantôt d’un liquide pituiteux, incolore, très acide, tantôt de matières bilieuses, d’un vert foncé. En même temps, le malade éprouve une sensation de distension stomacale avec une sensibilité plus ou moins développée à l’épigastre ; parfois des crampes et de véritables phénomènes gastralgiques. Il n’y a là sans doute qu’une irritabilité passagère de l’estomac, probablement causée par le contact

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d’une sécrétion e.\agérée et anormalement acide; cette irritation peut-elle aller jusqu’cà une véritable gastrite aiguë? 11 est difficile de dire, surtout quand il s’agit de l’estomac, à quel moment des phénomènes d’irritation deviennent des phénomènes inflammatoires. II faut avoir pourtant celte idée présente à l’esprit dans les cas de goutte aiguë prolongée.

Du côté des intestins, on ne note rien d’intéressant; il existe seulement de la tendance à la constipation, les selles sont pâles, d’un jaune grisâtre, indiquant l’absence de bile ; vers la fin elles deviennent d’un noir verdâtre.

Les troubles hépatiques, trop peu marqués pour être accusés spontanément par les malades, doivent être recherchés avec soin et manquent rarement pour qui sait les constater. La plupart des auteurs les ont signalés. « Même dans la goutte récente, dit Roj bertson, il y a parfois de la plénitude et de la sensibilité de la I région du foie et ses sécrétions sont fortement morbides et absolu- I ment insuffisantes. La congestion du foie n’est pas rare dans la goutte aiguë L » Scudamore indique aussi le trouble des sécrétions et des évacuations intestinales comme preuve de l’action viciée du foie. Il rapporte l’observation d’un malade attaqué d’un premier accès 1 de goutte qui, depuis deux ou trois mois, souffrait d’une « obstruci tion du foie avec un grand nombre de symptômes subséquents 1 de dérangement de l’estomac et du canal alimentaire*. » Gairdner^, j Braun, notent une tuméfaction passagère du foie, qui dépasse les i fausses côtes de deux à trois pouces (Braun)*. Budd a insisté sur I ce gonflement du foie qu’il rapporte à un état congestif transitoire.

; Galtier-Boissière a constaté plusieurs fois sur lui-même cette aug- 1 mentation temporaire du volume du foie au moment de l’accès de goutte aiguë Martin-Magron, d’après Charcot, avait observé le même phénomène®. Nous avons de notre côté relevé dans un grand I nombre de nos observations ces troubles hépatiques. Fonctionnelj lement ils se confondent en grande partie avec les symptômes dyspeptiques; on doit cependant rapporter au foie la décoloration des

1. Robertson, The nature and treatment of goût, London, 1845, p. Idl.

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