ANALYSE DE L'ILIADE
Ch. I. Chrysès, prêtre d'Apollon, s'est présenté au camp des Grecs pour racheter sa Ulle , esclave d'Agamemnon. Refusé, il demande veangeance à son dieu Apollon lance ses traits sur les Grecs, c'est-à-dire la peste. Achille, touché du madieur des peuples, propose de consulter Calchas, qui déclare comme nécessaire le renvoi de Chryséis. Colère d'Agamemnon. Cependant il obéit; mais il menace Achille de lui ôter Briséis, son esclave; ce qu'il fait. Achille ne s'oppose point à celte violence; mais, pour se venger, il résoul de ne ^lus combattre; il va au bord de la mer pleurer son affront. Thetis l'enlrnd; e.le vient pour consoler son lils , qui la prie de monter au ciel , et d'engager Jupiter a favoriser les Troyens contre les Grecs. Jupiter y accède, saus que Junon, amie des Grecs , puisse rien y faire.
Ch. 2. Jupiter envoie à Agamemnon un songe trompeur, sur la foi duquel il propose d'attaquer I ennemi. Nestor , le plus expérimenté de l'armée, donne le plan de la bataille; on fait des vœu.v a Jupiter. La trompette sonne; les armées sont en présence.
Cu. 3. Paris, ravisseur d'Hélène , s'avance à la tête des Troyens. Ménélas court à lui. Paris se retire dans les rangs, ou Hector lui reproche sa lâcheté et ses crimes. Paris, touché de ces reproches, offre de combattre seul à seul Ménélas, à condition qu'Hélène sera le prix du vainqueur. Le duel est accepté; Paris est terrassé. Mais Vénus , saproctectrice, le couvre d'un nuage, et l'emporte dans un appartement, oii Hélène lui fait les reproches qu'il mérite.
Cn. 4. L'affaire était décidée, les combats finis, et Achille n'avait point de vengeance à espérer. La haine de Junon contre Troie vient à son secours. Minerve, de concert avec cette déesse, engage Pandarus à tirer sur Ménélas. Douleur et indignation des tirées. Mars anime les Troyens, et Minerve, les Grecs.
Cn. 5. Cependant Diomède, secondé de Minerve, signale sa valeur; rien ne l'arrête, m les héros, ni les dieux. llrenverseXanlhus,Thoon, Pandarus, Enée. Il blesse Vénus et Mars lui-même. Ces deux divinités se retirent.
Ch. 6. Alors Hector, qui Jusque-là avait balancé la victoire, va, par le conseil d'Hélénus, engager les dames troyennes à faire une offrande ^ Pallas pour l'apaiser. Là est l'entrevue d'Hector et d'Andromaque. II
EXEMPLES. 20. 22f
revient aussitôt, et ramène avec lui Paris, plus résolu que jamais d combattre.
Cil. 7. Les Troyens pliaient. Apollon inspire à Hector de délier au combat le plus hrave des Grecs. Le sort choisit Aja\ , qui remporte plusieurs avanlagi's. La Duit les séiiare. L^s (irecs proliteiil du la nuit pour tortiller leur camp d'un rempart et d'une paii.ss.'KÎH, tandis que Jupiter faisait gronder sou tonnerre et annonçait les malheurs du lendemain.
Ch. 8. Dès l'aurore, Jupiler assemble les dieux pour leur défendre de se mêler aux combattants des deux peuples. Lui-mèiueil descend sur le mont Ida, d'où , envelop;»» d'un nu.iiie, il considère les deux camps. Le combat commence; la victoire varie jusqu'à la moitié du jour. Alors Jupiter, prenant sa balance d'or, pesé les deslinées des deux armées. Celles des Troyens s'élèvent jus(|u'au ciel. Aussil()t l'éclair brille, le tonnerre retentit: les héros g-ecs elTrayés sentent que Jupiter est contre eux. Dioniède veut aller contre les Troyens; la foudre tombe devant ses chevaux; trois fois il veut retourner, trois fois Jupiter tonne. Le héros Cède enlin , mais a regret, pour obéir au sage Ne^tor. Li' jour finit. Jupi» ter remonte au ciel, et apprenù a Junon l'ordre des destins par rapport à Achille. Hector prépare i.n assaut pour le lendemain, et fait faire des feux par'wul, de peur que les Grecs ne lui échappent.
Ch. 9. Au camp des Grecs, point de feux; morne silence, consterna tion partout. Agamemnon envoie ""es députés, Ulysse , Ajax, Pliénix, pour fléchir Achille et lui offrir des présents. Acliillê reçoit avec amilié e' générosité la déuulation : mais il rejette loutes les offres. Il ne veut point de la fille d'A^;amemnoo, fût-elle plus belle que Venus, plus savante que .Minerve. Il partira le lendeniiiin pour retourner dans sa patrie. Rien ne l'ébranlé dans sa ré.>^olution.
Cil. 10. Agamemnon, mortellement inquiet, ne peut fermer roeil. Il se levé pouralier trouver Nestor. Il rencontre Ménélas, non moins inquiet. Ils vont éveiller les autres chefs, dont la plupart ne donnaient pas. Conseil. Envoi du vaillant Diomede et du prudent Ulysse pour examiner le camp ennemi. Minerve conduit l'entreprise , quia le plus grand succès. Dioméile égorge Rhésus, enlevé ses chevaux, et revient triomphant ; ce (|ui relève un peu le courage des Grecs.
Cu. II. L'aurore parait; Jupiter élevé un nua^e de sang, présage de la cruauté de cette journée. Agamemnon, furieux, pou8^e d'abord les Troyens jusqu'auprès de leurs portes; mais il est blessé et se relire. Hector repeiul partout h terreur, Diomede même lui cède, blessé aussi bien qu'Ulysse. Achille, sur la proue de son vaisseau, voyait les combattants, entendait les cris. H envoie Palrocle, son ami, pour «avoir qui était ce héros qu'on rapportait blessé. C'était .Machaon, tils d'tsuulape.
Cn. 12. Cependant Hector est parvenu au fossé; il met pie 1 à terre et marcl'.e sur cinq colonnes. Il prend un caillou monstrueux, d.mt i! brise et enlonce les portes du camp. Il entre furieux, comme un torrent qui rompt sa digue. Les (irecs prennent la fuite.
Cu. 13 et l'i. Jupiter, voyant les Troyens si supérieurs , et la plupart des Grecs blessés, détourne un moment ses yeux de ses objets sanglants, pour considérer des peuples justes et innocents qui se nourrissent de lait. Neptune en prolile pour animer les deux Ajax. Les Grec.» réunis font un effort et arrêtent les Troyens. .Mais Hector repousse a son tour les (îrecs, que Neptune soutient. Junon, voyant Neptune seconder ainsi les Grecs, emprunte la ceinture de Vénus pour distraire encore Jupiter. Neplune donne ainsi l'avantage aux Grecs. Hector est blessé violemment; on l'emporte du combat, et dès ce moment les Troyens fuient.
Cu. r». Jupiter s'éveille dans cet instant critique; il voit !l"clor paipilaiit , évanoui, vomissani le sang. Il le fait guérir aussitôt par Apollon, fi ordonnea Neptune de se retirer du combat. Alors Hector revient, pré- ' Cédé d'Apollon , 'lui comble Te fossé et abat le mur. Déjà il touche aux
226 TBÀITÉ DE L1TTÉBATUBB.
vaisseaux. Les Grecs les couvrent en serrant leurs rangs. AJax combat comme UQ dieu. Patrocle avertit Achille. Cependant Hector écumant, couvert de sang, de sueur, de poussière, force les Grecs, saisit uu vaisseau, et demande des torches.
Ch. 16 Patrocle pleure alors devant Achille, qui est touché de ses larmes. Pren<dz mes armes, dit-il, étaliez combattre si vous le voulez; mais contentez- vous d'empêcher Hector de mettre le feu. A ces m.jts, la û imme s'élève des vaisseaux, et la fumée s'élance en lourhilions. Hâtez- vou"!, Patrocle, s'écrie Aciùlle ; tandis que vous vous armerez, j'assemblerai les soldats. Patrocle part, Achille fait des vœux pour lui et des libations aux dieux. L'arrivée de l'ami d'Achille ranime les (irecs, étonne les Troyens. Sarpédon, (ils de Jupiter, tombe sous sa main. Hector lui-même est contraint décéder. Jupiter a envoyé la crainte dans son coeur. Il fuit jusque dans la ville. Painjcie p )usse sa victoire. Mais tout à coup Hector, soutenu d'Apollon , fait sur lui une sortie vigoureuse , dans laquelle Patrocle , trahi par Apollon , est tué par Hector, qui enlève ses armes.
Cu. 17. Les Grecs empêchent d'enlever son corps. Touchés du malheur d" Achille, ils combattent longtemps avec acharnement. Ajax fait avertir Achille de ce qui se passe par Anliloque.
Cn. is. Il arrive devant Achille qui était hors de sa tente livré à de noires pensées. On lui dit que Patrocle n'est plus. Sa douleur est si forte qu'il s'évanouit. Il se roule dans la poussière, pousse des hurlements lies sanglots furieux. Thétis sort des ondes , et toutes les nymphes avec elle; tout le rivage retentit de gémissements. Achille veut aller au combat,mais Heclorestmaitrede.^esarmes. Iris lui conseille de paraître seulement et de faire entendre sa voix; il crie trois fois et trois fois les Troyens se troublent. Ils abandonnent enlin le corps de Patrocle, qui est rapporté dans le camp. Le jour était lini, on eonseille à Hector de rentrer dans la ville, puisque .\chille avait reparu; mais il n"'adopte point cet avis salutaire. Thelis va trouver Vulcain, et reçoit de lui de nouvelles armes pour son (ils.
Ch. 19. Elle les lui rapporte dès Taorore. Aussitôt Ac"hille appelle les Grecs; la reconciliation se fait généreusement entre Agamemnon et lut Les principaux chefs ei'treprennent de le consoler ; mais il leur parle de son ami Patrocle, de son père Pelée, avec tant de douleur, que ses consolateurs mêmes pleurent avec lui. Enlin il se revêt de ses armes, qui, loin de le charger, le soulèvent comme des ailes. Le voilà sur son char, il vole à l'ennemi.
Cn. 20. Jupiter alors laisse aller les choses selon leur cours naturel, qu'il avait détourné pour venger .\chille. Tous les dieux qui prennent parla cette querelle, se mêlent dans le combat. Achille donne mille preuves de bravoure, de force, d'ad.esse, de légèreté. Nul adversaire ne lui échappe; il ne faut pas moins que des dieux pour sauver Euée et Hector.
Ch. -^il. Les Troyens fuient , se divisent dans leur désordre. Achille en pousse d'abord une partie dans le Xanthe, qui est rempli de cadavres, d'armes , de sang. U revient ensuite sur l'autre partie ; tout se sauve dans la ville.
Ch. 22. Hector s^ul était resté dehors; les larmes de son vieux père , de sa mère qui l'appellent du haut des murs par des cris pitoyables, n'avaient pu le faire rentrer. Il attendait Achille; Achille approche , il fuit; et ce n'est qu'après avoir fait trois lois le tour de la vii.e qu'il se détermine à combattre. Achille le tue, l'attèle derrière son char par les pieds , et le Iraineainsi au r.amp, à la vue de Priam , d'Hécuhe et de tous les Troyens dont les cris percent le ciel.
Cn. 23. Achille vengé ne s'occupe plus que des funérailles de son ami. Il le fait avec tout l'appareil et toute la magnificence possible.
Ch. 24. Priam vient lui redemander le corps d'Hector ; il le rend d« bonne grâce, et traite Priam avec toute la générosité convenable.
On voit dans celte analyse l'ensemble •de l'Iliade; c'est Achille qui règne partout , tout se .fait par lui ou rrlaliveraent à lui. Il agit autant Sans le poOme quand il n'y paraît pas que quand il y parait. — L'action de riîiade est donc Achille venge par Juiiitcr, mais \engi' au del.i de ses vœux ; en un mot, Acliille trop vengé. Ci-sl de cela seul qu'Hoim-re a su tirer le plus beau poème qui existe et esi même temps le plus long.
N" 21 (p. 77.) ANALYSE DE L'ÉKEIDE
Livre I". Enée. étant parti de Sicile, vogue sur la mer de Toscane. Eole. a la' sollicitation de Junon, excite a:ie \iolente tempête. Ne,! une calme les flots, et les vai.ssiaux des Tro\ei)s ahorileiil en Afrique. Vénus va se plaindre a Jupiter d." l'acharnemenl d-* Junon conlre .-on lils Enée. Le père des dieux la con.sole, en lui dévoilant ce que les destins réservent a ce tils, et enxoie Mercure a Cartilage pour qiTil dispose Didon a le bien recevoir. Vénus, déguisée en chasseresse, se présente à Énée, a (|ui elle racotite riiisloire d-^ celte princesse, puis iVnveloppe d'un nuage avec son lidele .Vctiate. Les deux héros \onta Carlhagesuns être vus, et entrent dans le temple. Leurs compagnons étant arrivés, Enée se montre et se présente a Uidon , (jui lui fait un accueil favorable II envoie chercher scm fils Ascagiie .Mais Venus pour ^révi nirl'incon-tance de Didon et la periidie des Carthaginois, subslilue au jeune 'l'royen -ion Uls Cupidon. L^a reine caresse cet enfant, et peu après l'amour se glisse dans son cueur. Dans un grand repas qu'elle donne a Enee , elle le prii' de lui faire le récil de la prise de Troie, et celui de ses propres malheurs depuis son départ de cette ville.
Liv. II. Le héros raconte a Didon le stratagème dont se servirent lei Grecs pour se rendre maîtres de Troie, le siège du palais de Priam, la lin malheureu.s*^ de ce monarque, la desirucl on totale de sa patrie embrasée, sa retraite sur le mont Ma avec son pore Anchise et un grand nombre de Troyens ; enlin , la perle qu'il lit de Creuse , son épouse.
Liv. III. Suivant le récit uue continue Enée, il équipa une flotle, et s'étani mis en mer, il aliorda dans une presqu'île de la Tnrace,d'au plusieurs prodiges l'ohligerenl de parlir. Il se rendit dans l'île de Déîos.ety consulta l'oracle d'.\pol Ion, qui lui dit d'aller s'élablir dans le pays d'ou les Troyens liraienl leur origine. Il crul que c'était dans la Crèle; mais a peine y ful-il arrivé que la pesle se mil dans sou camp. Alors ses dieux pénales lui déclarèrent pendant la nuit que l'ilalie devait être le terme de son voyage. Il se remit en mer, mouilla aux îles SIrophades, passa près d'Actiûm, se rendit delà en Epire ou il lit un as.se/. long séjour, côtoya eosuiie plu-.i'urs pays, aborda a Drépane,oii il perdit son père, et éssuva enlin la tempête qui le jeta sur les cotes de Cartilage.
Liv. IV. Didondevient éperdùment amoureuse d'Enée qui , de son coié, épris pour Didon, perd le souvenir de Tempire que les destins lui assuraient. Mais Mercure vient lui annoncer les ordres de Jupiter, pour qu'il aille en Italie. Enée triomphe alors de sa passion, il part; Didon se tue de désespoir.
Liv. V. Une lempéte fait prendre à Enée le parti de relâcher à Drépane, ou il ct-lèbre l'anniversaire de la mort de son père , et donne à cette occasion des jeux funèbres. Iris, envoyée par Junon, sous la ligure d'une femme Iroyenne, fait envisagera ses compagnes de nouveaux périls sur la mer, et leur persuade de mettre le feu aux vaisseaux pour obliger Enée de se lixer dans ce pays. Jupiter fait tomber, dnrant l'incen-
228 TBAITé DE LITTÉRATURE.
die , une grosse pluie qui sauve la flolle. Anchise, apparaissant eu songe ;i Knée, luj ordonne de la pari des dieux de laisser en Sicile les vieiilaras et les femmes, et de ne coniiuire en llalie (jue l'élite des Tro>erib. Il lui conseile en même lemp^ d'aller a Cumrs,et il y consulter la sibylle. Enee, du i e à ses ordres, fonde en Sicile une ville où il laisse une partie de sa suite, et s'eniljurque.
Liv. VI. Enée aborde à Cumes; la sibylle lui annonce toul ce qu'il doil souffrir aviint de s'établir en Ilalîeielle le conduit aux enfers Apresavoir traversé le Tarlare et vu les supplices des uléchanl,^, il eiilre dans les Cliaraps-Elysees, ou son père Ancliise l'entretient au sujet de sa goiieuse puslérité, et lui peint les plus fameux héros de la republique romaine.
Liv.VlI. Enée arrive à l'embouchure du Tibre, dans un pays où régnait Liilinus, père de Lavinie que roracle du tlieu Faune destmail a un prince élranger. Ce monarque reçoit favorablement les Troyens , et offre a leur chef sa fille en mariage. Mais la furie Alecio, évoquée des enlers par Junon , souflle sa rage dans le cœur de la reine Amate qui a promis sa lil.eà Ttirnus, son ne\cu, roi d'Ardée. Alecio inspire de même à ce jeune prince l'anleur de la guerre. Le jeune Ascagne blesse imprudemment un cerf apprivoisé, et l'on saisit aussitôt celte occasion de s'armer conlre les Troyens, malgré le roi Lalious. Le bouillant Turnus rassemble les troupes lalines et celles de ses alliés.
Liv. VUI. Le héros Iroyen, suivant le conseil des dieux du Tibre, va demander du secours au roi Evandre. qui avait établi une colonie d'Ar • oadiens au lieu même ou Rome fut depuis bàlie. Ce prince donne à Enée qua re cents chevaux commandés parPalIts, son lils unique, et lui conseille en même temps d'aller se joindre a l'armée des Tyrrliéniens qui se sont soulevés conlre le tyran Mézence : c'est ce que fait Enée, qui reçoit alors de Vénus, sa mère, les armes diviues que Vulcain avait forgées pour lui.
Liv. IX. Turnus, averti par Junon, prolite de l'absence d'Enée pour alla{|U'r le camp des Troyens; il veut même mettre le feu à leurs vaisseaux, qui se changent en nymphes. Les Troyens delibèreiil sur le rnoven d'instruire Euée de leursilualion. Nisus et Kuryale offrent de traverser le camp des Rulules et d'aller le trouver; mais ils périssent dans celte entreprise. Turnus attaque le camp. Les portes en sont tout à coup ouvertes par deux Trovens, et refermées aussitôt que Turnus y est entré; accablé par le nombre, il bal en retraite, se précipite du haut du rempart dans le Tibre, et va rejoindre l'armée.
Liv. X. Tous les dieux d • l'Olympe s'assemblent par l'ordre de Jupiter, q^i. ne ponvanl réconcilier Jùnon el Vénus, déclare que désormais il ne fa\ori.seia ni les Troyens ni les Rulules, el qu'il abandonne toul au destin. Cependant Enée, a la tète des troupes auxiliaires, s'emoarque; mais étant arrivé a sa nouvelle ville, les ennemis s'opposent à sa descente. Il se livre un sanglant combat dans lequel Pallas, lils du roi Evandre, est tué par Turnus, Enee, qui veut le venger, poursuit son meurtrier. Turnus aurait péri dans celle journée , si Junon , pour le sauver, n'eut offert à ses veux un fantôme armé semblable à Enée, fuyant devant lui. Tui-nûscuurl après ce faux l'.née, qui .se rétu;4ie dans un navire. Il y entre avec ce fanlôme qui disparaît aussitôt de ses yeux. Alors Junon coupe le cable et lait aborder Turnus près d'Ardee, capitale de son royauœe. Mezence, qui prend la place de ce prince dans le combat, est tue avec son lils Lausus, par le héros Iroyeq.
Liv. XI. Les d.ux partis conviennent d'une suspension d'armes pour enterrer leurs morls.
Le roi I.atinus ayant assemblé son con.seil, veut demander la paix. Turnus est de l'avis contraire, et offre de combattre seul à seul contre Enee comme celui-ci l'a demandé. Cependant le cher des l'ioyens vient allaqùer les Latins par deux enJroilâ; Turnus, à la léleilesoninfanterie, se raei en embuscade dans les monUgnes ou est twe- D'un autre coté , il
se livre un combat de cavalerie dans lequel les Latins défaits sont poursuivisjusque sous les murs de Laurenle. Turnus marche aussitôt pour aller .secourir la ville. Enée le suit et Tutleiiil ; mais la nuit le» sép/ir;;.
Liv. XII. Un coiul)at singulier entre Énee et Turnus doit terminer cette guerre. On élevé des autels au milieu des deux armées. On fait un frailé par lequel La\inie doit être le prix du vainqueur. Mais les Latins le violent en liranl sur les Troyens , et les deux années en viennent aux mains Éiiée, atteint d'une fl 'clie lancée par une main inconnue, se retire du combat. Vénus le guérit aussit'U , et il reparait sur le chmnp de bataille, appelant a haute voix Turnus qui l'évite. Le héros troyen marche alors à la ville et met le feu aux palissades. La reine Amaleï croyant que tout est perdu, se donne la morL Turnus, informé de ce funeste accident, se résout à chercher Énée pour le combattre. Ces deux guerriers se joignent, et Turnus meurt de la main de son rival.
N" 22 (p. 78.) LA FORÊT ENCHANTÉE.
L'enchanteur Ismen a peuplé de démons une vieille forêt , située près Je Jérusalem et non loin du camp c!. rélien. Les croi.sés ont besoin de bols pour bâtir une nouvelle tour de sié;^e, et c'est là que Godefroi de Bouillon envoie les travailleurs couper les arbres qui lui sont nécessaires. Laissons parler le Tasse ( Jérusiilcm délivrée , ch. XIII ).
Les travailleurs se rendent a la foret, aux premiers rayons du jour : mai» à son aspect, une frayeur soudaine les saisit et' les glace... La crainte leur ligure des monstres plus lerribles que les Sphinx et les Chimè«-es. Étonnés, éperdus, ils r^'lournent sur leurs pas, et dans de ridicules récits, ils peignent des proli3;"squi ne trouvent aucune crovanr.p. Godefroi les renvoie avec une escorte de guerriers intrépides, Jont l'audace puisse rassurer leurs esprits. Mais a peine ils ont aperçu ces ombres épaisses, ces asiles afireux et sauva:4es, learceur palpil'e et frémit d'épouvante ei de terreur Cependant ils avancent encore, etsous une feinte hardiesse, ils cachent leur frayeur et leu'- lâcheté : déjà ils approchaient de la lorét eucha ii"iî To it à itoip un bruit allrenx s'y fait entendre. On croit y démêler le rugissement des li )iis, le sifQement d-s serpents, les huremenis des loups, les cris des ours, les éclats de la trorapetie et les sons bruyants dii tonnerre, mêles et confondus. Travailleurs et guerriers, lout palif. Mille indices trahissent la terreur dont leur àme est attente : la raison ne peut plus S(juteiiir leur aud.ice; 1 1 discipline ne peut plus les ariétr'r; ils cèdent a la puissance invisible quiles fr.ippe. Us fuient et l'un d'eux vient auprès de Boiillon, excuser leur iaiblesse ...
AlCf-ite pari , d' l'aveu de (;oiefroi; hienlot il voit la falale forêt; il entend sesrau'.^issemenls; toujours Intrépide, il s'avance, et déjà ses pieds allaient fouler le sol enchanté; mais tout a coup s'élève devant lui un;: barnère de feu.
1a' feu s';'ccro!t. et à la hauteur d'une muraille, il élend des flammes et des torrents de fumée; de tous cotés, ce terrible rempart en\ ironie la forêt et la défend de loule atteinte. D'espace in espac**, des flammes s'élevent sous les formes de ch.iteaux , de tours, de machines guerrières.
Au milieu de ces feux, que de monstres armés! qu- d'elfrovables fantômes! L'un jette sur Alcesle des regards faraucaes el sinistres'; d autres le menacent et lui présentent la mort. Il fuit enfin; il fuit a pas lents, tel qu'un lion que les chasseurs poursuivent; mais c'est toujours un fuite, et poui la première fois il a connu la peur
Tancrède alors s'offre a cette périlleu-e en'r -prise. Il marche'en silence, et les yeujt ouverU sur les dangers inconnus qu'il va braver: il soutient l'aspect effrayant de la forôl. Sans s'étonner , il entend le bruit du ton
nerre, il suit les secousses de la terre ébranlée; son cœur frémit anlos* tant; mais bientôt d'un pas intrépide, il entre dans le bois redouté, <<* soudain le rempart de feu s'élève devant lui
Un moment il hé>ile;mais bientôt il s'élance au milieu de l'incendie. Il ne sent point celte chaleur brûlante que doit produire un feu si terrible; il ne peut ju;?er si ces flammes sont réelles ou faiitaslii|ues : tout à coup sous ses pas lincendie s'évanouil ; un nua^e épais lui succède, cliariié de lénebres et de frimas; les trimas et les lenébres disparaissent a leur to ir. Tancrede surpris, mais toujours intrépiile, avance d'un pa^ ferme et sur dans la forêt, il en sonde les plus secrets détours : aucun prodigt!, aucun faiitôMie ne vient troublersa vue, rien ne s'oppose a sa marche que l'épaisseur dej> bois elles lorlueux sentiers. Enlin, il oécouvre un vaste et spacieux terrain uui s'eJeve en amphithéâtre : au milieu parait un orgueilleux cyprès, seniulable a une pvramide : il dirige ses pas vers cet arbre; U voit sur I (*corcedescaracleres my>térieux. Pendant qu'il cherche lesens que lui caclieni csmoU.il entend le vent qui frémitâ travers le feuillage: bientôt dessous lufiubres, et uncmcerl de soupirs et de sanglots viennent fra|>persesor.illes, el porteiildansson ciEUrdes sentiments mélé.s de uilié, d'épou\anleet de douleur. Enlin il tire son épée, et de toute sa tcj-ce , il irap le le cyprès : ô prodi/^e ! le san^coule de l'écorce et va rougir la terre. Le héris frémit; mais il redouljle, n-solu d'approfondir ce mystère; alors il eiiend sortir comme du sein d'un tombeau de loa;;s gémissements. Bieatôl une voix lui crie :
« Ah! Tancrede! arrête! tu m'as déjà fait une trop cruelle blessure; barbare! lu m'as arrachée du corps que j'animais; pourquoi vienstu déchirer encore cet arbre malheureux au(juel m'unit une dure dejiliiiec? Veux-tu , cruel , outrager jusque dans le tombeau les cendres de Ion ennemie'.' Je fus Clorinde ; je ne suis pas la seule qui habite cet arbre funeste: ctirélien, inlidè.«, loul (jui ce péril sous les murs de Solime, est enchaîne ici par la force d'un charme inconnu : ces rajneaux , ces arbres , sont animes, et tu ne peux en couper une branche , sans èlre un assassin. »
(Tancrede rexient au camp, el d'après son récit, (îodefroi sur l'avis dO solitaire, renonce au dessein d'abattre les arbres de la forêt).