X... quarante ans, architecte; très fort, pèse 200 livres
Pas de goutte dans sa famille.
11 y a huit ans, presque aussitôt après son mariage, il a ressenti, pour la première fois, des troubles urinaires.
Ces troubles, qui depuis lors n’ont jamais cessé, malgré les traitements les plus énergiques et les plus variés (injections, cautérisasations de Turèthre, cautérisations cutanées, hydrothérapie), consistent dans une douleur fi.xe, plus ou moins vive, continue, au niveau du pubis s irradiant au sacrum, s’étendant aux testicules qui sont comme soulevés et comprimés dans un étau. — Cette douleur s’exaspère de temps à autre, trois à quatre fois la semaine, sousfoi’me de crise durant un temps plus ou moins long. Parfois il y a une sorte de crise pendant huit à dix jours, suivie d’une période de calme.
A\cc cette douleur, s’est manifesté chez le malade un besoin continuel d uriner; il est obligé de se lever huit à dix fois la nuit; il ne peut voyager sans un urinai, et cependant la quantité d’urine rendue ue i epasse pas en moyenne 1500 cc. par vingt-quatre heures.
..e coït est douleureux, surtout lorsque se produit l’éjaculation, il
282 TRAITÉ TllÉORIOUE ET l'RATlOUE DE l,A GOLITTE.
scml)le qu’au fer cliaiu.1 louche les paiTics scusililes; la douleur est des plus vives au niveau du périnée.
Ces troubles urinaires paraissent avoir été précédés de troubles gastriques qui existent actuellement et qui ne sont autres (|ue ceux de la dyspepsie flatulente avec dilatation stomacale. L’épigastre est distendu et donne à l’examen tous les caractères de la dilatation; il y a des vomiluritions, des renvois de gaz, surtout après un grand dîner.
Le malade a même constaiè qu’il semble y. avoir une alternance entre les troubles urinaires elles maitx d’estomac, lorsque les uns sont très accentués, les autres perdent de leur intensité.
L’appétit est toujours resté bon et l’alimentalion n a pas souffert; le malade a conservé son embonpoint.
Les garde-robes sont assez régulières; seulement s’il y a constipation, il y a toujours au moment de la défécation écoulement d un liquide blanchâtre, probablement spermatique.
Le malade, qui a été considéré comme arthritique, a ressenti fréquemment des douleurs vagues dans les orteils, les poignets, et a éprouvé, en 1879, une véritable attaque de goutte de courte durée.
Il présente actuellement au niveau de l’apophyse slyloïde du cubitus gauche une petite induration peut-être de nature goutteuse. 11 a du reste un lopbus au bord libre du cartilage de chaque oreille.
Le malade se sent très vigoureux; seulement, dit-il, ses jambes sont moins fortes que ses bras. Quand il marche longtemps, ses jambes flageolent.
L’urine est rendue dans des proportions normales (1500 cc. pai vingt-quatre beuros); mais tout en étant claire, elle est alcaline.
Elle contient de grandes proportions d’acide urique, 1 gramme, l'’',50 par vingt-quatre heures et des sédiments qui sont abondants sous forme de phosphate ammoniaco-magnésien. Elle contient parfois un peu do sucre, 1!>l50 par litre, et ne renferme pas d’albumine.
Dès le début de son affection, c’est-à-dire depuis huit ans, on a constaté l’existence de ces sédiments phosphatiques.
La crise vésicale peut encore se produire, en dehors de toute attaque articulaire, de la façon suivante ; à la suite d uu excès de table, le malade, au moment de se mettre au lit, est pris brusquement d’une vive douleur dans la région du bas-ventre, avec besoins fréquents d’uriner. Cette douleur cesse parfois au bout d’une heure ou deux; d’autres fois elle se prolonge, empêchant tout sommeil et déterminant un malaise et une agitation qui durent toute la nuit. Cette douleur cède en général à l’administration des alcalins et à l’usage modéré des opiacés.
Enfin, dans un troisième ordre de faits, la goutte porte son action sur la tunique musculaire de la vessie, probablement par l’intermé-
LA GOl'TTE DANS LES ODGANES.
iliaire du catarrhe muqueux, de manière à la paralyser. Au lieu d’une vessie irritable, on a une vessie insensible. L’urine s’accumule et distend la vessie avec des douleurs plus ou moins vives. Il va rétention d’urine et le cathétérisme devient obligatoire. Ces accidents surviennent d’ordinaire chez des goutteux âgés. On compreml dès lorsque la pathogénie en soit discutable et que Robertson, par exemple, les rattache de préférence à quelque altération indépendante de la goutte, comme l’hypertrophie de la prostate ou le rétrécissement uréthral. Il n’en reste pas moins certain pour nous que le catarrhe de la vessie peut exister, en dehors de toute lésion créant un obstacle à l’écoulement de l’urine, sous l’influence directe de la maladie goutteuse, et que par suite la rétention d’urine par paralysie vésicale, conséquence possible de ce catarrhe, se rencontre chez les goutteux sans lésion concomitante de la prostate on de l’iirèthre.
La gravelle phosphatique est une des conséquences forcées de la cystite. Déjcà nous avons eu l’occasion de la signaler dans le chapitre où nous avons étudié l’urine aux différents âges de la diathèse goutteuse. Elle est due à l’alcalinité qui se montre accidentellement dans l’urine des malades qui en sont atteints.
La cystite qui constitue une des causes de cette gravelle peut se manifester d’emblée et disparaître de même. Il en est ainsi lorsque la cystite se développe comme manifestation de la diathèse goutteuse. Qu’une localisation articulaire se produise et remplace la cystite; que la cystite cède au développement d’une autre manifestation viscérale, l’alcalinité de l’urine disparaît et avec elle la gravelle phosphatique; son existence est, dans ces conditions, loutepassagère. Mais il peut se faire que la cystite, comme ta pyélite qui peut également donner lieu à la gravelle phosphatique, soit entretenue par la présence de calculs dans les bassinets ou par le passage dans 1 urine etdans la vessie de graviers ou de sables uriques abondants. Dans ces conditions, la gravelle phosphatique ne cesse qu’avec la cause de l’innammation. Aussi comprend-on bien que l’iirine puisse charrier en même temps des sables phosphatiques et uraliques.
Une autre cause de la gravelle phosphatique se rencontre encore chez les goutteux a une période avancée de la maladie, lorsque 1 urine a perdu de son acidité ou qu’elle est devenue alcaline. La gravelle phosphatique ne disparaît, dans ces cas, que lorsqu’il se maïufeste des attaques articulaires ou viscérales qui provoquent de nouveau 1 acidité de l’urine. Chez un de nos malades dont nous
28i TRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE UA GOUTTE.
avons rappoiTc l’observation, nous avons pu constater cette sécrétion intermittente de phosphate ammoniaco-magnésicn. Mais ce retour d’acidité n’est parfois que de couiTe durée et l’on conçoit très bien qu’il se forme dans la vessie des calculs phosphatiques qui peuvent nécessiter l’intervention chirurgicale. Nous n’avons pas eu toutefois l’occasion d’observer des cas semblables. On peut ^ aussi voir se développer la cystite comme manifestation secondaire ’J des concrétions phosphatiques. S
E. — Uréthritc goutteuse.
Les uréthrites, prostatites, orchites goutteuses, décrites avec | complaisance par les anciens, ont été en général assez difficilement admises par le scepticisme moderne. Il est certain qu’en matière de blennorrhagie, les renseignements fournis par les malades, gens mariés souvent, chez lesquels l’illusion est une nécessité, doivent être interprétés avec beaucoup de réserve. D’autre part, il ne faut pas oublier qu’cà l’époque où Deplaigne, Murray, François, Gaultier de Clauhry et autres publiaient leurs observations du transport de l’humeur rjoutteiise sur rurèthre, le rhumatisme blennorrbagique était absolument inconnu, et que dès lors , l’explication donnée par ces auteurs peut être à meilleur titre sans a doute retournée en sens inverse, la prétendue arthrite goutteuse i n’étant selon toute vraisemblance qu’unearthrite blennorrbagique. |
Ces réserves faites, on a dit qu’un écoulement uréthral pouvait précéder l’attaque de goutte, cet écoulement étant la conséquence de l’irritation produite pai’ le passage d’une urine trop chargée en urates. M. Souligoux de Yicby, cite l’histoire d’un épicierplein de vigueur et de santé, aimant la bonne chère, vertueux néanmoins. Cet homme fut pris un beau jour d’un écoulement blennorrbagique assez douloureux qui lui attira des reproches aussi violents qu’injustes de la part de sa jeune épouse indignée. Le ' confrère qui fut appelé auprès de l’intéressant malade ne put obtenir le moindre aveu capable d’expliquer la provenance suspecte de l’écoulement; le lendemain, la goutte faisait sa première apparition. Ce fait rappelle l’observation de Tbilenius concernant un homme qui avait tous les deux ou trois ans une attaque de