‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 35 sur 79 · Ce serait mal faire comprendre l'apologue que d · texte numérisé non relu

Ce serait mal faire comprendre l'apologue que d

' La voici telle qu'Aristote nous l'a conservée :

Un renard, voulant passer une rivière , tomba dans une fosse bourbeuse. Aussitôt il y fut assailli par une inlinité de grosses mouches qui le tourmentèrent longtemps. Il passa un hérisson. Touché de le voir soûl! rir ainsi; n Voulez-vous, lui dil-il, que je vous délivre de ces insectes cruels qui « vous dévorent? — Gardez-vous-en bien, reprit le renard. — Hé! pour- « quoi donc? — Parce que celles-ci vont être soûles de mon sang; et >i « vous les chassez , il en viendra d'autres plus affamées qui me suceront ce « qui m'en reste. »

Cette fable s'explique d'elle-même.

' Liber liegiim, 1, il , c. 12. — La parabole de Nathan est trop connue pour que nous la reproduisions ici.

' /^.p. 65 etsuiv. de ce volume. oour l'e.vplication de ces mots.

dire, avec les auteurs de poétiques, qu'il doit principalement être bref, clair et naïf; il faut voir les choses da plus haut. Si la fable, comme on l'a dit, a pu naître dans les temps d'oppression, elle n'a pu se perfectionner quo dans les temps de politesse extrême, dans ces temps do transition ou l'on a encore tout le naturel et toute la grâce des âges incultes, et où l'on n'a pas encore le mauvais goût et l'affectation des âges corrompus. Ce fut le moment où vint Horace, qui n'a fait qu'une fable, mais admirable; ce fut celui ou brilla La Fontaine, qui compte tant de chefs-d'œuvre. La fable exige donc à la fois la simplicité de la nature et la grâce de la politesse : hors de là, elle est trop austère ou trop ornée. C'est le genre de poésie qui craint le plus la décadence du goût, précisément parce que la simplicité est son premier mérite, et que, dans les temps où il n'y a plus de simplicité dans les arts, on ne peut l'imiter que par un effort, et par conséquent on doit en altérer tout le charme.

(Voyez à la fin du vol. n» 40, la fable d'Horace et l'imilalion de La Fonlaioe.)

/^ Le style de la fable doit être simple , familier, riant , gracieux, naturel, et surtout naïf '.

La simplicité n'exclut point l'élévation, quand les personnages ont de la grandeur et de la dignité , comme dans la fable du Chêne et du Roseau.

Le familier n'admet pas , à tout propos , des expressions populaires et proverbiales : c'est ce qu'a fait La Motte pour avoir l'air naturel. Tantôt c'est Morphée qui fait litière de pavots; tantôt c'est la lune qui est empêchée par les charmes d'une magicienne; ici, le lynx, attendant le gibier, prépare ses dents à l'ouvrage; là, le jeune Achille est fort bien morigéné par Chiron. Tout cela n'est point du familier, c est du bas.

Le riant, dans la fable, consiste , soit à transporter aux animaux des dénominations et des qualités propres à l'homme, comme certain Renard gascon, une Hélène au beau 'plumage (une belle poule), la majesté fourrée [wn chat) , un cilogeti du Mans , chapon de son métier, etc. ;

• Voyez pour ces qualités du style , 1. 1" iStijle et Composition), p. 76 et suiv.

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soit à comparer les petites choses aux grandes , à mesurer les grands intérêts par les petits :

Deux coqs vivaient en paix : une poule survint ,

Et voilà la guerre allumée.

Amour, lu perdis Troie !

soit encore à se servir d'une circonlocution qui faitimage> como^e de dire, à propos d'un sanglier dur a tuer :

•-^MHv .vU'i l .•'i'j'li;'!, La Parque et ses ciseaux , , Avec peine y mordaient.

1 Le gracieux se place ordinairement dans les descriptions qu'on jette de temps en temps dans le récit : • >il'i»"i«

Ce breuvage vanté par le peuple rimeur,

Ce nectar que l'on sert au mailre du tonnerre.

Et dont nous enivroQS tous les dieux de la terre»'!' '''>>''■''

C'est la louange, Uis,^.i l ^ ^ ^^ j^ .,,,

Et ailleurs: i > >

Des lapins qui sur la bruyère , L'œil éveille, l'oreille au guet.

S'égayaient , et de thym parfumaient leur banquet.

Le naturel et le naïf doivent régner dans toute la fable. En voici un exemple tiré de la fable du Suvatier et du Financier, par La Fontaine :

En son hôtel il fait venir Le chanteur, et lui dit : << Or çà, sire Grégoire, Que gagnez-vous par an ? — J^ar au ! ma loi , monsieur,

Dit avec un ton de rieur Le gaillard savetier, ce n'est point n>a manière De compter de la sorte; et je n'entasse guère Unjour sur l'autre : il suflit qu'a la liu

J'attrape le bout de l'année :

Ciiaque jour amené sou pain. — Eh bien 1 que fjagnez-vous , dites-mol, par journée? — Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours (Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes). Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours . ,

Qu'il faut chômer : on nous ruine en tètes, etc.

Ne dirait-on pas que le poëte a été présent à cet enttetien? Voici encore un exemple de naïveté, dans ce. début de la fable des Femmes et du Secret: , - nimK'ii'l

■ • >à >'i' Rien ne pèse tant qu'un secret : .jiLeporler loin est diflicileaux dames, i! >

Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont femmes.

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