CHAPITRE PREMIER
GENBE PASTORAL.
Telle qu'une bergère, au plus beau jour de fête,
De superbes rubis ne charge point sa tôte,
El sans mêler à l'or l'éclat des diamants,
Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornementa :
Telle, aimable en son air, mais humble dans son style,
■Doit écialer sans pompe une élégante idylle.
^ (fiQXU.^ Art poit.)
§ l®*". — De la Poésie Pastorale en général.
I. Qu'est-ce que la poésie pastorale et qu'e'ît-ce qui en fait le fond ? — 2. Quelle est l'orisinc de la pfiésii; pastorale ■■ — 3. Quille est l'utilIte iror.ilo de ci'Kc onesle? — 1. Qu'esl-cc que les anciens coin pr. liaient so «le litre ue pniîsie pasturale?— u. Combien les anciens coniptiicnt-ils Je sortes d'iilvlles ou d'egluguesi" — a. Quelle différence les modernes mettent-ils entre l'idylle et léglogue?
1. La poésie pastorale est l'imitation de la vie champé tre f dans des scènes qui nous la représentent avec tous
ISO TRAITB iVB LITTÉRATDHB.
les charmes possibles; c'est le drame des hameaux cTans les temps d'innocence et de vertu. Ce qui en fait communément le fond, c'est un combat de flûte, c'est un événement qui a troublé la bergerie, c'est ce qu'il y a dejeuX' aimables et naïfs dans l'enfance d'une société.
2. Les poètes ne songèrent point à prendre pour sujet de leurschaiits les plaisirs purs et tranquillesde la campagne, lorsque ces biens étaient pour eux d'une jouissance journalière; il fallut que ces douces réalités fussent devenues le lointain souvenir d'un âge d'or, qu'on avait besoin de rappeler au milieu de la corruption et du tumulte des cités. Les hommes commencèrent alors à regretter la vie innocente et paisible que ce souvenir attribuait à leurs aïeux; ils se persuadèrent qu'au milieu des scènes champêtres et des occupations pastorales, on trouvait une félicité bien supérieure à celle des villes, et ils conçurent alors l'idée de la célébrer dans leurs vers. Ce fut à la cour de Ptolémée Philadelphe que Théocrite' écrivit les plus anciennes pastorales que nous connaissions, et c'est à la cour d'Auguste que Virgile les imita '. '^
3. Les bergers de Théocrite et ceux de Virgile ne sont pas sans doute les bergers de leur temps; ce sont des bergers de convention , dont le caractère poétique semble se perpétuer d'âge en âge , et sous le nom desquels on peut animer des actions récentes. Ainsi la poésie pastorale n'est qu'une fiction, une sorte d'allégorie, puisqu'on ne chante leschampsqu'à la ville ;mais l'objet n'en est pas moins moral, c'est d'inspirer à l'homme des pensées douces, de lui faire aimer la vie innocente et pure, d amortir ses passions ardentes , de le retirer du bruit des sociétés corrompues , pour lui faire goûter la paix des solitudes à l'ombre des forêtw, à côté des troupeaux bondissants. Il n'y a pas d'objet plus touchant dans la poésie , et l'on peut dire qu'elle se présente ici avec tout ce qu'elle a de pur et de séduisant.
4. Sous le titre de poésie pastorale ou bucolique (êouxoXixa), les anciens comprenaient l'idylle et l'églogue. Les poésie's de Théocrite s'appellent ï'.oûÀÀia ^ , petites pièces, petits poèmes; celles de Virgile j eclogœ, pièces de choix.
» Vovez Hhloire âc la Littérature grecqtte, p. 271. » V .'Hist. de la lAltér. latine, p. 129.
3 Diminutif de eTSo;. — On a vu, p. 37, que les odes de Pindare «'appelaient eïSio.
POBTIQUR. ISf
Ces dénominations vaq;ues indiquent que la poésie pastorale des anciens pouvait traiter toutes sortes de sujets. On y trouve en effet des poèmes qui ne sont rien moins que pastoraux : dans Tlieocrite, un éloge de Ptolémée, le combat dAmycus et de Pollux , etc. ; dans Moschus, rcn-
(Jèvemcnt d'Europe, les fureurs de Mégare, etc.; dans Bion, le chant funèbre d'Adonis, etc.
5. Les anciens partageaient les idylles en trois espèces : 1° les idylles ?iarm/iir.s (otTiYuarixa), dans lesquelles le poëte parle lui-même ou rapporte les discours de ses personnages; telles sont la onzième idylle de Théocrite, et la deuxième églogue de Vircile; 2° les idylles dramatiquea (opauLatixcx), où le poëte fait parler ses personnages ; telles sont la quatrième idylle de l'auteur grec et la troisième églogue de l'auteur latin; 3" les idylles mixtes (fAixTa),où le poëte parle lui-même et fait parler ses personnages; telles sont la huitième idylle de Théocrite, et la septième églogue de Virgile.
(Foyez à la lin du vol., n» 45, la ii* Idylle de Théocrite.)
6. Les modernes mettent entre l'idylle et l'églogue une différence tout à fait arbitraire. Selon exiX, l'églogue veut plus d'action et de mouvement que l'idylle, ou l'on se contente de trouver des images, des récits , des sentiments ou des passions modérées. A l'imitation de Boileau, nous n'admettrons point cette distinction, qui n'est fo idée ni sur le genre lui-même , ni sur la raison.
(Voyez à la fin du vol., n* 46, une églogue de Racan avec un dévelcpf emenl littéraire.)
§ 2. — Z)e r Eglogue etdeVhhjUo.
i. Comblenles anciens d!'!lin!riialenf-ns de classe» deberger»?— 2. Cominenl Ta vie
fia<torale peut-elle être envisasCe et quels en sont les deux écuclls ? -t.. Comment a vie pastorale doit-elle être peinte et peut-on y attacher des mnltieurs et des inqui(^tuiles ? — 4. Qu'y a-t-il a observer par rapport an lieu delà scène ?— s. Quel doit être le caractère des berçers? — e. Quels doivent être les sentiments, les pensées et ie style de la pastorale? — 7. La naïveté exclut-ell'- la délicatesse du sentiment?— «.Les bergers n'ont-ils pas des tours de phrases qui leur sont propres? — 9. Quelles doivent être les descriptions dans la pastorale? — lo. L'églogue ne peut-file pas prendre quelquefois l'essor?— il. Où doit être tout l'esprit de l'églogue?— la. Quel est le m.iyen d'agrandir lecercle de la poésie pastorale? — is. la pastorale peut-elle prendre' la forme d'un drame ou d'un podme régulier ?
/^ 1 . Les ancicnsdistinguaientdans l'idylle quatre classes de bergers : l" les pâtres de bœufs, êoûxoXoi, bubiilci, c'étaient les plus considérés; 2" les pasteurs de brebis, xotuLî'vs;,
t52 TBAITÉ DE LITTERATUBE.
\piliones (upiliones) j 3» les chevriers , a'nro'Xoi , caprarii ; 4" les pasteurs mercenaires qui , n'ayant point de troupeau m propre , se mettaient aux gages d'autrui , comme dans ,. Fidylle dixième de Tliéocrlte, les Moissonneurs.
2. On peut considérer les bergers dans trois étals : ou tels qu'on s'imagine qu'ils ont été Jdans l'abondance et l'égalité du premier âge , avec l'ingénuité de la nature , la douceur de l'innocence et la noblesse de la liberté; ou tels qu'ils sont devenus par la force des circonstances , réduits à dés travaux dégoûtants et pénibles, à des nécessités douloureuses et grossières , à des pensées basses et tristes ; ou tels enfin qu'ils n*ontjamais été,maistelsqu'ilspourraientêtre, s'ils avaient assez longtemps conservé leur candeur et leurindêpendance, pour se polir sans se corrompre, et pour étendre leurs idées sans multiplier leurs besoins. De ces trois états, le premier est vraisemblable , le second est réel, le troisième est possible. Dans le premier, le soin des troupeaux , les fleurS) les fruits , le spectacle de la campagne , l'émulation dans les jeux , le charme de la beauté, partagent toute l'attention et tout l'intérêt des bergers : une imagination riante, mais tmide; un sentiment délicat, mais naïf, régnent dans leurs Èiscours; rien de réfléchi, rien de raffiné, la nature enfin, hais la nature dans sa fleur: telles sont les mœurs des herbiers pris dans l'état d'innocence.
Mais ce genre est peu vaste. Les poètes, s'y trouvant à l'étroit, se sont répandus, les uns, comme Théocrite l'a fait souvent, dajis l'état de bassesse et de grossièreté; les autres, comme quelques-uns des modernes (Fontenelle, le Tasse, etc. ), dans l'état de culture et de raffinement : les uns et les autres ont manqué d'unité dans le dessein , et ils se sont éloignés de leur but.
En effet, la poésie pastorale a pour objet de présenter aux hommes l'état le plus heureux dont il leur soit permis de jouir , et de les en faire jouir en idée par le charme de l'illusion. Or l'état de grossièreté et de bassesse n'est point cet heureux état. Personne , par exemple, n'est tenté d'envier le sort de deux bergers qui se traitent de voleurs et d'infâmes, dans la troisième égloguedeVirgile,et cependant on la cite comme un modèle :
8uid domini facient , audent cùm talia fures ? on ego te vidi Damonis , pessime , caprum ExcipereiDsidiis, mullùm latrante Lyciscà**
D'un autre côté, l'état de raffinement et de culture ne se concilhe pas assez dans notre opinion avec l'état d'innocence , pour que le mélange nous en paraisse vraisemblable. Ainsi, plus la poésie pastorale tient du raffinement ou de la rusticité, plus elle s'éloigne de son objet.
Il faut donc tenir un juste milieu entre ces extrêmes. Le poète doit se former l'idée d'une vie champêtre , telle qu'elle a pu exister à certaines époques ou régnaient l'aisance, l'égalité, l'innocence , où les bergers étaient aimables et gais, sans avoir l'instruction et les manières des peuples avancés dans la civilisation; simples et naïfs, sans être grossiers et repoussants.
3. Le charme de la pastorale consiste essentiellement dans le tableau qu'elle nous offre du bonheur et de la tranquillité de la vie champêtre. 11 faut par conséquent que le poète s'applique à conserver cette attrayante illusion ; qu'il étale à nos yeux tout ce qu'a d'agréable ce genre de vie et nous cachetoutcequi peut s'ytrouver de propre à nous déplaire; qu'il s'arrête avec complaisance à en décrire l'innocence et la simplicité ; mais qu'il jette un voile sur la rudesse et la misère qui la déparent. C'est ainsi que Virgile conformément au véritable esprit de la poésie pastorale, a rassemblé, dans les vers suivants de sa première églogue, autant d'images qu'il était possible d'en offrir des agréments de la vie rustique :
°' Fortunate senex ! hic , inter flamina nota
/ Et fontes sacros, frigus caplabis opacum.
[ Hinc tibi , quœ «empèr vicino ab limite sepes
5 Hyblœis apibus florem depasta salicli,
1 Sœpè levi soranum suadebil inire susurra;
t Hinc altâ sub rupe canet frondator ad auras .
\ Mectamen iolereà raucce,tua cura, palumbes,
X|^ec gemere aërià cessabit turtur al> ulino.
Le poète peut sans doute attacher à la vie pastorale des malheurs et des inquiétudes, puisqu'aucune condition hi> raaine n'en est exempte; mais ces maux doivent être tels qpi'iîs n'offrent rien à l'imagination qui puisse lui donner du dégoût pour ce genre d'existence. Ainsi le berger peut s'affliger du départ de sa bergère ou de la perte d'un agneau chéri. C'est assez vanter un état que de le présenter sans accidents plus funestes à déplorer. En un mot, c'est la vie pastorale ornée et embellie,. présentée du moins sous son plus beau jour, que le poète doit peindre. Mais qu'il prenne garde , en
fô4 TflAITÉ DB LITTÉRâTURB.
voulant embellir la nature, de la rendre méconbaissaôle ; qu'il évite de mêler au bonheur, à la simplicité rustique, des ralTineraents de luxe incompatibles avec de tels biens. Si ce n'est pas la vie réelle qu'il représente, ce doit /être au moins quelque chose qui lui ressemble.
4. Le lieu de la scène est ordinairement la campagne ', et l'art de le bien décrire n'est pas d'une médiocre importance dans la poésie pastorale. A cet égard Théocrite l'emporte sur Virgile; ses descriptions sont plus riches en beautés naturelles et pittoresques. Quoi de plus vif, de plus gracieux que le tableau suivant des Thalysiennes (Idylle 7*}?
"Ev TE paôeiaiç
'Aoeto^ ay îvoto xotfieuvîaiv £)iXtv6ri(Aeç ,
'Ev t; v£OT[x.â-rot(rt y^Y'^ôr^ oîvapéoKTi.
noX),ai ô' â[j.(Aiv ûnepèc xaxà xpoTÔç 8ovéovtO l Aiyeipoi TrxeXÉai te* tô ô' lyT^Q-v Upôv uôcDp i Nu[j.çâv eÇ âvTpoio xaT£i66iievo'* xe^ôpuçôe.
\ Toi 6e Tioxi intiepaï; ôpo5ajxvî<jtv ai8a),îwveç j Tc'-TiYe; Xa^aYeûvrî; êyov tiôvov à ô' ôXoXuyâïv ' Tr|),66£v Èv TTuxivViffi paTtov xpûî^Ecnifiv àxdcvOaiç*
'Aeiôov Y.6^\)Zor. xai àxav6tÔ£; , ëcteve xpyytiv
nonôivTO ?0'j6al TTcpi T;i5axaç àjiçl iA£).i(T(jai.
11x/t' tI)i7Ô£v ÔÉpEo; [Att)'» TTiovoç , waS£ Ô' àircipTU.
'Oyvat [ièv 7;àp 7:ot7(7i , Tiapà uX£\jpY;<7i ôè [xôiXa
Aaii/t/îo)!; âatJL'.v ixyXîvocTO- toi ô' ÈxÉ^uvro
"OpTTaxE; ppaouXoifft xaTaSpiôortc; ipoçôe ' •
Dans chaque pastorale, il faut dessiner d'une manière nette le lieu particulier où l'action se passe, et mettre sous les yeux du lecteur les objets qui le déterminent en l'embellissant. Il ne suffit pas de nous présenter des violettes et des roses, des oiseaux, des ruisseaux, des zophyrs , et tous les lieux communs que tant d'auteurs
' Nous disons ordinairement, et on en voit la raison dans le sens même que les anciens attachaient aux mots idylle K églogue. Plusieurs id\ l>s de TliéocritP, telles que la 2', intitulée la Magicienne , ne se passent pas à la campagne.
*.Nous nous reposâmes sur une couche épaisse de Joncs marins, et nous Dou- étendîmes avec délices sur les rameaux d'une vione nouvellemenl émoiidee. Autour de nous se balançaient sur notre tête les ormes et le.« peupliers; à quelqui'S pas, une fontaine consacrée aux nymphes s'échappait d'une urotle avec un doux murmure. Sous l'ombrase touffu, les cigales se disputaient la palme du chant ; de loin la chouette funèbre faisait entendre ses cris dans les profondeurs des buissons; les alouettes tl les rossignols chantaient, et la plainll\e tourterelle soupirait. Sur les bords de la fontaine voliigaient les légères abeilles, tout re.spirail le doux été, t^'it respirail le fertile automne. L«s poires à nos pieds, les pommes à nos côtés, roulaient en abondance, et les rameaux, pUant sous leurs riches fardeaux, s'inclinaient vers la terre.
ro?.TiQi;s. Iô5
ramènent sans cesse dans leurs insipittes pastorales. Lo poëte doit décrire un paysage dont le peintre puisse laire la Cf^çif. les objets y doivent être particularisés : le ruisseau, le rocher, l'arbre dont il parle doivent être vus distinctement, leur figure doit frapper l'imagination, afin que le lecteur puisse jouir de l'agréable situation ou l'on cherche à le transporter. Un seul objet, introduit à propos, suffit quelquefois pour caractériser une scène entière. Tel est cet anti4ue tombeau, rustique objet si propre à embellir un paysage , que nous présente ïhéocrite. et Virgile d'après lui :
Kt'^-w xàv (AErjdtTav ô5ôv âvy(jL£i;, oùôè ta (SÏ\io.
{Idylle \u, 10.)
Hinc adoo média est via ; jamque spulcrtiin Incipit apparere Binnoris; hic ubi densas \ Agricoiw slringunl frondes.
(Ed. IX.)
Ce n'e.st pas seulement dans les descriptions des lieux où le poëte place ses acteurs, qu'il doit répandre de la vni'vpté, mais aussi dans les fréquentes allusions qu'il tait aux objets naturels. Il faut qu'il nous offre sans cesse de nouvelles images, et change ainsi l'aspect sous lequel il nous montre la nature. S'il néglige ce soin et qu'il se borne à des descriptions rebattues , il ne peut manquer d'ennuyer le lecteur. Ces descriptions ont été sans doute originales; mais on les répète depuis si longtemps qu'elles sont maintenant usées et hors de cours.
Enfin le lieu de la scène doit être assorti au sujet de chaque pastorale. Selon que ce sujet est triste ou gai , il convient de donner à la nature des formes et des teintes analogues aux sentiments que le poëte veut inspirer ou décrire. C'est ainsi que Virgile, dans la deuxième églogue, qui contient les plaintes d'un amant désespéré, ré* pand sur toute la scène une teinte lugubre :
Tantùm inter densas , umbrosa cacuraina , fagos '
Assidue veniebat : ibi l);ec incondita solus Montibus et siivis studio jaclabat inani.
.5. Les bergers doivent être naïfs, et sans affectation dans leur manière de penser, de sentir et de parler sur toutes sortes de sujets. Le fond de leur caractère doit être
156 TBÀITE DE LITTERATURE.
une aimable simplicité; mais il n'est nullement nécessaire qu'ils poussent la simplicité à l'excès. Ils peuvent avoir du bon sens et de la réflexion , l'esprit vif et prompt, des sentiments tendres et délicats : ce sont là des qualités que peuvent posséder plus ou moins les hommes de tout rang. D'un autre côté, un berger ne doit pas se montrer subtil, se répandre en réflexions générales, en raisonnements abstraits; bien moins encore faire des jeux de mots, ou affecter le jargon de la galanterie; ce qui ne convient ni à son caractère ni à sa situation. Ces pointes, ces afféteries défigurent les pastorales italiennes, d'ailleurs pleines de beautés. Quand Aminte, dans le Tasse, délie les cheveux de son amie, et les détache de l'arbre autour duquel un sauvage les avait noués, il s'écrie :
Ce f ronc raboteux n'était pas digne de nœuds si beaux. Et quel est donc le privilège des cœurs aioiants , si ces chaînes précieuses leur sont communes avec des arbres inanimés? Arbre cruel ! commentts-tupu offenser ces clieveux charmants qui te faisaient tant d'honneur.'?
Des sentiments si recherchés ne siéent à personne, encore moins aux habitants des bois.
^' 6. (Ainsi,) dans la pastorale, lés pensées, les sentiments, le langage, tout doit être naturel et simple. Cette simplicité n'exclut pas une certaine délicatesse soit dans les idées, soit dans les tours , soit dans les mots :
/-'''^timarette s'en est allée.
/L'ingrate, méprisant mes soupirs et mes pleurs, / Laisse mon àme désolée
' A la merci de mes douleurs.
Je n'espérai jamais qu'un jour elle eût envie De finir de mes maux le pitoyable cours; Mais je l'aimais plus que ina vie.
Et je la voyais tous les jours.
( Segrâis. )
Le style doit être naïf ;
Si vous vouliez venir, ô miracle des belles. Je vous enseignerais un nid de tourterelles. Je •■ eux vous le donner pour gage ile ma foi Car on dit qu'elles sont fidèles comme moi .
( Secràis.)
' Già di nodi si hei non era dçgno Cosi ruvido tronco; or che vanta°gio Hauno i servi d'amor, se lor coiuune E ccn le plante il prezioso laccio?
Planta erudel ! potesti quel l)el crine Offender tu , ch'a te feo tante onore.
( Attos, se. I.)
y POÉTIQUE. 157
Dans Virgile, «ne bergère jette une pomme à son "amant :
Malo me Galatea petit, lasciva puella ; Et fugit ad salices , et se cupit antè videri '.
Pope a imité ce passage et il l'a gâté en voulant l'embellir :
La folâtre Silvie joue sur le gazon; elle court, mais elle se flatte d'étrf l vue; lorsqu'elle lance un regard à celui qui la poursuit, combien ses Vjeux et ses pieds sont peu d'accord 'I
7. La naïveté n'exclut pas la délicatesse du sentiment Cette sagacité du cœur parait même essentielle à la poésie pastorale; un berger observe l'accueil que sa bergère fait à son chien et à celui de son rival :
L'autre jour sur l'herbetle Mon ciiien vint te flatter.
D'un coup de ta iioulette , Tu sus bien l'écarter.
Mais quand le sien, cruelle.
Par hasard suit tes pas.
Par son nom tu l'appelle.
Non , tu ne m'aimes pas.
8. Les bergers ont des tours de phrase qui leur sont familiers , des comparaisons , des symétries , des répétitions qui leur sont propres :
/ Lenta salix quantum pallenti cedit olivae, Puniceis humiiis quantum saliunca rosetis, Judlcio nostro tanlùm tibi cedit Amyntas.
(ViRG.,£c;. V, 16.'»
Comme en hauteur ce saule excède les fougères , A.marynte en beauté surpasse nos bergères.
(Secrais. )
Il m'appelait sa sœur, je l'appelais mon frère; ■Nous mandions même pain au logis de mon père Cependant qu'il y fut, nous vécûmes ainsi : Tout ce que je voulais, il le voulait aussi.
( Le même. )
' BâX),£i xat [iâXotiTi tÔv a'tuoXov à KXîapîxa- Ta; olya; TrapïXôJvra , xat àôûti T;o--'j/,idc!jO£..
( TUÉOCRITF..
The sprightly Silvia trips along the grcen , She runs: but hopes she does not nm unsecn, While a kind glance at her pursncr (lies, How much at variance are her feel and eyes!
I5S TRAITÉ DE LlTTEllATURE.
'Pnn prirmis cal.imos wrà conjungere plnre? înstituil; Pan curât oves oviuraque magislros.
(ViRC, Ed. 11,32.)
Pan a soin des brebis , Pan a soin des pasteurs El Pan peut me veuRer de toutes vos rigueurs.
(Segrais.)
Dans les autres genres, la répétition est ordinairement employée pour rendre le style plus vif; ici il semble que ce s;)it par paresse, et parce qu'on ne veut point se donner la peine de chercher plus loin.
Les bergers emploient volontiers les signes naturels piut.H que les mots d'usage. Pour dire : // est midi , ils disent : Il est l'heure
i Où le troupeau repose à Tombre des forêts. ( Mais déjà l« soleil , sur le pré qu'il embrase. Par une ombre plus courte a marqué le midi.
Pour dire : // est tard , ils disent :
Majoresque cadunt altis de montibos ombrse
(ViRG., Ed. I.)
Il en est de même des idées abstrjutes qu'ils rendent toir^purs par des images sensibles :
C Et ses dons (les dons de Dieu) font mûrir
^ H^a moisson de bonbeur dont il nous veut nourrir.