‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 54 sur 79 · COMBAT DE TANCRÊDE ET D'ARGANT · texte numérisé non relu

COMBAT DE TANCRÊDE ET D'ARGANT

O muse! donne à ma voix plus de force et plus d'éclat; verse dans mon coeur la fureur qui les anime ; que mes sons rendent toute l'Lorreur de ce combat, et que le bruit des armes retentisse dans mes vers.

Leurs lauces sont en arrêt; ils se précipitent l'un sur l'autre; le lion qui s'élance, et l'aigle qui fond sur sa proie , le Irait qui fend les airs, sont moîDt rapides; rien n'égala jamais leur furie; leurs lances se brisent sur leurs casques ; mille éclats, mille étincelles volent a la fois.

Le bruit seul du coup fait trembler la terre immobile ; les montagnes en mugissent : mais ni le choc ni le coup ne font plier le front des deux su-

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pc-bos rivaux. Leurs clievaiix se heurtent, tom])ent, et font pour a: relever de lents et pénihlos pfl'orts : lis guerriers les abandonnent, prennent leurs épéeset coinhaitcnl à pied. Chacun de la main suit la main (le son ennemi , de ses regarils cherche ses reyards, mesure ses pas sur ses pas; varie ratlaque et la défense; trompe l'art par l'art , la fcinto par li feiule, tourne, s'avance , recule , menace un coté, frappe l'autre, se (h'couvre afin de forcer son advcîrsaire a se diicouvrir a son tovir.

Tancrede offre son liane nu et désarmé; Armant va le frapper et laissa "oi même son coté };auclie sans défense : Tancrede d'un seul coup repousse son épee, le blesse, puis se relire , se remet sous les armes et s'en couvre tout entier.

Le Circassien voit couler son propre sang; plein d'horreur el d«'trouhle, transporté de douleur, il frémit, il soupire, il élève et Tep.'f cl la voix; il veut frapper, el lui-même est frappé à l'endroit ou linit i'épauie et comineu! e le bras.

Tel dans les forets qui couronnent le sommet des Alpes, l'ours blesse par des chasseurs s'élance furieux au milieu des armes , affronte avec audace et les périls el la mort, tel le Circassien , percé d'une double blessure, couvert d'une double houle , tout a la colère et à la vengeance, ne connaît plus le danser et oublie le soin de sa propre défense. H réunit toutes ses forces , et imprime a son épée un mouvement si impétueux que la ti'rre en tremble el l'air en étincelle. Tancrede ne peut plus allaquer; il se défend ; il respire à peine , rien ne peut le garantir de l'impétuosité d'Acsant ni de ses efforts.

Ramiissé sous ses armes, il attend en vain que l'orage cesse; il recule toujours; le lier .Sarrasin le presse avec la même furie. Enfui lui môme forcé de s'abandonner à ses transports, il fond, il se précipite sui^soa ennemi.

La rai.son et l'adresse cèdent à la colère; la fureur entretient leurs forces et les redouble. Leurs bras ne portent pas un coup qui ne perce, qui ne déchire. La terre est couverte des débris de leurs annes; leurs armes sont teintes de sang, et le sang coule avec la sueur. Leurs épées brillent comaae l'éclair, éclatent comme le tonnerre et frappent comme la foudre.

( Jérusalem délivrée. )

N° 19 (p. 77.) DISCOURS DE SATAN AUX ANGES REBELLES.

« O myriades d'esprits immortels ! ô puissances qui n'avez de pareils « que le Youl-Puissanll il ne fut pas inglorieux ce combat , bien que « l'événement fut désastreux , cora.iie l'atlestenl ce séjour el ce terrible « changement , odieux à exprimer. Mais uuelle faculté d'esprit, pré- « voyant ou présageant, d'apiés la proforiileur de li coimaissiuire du « passé ou du présent, aurait craint que la force unie de tant de dieux, « de dieux tels que ceux-ci , fiil jamais repous.sée / Car qui peut croire, « encore même après celle défaite, que toutes ces h'gions puissantes, « dont l'exil a rendu le ciel \ide, manquèrent à se relever el a recon- « qiiérir leur séjour natal? Quant à moi, l'armée céleste est témoin si « des conseils divers ou des dang 'rs par moi évités ont ruiné nus espé- « rances. Mais celui qui règne monarque dans le ciel est jus((u'al -rs de- « meure en sûreté : assis sur son troue, maintenu dans une ancienne « réputation, par le consentement ou l'usage, il nous étalait en plein « son faste royal , mais il nous cachait sa force, ce qui nous tenta à « notre tentative, et causa notre chute.

« Dorénavant nous connaissons sa puissance et nous connaissons la « notre, de manière à ne provoquer ni craindre une nouvelle guerre

« provoquée. Le meillear parti qui nous reste , est de travailler dan» un ■ secret dessein à obtenir de la ruse et de l'artifice ce que la force n'a « pas effectué , afin qu'a la longue il apprenne du moins ceci de nous : « Celui qui a vaincu par la force n'a vaincu qu'à moitié son ennemi

n L'espace peut produire de nouveaux mondes. A ce sujet, un bruit •< courait dans le ciel qu'avant peu le Tout-Puissant avait l'intaotion de « créer, et de placer dans celle créalion une race que les re^^ards de sa « préférence ravoriseraient a l'é^^al de» lils du ciel. La, ne fût-c^ que pour « découvrir, se fera peut-être notre pr< mière irruption; la ou ailleurs. « car ce puits infernal ne retiendra jam lis des esprits célestes en capti- « vile, ni Tahime ne les couvrira longtemps de ses ténèbres. Mais cei « projets doivent être mûris en plein conseil. Plus d'espoir de paix; ca» « qui songerait a la soumission? Guerre doue, guerre ouverte ou cachée , « doit être résolue. »

(Trad. de M. de CHATEA.DBniA:inO

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