DE UA GOUTTE
'2 juin. — Pas (Purine encore, faciès grippé, exlréinilés Iroidcs, vomisscmenls. On sonde le malade, pas d’urine dans la vessie.
A trois heures un peu d’urine (60"'') claire.
Purgatifs non tolérés, vomissements.
L’operation proposée (néphrectomie) est rejetée.
^ juin. — Pas de lièvre, nuit agitée, pas d urine, cathétérisme, 150 cc. d’urine foncée, les dernières gouttes sont très épaisses.
Traitement. — Bandage compressif sur jes membres inférieurs, des pieds jusqu’au pli de l’aine. Potion de Rivière.
4 jitin.— Nuit agitée. Efforts de miction sans résultat. Cathétérisme, “200 grammes d’urine, le soir 100 grammes. On applique une bande élastique serrée à chaque membre inférieur.
Le pouls au bout de quelques minutes devient plus fort, plus seire, la face se colore, les yeux deviennent brillants. La tumeur du liane «■auche devient douloureuse spontanément. Au bout de trente-cinq minutes, on enlève lentement les bandes, à cause d’une douleur assez vive à la jambe droite. Ni oppression, ni palpitations, on alimente un peu le malade. Eau de Vittel.
— Crachement de sang à la suite de l’application des bandes, urines plus abondantes, 500 cc., claires.
6, 7 juin. — Urines très abondantes, cinq litres en deux jours, g juin. — La tumeur ne diminue pas, malgré l’abondance des urines assez claires du reste, mais qui laissent déposer un sédiment assez abondant de graviers blancs (acide urique).
Le malade va mieux de jour en jour, urine beaucoup. Urines très
claires , sédiments au fond du vase.
17 juin. — Frisson léger à la suite d’un effort de défécation, urines
claires. Tumeur toujours la même.
21 juin. — Frissons, fièvre (40“,2), vomissements. Peau rosee au
niveau de la tumeur. , ir ■
Traitement. — Sac de glace sur la tumeur, potion de Riviere, sullatc
de quinine. . . s m
Le soir, mieux. T. 37°. Le malade a très peu urine (125 cc.), 1 lus
de vomissements. Selles très abondantes.
22. Pas de fièvre. Tumeur très volumineuse, tend à descendre vers le petit bassin. On juge la ponction nécessaire à cause de la grande distension de la tumeur.
Ponction faite à 2 ou 3 centimètres au-dessus et en dehors de la crête iliaque, donne 900 grammes d’un liquide trouble, couleur cale au lait, à odeur fade et laissant déposer du pus.
La tumeur disparaît et la sonorité revient, sauf dans un point très limité au niveau de la piqûre (sulfate de quinine).
Le soir, le malade rend par la vessie un liquide analogue a celui
de la ponction (7 à 800 grammes). , , . j
Un peu de douleur au niveau du point ponctionné, légère dyspiiee.
Nuit bonne.
24 juin. — Pas de Qèvre, appétit, teinte subicterique des conjonctives , douleurs dans les bras et les jambes.
LA GOUTTE DANS LES OGGANES. ‘273
Depuis la veille, trois litres d’uriiic coiiteuant 300 grammes de pus. Le soir, urines claires.
25 juin. — Urines trois liti-es, 150 grammes de dépôt purulent.
Sull'ate de quinine, vin de quinquina, essence de térébenthine. Le malade est fatigué par cette suppuration prolongée.
Le malade a remarqué que ses urines sont purulentes lorsqu’il est couché et claires quand il est debout. Le calcul oblitère peut-être l’iiretère seulement quand le malade est dans la station verticale.
20, 27 juin. — Mêmes urines, même traitement. En plus, e-^trait de quinquina; les forces reviennent peu à peu, la teinfe subictérique disparait.
28,29, ^0 juin. — Urines abondantes et toujours très purulentes.
Analyse de l'urine.
Densité
Urée
Acide urique
Ni sucre ni ulbuiniiic.
Sédiments uraliijues.
Liquide du bassinet.
Densité
Urée
Albumine
Leucocj'thes nombreu.v
13 gr.
Obs. XLlll. — Goutte. — Pyéiite avec tumeur intermittente. n . ans, employé de commerce, entré à la maison
Dubois le 2o juin 18/7. - Homme petit, d’assez chétive apparence-' dit cote de sa famille on ne trouve la trace d’aucune diathèse; ses père et merc viveiit encore et jouissent d’une très bonne santé.
Les antécédents personnels sont également bons. Il n’a jamais fait aucune maladie. 11 avait toujours bon appétit; cependant il était sujet à de rrequentes migraines-, il ne passait guère de mois sans en être at~
H y a dix ans il fut pris de douleurs articulaires assez vives oui le retinrent quelques jours au lit. 11 fut guéri au moyen de fumigations et lepuis lors eul pas >lc nouvelles atleinles. Il conserva uL Zml saute jusqu 1 y a deu.x mois, époque à laquelle il ressentit les premiei es a teintes du mal qui le relient à la maison de santé.
11 y a deux mois donc, il s’aperçut qu’il tachait son linge en vert • il nîÏÏm quelques douleurs en urinant, mais ces douleurs sem-
blaient siéger plutôt a la racine de la verge. Il avait vu une femme quel-
-nrstic nui fm P*" - blennorhagie,\ia-
CndanTrclT époque. Je ferai
es dls u T'*; n’a jamais eu de douleurs cui-
veîlc H timiia dr ’ ‘10^‘leurs à la racine de la
D c une cet état par des injections au tannin et des capsules
LECOHCIIÉ, Goutte.
de copahu. 11 n’avail pas à celle époque de douleurs aux reins. Les urines conlenaicnldu pus. Le Irailemenl antiblennorrliagique ne fil rien.
Il revinl à Paris cl fui pris d’une douleur assez violenle à la région rénale gauche. 11 fil examiner ses urines qui contenaient du pus. Il entra alors à la maison de santé, et voici quel était son état à son entrée : la région rénale gauche était tuméfiée, elle était le siège de douleurs qui s’irradiaient sur les parois de l’abdomen. Le malade était gêné pour respirer et les grandes inspirations étaient suivies de douleurs assez vives, douleurs qui étaient seules cause de cette gène de la respiration.
Le malade urinait à peu près la quantité normale, seulement l’urine était trouble, et laissait déposer une quantité considérable de pus dénoté par l’examen microscopique.
Le dépôt ne contenait pas de graviers. Pas à’acide urique en excès.
La chaleur et l’acide azotique coagulaient de l’albumine due au sérum purulent contenu dans l’urine ; il n’y avait pas de cristaux.
L’état général du malade était peu satisfaisant; il y avait un peu de fièvre, perte d’appétit, et constipation opiniâtre.
11 fut mis à un traitement consistant en infusion de bourgeons de sapins, capsules de térébenthine et des badigeonnages iodés sur la région rénale gauche. Quclquesjours apres, il allait mieux comme état général. La tuméfaction était moindre, les douleurs atténuées, mais la quantité de pus était toujours la même dans 1 urine. Cet état persista pendant un mois, puis, la tuméfaction de la région rénale ne diminuant pas, on appliqua là quelques pointes de feu, qui furent tout d abord suivies de soulagement. Mais, quelques jours après, il fut pris de frissons légers, l’appétit se perdit de nouveau, la douleur rénale était plus violente. Les urines, examinées avec soin, contenaient infiniment «loêns de pus, — quelques cataplasmes laudanisés furent appliqués sur les reins, et trois jours après le mieux se fit sentir. Ce mieux coïncida avec une émission très considérable de pus.
2 août. Il semblait y avoir eu une rétention de pus dans le bassinet. Malgré cela la région rénale était toujours tendue et douloureuse; de plus survinrent à cette époque, il y a douze jours, des douleurs vives dans les articulations phalangiennes du pied droit et surtout dans les trois premiers doigts. Ces articulations étaient un peu gonflées et douloureuses. Les douleurs assez faibles pendant le jour, se réveillaient avec bienp/MS d’intensité lorsque la nuit arrivait. Le malade prit des douches de vapeur.' Les douleurs disparurent de ce pied, mais le genou gauche, et les orteils du même côté se prirent. Mêmes phénomènes que pour le pied droit et disparition des douleurs et du gonflement au bout de quelques jours, puis survient du gonflement avec rougeur de 1 articulation de la première avec la seconde phalange de l’annulaire gauche, gonflement qui persiste encore aujourd’hui. Un peu de douleur dans l’articulation lemporo-maxillaire gauche.
10 août. L’état des reins était encore le meme; on applique alors un vésicatoire qui produitun soulagement considérable, mais qui détermine un peu de cystite. Mais les douleurs de reins sont presque disparues.
LA GOUTTE DANS LES ORGANES. 275
Il août. Aujourd’hui le malade sort très améliore; plus de douleurs; il y a encore un peu de tuméfaction à la région rémalo.
Il y a encore beaucoup de pus dans les urines.
La tuméfaction de l’articulation plialangienue de l’annulaire persiste ol aussi la douleur de l’articulation Icmporo-ma.xillaire.
hliématurie, comme on l’a vu clans l’observation XLI, peut être ■due à la présence de calculs dans les bassinets ; elle existe alors avec les signes de la pyélite. Tantôt elle précède, accompagne ou suit une crise de colicjues néphrétiques ; tantôt elle se produit seule, annoncée simplement par des douleurs sourdes et une sorte de pesanteur lombaire. Le sang peut être alors intimement mélangé à l’urine qui prend une teinte foncée, noirfitre. Il peut dans d’autres cas, être rendu presque pur.
D’autres fois, l’hématurie survient comme symptôme du rein goutteux, dans le cours ou au début de l’albuminurie. Elle ne diffère pas alors de l’hématurie du mal de Bright.
Enfin, dans une troisième série de faits, l’hématurie existe seule, sans coliques néphrétiques, ni albuminurie. C'est l’hématurie goutteuse proprement dite. A la suite d’une fatigue, d’un refroidissement, les malades ressentent des douleurs dans la région lombaire, parfois prédominantes dans un côté, et ils urinent du .sangen plus ou moins grande quantité. Les hématuries se répètent ■à d’assez courts intervalles, On peut croire au début d’une néphrite, mais les accidents restent limités à cette perte de sang et aucun des symptômes de l’albuminurie n’apparaît. Il s’agit probablement dans ces cas de phénomènes congestifs dus à l’irritation des éléments du rein par le passage de l’acide urique en excès, mais sans concrétions ni dépôts appréciables dans les urines rendues. Aous citerons cinq observations de celte variété d’hématurie.
<Obs. XLIV. — Goutte articulaire ; troubles vésicaux. — Hématurie sans colique néphrétique.
G..., âgé de ([iiarante et un ans. — Père goutteux, mort d’une maladie de la moelle épinière. Première attaque de goutte en 1880, localisée à la face dorsale des mains et aux coudes, pendant trois jours et trois nnits. •— Douleurs vésicales il y a dix ans, à plusieurs reprises, les deux dernières fois avec émission de sang. '
(..ettc année, à deux reprises, hématurie accompagnée de fièvre pcndant deux^à trois jours, peu abondanted 'ailleurs. Jamais de coliques néphrétiques ni de sables dans les urines.
276 TllAlTÉ THÉOlUQUE ET PRATIQUE DE LA GOUTTE.
Obs. XLV. — Hématurie goutteuse sans colique néphrétique.
X... âgé de cinquante-quatre ans. — La mère et un de scs frères sont morts albuminuriques. — Gros mangeur. Première attaque de goutte à trente sept-ans, au médius de la main droite; l’accès, qui a duré huit jours, s’est produit au mois de dècemijre.
Depuis lors, attaques multiples portant indilféremment sur les pieds ou les genoux, à droite ou à gauche. 11 y a quelques années fracture à la jambe gauche. Depuis cette époque, les accès de goutte ont toujours débuté par le membre gauche, s’étendant ensuite aux jointures du côté droit.
Au début, les attaques le tenaient au lit parfois pendant quinze jours. Actuellement, les accès se répètent plusieurs fois dans 1 année, mais ne le forcent à s’aliter que pendant vingt-quatre à quarante-huit heures. Elles se prolongent par contre sous cette forme atténuée, pendant deux, trois mois.
Pas de déformation.
En février 1883, première hématurie, sans coliques néphrétiques, qui dura Imil jours.
Eu avril 1883, nouvelle hématurie, pendant cinq jours.
Le malade rend deux litres d’urine dans les vingt-quatre heures. — Urée 18 grammes, acide urique 0s''79. Albumine Os'’yO, pas de tuhuli.
—Hématurie goutteuse intermittente.
Mademoiselle X... âgée de vingt-quatre ans, d’une forte constitution. Père tuberculeux; une tante et la grand-mère goutteuses.
Première hématurie en septembre 1874, de quelques jours de durée. Deuxième hématurie en février 1875. La malade vient nous consultei au mois d’avril. Depuis la deuxième hématurie, les urines ont constamment contenu du sang. A l’époque des règles, la coloration est moins prononcée; les douleurs lombaires, qui s’irradient dans les cuisses
elles jambes, cessent aussi à ce moment.
Une première analyse des urines, faite en février, avait décelé un léger nuage d’albumine ; la densité était de 1025; 1 acidité était extrêmement marquée.
Une deuxième analyse fut faite à Paris le 17 avril.
Albumine
Acide urique
Matières organiques.
Sels
Pour 1 litre d’urine.
O.-IO 22 *^r.
Odeur normale, couleur jaune rougeâU'c, sédiment abondant par le
Séparée du sédiment par filtration, urine très acide, déjà constatée a Soissons, et se conserve acide trois jours.
LA GOUTTE DANS LES ORGANES
Albumine légère par acide azotique, clialcur.
Si Fou sépare de l’urine Facidc urique, les urates et la matière colorante à l’aide d’une quantité suffisante d’acétate de plomb et d’ammoniaque, on obtient un liquide incolore qui ne donne ni parla potasse ni par la liqueur de Fehling ou le polariniètrc la réaction du sucre.
Dans le sédiment au microscope : acide urique, urates, mucus, globules; — pas de pus.
Sédiment chaulTé se dissout en partie : urates, mais l’acide urique reste indissous.
En somme urine avec albumine, mais très acide avec acide urique et urates.
Une troisième analyse, faite le 30 avril, donna les résultats suivants :
Urée 1-4.15
Albumine 0.98
S. miner 8.12
Acide urique. normal
Matières organiques 9.90
Eau 966.85
Cette analyse avait été faite peu de temps après les régies, cinq à six jours.
.Au microscope.
1® Acide urique cristallisé, groupé sous foi me de sphères irrégulières à surface hérissée — abondant.
2“ Globules rouges — (abondants).
3° Leucocytes en moindre quantité.
L’albumine est en faible quantité et tout à fait en rapport avec la quantité des globules rouges, 2 à 3 grammes par litre.
Acidité (pap. Tournesol).
Densité 1018 à température 16°; pas de sucre.
.Albumine chaleur et acide azotique.
Décolorée par un dixième de son volume d’acétate basique de plomb elle ne donne rien au polarimèlre.
Obs. XLVII. — Hématurie goutteme.
Madame X... âgée de trente ans, née de parents goutteux. — Première hématurie a dix-huit ans. — Deux grossesses'; à chaque grossesse coliques néphrétiques avec expulsion de graviers; accouchement prématuré.
11 y a trois ans, seconde hématurie. — En 1874 et en mai 1875, troisième et quatrième hématuries. C’est pour cette dernière manifestation que nous voyons la malade. La durée de l’hématurie est de quatre à l inq jours. Elle survient à la suite de fatigue, d’un refroidissement. L hématurie terminée, les urines restent pendant quelque temps blanchâtres et albumineuses.
Le microscope montre de nombreux cristaux de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien. *
Pas do douleur à la pression de la région lombaire. La malade sp plaint seulement d’une sensation de gêne dans les reins.
Nous conseillons les eaux de Pougues.
Obs. XLVllI. — Hé7naiurie gouUeîise à réprliiio7i.
Madame X... âgée de cinquante-six ans, nous a consulté en 188D pour une affection qu’on croyait être une néphrite parenchymateuse; nous n’avons pas hésité à diagnostiquer une hématurie urique.
Depuis cette époque, madame X. .. aeu de fréquents retours d’hématurie ; mais il ne s’est manifesté aucun des symptômes de la maladie de Rright.
Actuellement, 20 mai 1883, nouvelle hématurie datant de quelques jours.
Ces hématuries surviennent à la suite de fatigue, s’accompagnent de douleurs rénales, à droite surtout.
Ces hématuries durent d’ordinaire six à huit jours. Elles ont cédé comme fréquence et comme intensité, faut que cette dame s’est assujettie au régime que nous lui avons conseillé (usage d’eau deMttel, de Gapvern).
La malade, fille de goutteux, est manifestement goutteuse. Elle a eu à plusieurs reprises des attaques légères de goutte à l’orteil gauche. Ces attaques durent quelques jours et s’accompagnent de tuméfaction suivie do desquamation de la partie douloureuse.
Les douleurs ont môme envahi les mains, et l’on peut constater des nodosités sur deux des doigts do la main gauche (médius et annulaire).
Polysarcic. — Rien au cœur, ni au foie.
D. — Goutte dans la vessie et gravelle phosphatique.
Malgré la fréquence de la colique néphrétique et de la gravelle urique, la pierre dans la vessie est un phénomène rare dans la goutte. Elle peut certainement s’observer chez les goutteux; Sydenham en est une preuve ; mais on peut la regarder comme une complication accidentelle et non comme une manifestation goutteuse proprement dite. « La pieri’e dans la vessie, dit Scudamore, quoiqu’elle unisse quelquefois ses souffrances à la goutte, est suivant mon observation, de rare occurence. » Nous ne l’avons jamais observée chez nos malades. On peut dire, comme pour la lithiase biliaire, que la formation de la pierre vésicale est surtout en rapport avec des causes locales. Malgré cette rareté, on peut redouter cette complication chez les malades qui présentent quelques-uns des svmptômes que nous allons énumérer, car ces symptômes ne diffèrent* guère de ceux que détermine la pierre dans la vessie^
I,A GOUTTE DANS LES ORGANES
et CO n’est qu’après avoir constaté par le cathetérisme explorateur l’absence de calcul qu’on pourra rapporter les accidents à la goutte vésicale.
Ces accidents correspondent assez exactement, comme l’a fait remarquer Todd, aux diverses formes de la goutte stomacale, gastralgie, catarrhe, paralysie avec dilatation.
Dans une première catégorie il faut placer les phénomènes décrits par les auteurs anglais sous le nom de vessie irritable. Un individu goutteux éprouve des besoins fréquents d’uriner et l’on constate que le symptôme dépend d’une sensibilité excessive de la muquense vésicale, qui aboutit en dernière analyse à une impuissance de l’organe à garder l’urine. Cette impuissance est le résultat non d’un état paralytique du sphincter vésical, mais d’une intolérance remarquable de la vessie pour son contenu. 11 y a hyperesthésie de la muqueuse; la plus faible quantité d’urine ne peut être supportée et des évacuations incessantes se produisent à tout instant. Le principal symptôme de cette forme de vessie irritable est donc la miction fréquente de petites quantités d’une urine pâle, acide, contenant du mucus ou du pus. 11 est difficile de définir exactement la nature de l’altération vésicale; il est probable qu’il s’agit plutôt d’un état d’iritation nerveuse que d’une véritable inflammation, l’acide urique agissant sur les parois de la vessie cà la manière de la cantharidine, suivant la comparaison de Todd.
Le catarrhe vésical, la cystite goutteuse, constitue la deuxième variété. Dans ce cas, on a affaire à une inflammation chronique de la muqueuse, caractérisée par des douleurs dans le bas-ventre, des besoins fréquents d’uriner, et l’excrétion d’une urine plus ou moins chargée de pus, et d’ordinaire alcaline ou ammoniacale. Le catarrhe peut être provoqué par l’existence d’un rétrécissement de l’urèthre ou par une hypertrophie du lobe moyen de la prostate. En pareil cas il n’est pas aisé de faire la part de ce qui revient à la goutte même et à l’obs'.acle mécanique apporté au cours de l’urine.
Mais, dans certains cas, la nature goutteuse des accidents est mise hors de constestation par la marche même des symptômes. Dans le cours d’une attaque de goutte articulaire, on voit des phénomènes aigus éclater brusquement du côté de la vessie, douleurs abdominales, sensation de brûlure en urinant, miction fréquente, ténesme, etc. Ces phénomènes persistent quelque temps, puis cèdentnonmoinsbrusquementàl’apparition d’une nouvellepoussée
aiiiculaire. L’analogie de ces accidenls avec ce qu’on a appelé la goulle remontée l’estomac est évidente. A deux reprises ils se sont reproduits, avec les mêmes caractères, chez un de nos malades, dont nous donnons ici l’ohscrvation.
Obs. XLIX. — Goutte articulaire et rénale-, coliques néphrétiquea ;
cystite goutteuse alternant avec les jiJténomènes articulaires. —
Vertiges, intermittences cardiaques. —Mort par congestion pulm.o-
naire.
G... âgé de soixante-seize ans, assez fort, n’ayant jamais fait d’excès.
Pas d’antécédents goutteux héréditaires.
Première attaque, à l’âge de quarante ans, limitée aux deux pieds.
Il se mit à un régime sévère, mais n’en vit pas moins se reproduire des attaques presque toujours au nombre de deux, une au printemps, l’autre à l’automne.
La durée de ces attaques ne dépassait guère deux ou trois semaines.
A quarante-cinq ans, manifestations goutteuses des mains. Dès la première attaque il y eut déformation du médius delà main droite, portant sur l’articulation de la première à la deuxième phalange, tuméfaction, demi-ankylose sans tophus.
.V cinquante ans, coliques néphrétiques qui, depuis lors, se sont souvent renouvelées, avec expulsion de graviers uriques.
En 1878, manifestations viscérales portant sur la vessie et sur l’estomac. Ces manifestations se sont reproduites à deux reprises différentes, la même année, en février et en décembre.
Le 11 février, le malade est pris de douleurs dans les pieds, les genoux, qui se dissipent rapidement pour être remplacées, le 12, par une douleur du bas-ventre avec sensation de brûlure, lors de la miction; tenesmo, besoin d’uriner tous les quarts d’heure.
L’urine est blanchâtre, opalescente, peu acide, sans cristaux et renferme de larges cellules inégales.
Le 13 février, hématurie.
Le 15, les besoins s’espacent; l’urine est de nouveau muqueuse.
Il n’y a pas de lièvre; le pouls toutefois est dur, résistant.
Le malade conserve son appétit.
Cet étal persiste pendant quelques jours avec une urine manifestement alcaline, contenant des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien; puis les symptômes de cystite vont s’atténuant et disparaissent complètement dans les premiers jours de mars.
Nous constatons alors que chez ce malade les artères sont athéromateuses, qu’il existe au cœur un bruit de souffle à la base et au premier temps.
Les intermittences sont assez fréquentes.
Le malade est très sujet au vertige; il n’ose pas s’aventurer dans la rue. Son vertige s’accuse surtout lorsqu’il passe de la station horizontale â la station verticale.
Son appétit est assez bon.
LA GOUTTE DANS LES ORGANES
i>Sl
Son inlelligciicc esl Irès ncUc; ancien prix de Rome, il travaille encore heancoup à son atelier.
En décembre, retour do cystite, précédée cette fois encore d’une localisation articulaire du genou droit, de peu de durée, et de diarrhée. L’urine est opalescente, chargée de mucosités qui parfois s’arrêtent dans l’urèthre d’où on est obligé de les extraire, — odeur ammoniacale.
Émissions fréquentes et douloureuses, quantité d’urine rendue dans les vingt-quatre heures à peu près normale.
Le ténesme vésical est très fort et laisse une douleur qui en s’atténuant persiste au moins une demi-heure.
Ce ténesme est tellement fort qu’il provoque, chez le malade, des gémissements, des contractions de la face, des tremblements.
Le moindre mouvement, une visite inattendue, provoquent ce ténesme.
Plus fréquent à une époque éloignée des l’epas qu’après les repas.
Le malade accuse un certain malaise, vers les quatre à cinq heures de Taprès-midi ; et vers une heure du matin; cependant il n’y a pas de lièvre; l’appétit est assez bien conservé. Peu de sommeil.
Au bout de huit à dix jours tous ces accidents cessent rapidement; il ne reste plus qu’un peu de cuisson en urinant; mais ils sont remplacés par d’atroces douleurs, localisées au creux de l’estomac, avec sensation de pincement, bientôt suivis de vomissements bilieux.
Ces malaises se dissipent au bout de quelques jours, ne laissant plus que de la chaleur au creux de l’estomac et une tendance vertigineuse plus prononcée. Ce vertige prend même le malade au lit, il ne peut lire ; il n’a toutefois pas de céphalalgie.
L’année suivante le malade succombe à une congestion pulmonaire.
Ocs. L. — Goutte articulaire. — Tophus aux oreilles. — Vessie irritable.