VALÈRE
Non , il était de Rome.
Dix fois à carte triple être pris le premier!
(Act. iv,sc. 13.)
Une idée est risible lorsqu'il y a en elle bizarrerie, contraste, nouveauté, finesse; elle devient comique lorsqu'elle s'applique au ridicule.
6. (Ainsi) le contraste est un des premiers caractères du risible. Il faut en outre que le contraste ait quelque chose de singulier qui amuse, de gai qui réjouisse. Le plaisir et la gaieté font donc aussi partie du risible.
Le contraste d'où dépend le risible peut être de plusieurs sortes : 1° si c'est un contraste avec le sang-froid, il donne naissance aux méprises, aux saillies, aux facéties, à ce rire qui ne tient qu'à la gaieté, et qui nous fait dire : c'est gai! 2° si c'est un contraste avec le beau physique ou moral, il en résulte ce gros rire qui tient à la farce, et qui nous fait dire : c'est bouffon ! 3» si c'est un contraste avec les convenances sociales, il produit ce rire qui tient au burlesque, et qui nous fait dire : cest fou! 4" si c'est un contraste peu marqué d'une chose avec une autre, dans leurs rapports physiques ou moraux , c'est le rire ou plutôt le sourire que fait venir sur le bord des lèvres la finesse des aperçus, et qui nous fait dire : c'est spirituel! 5° si c'est un contraste qui nous montre le ridicule de nos faiblesses et de nos travers, il en naît ce rire de bon cœur après lequel on se replie sur soi-même pour dire : c'est vrai! Il y a une infinité de sortes de rire, le rire d'ingénuité, de vanité, de dépit; enfin le rire se trouve partout où l'âme éprouve de ces sentiments
indéfinissables qui ont quelque chose de nouveau, de piquant, de malin et (le satirique.
7= II y a plusieurs moyens de bien peindre le ridicule etl« vice. Le premier, c'est d'opposer le ridicule à un autre ridi. cule, un vice à un autre vice ; telle serait une femme altièrj à côté d'un mari pusillanime, un fils prodigue à côté d'ua père avare.
Le second , c'est d'opposer le ridicule ou le vice à l'honnête et au décent; tel serait a côté d'un misanthrope un homme doux et poli ; à côté d'un flatteur , un homme sincère et vrai.
Le troisième, c'est d'outrer un peu la peinture. Les objets ne sont vus au théâtre que dans le lointain ; et pour qu'ils fassent plus d'impression , il est utile de leur donner une nuance légèrement exagérée.
8. Il y a, dit Marmontel , trois espèces de comiques, savoir : le haut comique ou comique noble, le comique bourgeois, et le bas comique.
9. Le comique noble peint les mœurs des grands, qui diffèrent des mœurs bourgeoises et populaires , moins par
• le fond que par la forme. Les ridicules des grands sont moins choquants; ils sont même si bien composés qu'ils sont à peine visibles. Leurs vices sont moins grossiers; ils ont je ne sais quoi d'imposant qui semble se refuser à la plaisanterie ; mais les situations ou les contrastes les mettent en jeu. Quoi de plus sérieux en soi que le Misanthrope? Molière le rend amoureux d'une coquette, et il est comique.
10. Le comique bourgeois peint les mœurs de la bourgeoisie, ses prétentions déplacées, ses faux airs, sa vanité; ridicules peu difficiles à saisir et qui conviennent merveilleusement au théâtre.
11. Le bas comique peint les mœurs du peuple; il peut, comme les tableaux flamands, avoir le mérite du coloris, de la vérité et de la gaieté. îl a aussi sa grâce et sa ^liesse, et il ne faut pas le confondre avec le comique grossier, qui n'est point un genre à part , mais qui peut être un défaut dî tous les genres. Que la suivante Marinette , dans le Dépii amoureux de Molière, dise au valet Gros-René, avec lequel elle vient de se brouiller (act. iv , se. 4) :
Voilà ton de.ml-cent d'épingles de Paris, Que tu me donna.s hier avec taut de fanfare,
c'est du bas comique ; mais que Gros-René lui répond© ;
114 TB4ITÉ DE LIT CËRA-IOBB.
Tiens, je voudrais pouvoir rejeter le potage Que tu me lis manger, pourc'avolr rien a toi,
c'est du comique grossier. Mais dans la même scène , la paille tximpue est un trait de génie. Ces sortes de scènes sont comme des miroirs ou la nature, ailleurs représentée avec le coloris de l'art, se rellète dans toute sa simplicité.
1 2. Les trois genres de comique peuvent se trouver dans une même pièce, et ne servent qu'à se fortifier réciproquement. Le Misanthrope est tout entier du haut comique. Ti' Ecole des Femmes et le Bourgeois gentilhomme offrent le bourgeois et le bas : la première dans le contraste de l'imbécillitéd'ÂlainetdeGeorgette avec l'ingénuité d'Agnès; la deuxième , dans l'opposition de la grossièreté de Nicolle avec les prétentions impertinentes et l'éducation forcée de M. Jourdain. Lestrois genres sont mêléset contrastent entre eux dans le Festin de Pierre , où l'on voit deux petites villageoises crédules se laisser séduire par un scélérat dont la magnificence les éblouit. (Marmontel.)
Abt. III. — De la Comédie considérée sous le rapport poétique.
1. Combien distinRue-t-on de sortes de comédies? — s. En quoi consiste la coinédic di.ilri;:iic? - r.. Qu'est-ce que la comédie d«i caractère;' —4. Qu'est-ce que lu ciMiiedii' mixte? — u. A quoi l'uclion doit-cllc être subordonnée dans la coniéilie? - c. Coiiiuient doivent Otre présenlimes caractères, et qu'y faut-ii éviter? — 7. Qu'y ^i-t-il il oljserver dans le dèvelupiieinfut du car.iolère principal? — «.Quelles miriirs peint-on dans lescoinedies de caractère, et iju'en resulte-t-il?— 9. Quelles mrrurs peint-on dans lesi autres comédies ?— \o. Qu'enlend-on par coups de théâtre ou surprises, et quelle en ist la rOylc? — ii. Qu'est-ce que la comédie larmoyante, et que f.uit-il piMts T de ce genre ? — |2. Qu'est-ce que la comédie héroïque? — 13. Qu'est-ce que la comedie-balict ? — I4. Quel doit être le style de la comédie? — lo. Quels modèles peul-on citer pour le style des différents genres de comique ?
1 . On distingue six sortes de comédies, savoir : la comédie é'intrigue, la comédie de caractère, la comédie mixte, la comédie larmoyante, {a comédie héroïque, et la comédie-bctffet.
2. La comédie dHntrigue, dit Destouches, auteur de V Envieux, consiste dans un enchaînement d'aventures plaisantes qui tiennent le spectateur en haleine, et forment un embarras qui croit toujours jusqu'au dénoùment. Les incidents en font ordinairement tout le mérite, parce que les mœurs et les caractères n'y sont touchés que superficiellement.