‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 33 sur 79 · X.^ 2. — Des diverses espèces de poëmes didactiques · texte numérisé non relu

X.^ 2. — Des diverses espèces de poëmes didactiques

Ai\T. l*"". — Poème Didactique proprement dit.

I. Qu'est-ce que le poUme didactique proprement dit? — 2. Quels sont les .ivsntai;cs (lu poi^ine didnctique sur les traités en prose' — 3. Quelles sont les rèpics proiires au poëme didaitiquci' — 4.i}u'enten(l-oii par l'intérêt du sujet? — s. l-.a quoi consistent l'ordre et la méthode nécessaires au poeinc rflilactique? — e. les épisodes et les descriptions épisodiques en sont-ils exclus? — 7. Qir'va-t-il a observer par rapport aux épisodes ou descriptions épisodiques? — s. L'épisode du poËme didactique n'y est-il toujours Introdiut qu'a titre . d'ornement? —

• Principes dejittérature . t. II. u. 72.

124 TRAITÉ DE LITTÉRATUBE.

». Qii'ya-Wl i dire sur la beauté de l'élocutton dans le pothne dldacllmieP'^ .0. Quelle est la forme »)iis laquelle il faut présenter les préceptes? — ii. Que disait Horace au sujet des préceptes ? — 12. Citez quelques passages des pommes Uidactiques des Hébreux? — is. Quels sont les écueils de la poésie didactique?

1. Le poème didactique proprement dit est un traité régulier, roulant sur un sujet philosophique, grave et utile. Tels sont: 1° les IVavaux et les Jours d'Hésiode , \e<,Pkénomènes d'Aratus, la Chasse et la Pêche d'Oppien; 2" le De rerum Naturà de Lucrèce , et l' An ti,- Lucre ce du cardinal de Polignac, la Religion de Racine le fils, les Géorgiqices de Virgile, les Jardins de Delille, les Saisons de Saint- Lambert, l Art poétique d'Horace, de Vida et de Boileau, les/' «.ç/Ci- d'Ovide, VAstronomicon de Manilius, l'Essai sur l'Homme et sur la Critique de Pope, etc.

Les Livres Saints nous offrent aussi plusieurs poëmes didactiques, tels que les Proverbes de Salomon XEcelésiaste, le Livre de la Sagesse et l'Ecclésiastique '. y^-^ 2. Le poëme didactique trace les règles de l'art qu'il ' veut enseigner, ou s'attache à prouver des principes; mais la différence de forme lui donne sur les traités en prose une foule d'avantages. Le charme de la versification rend l'instruction plus agréable; les descriptions, les épisodes et les autres ornements qu'il admet , occupent et flattent l'imagination; les vers enfin gravent plus profondément dans la mémoire les circonstances les plus im- \^portantes du sujet.

~ 3. On peut réduire à trois les règles propres au poëme didactique, savoir : 1° l'intérêt du sujet; 2" Vordre et la méthode; 30 la beauté de rélocution.

4. Le sujet d'un poëme didactique est intéressant lorsqu'il repose sur un fond solide. C'est une chose déplorable de voir dans le De rerum Naturâ de Lucrèce , dans y Essai sur l'homme de Pope, tant et de si belle poé^ sie employée à développer le détestable système d'Epicure et l'optimisme de Leibnitz. Virgile, plus modeste dans le choix de son sujet, semble n'avoir voulu qu'instruire le cultivateur; mais il l'a honoré, et il a élevé à l'agriculture le plus beau monument que le premier des arts agréables pût élever au premier des arts nécessaires.

5. Dans tous les ouvrages didactiques, l'ordre et la méthode sont essentiellement requis, non à la vérité sous une forme aussi stricte que dans les traités en prose , mais

* V. Histoire de la Littérature mcrée , p. 39-58.

de manière pourtant à montrer claireraent au recteur la suite et l'enchaînement des idées. Horace est celui de tous les poètes didactiques qui semble avoir le plus négligé ce précepte; mais si l'on envisage son Art poétique comme destiné à tracer les règles du drame romain , ce qui paraît avoir été l'objet principal de l'auteur, on y découvre un traité plus complet et plus régulier, que si l'on veut, suivant l'opinion commune,, y trpu:yer tout l'art de la poésie réduit en système '. ; ' •" .','i" V ■ ""'

6, Une instruction longtempssoutenuè'nôtiàlaséëj 'surtout dans un ouvrage de poésie , où l'on veuttoujours trouver quelque amusement. Le grand art, pour intéresser dans un poème didactique, c'est de reposer et d'amuser le lecteur, en liant au sujet quelques épisodes ou descriptions épisodiques agréables. Les beiiutés les plus éclatantes des Géorgiques sont répandues dans des digressions de cette nature où le génie du poète a pu se développer en liberté.

(Foijez à la lia du vol., n» 31, l'analyse des Géorgiques^^et,DCH% la fable de Pandore , par Hésiode. )

De même dans Lucrèce, les passages lès plus remarquables, et tout à la fois les plus nécessaires pour faire supporter en poésie l'abstraite ariidité du sujet, sont les digressions sur les louanges d'Épicure et de sa philosophie, sur le tableau des premiers liuma^iis. la description de la peste ( I. VI ,1 136) , et plusieurs éclaircissements amenés d'une manière incidente, écrits avec une rare élégance, et embellis par les charmes d'une versilicalion qui a chez ce, poêle uu caractère particulier de douceur et d'harmonie.

( Nous ne citerons que la description de la pesté ^ vfl 3-2 ,% ta, ûù du volume.) '"' ■ ' '■'' '■■' i''i''' ■■; '■' •■

7. Il n'y a , dans tout le domaine de la poésie , aucun objet agréable et descriptif, que le poète didactique ne puisse s'approprier et introduire dans son ouvrage; mais il faut : 1° que de tels épisodes naissent naturellement du sujet ; 2" qu'ils ne soient pas d'une longueur disproportionnée; 3o que l'auteur sache rentrer avec art dans son sujet et redescendre avec grâce au style simple après s'être élevé au style tempéré ou sublime. Virgile excelle àcet égard; voyez comme la description qu'il fait de la course des chevaux et de l'invention des chars est pour ainsi dire enchâssée danâ les préceptes :

/ Ergo animos aevumgue notabis

/ Praecipuè ; bine alias artes , prolemque parentùm,

/ ' Voyez HUt. de la Littérature laMie, jf^'M-iék. '

Et quis cuique dolor victo , quae gloria palmae. Nonne vides, quum praecipiti certamine campum Corripuère ruuntque effusi carcere currus; Quum spes arrectifijuvenum, exsultantiaque Iiauril Corda pavor pulsans?Illi instant verb(^re lorto, Et proni dant lora; volât vi fervidus axis; Jaraque hiuniles, jamqueelati sublime videntur Aëra pcr vacuum fern atque a.ssurgere in auras. INec raora. necrequies; at fulvœ nimbus arenje Tollitur; liumescunt spumis (latuque spquentùm; ïantus amor landum, tanlœ est Victoria curaBÎ Primus lirichibonius currus et quatuor ausus Jungere equos, rapidisque rôtis insistere Victor. Frena Peletlironii Lapithae gyrosque deilére, Impositi dorso; atque equltem docuêre sub armis Insultare solo , et gressus glomerare superlnjs. jEquus uterque lal>or; aequè juvenemque magistri Exquirunt calidumque animis et cursibus acrera, Quamvis ssepè fugâ versos llle egerit hostes, El patriam Lpirum référât l'ortesque Mycenas, ]?(eptuniqueipsà deducat origine gentem.

( Georg., iir, lOO.)

Dans la description de la mort de César , modèle tout à la fois de poésie et d'épisode , Virgile , au moment où il semble avoir tout à fait perdu de vue ses agriculteurs, revient à eux par une tournure naturelle , en profitant , pour terminer sa digression, de quelque circonstance liée à leurs travaux, et par laquelle il les intéresse au récit des grands ^événements qu'il vient de décrire :

\ Scilicet et tempus veniet, cùm finibus illis \ Agricola, incurvo terram molitus aratro,

\ Exesa inveniet scabrà rubigine pila : ,

*■ Aut gravibus rastris galeas pulsabit inanes, \Grandiaque effossis mirabitur ossa sepulcris.

8. L'épisode du poëme didactique n'y est pas toujours introduit à titre d'ornement; quelquefois il est mêlé au sujet , dans le but d'instruire; et le poëte, tout en peignant des objets qui ne tiennent qu'aux parties principales de son ouvrage , trace une suite raisonnée de préceptes. C'est ce qu'a fait Rosset dans le chant de son poëme [V Agriculture) où il traite des arbres. A propos du mûrier, il décrit les travaux des vers à soie, qui se nourrissent des feuilles de cet arbre précieux. Ed voici quelques vers :

Lassés d'un vain loisir, et libres de leurs maux. Les vers veulent alors commencer leurs travaux. Aidez de tous vos soins un espoir qui vous (latte. Dans leurs corps transparents l'or' de la soie éclate Vous les voyez monter ; offrez-leur des rameaux ; Qu'ils puissent y suspendre et tiler leurs tombeaux. Sous les anneaux mouvants qu'à vos yeux ils présentent ,

Dans leur sein deux vaisseaux à longs replis serpentent La soie, en se formant, brute et liquide encor, Dans ces riches canaux roule ses ondes d'or. La liqueur s'épaissit dans sa route dernière , Se transforme en un fil , et sort par la lilière. Quand la chenille entin voil ce temps arrivé, Elle prodifiue un suc jusqu'alors réservé. En longs cercles d'abord des lils qu'elle ménage Elle forme un (lu\el, appui de son ouvra;^e : Bientôl elle décrit des mouvements plus courts; Et ses lils plus seprés, unis par mille tours, D'un tissu merveilleux composant la structure, D'un œuf d'or ou d'argent présentent la ligure. Venez les admirer : ce ver dans sa prison Ne commence qu'à peine à former .sa cloison , Celui-ci, que déjà cache un épais nuage , Laisse encor de ses lils entrevoir l'assemhlage : D'autres, se renfermant dans les mêmes réseaux. Unis pendant leur vie, unissent leurs tombeaux. Mais dans ces jours, hélas I si du bruit du tonnerre Le ciel dans son courroux épouvante la terre , Ils frissonnent d'horreur, tombent, el pour jamais Laissent en expirant leurs tissus imparfaits.

9. Le principal mérite d'un poëme didactique consiste sans doute dans la justesse des pensées , la solidité des principes, la convenance et la clarté des applications et des exemples. Mais si le poëte doit instruire , il faut qu'il anime l'instruction, et qu'il fasse disparaître la sécheresse et la monotonie des pi-éceptes sous les ornements de l'élocutlon : choix des épithètes, emploi des termes métaphoriques, hardiesse et éclat des figures, harmonie et vivacité des tours , en un mot tout ce que le style poétique a d'attrayant et d'enchanteur. Virgile nous offre en ce genre un parfait modèle. Il a l'art de relever etd'emhellir les détails les plus communs de la vie rustique. Au lieu de dire au laboureur en langage ordinaire que sa récolte manquera s'il néglige certain soin de culture, il lui annonce ainsi le sort qui le menace :

Heu! magnum alterius frustra spectabis acervam, Coocussâque famem in silvis solabere quercu.

(Geori/., I, 158.)

Au lieu de lui conseiller simplement d'arroser les champs qu'il a ensemencés , il peint sous nos yeux un charmant paysage :

Et quum exustus ager morientibus œstuat herbis Ecce supercilio clivosi tramitis undam Elicit? illa cadens raucum per levia murmur Saxa ciel, scatebrisque arentia tempérât arva.

(fieorg., i, 107.)

128 THAITÉ DE LIÏTÉRATIIBE.

La poésie sauve aussi ce que certains détails auraient de repoussant. Telesî cet exemple où Rosset parle du fumier ;

Des restes les plus vils se forme cet engrais Qui va porter la vie au fond de vos ^uërets. l Des animaux divers la lécùnde litière w,..i.i (ii.i

) Est des ameuilements la plus riche matière. nul uH .

I Pour les muKiplier, ajoutez aux premiers ...ni

/ La dépouille clés bois , la cendre des loyers, / Ces amas précieux se mêlent et s'unissent, I Et de l'astie du jr)ur les ardeurs les mûrissent.

i Ainsi, par d'Iieureux soins toujours entretenus, \ Tour à tour aux guérets ils portent leurs tributs.

La difficulté est plus grande encore lorsqu'il s'agit de

, prouver quelque vérité métaphysique; mais voyez avec

j "quelle précision de langage, quelle solidité de raisonnement,

I it tout à la fois avec quel charme de poésie, Racine, ^ fils

[ àtahlit l'immortalité de l'âme : ■. .1 is

Je pense. La pensée, éclatante lumière,

Ne peut sortir du sein de l'épaisse matière. , J'entrevois ma grandeur. Ce corps lourd et grossier

\ N'est donc pas tout mon bleu , n'est i)as moi tout entier.

; Quand je pense, chargé de cet emploi sublime j

Plus noble que mon corps, un autre être m'anime.

Je trouve donc qu'en moi, par d'admirables nœuds,

Deux êtres opposés sont réunis entre eux •

De la chair et du sang, le corps vil assemblage;

L'àme , rayon de Dieu , son souffle, son image.

Ces deux êtres, liés par des nœuds si secrets,

Séparent rarement leurs plus chers intérêts.

Leurs plaisirs sont communs aussi bien que lears peine*

L'àme , guide du corps , doit en tenir les rênes ; , , ■, , ■> -iiuu

Mais par des maux cruels quand le corps est trouble, '" ' ' .

De l'àme quelquefois l'empire est ébranlé. i i!in".(i-»(i') I» 1'»

Dans un vaisseau brisé, sans voiles, sans cordage,

Triste jouet des vents , victime de leur rage ,

Le pilote effrayé , moins maître ({ue les flots.

Veut faire entendre en vain sa voix aux matelots',

Et lui-même avec eux s'abandonne à Torage.

11 périt; mais ie nôtre est exempt du naufrage.

Comment perirait-il? Le coup fatal au corps , . ^.

Divise ses liens , dérange ses ressorts ;

Un être simple et pur n'a rien qui se divise.

Et sur l'àme la mort ne trouve point de prise.

Que dis-je ? Tous ces corps dans la terre engloutis ,

Disparus à nos yeux, sont-ils anéantis?

\ D'où nous vient du néant cette crainte bizarre?

! Tout en Sort, rien n'y rentre, et la nature avare

\ Dans tous ces changements ne perd jamais son bien.

i Ton art ni tt's fourneaux n'anéantiront rien, , . i; r.p

\ Toi qui, riclie en fumée , ô subhme alchimiste , ,•■,> / ru

V Dans ton laboratoire invoques Trismégiste; \ Tu peux filtrer , dissoudre, évaporer ce sel : ,, ,

\ Mais celui qui l'a fait veut qu'il soit immortel. '!, '

\ Pretendras-tu toujoursà l'honneur de produire^^, , , , .,,, , i Tandis que tu n'as pas le pouvoir de détruire? .; ,,. , i , , , /, .il SI du sel ou du sable un grain ne peut périr, \j^tre qui pëise en moi craindra- t-il de mourir ?

^Qo'est-ce donc que l'iostant ou l'on ce^se de vivre ? IjiDStant ou de ses fers une àme se délivre. Le corps , né de la ])oudre , « la poudre est rendu L'esprit retourne au ciel dont il est descendu.

0. Le poëte didactique.doitpewrf/-e le précepte, c'est-àdire ie revêtir des couleurs natui-elles de son sujet. C'est ce qu'a fait Virgile dans tout lecours de sonpoëme. Veut-il dire qu'il faut labourer au printemps et donner quatre labours à une terre , il présente aussitôt des images qui sont les préceptes mêmes ;

* itii.i.j •JinimiJir.itnur'i

Vere novo, gelidus canis ciim montibus huinatti o'>n , wiK(fi /;fi<)ilfi ob Liquilur, et zephyro putris se jj;leba resolvit, ' ,>>"K) li/Bid-il'o o'n

" Depresso incipiat jam turn niihi laurus aratro ' nfi tiil ni b vv\<'>"^) Ingeraere, elsulcoaltritus splendescere \omesEi'n(i'ili «yb itiipiht\bit Illa seges demum volis respomlet avari

Agricolae, bis quœ solera, bis Irigora sensit; fn; ^cj\ ;■■ j

'■ ' us immensœ ruperunt horrea messes. ( Georg. , i , 4^). ,"

Horace donne en uu mot la règle des préceptes :,i ,f;j,

Quidquid prsecipies , esto brevis; * , ':; ; 'w.'.

est la brièveté qui plaît surtout et qui frappe en ce genre. Cette brièveté, quand elle est jointe à la clarté, comme Horace le suppose, a plusieurs avantages; on en Baisit mieux le précepte , on l'apprend plus aisément , et on l^ 3:etient;Çxactement et pour toujours :

''i''.- i .'■.'..■•■.',.. ut citb dicta cjni

Percipiant animi dociles, teneantque fidèles. ,1 • ^

Cette pensée se retrouve dans YEcclésiaste de Sîdomon, ious une forme parabolique ( c. xii , v. H ) :

Verba sapientium sicut stimuli, et quasi clavi In altum defixi. Les paroles d(-^ sages sont comme des aiguillons et comme des clous profondément enfoncés.

t2. Les poèmes didactiques des Hébreux présentent une foule de traits heureux dont on ne nous saura pas mauvais gré de citer quelques-uns. Voici comment Salomoa parle de l'ivresse (c. xxiii, v. 29-35) :

Xui \u? cujus palri viE?cuirixœ? cuifovea!?cui sine causa vulnéra ^

isuffusir» oculorutii? '■:,,

■Nonne his qui commoranlur in vino et student calicibus epotandis?

Ne inluearis vinum, ijuando flavescil, cum spleudueritin vitro color

'ejus : ingreilitur blande ;

Sed in uovissimo mordébit ut coluber , et sicut regulus veneaa ûjl-

fundel. '^

I Oculi lui videbunt exiraneos, et cor tum loquetur perversa. .il

I Kt eris.sicut dormieos io inedio mari, et quasi sopitus gubernator,

^1 amisso clavo;

130 TBAITÉ DE LITTÉBATUBE.

Et dices : Verberaverunt me , sed non dolui : traxerunt me, et eflo non sensi ; quandô evigilabo et rursus vina reperiam?

Le dernier verset est surtout admirable, on ne saurait mieux peindre la stupidité de l'ivresse. La peinture de cette morne stupidité n'est pas plus belle dans Tacite, lorsqu'on vient annoncer à Claude, au milieu d'un festin, la mort de l'infâme Messaline. Ce tyran abruti reste insensible acette nouvelle, et demande une coupe de vin :

/Nuntiatumque Claudio ppulanli periisse Messalinam , nondisfincto suà /an aliéna manu , nec ille quœsivil , poposcitque poculum et solita convi- ( vio celebravit {Ami., 1. xi, c. 38>. X (Foyez a la Un du vol., n" 33, quelques autres passages des poèmes

i^dacliques des Hébreux.)

13. Les anciens animaient merveilleusement leurs poèmes didactiques par une variété de conceptions morales qui leur donnaient la vie. Mille épisodes touchants se mêlent à leurs préceptes; et dès que leur sujet les ramène à des descriptions , tout en cherchant à égaler par les formes du style les pompes de la nature ou les miracles des arts, ils se gardent de faire de ce travail l'unique objet de leur étude ; mais ils connaissent le secret de ramener dans ces descriptions mêmes quelque image touchante pour le cœur, ou quelque pensée imposante pour limagination : ils aiment mieux séduire l'esprit que le surprendre , et l'éclai- Vrer que l'éblouir.

De nos jours , la poésie didactique n'est plus guère autre chose que la poésie descriptive, cette poésie la plus facile de toutes et la plus prompte à se perdre dans le mauvais goût : cette poésie qui ne brille que par la symétrie des vers, par l'arrangement de ses syllabes, par l'effet inattendu de ses cadences, par l'appareil de son harmonie; cette poésie qui se fatigue péniblement à imiter ce que la nature extérieure offre de doux ou de bruyant à l'oreille , d'agréable ou de bizarre à l'esprit ; cette poésie enfin qui n'est qu'une lutte permanente de la versification contre la féconde et merveilleuse nature. C'est avilir le plus noble des arts de l'esprit, que de le réduire à un tel mécanisme d'imitation. La poésie ne doit pas parler uniquement à l'oreille, elle doit parler à l'intelligence, et pour cela se présenter avec des pensées et des images qui ne soient pas seulement empruntées à la nature matérielle, mais à la nature morale, bien j^Mtrement féconde et surtout bien autrement élevée.

C'est sans doute un des beaux privilèges de la poésie de donner des préceptes sur tout ce qui se rapporte aux arts de l'esprit humain, ne fiit-ce qu'aux arts de l'industi'ie mécanique. iMais en choisissant ces sujets utiles, elle semble n'y avoir vu qu'un cadre où elle pouvait faire entrer à son gré toutes les images, toutes les descriptions qui semblent s'y rapporter plus ou moins. De là l'ennui qui saisit bientôt l'esprit à la lecture de la plupart de nos poèmes modernes, ou le désir de tout décrire en vers harmonieux ne dissimule pas longtemps le vide de l'action et le défaut d'intérêt qui en résulte.

/^ Art. II. — Genre ou Poème Descriptif.

1. Qu'est-ce qiie le genre descriptif? — ï. Quel est le vice inhérent au genre descriptif? — s. Que doit former toute compositioa raisonnable?

/ I.Ce qu'on appelle aujourd'hui en poésie \e genre ou le poème descriptif n'était pas connu des anciens. Cest une invention moderne que n'approuvent ni la raison ni le goût. Il consiste en effet à décrire pour décrire, à décrire encore après avoir décrit, en passant d'un objet à l'autre, sans autre cause que la mobilité du regard et de la pensée , et comme en nous disant : « Vous venez de voir la « tempête , vous allez voh- le calme et la sérénité.»

2. Qu'on demande aux poètes didactiques quel est leur dessein; l'un ^ Lucrèce) répondra : C'est de tout expliquer dans la nature par le mouvement des atomes; l'autre (Virgile) : C'est d'inspirer de l'estime et du goût pour les travaux rustiques, et de les ennoblir en les âéveloppant ; un autre ( Boileau ) : C'est de graver plus nettement dans les esprits les leçons de l'art que j'enseigne, etc. Mais qu'on demande au poète descriptif, à l'auteur des Plaisirs de Vijnayination ( l'Anglais Akenside ) , quel est le but qu'il se propose ; il répondra ; C'est de rêver, et de vous décrire mes songes. Or un volume de rêves ne saurait être intéressant. Si l'on veut parcourir le vaste champ de l'imagination , qu'on nous parle de ses influences ; alors ou aura des vérités morales et politiques à faire entendre dans des préceptes , à développer dans des tableaux; on aura décrit pour instruire, et l'on n'aura fait qu'animer la raison , que colorer la pensée.

3. Toute composition raisonnable doit former un ensemble j un tout, dont les parties soient liées, dont le mi-

^^mi:^^0itm:

liJ2 TBAITÉ li^ LITTÉBATUBE.

lieu rèporide au commencement, et la fin au milieu. Oi dans le poème descriptif nul ensemble, nul ordre, nulle correspondance ; il peut y avoir des beautés, mais des beautés qui ne détruisent pas leur succession monotone ni leur dïsicordaut assemblage. ■ ' .i !,'

ij;ii,!;'; ! 1.; j([ ,(<ni

-'i; i^n'eStMîe'cfuB répîfre,' «it (lutfHe en pent être la raatiên» et le style ?^ fcConjbien flistinjîup-tnin^e sortes dVpttres?— a Qu'est-ce que l'épitrc phUo»ophi-< <)iie , Pi fîdcHi^ t-'ii dGherii èti'e Ifs qii;ilités ? — 4. Ouets ornetn('iil<i admet l'èpitre pliilosophique? — s. L'épjtre philosoplUque adriiet-eUe les tictions iii.vtholo^- (Mipsi' — 6. (>u'est Cl" que riii'rnTdf? — 7 Quelles rtoivei'.; ôtre les qualités de riK'roïde ? — 8. <urc»t-ce que l'c^pitre faqfiUiere? — 9. Quels doivent être les caractères de l'épttre luélée de prose 2 .-, I» . .-

,1. L'e/?î7re, comme son nom l'indique, n'est autre chose qu'une lettre écrite en vers. Il n'y a aucun genre de poésie plus libre, soit dans le choix de la matière qui peut embrasser tous les objets , soit dans le choix du style qui peut prendre tous les tous. ■ ■ ■,■ ; nin (loilii'-vii!

2. On distingue quatre sortes d'épîtrcslsav-oir*. l*;Vq»i4 tre ■philosophique ; '2° Vhéroïde;^^ Vépitre familière; 'é^iVépUre mêlée de prose. ■ i

£j ^^, t-'^Ure philosophique est celle qui roule sur la religion , la morale , la littérature , les sciences , les arts , ou sur quelque grande passion. Elle doit se distinguer par la justesse et la solidité des idées, par la profondeur et la lucidité des raisonuemeuts. Il faut que le style en soit concis et rapide, le ton vif et animé , la tournure piquante et ingénieuse, pour frapper l'imaginalion et tenir l'attention éveiljlée, Horace, dans une épître à Auguste (1. ii, 1 ), lui fléveloppç. toutes les lois du bon sens et du bon goût dans les ouvrages de littérature, avec une noblesse et une dignité qu'il n'a.pas dans ses autres lettres. Boileau l'a surpassé de beaucQup, ne, fût-ce que par la beauté de la versidcation. Voyez ^îonime, dans l'épître V, il prouve que nous ne de-» vm>s Cihier<»her notre bonheur qu'en nous-mêméi : ■-: ' ii; ' i

.;■ ■. lio'iiii , (ioiii:;[ Ainsi iloric, philosophe à la raisoa soumis , . ,./»-.;,

Mes défauts iltisormais sont mes seuls enuemis.!' ''"'^f' atiilTJ'f

c'est l'erreur que je fuis, c'est la vertu f{ue j'aime- rj) p, gglfl'i'j'iiq

Je soi\^e à me eonuaitre et me dierclie eu moi-mèmej . " ' ! , ^

;, C'est la lHauii[ue étude ou je veux m'attaciier. .OlurU/îrii luoq

' Que, i'astrul;iJ>e en main, un autre aille chercher.)j>{|yq /;[ 'is'inioy

Si le soleil e.st lixe ou t!>urue sur sonaxe, ' /-T F

;. tSVSatnrne a oos ymx peut ffUre-uo parAllaxe'j'i'*'*^*'' ''Ji'Ol .h

, Q,i)e js^iioul vainement sècbe pour cuacevoiç; , j.oj nil , 9idcfl98 ' ' "Ctoilti^iit, tout étaul pleio , tout a pu se mouvoir^ ^

.HJinT/aHTTj.i :)(( ^

Ob que Bernier compose et le sec et l'humide De corps ronds et crochus errants parmi le ^ide : -

i Pour moi, sur cette mer qu'ici-bas nous courons, l'j^

V Je songe à me pourvoir d esquif et d'avirons, " '^

A régler mes désirs, à prévenir l'orage, ' '

A sauver, s'il se peut , ma raison du naufrage. C'est au repos d'esprit que nous aspirons tous, Mais ce repos h'ureux doit se chercher en nous. Un fou rempU d'erreurs , que le trouijle accompagne, Et malade à la ville ainsi qu'a la campagne, r Kn vain monte à cheval pour tromper son ennui : ; <;-)iUi

^ Le chagrin monte en croupe , et galope avec lui. ",'

Que erôis-tu qu'Alexandre, en ravageant la terre, >^^ tl/oq

Cherche parmi l'horreur, le tumulte et la guerreS./j ^ .j .)\t,\\i".['M Possédé d'un ennui qu'il ne saurait dompter, ; ;' ' ', " '^ •y Il craint d'être a soi-même , et songea s'éviter, v 1 ii't.'j!) .}'>'>' '•'-"i'^^ i C'est là ce qui l'emporte aux lieux ou nait rauBore^.;(,'j,j.|jl)j; Jij;]9 H On le Perse est brûlé de l'astre qu'il adore. \ , . ^ *'

De nos propres malheurs auteurs infortunés , ■" '> -f'ft fil siUi.! Nous sommes loin de nous à toute heure entraînés. ;'UJ9jt!iî

A quoi boa ravir l'or au sein du nouveau monde? Le txjnheur, tant cherché sur la terreet sur l'onde» Est ici comme aux lieux où mûrit le cxjco, ''',,

Et se trouve à Paris de même qu'à Cusco : • j

On ne le tire point des veines du Potose. "

^ Qui vit content de rien possède toute chose.

Mais , sans cesse ignorants de nos propres besoins ,

Nous demandons au ciel ce qu'il nous faut le moins. '., , ;

4. L'épître philosophique admet les peini^wriés vives des grandes passions , les descriptions brillantes et pleines de feu. C'est ce qu'on voit dans l'extrait suivant de l'épître de Delille sur l'utilité de la retraite pour les gens de lettres : .^ , :

Je sais que du bon ton le vernis et la grâce

Frète même à des sots une aimable surface.

Donne aux propos légers ce feu vif et brillant

Qui luit sans écnauffer, et meurt en pétillant.

Mais ces foudres brûlants d'une mâle éloquence,

Ce sentiment profond que nourrit le silence ,

Ce vrai simple et touchant, ces sublimes pinceaux

Dont le chantre d'Abel anime ses tableaux , ; Veux-tu les demander à ces esprits futiles ? / Sybaris était-il le berceau des Achilles?

/ Dans ce monde ûnposteur tout est couvert de fard; ; ,?!<>i9n i^i) I Tout, jusqu'aux passions, est l'esclave de l'art.... '-,'<-.r «l'itinl

La haine s y déguise en amitié traîtresse, ' "'o" r' ^

La vengeance y sourit, et la haine y caresse.

L'ardente ambition , l'orgueil impétueux,

Y rampent humblement à replis tortueux , . .

De l'aclulation la basse ignominie, \)h floiJKiiîi?.

En avilissant l'âme, énerve le génie •,• ;..'■. y^ X

S Dans la retraite, ami, la sagesse l'attend. ' '^. '

\ Cest là que le génie et à'élève et s'étend ; ' i';'

'* Là règne, avec la paix, l'indépendance altière; , ,., ,-\'\)v,

\ Là notre âme à nous seuls appartient tout entière. "'•'•■ 1

Celle âme, ce rayon de la Divinité, i Y JIOD JtJOl

Dans le calme des sens médite en liberté, , ,„ tnn? ri 'ir>*I

Sonda ses profondeurs , cherche au fond d'elle-même

lUOffl

134 TBAITÉ DE LÏTTÉBÀTURE.

Les trésors qu'en son sein cacha l'Étre-Saprême ,

S'échauffe par degrés, prépare ce moment

Où , saisi tout à coup d'un saint frémissement , 1 Sur des ailes de feu l'esprit vole et s'élance, , Et des lieux et des temps franchit l'espace immense, \ Ramène tour a tour son vol audacieux - Et des deux à la terre et de la terre aux cieux.

5. L'épître philosophique admet aussi non-seulement les faits historiques , mais encore les fictions mythologiques, lorsque le poëte peut eu tirer quelque avantage pour développer un point de morale, ou pour rendre plus sensihies les leçons de -vertu qu'il donne. C'est ainsi que Gresset, dans VEpitre à sa muse, feignant que le Parnasse était autrefois lOlympe et le temple des sages, montre toute la honte attachée aux poésies licencieuses et à leurs auteurs :

Connaissant peu la basse jalousie ,

De la licence ennemis généreux ,

Ils ne mêlaient aucun fiel dangereux,

Aucun poison , à la pure ambroisie ;

Et les zéphyrs de ces brillants coteaux ,

Accoutumes au doux son des ;;uitares.

Par des accords infimes ou barbares

N'avaient jamais réveillé les échos; [ Quand , évoques par le crime et l'envie,

;. Du fond du blyx deux spectres abhorrés.

L'obscénité, la noire calomnie.

Osant entrer dans ces lieux révérés,

Vinrent lenler des accents ignorés.

Au même instant les lauriers se flétrirent,

Et les Amours et les nymphes s'enfuirent.

Bientôt Phébus, oulre'de ces revers,

Au bas du mont de la docte Aonie

Précipitant ces lilles des enfers,

Les replongea dans leur ignominie,

VEt pour toujours instruisit l'univers Que la verlu, reine de l'harmonie, A la décence, aux grâces réunie , Seule a le droit d'enfanter de beaux vers.

6. Vliêroîde est une épître dans laquelle on fait parler des héros, des héroïnes, ou quelque personnage célèbre, agité d'une passion qui, le plus souvent, est l'amour.

7. Les premiers vers de l'héroïde doivent exposer la situation du personnage et les motifs qui le font parler. Les récits sont déplacés dans ces sortes d'épîtres, à moins qu'ils ne constituent la plus grande partie de l'intérêt, et qu'ils n'offrent des tableaux gracieux ou pathétiques. Tout doit y paraître animé de la chaleur du sentiment. Par là sont exclus les faux brillants, les jeux de mots,

POBTIQUB. 135

les grâces du bel esprit, et cette profusion d'ornements qui caractérisent les Uéroîdes d'Ovide.

^^(Foyez à la lin du vol., n» 35, l'héroîde de Pénélope à Ulysse.)

8. L'épître familière se caractérise par un air de négligence et de liberté , par conséquent elle ne souffre point d'ornements étudiés; il lui faut une élégante simplicité, une plaisanterie aimable, un badinage léger, la vivacité, les saillies, les traits d'esprit, mais qui paraissent n'avoir rien coûté. Cette espèce d'épitre admet le récit des faits les plus ordinaires, les plus petits détails, la description des objets les plus communs, pourvu que tout y soit exprimé avec grâce, comme dans la lettre d'Horace à Mécène (1. i, 7).

Le militaire français ne pouvait être mieux peint ni mieux loué qu'il ne l'a été dans l'épître suivante de Voltaire. Elle est datée du camp de Fbilipsbourg, 1 3 juillet 1734 :

Cest ici gue l'on dort sans lit , Et qu'on prend ses repas par terre.

Je vois et j'entends l'atmosphère Qui s'embrase et qui retentit De cent décharges de tonnerre; Et, dans ces horreurs de la guerre, Le Français chante, boit et rit Belione va réduire en cendres Les courtines de Philipsbourg, Par cinquante mille Alexandres Payés a quatre sous par jour.

Je les vois, prodiguant leur vie; Chercher ces combats meurtriers, Couvprts de fanjje et de lauriers, Et pleins d'honneur et de folie.

Je vois briller au milieu d'eux Ce fantôme nommé la Gloire , A l'œil superbe , au front poudreux, Portant au cou cravate noire , Ayant sa trompette en sa main , Sonnant la charçe et la victoire.

Et chantant quelques airs à boire.

Dont ils répèlent le refrain.

O nation brillante et vaine, Illustres fous, peuple charmant, Que la Gloire a son char entraîne; Il est beau d'affronter jjaiement Le trépas et le prince Eugène ! etc.

9. 'iJi'ijilre mêlée de prose doit avoir tous les caractères de la lettre ordinaire. On peut cependant y mettre, plus de finesse, de délicatesse ou d'agrément; mais il faut en bannir toute fiction sérieuse, toute peinture magnifique , toute idée ou tout sentiment trop relevé.

186 TBAITE IXE WTTih-.ATlJREi

Abt. IV. — Satire. ''>f^'3 »!

I. Qu'était-ce que la satire chez les Grecs? — 2. D'où vient m mot satire, et que devint la satire chez les Romains ? — 5. Qu'est-ce que la satire? — 4. Quel est le devoir du vrai satirique, et comment peut-il remplir son objet? — s. Ouels sont les sujets où la satire doit se nmlenuer, et quels sont les dangers moraux ou littérali-es de la satire des mœurs?— s. Qm-l doit être le caractère et le ton de la Mtlre? — 7. Qu'exige la satire des ouvrages d'esprit? " '

1. Chez les Grecs , la satire dut naissance à la comédie , et se mêla aux représentations de la scène. On y voyait Polyphème, Autolycus, Sisyphe, des Silènes, des Satyres, qui faisaient des rôles et cfui figuraient avec d'autres personnages. Le Cyclope d'Euripide est de ce genre. La satire était alors un poëme irrégulier, précisément parce qu'il était licencieux; car, par une admirable loi de la nature (dont nous avons parlé plusieurs fois), le désordre du goût se fait toujours sentir dans les compositionis où les tonnes mœurs ne sont point respectées.

2. La satire est un mot latin qui n'a rien de commua avec le nom de ces êtres monstrueux que la Fable représente entièrement velus, avec des pieds de chèvre. Il vient du mot satura, qui, dans les auteurs de la plus ancienne latinité, signifiait un mélange de toutes sortes de sujets. Dans la suite, on l'appliqua plus particulièrement aux ouvrages qui avaient pour objet la raillerie et la plaisanterie. Enfin, Ennius et Lucilius déterminèrent la nature de ce genre d'écrire, et l'on ne donna plus le nom de satires qu'aux poésies 4Pi^t:Ie sujet était la -aeusure desmœurs. 'Vù^\wn^\■^,.^nv'.<■'■< " :;";;'.''.|

La satire, chez les Romàiti^, devîiit donc un poëme plus décent et aussi mieux ordonné que chez les Grecs. Ce ne fut pourtant, à bien dire, qu'une suite de réflexions philosophiques sur divers sujets de morale. Réduite à de simples discours, 5en/?o/2es, elle attaqua les vices, ou défendit les droits de la vertu , de la raison , du bon goût,

Ndans les lettres et dans les arts. (11 ne,.;Siera question ici une de cette espèce de satire.) ^ 3. La satire est un discours en vers, dans lequel on attaque directement les vices, les défauts et les travers des hommes, de même que les mauvais ouvrages , les faux jugements et les sophismes. Ex, :

Un avare idolâtre et fou de son argent, Rencontraut la disetle au sein de l'aboodance, Appelle sa folie une rare prudence ,

■»«'"'' ''rOÉTTQOE. 137

Et met toute sa gloîre et son souverain bien \ grossir un trésor qui ne lui sert de rien. Plus il le voit accru , moins il en fait usage. Sans mentir, l'avarice est une étrange rage. Dira cet autri^ foo , non moins privé de sens.

Oui jftle , furieux , son bien a tous venants, ,

1?t dorrt l'âme inquièfe, à soi-même importune, S» fait iMi embarras de sa bonne fortune. Qui des deux en effet est le plus aveuglé ? L'un et l'autre, h mon sens , ont le cerveau trouble, Répondra chez Fredoe ce marquis sage et prude, El (|iii sans cesse au jeu , dont il fait son étude, Attendant son destin d'un ((uatorze ou d'un sept, Voit sa vie ou sa mort sortir de son cornet. Que si d'un sort fachmix la maligne inconstance Vient par un coup fatal faire tourner la chance, Vous le verrez bientôt , les ciieveux hérissés , '

Et If s yeux vers le ciel de fureur élaneés , , .

Ainsi qu'un posséilé que le prêtre exorcise, *

y.Fételr diiDs ses serments tous les saints de l'Église

, , (BOILEAD.)

( Foyez à la lin du vol. , n» 3*j, un extrait de la satire 3' de Perse. )

S L'odieux que peut avoir la satire, et qu'elle n'a que souvent, n'est point inliérent à ce genre de poëme; il vient de l'abus qu'on en fait et de la licence excessive qu'on s'y donne. Renfermée dans de justes limites, la satire ne peut être que fort utile à la société civile comme à la république des lettres ; car, dit Boileau,

Elle seule , bravant l'orgueil et l'injustice ,

y à jusque sous le dais faire pâlir le vice ; . . ;

Et souvent, sans rien craindre, à l'aide d^un boa mot, .•.tm'

■ : Va venger la raison des attentats d'un sot. '* ""'"^

Ainsi , combattre en général les mœurs corrompues et lutter contre les vices généraux de la société pour venger la morale et la vertu, frapper les méchants auteurs des traits du ridicule pour venger la raison et le gotit, sans jamais humilier ni flétrir les personnes, tel est le devoir du vrai satirique; il peut remplir son objet sur un ton sérieux et passionnément caustique ; la satire tient alors de la tragédie : , .(j

Grande Sophoclœo carmen bacchatur hiatu ; ''''■'

ou sur un ton plaisant et léger, qui tient de la cbmedié,

Admissus circùm prœcordialudlt;

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