‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 31 sur 79 · La comédie larmoyante ou attendrissante est · texte numérisé non relu

La comédie larmoyante ou attendrissante est

celle qui présente les vertus communes avec des traits qui

les font aimer, et dans des périls ou des malheurs qui les

rendent intéressantes. Boileau semble l'avoir condamnée

par ces vers :

Le comique, ennemi des soupirs et des pleurs, N'admet point dans ses vers de tragiques douleurs.

Voltaire, quoique auteur de iSanine , se déclare contre ce genre, qu'il appelle un monstre ne de l'impuissance d'être ou plaisant ou tragique. Marmontel au contraire le défend , d'après Corneille, comme plus utile aux mœurs que la tragédie, vu qu'il nous intéresse de plus près, et ou'ajnsi les exemples au il nous prci*)"^^ »ûui fauchent plu

sensiblement. La question est restée indécise ^ mais on peut dire que , comme le genre larmoyant ne saurait être ni soutenu par la grandeur des objets, ni animé par la force des situations, et qu'il doit être à la fois familier et intéressant, il est difficile d'y éviter le double écueil d'être froid ou d'être romanesque. C'est la simple nature qu'il faut saisir, et c'est le dernier effort de l'art que d'être en même temps ingénieux et naturel.

12. La comédie héroïque est celle où l'on introduit des princes et des rois; mais si l'on borne la comédie au comique , on exclut par cela même tout ce qui sort de la vie ordinaire.

13. La comédie-ballet est celle où les intermèdes sont remplis par des pantomimes, par des chants ou par des danses. "Tel est le Malade imaginaire de Molière.

14. Le style de la comédie doit être clair, aisé, simple, et approchant de la conversation, sans que pourtant il soit jamais lâche, rampant ni décousu. Les expressions doivent être vives, choisies, mais jamais pompeuses ni magnifiques; point de grands mots, point de figures éclatantes et soutenues. Les pensées doivent être fines et délicates, mais toujours justes, vraies, naturelles, et faciles à comprendre. Dans le dialogue, il faut un ton d'aisance et de liberté, doux sans affectation, exempt de prétention et de vain babil, de recherche et de belesprit.

Dans la comédie , comme dans toute autre composition littéraire, le style doit être proportionné tant à la nature du sujet qu'a la qualité ou à la situation du personnage. De là vient que la comédie peut élever le ton sans cependant oublier la simplicité. Ainsi, suivant l'expression d'Horace, un vieillard parle quelquefois avec empliase, avec feu, lorsqu'il est indigné contre son fils :

Inferdum tamen et V()cpm coipœdia tollit, Iratusque Chrêmes tumido delitigal ore.

(De Arl.poét., 93. )

Ainsi encore le jeune Métromane peut parler avec chaleur, avec véhémence, d'un art dont il fait ses délices, et si propre à échauffer l'imag nation de celui qui le cul- Uve.

{Voyez plusieurs morceaux de la Métromanie , n" 30, à la fin du v<v lume. ^

15. Pour le style du haut comique, voyez la 5^ scène du 2* acte et la Z^ scène du 4" acte du Mhanthrope; pour le style du comique bourgeois, la 6*^ et la 7' scène des Feinmes savantes i et pour le style du bas comique, la sceue 4^ du 4' acte du Dépit amoureux.

§ 2. — De la Farce ou comédie populaire , des Pièces à scènes détachées ou à tiroir, et de la Parodie.

\ . Qu'est-ce (lue la farce, et quel en tst l'objet ? — 2. Dans quel but la farce a-tetle été introduite sur la scèn» ' — 3. A quelles règles la farce est-elle soumise, et

aue faut-il penser Je ce genri; ilr pièces ;• — 4. uu'enti-nd-on par pièces à scènes (.'tachées ou à tiroir? — s. Qu est-ce que la parodie, et coujbicn y en a-t-il d'espèces? — s. Que faut-il penser de la parodie?— 7. Quel est le but de la parodie lorsqu'elle est bonne?

1. La farce ou comédie populaire est une petite pièce dont l'objet est de faire rire, par une peinture grossière et chargée des ridicules et des vices. On pourrait l'appeler la comédie en caricature.

2. La farce a été introduite sur la scène pour être représentée à la suite d'une comédie ou d'une tragédie, dans la vue de délasser le spectateur du sérieux des grandes pièces. Aussi la gaieté et l'agrément doivent-ils en faire le principal mérite.

3. La farce est soumise aux mêmes règles que la comédie ; maison n'y exige pas autant d'exactitude dans la conduite de l'action, dans la liaison des scènes, ni autant d'art dans le tissu des incidents, dans la préparation du dénoùraent. Le modèle de la farce est V Avocat Patelin , que Biueys a remis au théâtre; on peut citer ensuite \es Plaideurs , de Racine; le Mariage Forcé, le Médecin malgré lui, les Fourberies de Scnpin, la Comtesse d'Escarbagnas , Pourceaugnac, et le Mo.lade imaginaire, de Molière ; enfin le Galant Jardinier, le Mari ret'ouve, les Trois Cousines, et les Bourgeoises de qualité , de Dancourt.

Malgré ces autorités, la farce est un spectacle plutôt digne des tréteaux que de la scène. Lui donner des salles décentes et une forme régulière, l'orner de musique, de danses et de décorations agréables, et pour souffrir des mœurs obscènes et dépravées, c'est dorer les bords de la coupe ^ le public va boire le poison du vice et du mauvais goût.

4. On entend ipar pièces à scènes détachées ou à tiroir, celles dont les scones n'ont aucune liaison entre elles.

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Le poëte y fait paraître plusieurs personnages qui ont, chacun, leur intérêt particulier; ils viennent successivement ou plusieurs ensemble, un homme, ou une divinité; ces pièces n'ont donc en général ni intrigue ni dénouaient; elles finissent avec l'audience de l'homme ou du dieu consulté. Elles sont presque toujours suivies d'une danse formée par les personnages qui ont paru sur la scène.

Parmi les pièces à tiroir, on peut citer les Fâcheux , de Molière , dont chaque scène est un chef-d'œuvre ; le Roi \ de Cocagne, et Xdi Nouveauté , deLegrand. -- 5. La parodie en général est une imitation ridicule d'un ouvrage sérieux ; et le moyen le plus commun que le parodiste y emploie est de substituer une action triviale à une action héroïque. On en distingue deux espèces, selon que les originaux sont parodiés en entier ou en partie. Dans la première espèce , on peut citer Ulysse et Circé, et Arlequin Phaéton , joués par les comédiens italiens à la fin du siècle dernier; et dans la seconde, le Mauvais ménage, parodie de la Marianne de Voltaire, et Agnès de Chaillot, parodie de Vlnès de Castro de la Motte.

6. La parodie , qui ne fait que travestir les beautés sérieuses d'un ouvrage , accoutume les esprits à plaisanter de tout; elle altère aussi le plaisir du spectacle sérieux et noble. C'est d'ailleurs un talent bien trivial et bien méprisable que celui du parodiste , soit par l'extrême facilité de réussir sans esprit à travestir de belles choses, soit par le plaisir malin qu'on paraît prendre à les avilir.

7. Le mérite et le but de la parodie, lorsqu'elle est bonne, est de faire sentir, entre les plus grandes choses et les plus petites, un rapport qui, par sa justesse et par sa nouveauté, nous cause une vive surprise : contraste et ressemblance, voilà les sources de la bonne plaisanterie, et c'es? par là que la parodie est ingénieuse et piquante. Mais si dans le sujet comique ne se présentent pas naturellement les mêmes idées , les mêmes sentiments, les mêmes images, presque les mêmes caractères , les mêmes passions que dans le sujet sérieux, la parodie est forcée et froide. C'est la justesse des rapports, c'est l'à-propos, le naturel, la vraisemblance, qui en fait le sel, l'agrément, la finesse.

On a dit que la parodie servait à corriger le goût ; mais d'abord la parodie peut être plaisante et la critique trèsmauvaise. En outre , n'est-ce pas un mauvais moyen que de

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chercher à perfectionner d'un côté le goût, en le corrompant de l'autre? «j > •>« ,'> '(,,•.

... .'•.:. nu:i § 3. — De l'Opéra- comique et du Vaudeville. !<;

I. pu'fst-ce qiie l'opi^ra-comlqne ? — 2. Comtiien distingnc-t-on d'espèces d'opi^M coiniiiuf , ft eu quoi difrért'iit-i Iles l'une di' Paulre? — 5. Quelles doivent être Kn qualités de rts portes de picrcs? — 4. Oue doivent (aire réciiiroijuimenl le ppf te et le innsicien? — n. Qu'eu tond-on par on duo , un trio , etc. , en musique , et où faut-il les placer? —6. Quel doit être le déAOÙment d'Ua opéra-comique?^ »~*)u'est-ce que le vaudeville ? ' '

1 . L'opéra-comique est une comédie d'intrigue faite pour égayer le spectateur, moins par la peinture des ridicules et des caractères , que par la musique dont la pièce est accompagnée, i .■ i>

2. On distingue deux espèces d'opéra-comique : l'opéracomique eu vaudevilles, et l'opéra-comique à ariettes. Le premier est tout entier ou presque tout entier en chansons , sur des airs connus ; le second est mêlé de chants sur des paroles qui expriment un sentiment ou une passion.

3. Le sujet de l'opéra-comique en vaudevilles doit être simple , exposé avec précision et conduit avec sagesse. II faut surtout que les airs soient bien choisis , et qu'ils conviennent aux sentiments, à la situation des personnages.

Dans l'opéra-comique à ariettes, la partie versifiée doit offrir une poésie précise , naturelle , coulante , et qui prête à la musique. L'ariette ne peut être chantée que dans les endroits ou le personnage est agité de quelque passion; de plus , elle doit être la récapitulation et la péroraison de la scène. De là vient que l'acteur disparaît presque toujours après avoir chanté.

.- 4. Comme un chant ne saurait plaire s'il est trop monotone, c'est au poète à fournir au musicien les moyens de le diversifier. Il doit, à cet effet, varier autant que possible le caractère des ariettes; il faut aussi que le dialogue soit proportionné à la musique et la musique au dialogue , pour que l'un n'oqçupe, pas la scène plus longtBmps:qu6 l'autre. j ,!. ■„iti.iiM.!i .i ... ,■ : -t- • - • i .■-' l'ii.. ■ :t

5. Il en est du duo, du trio, etc. , en musique, comme du mov nologuedans la simple déclamation. Il arrive dans la nature qu'on parle quelquefois seul et à haute voix, soit idans^tbi réflexion tranquille, soit dans la passion : et de là, par exteu-sion, la vraisemblance dumonologue. 11 arrive aussi quelquefois que deux, trois, quatre personnes, dans la vivacité, par-

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lent toutes ensemble; que les reprises du dialogue, eu se pressant, se croisant, se confondent, ou que le mouvement de l'ûme des interlocuteurs étant le même , ils disent tous la même chose : c'en est assez pour établir la vraisemblance du duo, du trio, du quatuor, etc., ou le chant simultané de deux, trois, quatre, etc. , personnes.

On voit, d'après cela, qu'H ne faut placer les duo, les trio, etc., que dans les situations vives et touchantes, n'y mettre qu'un dialogue court, peu phrasé, formé d'interrogations , de réponses, d'exclamations rapides.

G. Les règles du dénoùment dramatique s'appliquent à l'opéra-comique. Si la pièce finit par un vaudeville, il doit au moins paraître faire partie du sujet et se rapporter aux personnages, parce que l'illusion doit durer tant que les acteurs sont sur la scène.

7. Le vaudeville est une petite comédie d'intrigue avec des ariettes ou des couplets. Le nom de vaudeville s'applique encore à la chanson satirique (p. 53) , et au divertissement qui termine certaines pièces de théâtre.

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