‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 69 sur 226 · Charcot, Loc. cit., p · texte numérisé non relu

Charcot, Loc. cit., p

matières l'écales qu’on observe au dèbuUle l’accès, aussi bien que la paresse de l’intestin. Les malades ressentent parfois une sensation de plénitude, de pesanteur, dans l’iiypocbondrc droit; la pression à ce niveau est douloureuse; enfin la palpation et la percussion montrent'un développement anormal do cet hypoebondre en même temps que l’augmentation de la matité du foie qui peut dépasser les côtes d’un ou deux travers de doigt.

Les troubles respiratoires sont à peu près nuis dans l’accès de goutte. Nous avons indiqué d’après Scudamore la toux légère avec sécrétion trachéale exagérée qui précède parfois la crise. Dans certains cas, nous avons noté pendant l’attaque des rcàles de bronchite ronflante disséminés dans les poumons; c’est là tout ce qu’on peut relever de ce côté , avec un peu d’accélération de la respiration évidemment due à l’état d’excitation où se trouve le malade.

Du côté des organes de la circulation, les troubles sont plus fréquents et plus accusés. Bien que la péricardite et l’endocardite aiguë n’aient été signalées par aucun auteur dans le cours d’un accès de goutte aiguë et que nous n’en ayons vu, pour notre part, aucun exemple, l’action du cœur n’en est pas moins fortement troublée ; les palpitations, les irrégularités, les intermittences sont, pour ainsi dire, la règle. Dans la goutte chronique, en présence de troubles de ce genre, le diagnostic n’est pas toujours aisé, car les lésions chroniques et la dégénérescence de cœur ne sont pas rares à cette période. Mais lors d’une attaque aiguë, surtout dans les premiers accès, il n’y a guère lieu de redouter une affection cardiaque organique; on n’a affaire qu’à des troubles nerveux qui disparaissent d’ordinaire avec la crise articulaire.

Il est inutile de revenir ici sur les modifications de la sécrétion urinaire que nous avons longuement étudiées dans le chapitre précédent. Quant aux troubles nerveux, ils se résument dans une exagération extrême de cette irritabilité de caractère propre aux goutteux, exagération qui redouble encore leurs souffrances et qui leur rend insupportable la présence de quiconque essaie de les approcher pendant le cours de leur attaque.

e. HlarcUo. Durée. Tcrmiuaisoii. — L’attaque de gOUtte évoluC SOUS forme de poussées successives; c’est une série, un enchaînement, une chaîne, suivant l’expression de Sydenham, de petites attaques. Dans une attaque de goutte sévère, la première poussée peut durer vingt-quatre heures sans rémission (Sydenham, Scudamore); ce n’est que sur le matin de la deuxième nuit que l’accalmie

LA GOUTTE DANS LES ARTICULATIONS

se produit. Mais, le plus ordinairement, la première rémission se tait au bout de cinq ti six heures; nous pourrions citer ici notre propre exemple; la crise articulaire éclata brusquement à onze heures du soir, après un dîner au champagne, et persista dans toute sa violence jusqu’à six heures du matin; à ce moment les élancements se calmèrent pour faire place à une douleur plus supportable.

C’est alors qu’apparaissent le gonflement et la rougeur au niveau de la jointure prise. Pendant toute la journée la douleur demeure ainsi d’une intensité moyenne; mais le soir une nouvelle exacerbation se produit, moins violente que la première, et qui se calme encore vers le matin, siib galli cantu, dit Sydenham. Les choses se continuent ainsi avec des alternatives de rémission matinale et d’exaspération nocturne, pendant un temps variable. Non traitée, la première attaque de goutte dure rarement moins de cinq jours; il est rare aussi qu’elle se prolonge au delà de dix à douze jours, à moins que de nouvelles articulations ne se prennent.

Tantôt le type des accès est franchement intermittent; pendant plusieurs heures le malade paraît complètement remis; il n’a plus ni malaise, ni douleur; puis les accidents reparaissent soit dans le cours de la journée, soit seulement dans la nuit suivante, mais presque toujours avec un caractère d’intensité moindre. Tantôt, et c’est le cas le plus ordinaire, le type est rémittent, c’està-dire que la douleur et les autres symptômes s’atténuent dans l’intervalle des paroxysmes, mais sans s’etfacer complètement. Dans quelques cas, chaque exacerbation est marquée, comme dans un accès de fièvre, par un frisson très net, suivi d’un stade de chaleur et de sueurs (Robertson). Il est rare en tout cas que l’attaque ne soit pas annoncée par une sensation de frissonnement et plus rare encore qu’elle ne soit pas suivie d’une transpiration plus ou moins généralisée.

La période aiguë passée, l’œdème et la rougeur ayant fait place à une desquamation superficielle, le malade ne reprend pas encore complètement le libre usage de sa jointure; l’articulation reste engourdie, un peu raide, sensible au moindre attouchement, à la moindre gêne constrictive; elle ne retrouve sa souplesse qu’après quinze jours, trois semaines et plus. En outre. Trousseau fait remarquer avec raison que, pendant un temps plus ou moins long après l’attaque, il y a une véritable anesthésie localisée; le malade

a le pied (le coton, suivant son expression; il ne sent pas le sol et S'anle une certaine incertitude dans la d(iinarclie.

La résolution est la terminaison, on peut dire constante de l’artlirite goutteuse, à sa première apparition. Todd et Garrod disent toutefois avoir vu l’ankylose se produire à la suite d’une seule attaque de goutte. Trousseau fait aussi remarquer qu’un premier accès peut, dans certains cas, laisser sur la jointure affectée des traces aussi profondes que des accès fréquemment répétés. Il en est ainsi lorsque l’attaque est de longue durée et porte sur les articulations des membres supérieurs. Ce sont là toutefois des faits exceptionnels etles déformations aussi bien queles tophus appartiennent essentiellement à la goutte à répétition et à la goutte ebronique.

Quant à la terminaison par suppuration, nous ne l’avons non plus jamais observée. Scudamore l’aurait rencontrée dans huit cas. Garrod rapporte le fait suivant: — « Un homme fut pris d’un violent accès de goutte occupant plusieurs jointures et entre autres la première articulation phalangiennc de l’index droit. Le gonflement augmenta rapidement; il était accompagné de beaucoup de rougeur et de douleur ; au bout du quatrième jour, l’existence d’une collection de liquide devint évidente; on lit avec la pointe d’une lancette une petite ponction qui donna issue à 4 grammes environ d’un liquide d’apparence laiteuse, renfermant des globules de pus mêlés à de nombreux cristaux d’urate de soude agrégés çà et là en petits laisceaux. Iles dépôts de ce sel, ainsi qu’on l’apprit plus tard, existaient depuis longtemps dans la partie malade, et la suppuration avait été la conséquence d’un travail inflammatoire développé au voisinage de ces corps étrangers'. »

La formation du pus, dans ce cas, ainsi d’ailleurs que le déclare Garrod, ne peut être regardée comme un exemple d’arthrite goutteuse suppurée. Il s’agit là simplement de l’inflammation d’un tophus sous-cutané, comme nous enverrons de nombreux exemples dans la goutte chronique; l’attaque de goutte a été l’occasion de cette inflammation purulente d’un tophus périarticulaire ; mais la jointure même n’était évidemment pas en cause. 11 est probable (jue les cas de Scudamore doivent admettre la même interprétation, et 1 assertion de Garrod nous paraît exacte, quand il conclut (ju il n existe pas dans la science un seul exemple d’un premier accès de goutte suivi de suppuration.

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