DESCRIPTION DE LA PRISE DE TROIE
Dois-]e oublier Hector privé de funérailles ,
Et traîné sans honneur autour de nos murailles?
DoiHe oublier son père a mes pieds renversé.
Ensanglantant l'autel qu'il tenail embrassé?
.Songe , songe, Céphise, à celle nuit cruelle
Qui fui pour tout un peuple une nuit éternelle:
Figure-toi Pyrrhus, les jeux élincelanls,
Entrant à la lueur de nos palais brûlants ;
Sur tous mes frères morts se faisant un passage,
Et de sang tout couvert échauffant le carnage;
Songeaux cris des vainqueurs, songe aux cris des mooiants.
Dans la tlamme étouffés , sous le fer expirants :
Peins-loi dans ces horreurs Andromaque éperdue :
Voila comme Pyrrhus vint s'offrir à ma vue ;
Voilà par quels exploits il sut se couronner :
Enfin voila l'époux que tu me veux donner.
No 27 (p. 101.)
RÉCIT D'IDOMÊNÉE.
La Crète paraissait; tout flattait mon envie; Je distinguais déjà le port de Cydonie : ,
Mais le ciel ne m'offrait ces objets ravissants
Que pour rendre toujours mes désirs plus pressants
Une effroyaljle nuit sur les eaux répandue
Déroba tout à coup ces ol)jels a ma vue ;
La mort seule y parut... Le vaste sein des mers
Nous entr'ouvril cent fois la roule des enfers
Par des vents opposés les vagues ramassées,
De l'abime profond jusques au ciel poussées,
Dans les airs embrasés agitaient nos vaisseaux,
Aussi prés d'y périr qu'a fondre sous les eaux.
D'un déluge âe feux Tonde comme allumée,
Semblait rouler sur nous une mer enllammee.
Et Neptune en courroux , a tanl de malheureux
N'offrait pour tout salut que des rochers affreux.
Que te dirai-je enlin?.... dans ce péril extrême, •
Je tremblai , Sophronyme , et tremblai pour moi-même.
Pour apaiser les dieux, je priai.... je promis —
Non , je ne promis rien , dieux cruels ! j'en frémis....
Neptune , l'instrument d'une indigne faiblesse ,
S'empara de mon cœur, et dicta la promesse.
S'il n'en eut inspiré le barbare dessein.
Mon, je n'aurais jamais promis de sang humain.
« Sauve des malheureux si voisins du naufrage ,
« Dieu puissant , m'écriai-je, et rends-nous au rivage.
« Le premier des sujets rencontré par son roi,
K A Neptune immolé, satisfera pour moi.... »
Mon sacrilège vœu rendit le calme à l'onile;
Mais rien ne put le rendre à ma douleur profonde.
Et l'effroi succédant à mes premiers transports.
Je me sentis glacer en revoyant ces bords :
Je les trouvai déserts, tout avait fui l'orage;
Un seul homme alarmé parcourait le ri\ âge ;
Il semblait de ses pleurs mouiller quelques débris
J'en approche en tremblant^,. Hélas ! c'était montils !
No 28 (p. 102.) DIALOGUE DE NÉARQUE ET DE POLYEUCTE.
NÉARQUE
OÙ pensez-vous aller?
POLYECCTE. ^
Au temple oii l'on m'appelle, jj
NÉARQUE
Quoi ! vous mêler aux vœux d'une troupe infidèle! Oubliez-vous déjà que vous êtes chrétien?
POLYEUCTE
Vous par qui je le suis, vous en souvient-il bien?
NÉARQUE
J'abhorre les faux dieux
POLYEUCTE
Et moi Je les déteste.
NÉARQUE
Je liens leur culte impie.
2!b8 TRAITE <DE LITTERATUBE.
POLEUYCTE.
Et je le tiens funeste-
NÉARQUE
Payez doDC leurs autels.
POLYEUCTE
Je les veux renverser, Ft mourir dans leur temple, ou les y terrasser. Allons, mon cher Néarqiie, allons aux yeux des hommes Braver l'idolâtrie el montrer qui nous sommes. C'est l'attente du Cifl il nous la f.iul remplir; Je viens de le promettre, et je vais l'accomplir. Je rends grâces au Dieu que lu m'as lait counaitre Ue celle ôcca.sioir qu'il a silot l'ail nailni , Ou déjà sa honte, pn''te a me couronner. Daigne éprouver la loi qu'il vient de me donner,
NF.\RQUE.
Ce zèle est trop ardent j^soûffrez qu'il se modère.
POLVEUCTE.
On n'en peut trop avoir pour le Dieu qu'on révère.
NÉARQUE
Yoas trouTerez la mort.
POLYEUCTE
Je la cherche pour luL
NÉARQCE.
Et si ce cœur s'ébranle ?
POLYECCTE.
II sera mon appui.
NÉARQUE
Il ne commande point qae l'on s'y précipite
POLYEUCTE
Plus elle est volontaire, et plus elle mérite.
NÉARQUE
Il suflit, sans chercher, d'attendre et de souffrir.
POLYEUCTE
On souffre avec regret, quand on n'ose s'offrir.
NÉARQUE
Mais dans ce temple entin la mort est assurée.
POLYEUCTE
M^is dans le ciel déjà la palme est préparée.
NÉARQUE
Par une sainte vie il faut la mériter.
POLYEUCTE
Mes crimes en vivant me la pourraient ôter. Pouruuoi mettre au hasard ce que la mort assure? Quand elle ouvre le ciel , peut-elle sembler dure? Je suis chrétien, Néarque, el le suis tout à fait; La foi gue j'ai reçue aspire à son elfet. Qui fuit , croit lâchement , et n'a qu'une foi morte.
NÉARQUE
Ménagez votre vie , à Dieu même elle importe. Vivez pour protéger les chrétiens en ces lieux.
EXEMPLES. 30. 2'vîJ
POLYEUCTE
L'exemple de ma mort les fortifiera mieux
NÉARQUE
Vous voulez donc mourir ?
POLYEUCTE
Vous aimeriez mieux vivre
(Corneille.)
DÉBUT DE PLUTON DANS L'OPERA DE PROSERPINE , OU LES GÉANTS VAINCUS. '**,:.
Les efforts d'un géant qu'on croyait accablé. Ont fait encor frémir le ciel , la terre et l'onde. Mon empire sVn csl troublé; Jusqij au centre du monde Mon trône en a tremblé.
L'affreux Typliée, avec sa vaine raae, Trébuche enlin dans ses gouffres sans fonds. L'éclat du jour ne s'ouvre aucun passage Pour pénétrer les royaumes profonds Qui me sont échus en partaj;«.
Le ciel ne craindra plus que ses fiers ennemis Se relèvent Jamais Je leur chute mortelle; Et du monde ébranlé par leur fureur rebelle Les fondements sont affermis.
( QCINAULT. )
Il esl impossible , je crois , d'imaginer un plus digne intérêt pour amener PluloD sur la terre , et de l'exprimer en de plus beaux vers.
N« 30 (p. 118.) EXTRAITS DE LA MÉTROMANIE.
Ce mélange de gloire et de gain m'importune. On doit tout à I honneur, el rien a la fortune. Le nourrisson du Pinde, ainsi que le guerrier, A tout l'or du Pérou préfère un beau laurier. L'avocal se peut-il égaler au poêle?
De ce dernier la gloire est durable et complète; 11 vil longtemps après que l'autre a disparu. Scatron même aujourtl'hui l'emporte sur Paint. Vous parlez du barreau de la Grèce et de Rome, Lieux propres autrefois à former un grand homme ! L'encre de la chicane et sa barbare voix N'y déliguraient pas l'éloquence et les lois. Que des traces du monstre on purge la tribune ; J y monte , et mes talents , voués a la fortune , Jusqu'à la prose encor voudront bien déroger.
240 THÀIXÉ DE LITTÉBATUBfi.
Mais l'abus ne pouvant sitôt se corriger , Qu'on me laisse a mon pré , n'aspirant qu'à la gloire, Des litres du Parnasse anoblir ma mémoire , Et primer dans un art plus au-dessus du droit, Plus grave , plus sensé , plus noMe qu'on ne croit. Le vice impunément, dans le siècle ou nous sommes. Foule aux pieds la vertu si précieuse aux hommes. Est-il pour un esprit solide et sént-reux Une cause plus belle a plaider devant eux ? Que la fortune donc me soit mère ou marâtre, Cen est fait , pour barreau je ctioisis le théâtre; Pour client , la verlu ; pour lois, la véritéj, Et pour juges, mon siècle et la postérité.
Ma vertu donc se borne au mépris des richesses ; 4. chanter des héros de toutes Ks espèces ; A sauver, s'il se peut, par mes travaux constants. Et leurs noms et le mien des injures du temps. Infortuné! je touche à mon cinquitme lustre. Sans avoir publié rien qui me rende illustre : On m'ignore; je rampe encore à l'aide heureux Ou Corneille et liacine étaient déjà fameux.
On trouvera bien placé ce vif enthousiasme avec lequel le métromane répond a son oncle, qui lui représente qu'aujourd'hui on ne fait que glaner ou ces rares génies moissonnaient à leur aise :
Ils ont dit, il est vrai , presque tout ce qu'on pense. Leurs écrits sont des vols qu ils nous ont faits d'avance. Mais le remède est simple : il faut faire comme eux. Ils nous ont dérobés, dérobons nos neveux ; Et tarissant la source ou puise un beau délire, A la postérilé ne laissons rien à dire. Un démon Iriomphant m'élève à ct-t emploi : Malheur aux écrivains qui viendront après moi!
Et ce langage si riche et si pompeux au sujet de la cabale et de la satin qui se déchaînent contre les écrivains :
Que peut contre le roc une vague animée? Hercule a-t-il péri sous l'effort du Pygraée ? L'Olympe voit en paix fumer le mont Etna. Zoîle contre Homère en vain se déchaîna. Et la palme du Cid, malgré la même audace. Croit et s'élève encore au sommet du Parnasse.
(PiRON.)