Les ornements da l'aijoloftue consistent : 1" dans
les images, les descriptions^ les portraits des personnes, des attitudes, des lieux, etc. Tantôt l'image est un seul mot :
Un mort s'en allait tristement.
La dame au nez pointu (la belette
*^ Tantôt on décrit les mœurs :
Un ^ieuK renard , mais des plus fins , Grand croqueur de poulets, grand preneur de lapins, Sentant sou renard d'une lieue ; ....
OU le corps :
Un héron au long bec , emmanché d'an long coa, Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où ;
y ouïes lieux :
S- Le lapin à l'Aurore allait faire sa cour Parmi le thym et la rosée ;
/ ou les circonstances :
Les marques de sa cruauté j Parurent avec l'aube. On vit un étalage
De corps sanglants et de carnage.
1 Peu s'en fallut que le soleil
Ne rebroussât d'horreur dans son manoir liquide.
Tel , et d'un spectacle pareil , Apollon irrité contre le lier Alride, Joncha son camp de moris. — Tel encore autour de sa tente , Ajax, à l'àine impatiente, De moutons et de boucs fit un vaste débris , Croyant tuer en eux son concurrent Ulysse.
(Le Fermier, le Chien et le Renard.]
2 Dans les pensées , tantôt solides :
DIpu prodigue ses biens
A ceux qui font vœu d'être siens ;
et en parlant d'un philosophe :
Il connaît l'univers et ne se connaît pas. Le sage est ménager du temps et des paroles
Tantôt singulières :
Un lièvre en son gite songeait :
Car que faire en un gite , à moins que l'on ne songe ?
3° Dans les allusions. Ainsi les canards, eu paiiant a la tûrtue , lui disejit :
TKAITE DE UTTÉR. — POÉTIQUE. '
I4(j ïllATJli DE Lirn: U.VILUE.
Vo>e/.-\ous ce large clieiulu?
/ Ruaà>ous voilureroiis, par l'air, «u Amérique ; ■■■ \ ous vei rei ujuiute réjiublique ,
.' Maint rojuuiiie, luuint peuple, et \ous prolilercz / Des différeiiles mœurs que \o\is remarquerez : \ Ulysse eu lit uulaul. — Ou ne s'alleudait guère
^'- A \oir Ulysse eu celle allaire.
4" Dans les tours qui doivent être vils, IVappaats, et qui i)cu\eut être quelquefois sublimes :
Un bloc de marbre était si be;iu, (Ju'UQ statuaire eu lit l'empletliB:
()uVh fera, dit-il , mon ciseau?
Si-ra-t-il Dieu , talile, ou cuvelle?
11 sera Uieu : même je veux Ou'il ait eu sa main un tunuerre. 'J'remblez , humains, faites des vœux : A uilà le maître de la terre-
(Le Statuaire.)
6° Bans les expressions, tantôt hardies: Ne coupez point ces arbres , disait le philosophe scythe :
Ils iront assez tôt border U noir rivage,
pour dire qu'ils mourront assez tAt Tantôt riches :
Le moindre vent qui d'aventure Fait rider là face de l'eau.
Tantôt brillantes , comme quand La Fontaine appelle l'arc-cn-ciel, Vécharpe d'Iris.
8. Le dialogue doit être vif, pressé et toujoure coupé à propos. ]Nous n'en citerons qu'un exemple, tire de la fable du Loup et du Chien :
, Clieruiu faisant, il vil le cou du chien pelé. (JuVsl-ce la? lui Uil-il. — Rien. — Quoi, rien? — Peu de chose.
— Mais ejicor? — Le collier dont je suis allaclié, I De ce que vous voyez est peut-être la cause.
— Altaclié! dil le loup; vous ne courez donc pas
l Ou vous voulez? — Pas toujours; mais qu'importe? \ — \) importe si bien, que de tous vos repas v 'le ue veux eu aucune sorte.
9. La moralité doit naître sans effort et naturellement du corps de la fable, puisque c'est pour elle que la fable est faite. Il faut qu'elle soit cooite, intéressante, claire et surtout a raie :
1^ vérité doit oaitre de la fable.
La moralité est une vérité générale, plus ou moins
piciuante, et ordinairement exprimée anine manière vi\e et courte , propre à la graver dans la mémoire :
l'Acu np sert de courir, il faut partir à poial. Plus fait douceur que violence.
Patience et looRueur du temps Font plus que force ni que rage.
Quelquefois cette moralité est mise dans la bouche de l'un des personnages. Ainsi , le savetier dit au financier:
Ilendez-moi mes chans-iras et mon somme , Et reprenez vos cej. : écus.
Quelquefois elle n'est pas exprimée, comme dans la labledu Chêne et du Roseau comme dans celle de la Laitière et du Pot au lait. Mais alors elle est facile à déduire. f IMus rarement elle est développée :
Une tète empanachée N'est pas petit embarras.
Le trop superlje équipage Peut souvent en un passage Causer du retardement:
Les petits en toute affaire S'esquivent fort aisément ; Les grands ne le peuvent faire.
/ La moralité peut se placer tantôt avant , tantôt après
le récit , selon que le goût l'exige ou le permet. Dans le
premier cas, on a le plaisir de comparer chaque trait du
\ récit avec la vérité ; dans le second , on a le plaisir de la sus-
V pension. Si le sens moral peut être deviné sans peine, on
^ peut , on doit même se dispenser de l'exprimer.
{Voxjez à la fin du vol., n" 41 et 42, une fable de Phèdre et une de La ^oolâîneavec un développement littéraire.)
/ 10. La métamorphose , mot qui veut dire changement, •v/^st une fable ou l'on raconte les transformations d'un / homme en bête, en arbre, en fontaine, en pierre, etc. vl Le sujet n'en peut donc être tiré que de la mythologie. ^v 11. La métamorphose admet les figures hardies, les descriptions brillantes, le style même sublime , et la simplicité de l'apologue,
12. Comme toute espèce de poésie sérieuse doit avoir en vue l'utilité, il faut, dans la métamorphose , ne choisir que des sujets dans lesçiuels le changement de nature soit
i4S TBAITÉ DE LITTÉBATUBE.
la punition du crime ou la récompense de la vertu , tels que Philéinon et Baucis et les Filles de Minée , sujets tirés d'Ovide et embellis par La Fontaine.
{Foijez les deax métamorphoses d'Ovide, n° 43, à la lin du vol.)
13. 'Le, conte est le récit d'un événement fabuleux en prose ou en vers, dont le but est d'amuser. (Nous ne par- Iltous ici que du conte en vers.)
14. Semblable à l'épopée, dont il est une miniature, le conte se nourrit de mensonges, et invente tout ce qu'il raconte; mais, plus hardi qu'elle, il franchit, quand il le >eut, les bornes mêmes du vraisemblable et du possible.
15. L'étendue du conte doit se régler d'après ce qui en fait l'intérêt. Si cet intérêt est dans un trait qui doit le terminer, il faut aller au but le plus vite possible ; si l'intérêt est dans le nœud et le dénoûment d'une action comique , alors le plus ou le moins de longueur dont il est susceptible dépend des détails qu'il exige, et les règles en sont les mêmes que celles de l'épopée. Le conteur doit décrire et peindre, rendre présent aux yeux de l'esprit le lieu de la scène, la pantomime et le tableau de l'action.
1 6. Si le conteur fait le personnage de spectateur et qu'il mêle ses réflexions ou ses sentiments au récit de la scène, ce qu'il y met du sien doit être naturel , ingénieux , piquant , et avec cela, le récit ne laisserait pas de languir, si les réflexions étaient trop longues ou trop fréquentes.
17. Le caractère du fabuliste est la naïveté , parce qu'il raconte des choses dont le merveilleux exige toute la crédulité d'un homme simple ou plutôt d'un enfant. Le conte De suppose pas la même simplicité; il est donc plus susceptible que Tapologue des apparences du badinage, de la finesse et de la malice.
18. Les scènes dialoguées sont la partie la plus piquante du conte; c'est là que les mœurs pourront être vivement saisies, finement indiquées, délicatement nuancées, de sorte qu'un peintre habile pourrait en tirer des groupes animés et des tableaux vivants.
19. L'unité n'est pas aussi sévèrement prescrite au conte qu'à l'épopée , au drame, à la fable; mais un récit qui ne serait qu'un enchaînement d'aventures sans une tendance commune qui les réunît en un point, serait un roman et uou un conte.
20. Le conte, comme tout autre ouvrage , doit avoir sou but moral, s'y diriger et y atteindre. Rien ne le dibpense d'être amusant, rien ne l'empêche d'être utile; il n'est parfait qu'autant qu'il est à la fois plaisant et moral ; il s'avilit, s'il est obscène.
{Foyez à la fin du vol., n' 4i, le Meunier sans souci, d'AnJrieus.j