IJ
x^ 1 C'est que je ne vous aime pas
G. La brièveté est essentielle à l'épigramme , puisque ce / n'est qu'une seule pensée. S'il fallait, pour arriver à cette/ pensée, essuyer la lecture d'un grand nombre de vers, lé lecteur ne serait point assez payé de sa peine. D'ailleurs, il est bien difficile qu'une seule pensée soit assez riche pour communiquer une partie de ce qu'elle a de piquant à quinze ou vingt vers qui la précèdent , et conserver assez de force et de sel aux vers qui terminent l'épigramme.
7. L'épigramme doit être intéressante ou par le fond ou ° par le tour. Elle l'est par le fond : 1** lorsqu'elle renferme quelque vérité frappante :
fCe monde-ci n'est qu'une oeuvre comique, Où chacun fait des rôles différentu Là sur la scène , en habit dramatique.
1*2 TRAITE DE LlïTÉBATUBE.
Hrillent prélats, ministres, conquérants.
Pour nous , vil peuple, assis aux derniers rangs ,
Troupe futile et des grands rebutée.
Par nous d'en bas la pièce est écoutée.
Mais nous payons, utiles spectateurs;
Et, si la pièce est mal représenlée.
Pour notre argent nous sifflons les acteurs.
2" Lorsque la pensée est fine et laisse quelque chose à leviner :
Un certain sot de qualité Lisait à Saumaise un ouvrage, Et répétait à ctiaque page : .
Ami , dis-moi la vérité. Ennuyé de cette fadaise :
Ah ! monsieur, répondit Saumaise, J'ai de bons auteurs pour garants Qu'il ne faut jamais dire aux grands De vérité qui leur déplaise.
"3" Quelquefois c'est la plaisanterie qui fait impression :
Dis-je quelque chose assez belle'?
L'Antiquité toute en cervelle Me dit : Je l'ai dit avant toi.
("est une plaisante donzelle; Oue ne venait-elle après moi?
J aurais dit la chose avant elle.
( Cailly. )
Quelquefois c'est la malignité :
Dimidium donare Lino quàm credere tolum Qui ma\ ult , mavult peidere dimidium.
( Martial. )
L'cpipramme est intéressante par le tour, lorsqu'il est , agréable, inattendu :
Semper pauper eris . si pauper es, ;Emiliaue ; Dantur opes nullis uunc , nisi divililjus. (Mauïial. )
Un gros serpent mordit Auréle :
Que croyez-vous qu'il arriva?
— Qu'Aurèle en mourut — Bagatelle; Ce Tut le serpent qui creva.
(La Martimèke. )
Pour présenter heureusement la pensée de l'épigramme, il faut d'abord choisir l'espèce de vers qui lui convient. Si c'est eu latin qu'on l'exprime et qu'eiio soit symétrique, elle
' 11 faudrait d'assez beau. — r. ma Gramm. franc. , g 154.
demande la forme du disticpie; si c'est en français, on choisira tantôt les vers hérolques,tantôt les petits vers, avec des rimes mélangées ou non, selon l'effet qu'on veut produire. L'exemple suivant le fera sentir :
Chrysologue toujours opine , Ces't le vrai Grec de Juvénal.
Tout ouvrage , toute doctrine Ressortit à son tribunal.
Faut-il décider de physique?
Chrysologue est physicien.
Voulez-vous parler de musique?
Chrysologue est musicien.
Que" n'est-il point? docte cri tique.
Grand poète, bon scolastique.
Astronome, grammairien :
Est-c« tout? Il est politique, Jurisconsulte , historien , Platonisle, cailésien, Sophiste, rhéteur, empirique, Chrysologue est tout et n'est rien.
(J.-B. ROUSSEAC.)
Si cette pièce eût été faite en grands vers , les rimes au jraient moins de fois frappé l'oreille, et par là l'éniimeration 'de l'épigrammatiste aurait été moins sensible. Pour le même motif, il a fallu que les rimes fusent uniformes. Enfin , si le poëte eût mêlé de grands vers aux petits , l'harmonie eût été moins vive et le nombre moins marqué ; ce qui n'eût pas ^manqué de nuire au plaisant de l'accumulation.
In second lieu, la pensée de l'épigrarame doit être présentée avec tout son sel et tout son éclat. Un satirique rencontre quelquefois chemin faisant des épigrammes; mais il en brise la pointe , afin de les mieux incorporer à son ouvrage. L'épigrammatiste, au contraire , tire une pensée d'un discours où elle était enchâssée comme partie, et il l'aiguiset
(à loisir pour la faire briller. On sentira parfaitement cette ^ différence en comparant l'épigramme précédente de Rous- ,' seau avec l'endroit de Juvénal qui lui en a fourni l'idée : »
Ede, quid illum
Esse putes? quemvis tiominem secum attulit ad nos : I Grammaticus, rhetor, géomètres, pictor, aiiples,
Augur, schœnobates, medicus, magus : omnia novit ; I Grxculus esuriens in cœlum , jusseris , ibit.
(5aMIÎ,74.)
La même pensée , rendue par le poëte français, a beaucoup plus d'éclat , à cause de l'antithèse, qui présente dans I un petit vers deux idées que leur choc fait étinceler : Chrysologue est tout et n'est riea
174 TilAITÉ DE LITTERATUEK.
f Le poète latin a jugé à propos de laisser a son lecteu" / le soin de tirer cette conséquence ; il s'est contenté de le I mettre sur la voie , ce qu'il a fait en attribuant au petit \ Grec des talents qui ne peuvent se réunir dans une seule personne. ^
8. Nous ne parlons point des diffamations qui marquent /une âme vile dans celui qui les fait, et tout au moins de la
/ malignité dans celui qui les lit avec plaisir. Il ne s'agit ici j que des défauts relatifs au goût : ces défauts sont les pen- ^ sées fausses , les idées basses , les équivoques tirées de trop ' loin et les hyperboles outrées.
'Les équivoques sont permises , quand elles sont simples , ; /aisées , et qu'elles exercent finement l'esprit. Ex. : '
Huissiers, qu'oa fasse silence, Dit en tenant andience Un président de Beaugé.
C'est un bruit à tète fendre; Nous avons déjà jugé Dix causes sans les entendre.
(Barraton.)
Il en est de même des hyperboles , quand elles sont jointes à quelque chose de délicat ou de fin :
Rocb est an homme fort secret .
Ami , reconnais à ce trait /
Sa discrétion sans pareille. -^
L'autre jour, s'approchant de moi, Il me dit tout bas à l'oreille Que Louis était un grand roi.
jCettc épigramme est une traduction de Martial ;
Garris in aurem semper omnibus, Cii;^"^;
Garris et illud?, teste quod licet turbâ. w
Rides in aurem , quereris, arguis, ploras: I
Gantas in aurem , judicas , taces, clamas, 1
Adeôque penitùs sedet hic tibi morbus, ' nt saepè in aurem , Cinna , Caesarem laudes.
(Liv. i,ep. 90.^)
9. Le marfn^a/ ne diffère de l'épigramme que par le caractère de la pensée. L'épigramme peut être douce , polie , maligne , mordante , etc. ; pourvu qu'elle soit vive, c'est assez. Le madrigal, au contraire, a toujours quelque chose de simple , de délicat et de gracieux dans sa pointe : il n'a de piquant que ce qu'il lui faut pour n'être pas fade. Telle est
cette réponse de Pradon à quelqu'un qui lui avait écrit avec beaucoup d'esprit :
Vous n'écrivez que pour écrire :
C'est pour vous un amusement.
Moi qui vous aime tendrement.
Je n'écris que pour vous le dire.
§ 3. — Du Sonnet et de la Ballade.
l.'Qu'est-ce que le sonnet? — 2. Qu'est-ce que la ballade?
1. Lesonnet est un prëme de quatorze ver^, dont les huit premiers, partagés en deux quatrains, roulent sur deux rimes, et les six autres , en deux tercets, sur trois rimes différentes. Le premier tercet commence par deux Hmes semblables. Ecoutons Boileau :
On dit à ce propos qu'un jour ce dieu bizarre
Voulant pousser à Ijout tous les rimenrs français,
Inventa du sonnet les rigoureuses lois;
Voulut qu'en deux quairuins de mesure pareille
La rime avec deux sons frappât Imit fois l'oreille;
Et qu'ensuite six vers arti.slement rangés
Fussent eu deux tercets par le sens partagés.
Surtout de ce poëme il liannit la licence; • -Lui-même en mesura le nombre et la cadence; ^^ Défendit qu'un vers faible y put jamais entrer, T Ni qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer. J Du reste il l'enrichit d'une beauté suprême.
Un sonnet sans défaut vaut seul un long poëme '.
Mais en vain mille auteurs y pensent arriver;
Et cet heureux phénix est encore a trouver.
A peine dans Gombaud, Maynard et Malleville,
En peut-on admirer deux ou trois entre mille. ^i
Le reste , aussi peu lu que ceux de Pelletier,
N'a fait, de chez Sercy , qu'un saut chez l'épicier.
Pour enfermer son sens dans la borne prescrite,
La mesure est toujours trop longue ou trop petite.
En effet, dans le très-petit nombre de ceux qui ont échappé au naufrage général, on compte celui de des Barreaux qui finit par une belle idée rendue par une belle image; mais on y remarque des idées fausses ou trop répétées, de mauvaises rimes et des expressions impropres :
Grand Dieu ! tes Jugements sont remplis d'équité. Toujours tu prends plaisir à nous être propice; ; Mais j'ai fait tant de mal que jamais ta l)onlé Ne me pardonnera qu'en blessant ta jusUce.
" Cest ane exagération , et je serais tenté de croire que Boileau v a mis ane intention de malice.
»76 TnA.ITF. nE LITTÇRATURE.
Odi , Sdgnenr, la grandear d« mon impiété
Ne laisse a ton pouvoir que le choix du supplice.
Ton intérêt s'oppose à ma félicité ,
Et ta clcmeDce même attend que je périsse.
Ckintente ton désir, puisq^u'il t'est glorieux;
Offense-toi des pleurs qui coulent de mes yeux ;
Tonne, frappe, il est temps, rends-moi guerre pour g" erre.
J'adore en périssant la raison qui t'aigrit Mais dessus quel endroit tombera to:> tonnerre Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus^Iiirist?
2. La ballade est composée de trois couplets et d'un envoi, en vers égaux, avec un refrain qui doit être le même pour l'envoi que pour le couplet. Les trois couplets sont symétriquement égaux, soit par le nombre des vers, soit pour l'enlacement des rimes. C'est une stan ce de huit, de dix ou de douze vers en deux parties; l'envoi n'en est qu'une moitié , et il répond communément à la seconde partie de la stance. Les parties correspondantes des trois couplets sont sur les mêmes rimes, et l'envoi conserve les rimes de la partie à laquelle il répond.
Quoique fioileau ait dit :
La ballade, asservie à ses vieilles maximes, Souvent doit tout son lustre au caprice des rimes,
cependant ce petit poëme a de la grâce et de la régularité dans sa forme ; et quand le refrain est heureusemen amené à la fin du couplet , il leur donne un tour trèspiquant.
•En voici une de Villon, poëte du xv* siècle, intitulée :
ballade des Dames du temps jadis :
Dites moy , où , ne en quel pays
tst Flora la belle Romaine,
Ajchipiada , ne Thaïs
Qui fut sa cousine germaine?
Echo , parlant quand bruyt on marne
Dessus rivière ou sus estan ,
Qui beaulté eut trop plus qu'humaine?
Mais ou sont les neiges d'antan '?
Où est la tressage Héloïs Pour qui fut chastié et puis moyne Pierre Esbaillart à Sainet Denys?
Pour ses pérhés eut cest essoyne.
Semblablement ou est la Royne Qui commanda que Buridan Fust jette en ung sac en Seine?
Mais ou sont les neiges d'antan?
La Royne blanche comme ung lys', an, de Tan passé.
enlr
POKTIQÏK. 17"J
QdI chantait à voix de Sereine', ïerthe au grand pied, Bietris, Allys Haremboijrges qui tint le Maine, Et Jehanne la l)onne Lorraine Que Arigloys Ijni.slerent à Ronn, Ou sont-ils, vierge souveraine?
Mais ou sont le» neiges d'antan ?
Prince, n'enqutrez de sepmaine Ou elles sont , ne de cest au.
Sue ce refrain ne vous remaine , ais où sont les neiges d'antan?
§ 4. — Du Rondeau et du Triolet.
\. Onetest le caractère du rondeau? —2. De quoi le rondeau se compose-t-n?— s. Qu'est-ce que le triolet ?