SYLLOGISMES
Première preuve.
Majeure. Monfll§, vous ne devez pas entreprendre tineac-
* Celte réfluctîon aura bien un autre avantage, si l'on oblige les jennea gens àrimilt'r, quand il> travailleront. Il n'y a rien de mieux, en effet, pour les éloigner de rinutile verbiage et les accoutumer a la justesse et a la solidité , que de les contraindre a ramener à un raisonnement simpie ce qu'ils liront dans les auteurs ou ce qu'ils composeront em-mémes.
tion qui vous fera violer ce que la religion a de plus sacré ;
Mineure. Or faction de tuer Hannibal vous fera violer ce que la religion a de plus sacré ;
Conclusion. Donc vous ne devez pas tuer Hannibal.
Deuxième preuve.
Maj. Vous ne devez pas entreprendre une action qui vous expose au danger de périr :
Min. Or l'action de tuer Hannibal vous expose an danger dépérir;
ConcL Donc, etc.
Troisième preuve,
Maj. Vous rie devez pas entreprendre une action qui vous expose au danger de tuer votre père;
Min. Or l'action de tuer Hannibal vous expose aussi à tuer votre père;
Concl. Donc , etc.
BNTHYMÈMES.
Première preuve.
Antécédent. L'action de tuer Hannibal vous fera violer ce que la religion a de plus sacré;
Conséquent. Donc vous ne devez pas l'entreprendre.
Deuxième preuve.
Antêc. L'action de tuer Hannibal vous expose au dan ger de périr ;
Conséq. Donc vous ne devez pas l'entreprendre.
Troisième preuve.
Antéc. L'action de tuer Hannibal vous expose au danger de tuer votre père ;
Conséq. Donc Vous ne devez pas l'entreprendre.
Les mineures des syllogismes et les antécédents des enthymèraes exposés ci-dessus auraient dû être développés chacun à son endroit. Dans le syllogisme, lorsque le principe n'est pas évident, l'essentiel est de prouver la mineure, parce qu'elle renferme toujours le fort de Targument. Par la même raison, c'est l'antécédent qu'il faut prouver dans
84 TRAITE DE LITTÉBATURE.
l'enthymème. Si nous n'avons fait ni l'un ni l'autre, c'est que nous avons craint d'être long; il sera facile d'achever de vive voix ce qui n'est ici qu'ébauché, et de déduire chaque preuve dans son entier, en suivant exactement la forme scolastique. Cette opération fait sentir tout le prix de l'éloquence, et montre clairement par quelle grâce et par quels charmes elle sait embellir l'austère et froide raison. En effet, si les preuves que nous venons de rapporter sont solides et concluantes , peuvent-elles être présentées d'une manière plus sèche et moins agréable que par la forme usitée dans l'école? Mais voyons comment Tite-Live les a traitées. Sous sa plume éloquente, tout devient fort, énergique , animé. Il s'attache uniquement à faire voir la vérité de ce qui est contenu dans les mineures des syllogismes et dans les antécédents des enthymèmes. Il n'explique point les majeures, parce qu'elles sont claires et se suppléent assez d'elles-mêmes. Par les mêmes raisons , Une tire pas non plus les conclusions.
L'entrée qui tient lieu d'exorde est vive et touchante :
Per ego te, fili, qu;ecumque jura liberos jungunl parentibus, precor quaesoque, ne an'è oculos patris facere et pati omnia infanda velis , TiT. Liv., xxxiii, 9).
Premier motif, tiré de la religion.
Il se subdivise en trois autres qui ne sont presque que montrés, mais d'une manière fort vive et fort éloquente, sans qu'il y ait aucune circonstance omise , aucun mot qui ne porte: r la foi des traités confirmés par les serments et par les sacrifices ; 2° les droits sacrés de l'hospitalité; 3° l'autorité d'un père surson fils.
Pauc;e horœ sunt , intrà quas jurantes per quidquid deorum est, dextrfp dexti-as jungenles fidem obslrinximus, ut sacralas lide manus di- «ressi ab colloquio ext^^mplô in eum armaremus! Surgis ab hospitali raensà, ad quam terlius Campanorum adhibitus ab Hannibale es, ut eam ipsatn mensani cruentares hospitis sanguine! Hannibalem paler filio meo potui placare, filium Hannibaii non possum!
Second motif, tiré du, danger où Pérolla s'expose.
Sed si nihil sancfi , non fides, non religio, non pietas; audeantur infanda, si non perniciem nobis cum scelere afferunt.
Ce n'est là qu'une transition ; mais combien elle est ornée î Quelle justesse et quelle élégance dans cette distribution qui comprend en trois mots les trois parties du premier
motif! Jides, pour le traité ; religio, pour riiospitalité; pietas, pour le respect qu'un fils doit à son père. La dernière pensée est fort belle et conduit naturellement du premier motif au second.
Unus aggressurus es Hannibalem? Quid illa turba tôt liberorum servorumque? quid in unum intenli omnium oculi? quid tôt dextr»? Torpescentne in amentià illâ? Vullura ipsius Hannibalis, quem arniati exercitus sustinere nequeunt, quem horret populus Romanus, tu sustlnebis !
Quelle foule de pensées et d'images ! Quelle admirable opposition entre des armées entières qui ne peuvent soutenir l'aspect d'Hannibal, le peuple romain même que ses regards font trembler, et mi faible particulier, tu!
Troisième motif: le père qu'il faudra tuer avant d'arriver à Hannibal.
Et alia auxilia desint (c'est la transition), me ipsum ferire corpus meum opponenlem pro corpore Hannibalis sustinebis? Atqul per meum pectus petendus ille libi transfigendusque est.
La simplicité et la brièveté de ce dernier motif n'est pas moins admirable que la vivacité du précédent. Un jeune homme serait tenté d'ajouter ici quelques pensées. Pourrez vous tremper vos mains dans le sang d'un père? arracher la vie à celui de qui vous l'avez reçue , etc? Mais un maître tel que Tite-Live sent bien qu'il ne faut que montrer un tel motif , et que vouloir l'amplifier, c'est l'affaiblir.
Il finit par des prières, plus fortes dans la bouche d'un père que toutes les raisons :
Deterreri hic sine te potiùs , quàm illic vinci. Vaieant preces apud te meac sicut pro te hodie valuerunt.
L'éloquence triompha : Lacrymantem indè juvenem cernens y médium, complectitury atque osculo hœrensy non antè precibus abstitit , quàmpervicitut gladiumpo^ neret ^fidemque daret nihil facturum, taie.
( F oyez à la fin du vol. , n° 19 , le même sujet traité par Silius Ita- Ucus. ) ^
§ 5. — De la Réfutation,
1. V.n quoi consiste la réfutation ot quand forme-t-elle une partie séparée de la confirmation?— 2. Ou doit se placer la réfutalion?— ô. Quels sont les niorens généraux (le réfuter?— 4. A quel penre d'éloquence la réfutation est-elle 'surtout nécessaire ?— 3. Quel est le caractère de fîi réfutation dans réloqueii^c de la chaire? —s. Quelles sont les observations à faire sur cette espèce de réfutation?
86 TRAITÉ DE LITTÉRATUBB.
«-7. La féfutation a-t-elle toujours besoin d'être développée av«e éiendae? — c.
^aisse-t-on toujours ;t son adversaire le temps de dérouler tous ses moyens? — », Que faut-il faire lorsqu'on réfute les preuves l'une après l'autre?
1 . La réfutation consiste à détruire les moyens contraires aux nôtres. Cicéron ne veut pas qu'on la sépare delà confirmation ;
Il n'y a , dit-il , qu'un seu! procédé pour étayer vos preuves , et ce procédé renferme les deux parties qu'un voudrait disjoindre; car vous ne pouvez ni détruire ce que 1 on vous objecte sans appuyer ce qui prouve en votre faveur, ni établir vos moyens sans réfuter ceux de l'adversaire ; ce sont deux choses jointes par leur nature , par leur but et par l'usage que vous en faites ».
Ce passage demande deux remarques : la première c'est que, pour réfuter, il faut venir après l'adversaire;, la seconde , c'est qu'il n'est ici question que des ouvrages dans lesquels la réfutation peut avoir lieu , tels que les plaidoyers, les mémoires, etc. Or, il y a des discours, tels que les éloges, les oraisons funèbres, etc., qui n'admettent que la confirmation.
2. La réfutation se place tantôt avant, tantôt après la confirmation ; quelquefois elles marchent de front, pour ainsi dire, et à mesure qu'on fait valoir ses raisons, on renverse celles de l'adversaire. Cela dépend des matières que l'on traite ou des circonstances dans lesquelles on parle.
3. La réfutation demande, dans l'orateur, beaucoup d'adresse et de sagacité ; c'est dans cette partie surtout qu'il éprouve le besoin de manier habilement l'arme du raisonnement ou de l'analyse. En effet , que les raisons de l'adversaire soient solides et sincères, ou qu'elles manquent de fondement et de vérité, sans doute elles ont été présentées avec art, et ce qu'elles avaient de faux, de hasardé ou de faible, a été adroitement caché sous les ornements de l'éloquence. Il faut donc les réduire à leur plus simple expression et les ramener à des raisonnements formels, et alors il deviendra possible de montrer :
Ou que les arguments de l'adversaire reposent sur de faux principes <l'ou l'on n'a pu tirer aucune conséquence ;
Ou que de principes vrais ou a tiré des conséquences exagérées ou fausses ;
^ Una in causis ratio quœdara est, quie ad probandam argumentationem valet. Ea autem et confirmationem et reprehensioneiu quicrit. Sed quia oeque reprehendi, qa* conlrà dicuntur, possunl , nisi tua confirmes, neque haec conlirmari , nisi illa repreheudas; idcirco haec et naturâ, et utilitate, et tractatione conjuncta sunt.
De Oral., 1. u,33I.)
RHÉTOBIQUE. ^7
Ou qu^on a donné pour certain ce (|ui était douteux, pour avoué ce (jui était Contesté, pour propre à la cause ce qui n'y avait point ou n'y avait que très-peu de rapport.
S'il n'est pas possible de détruire les preuves , il faut chercher à les affaiblir : on sépare celles qui tirent leur force de leur union, et on les présente séparément pour en faire voir le vice ou la faiblesse ; on réduit à leur plus simple expression celles qui ont été développées avec éclat, afm d'en amortir l'effet; quelquefois même on affecte de dédaigner et de repousser, par une ironie vive, mais décente, ce qu'il n'est pas facile de réfuter directement. ^ La réfutation offre encore d'autres ressources : tantôt on tire soi-même d'un principe reconnu par l'adversaire une conséquence qui le confonde ; tantôt on rompt toutes ses mesures en le faisant tomber en contradiction; on évitera surtout les pièges adroits qu'il peut avoir tendus, et l'on en tendra d'autres à son tour; on se gardera de s'amusei* à ce qu'il aura dit d'inutile, et de se laisser entraîner hors du sujet par ses écarts^ etc. Tel est l'art, telles sont les précaiitions et les ressources nécessaires à l'orateur pour ï*éfutef avec succès un adversaire redoutable.
4. C'est surtout au barreau que la réfutation a besoin de toutes les forces du talent. Que sera-ce, en effet , qu'un orateur, dit la Harpe, s'il n'est pas logicien, s'il n'est pas accoutumé à saisir avec justesse la liaison ou l'opposition dès idées , à remarquer avec précision le point d'une question débattue , à démêler avec sagacité les erreurs plus ou moins spécieuses qui l'obscurcissent, à bien appliquer le principe â la question et les conséquences aux principes , à rompre îés filets d'un sophisme dans lesquels se retranche l'ignorance ou s'enveloppe la mauvaise foi? Sans doute il doit laisser à la philosophie l'argumentation méthodique et la sèche dialectique qui n'opèrent que la conviction. L'orateur prétend davantage, il veut persuader; car si la résistance à la vérité n est souvent qu'une erreur , plus souvent encore p'*4it-être cette résistance est une passion , et c'est !à l'ennenu le plus opiniâtre et le plus difficile à vaincre. Il faut donc que l'orateur non-seulement nous montre le vrai , mais nous détermine à le suivre ; non-seulement nous montre ce qui est honnête , mais nous détermine à le faire, et c'est pour cela que la logique oratoire doit joindre lc!s mouvements aux raisonnements; mais les mouvements ne seront puissants qu'autant que les raisonnements seront
88 TRAITÉ DE LÎTTÉRATUBB.
justes, et alors rien ne pourra résister à cette double force , faite pour tout entraîner. C'était celle de Déraosthènes, Je plus terrii)le athlète qui jamais ait manié l'arme de la parole. Il se sert du raisonnement comme d'une massu€ îont il frappe sans cesse, et dont chaque coup fait une plaie.
Dans le fameux procès pour la Couronne , où Démosthènes avait toute raison , Eschine s'était rejeté sur la teneur du décret du couronnement et sur le texte des lois, matière où la chicane des mots trouve toujours des ressources faciles, et l'accusateur, homme de beaucoup détalent, les fait valoir avec toute l'adresse possible. Une loi défendait de couronner un comptable : il prétend que Déroosthènes l'est; d'où il conclut que le décret est illégal et nul. Il se fondait sur ce que Déraosthènes était encore chargé de l'administration des spectacles , et l'avait été de la réparation des murs d'Athènes. La première comptabilité n'avait aucun rapport au décret , qui ne couronnait Déraosthènes que pour la gestion relative à la réparation des raurs.
Il est vrai que pour cette dernière il n'avait rendu aucun compte : mais il en avait une fort bonne raison, c'est qu'il avait presque tout fait à ses dépens ; et c'était précisément pour récompenser cette libéralité civique et reconnue que le sénat., bien loin de lui demander des comptes, lui avait décerné une couronne d'or. Mais Eschine s'était retranché dans le texte littéral, et de plus avait affecté de mêler et de confondre deux coraptabilités fort distinctes , celle des spectacles et celle des raurs : c'était bien là une raatière de pur raisonneraent. On va voir corame Déraosthènes sait la rendre oratoire , corarae il la relève par la nobl» sse des pensées et des sentiraents, en raêrae teraps qu'il fait rayonner 1 évidence des principes et des faits par une logique lumineuse :
KaiTO'. Ta [j-eyic-Tà ye twv 7:£7ro).tTe'J[X£va)v xat TrsTrpaypLÉvwv sfjLauxtô TxapaÀEÎTiw , 07:o).a[jLêàva)v, Ttptôxov (xèv èse^T]; toùç izeçi aÙToO toO uapavôfiou Xôyo'j; àTioooOvai [lô û£ïv • slxa , xàv {jLYjoèv eÏTio) Trepl Tùiv lo'.TzGi-i 7:oXtTe'j[xàTwv, ô[xot(o; rap' Ofxûv éxaTTO) tô OAJveiôô; ÛTropj^etv p.oi.
Tûv [j.£v o'jv XoYwv, oOç O'JTO; àvw xaî y.àTO) ôiaxuxcôv sXsyî rrepi xàiv Trapayeypaaijivwv vô[j,(ov, oùtô, [j.à toùç Oeoii; , oTfiai 0[jLàç (xavôàveiv, out' aC/TÔ; r;ojvà[xriv xoùç ttoXXoù; auviévai aùxcôv. 'AtcXujç ôè ttjv opôiQV oôàv nepl T(7)v otxaîfov 6'.aX£^0(xai.
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( Foyez à la fin du vol., n° 20, un autre modèle de réfutation tiré du même orateur. )
Cicéron nous offre à son tour un modèle admirable de réfutation dans la première partie de la deuxième Ptiilippique, surtout lorsqu'il se défend d'avoir été complice de la mort de César. Récits animés, raisonnements solides, accusations tournées adroitement contre l'accusateur, force des idées, vivacité des tournures , pathétique des sentiments , tout s'y trouve réuni pour le triomphe de l'orateur (V. ce discours, n** 25-42).
5. Ce n'est pas au barreau seulement ou à la tribune que l'on peut avoir des réfutations à faire ; dans les autres genres de discours, dans le sermon, par exemple, si l'on n'a point à combattre un rival , un adversaire , un ennemi personnel , on a quelque chose de plus redoutable peutêtre et de plus difficile à vaincre , c'est-à-dire des préjugés, des erreurs et des passions. Or , ce sont autant d'ennemis qui s'élèvent du fond des cœurs contre le sermonaire, et dont il doit entendre les plaintes , les murmures , les cris, sans les dissimuler, aborder les sophismes ou les raisonnements les plus spécieux sans les craindre, pour en dévoiler la faiblesse ou le ridicule.
Toutefois , la marche du prédicateur ne peut être exactement la même que celle de l'avocat. Le second expose de suite, dans son plaidoyer, les objections de son adversaire, qu'il réduit en autant de propositions, pour les prendre ensuite chacune à part et les anéantir par une réfutation spéciale. Il n'en est point ainsi pour le prédicateur; il est obligé de se mettre à la place de ses auditeurs, de se faire les objections que le sujet amène, et d'y répondre à me.
sure qu'il se fes propose, de sorte qu'il remplit à la fois tes deux rôles. En outre , la réfutation de l'avocat permet tous les élans de la véhémence; celle du prédicateur doit être ordinairement calme autant que ferme. C'est ainsi que Bourdaloue réfute les prétextes si souvent allégués pour se dispenser défaire l'aumône , et montre que, d'un principe vrai , on a tiré de fausses conséquences :
Les temps sont mauvais, dit-il, chacun souffre, et n'est-il pas alors de la prudence de penser à l'avenir et de , garder son revenu? C'est ce que la prudence vous dit, mais une prudence réprouvée, une prudence charnelle et ennemie de Dieu. Tout le monde souffre et est incommodé . j'en conviens ; car jamais le faste, jamais le lUxe fut-if plus grand qu'il l'est aujourd'hui? Et qui sait si ce n'est point pour Cela que Dieu nous chaUe? Dieu, dis-je, qui, selon l'Écriture, a en horreur le pauvre superbe? Mais, encore une fois, je le veux, les temps sont mauvais. Et que concluez-vous de là? si tout le monde soutire, les pauvres ne souffrent-ils pas ? et si les souffrances des pauvres se trouvent chez les riches , à quoi doivent être réduits les pauvres mêmes ? Or, it qui est-ce a assister ceux qui souffrent plus , si ce n'est pas a ceux qui souffrent moins? Est-ce donc bien raisonner de dire que vous avez droit de retenir votre superflu, parce que les temps sont mauvais, puisque c'est justement pour cela même que vous ne pouvez le retenir sans crime, et que vous êtes dans une obligation particulière de le donner?
6. Comme cette espède de réfutation a ses écueils particuliers , il est bon de faire à cet égard quelques observa^ tions :
t° On ne doit jamais se faire aucune objection qui ne se présente naturellement et qui ne naisse, pour ainsi dire ^ de la matière même que l'on traite; une objection amenée par force annonce un orateur peu pénétrant ou maladroit.
2. C'est une grande imprudence, qui fait tout perdre quand on croit gagner tout, que d'affaiblir les difficultés qu'on se propose. On doit , au contraire, les exposer dans toute leur force. L'auditeur regarde avec pitié ou avec dédain la réponse à une objection qu'il pourrait renforcer luimême.
.3" Il faut êtie assuré de pouvoir répondre avec force aux objections fortes , et de manière à ne laisser ni doute ni obscurité dans l'esprit des auditeurs. Faire autrement, ce serait aller chercher l'ennemi pour en être battu et s'exposer à perdre la confiance de ceux à qui l'on parle, ou a leur donner au moins de violents préjugés contre la vérité dont on veut les convaincre.
^ 4" Ces objections auront ou du moins paraîtront avoir unti importance mesurée sur les circonstances dans lesquelles on parle. Telle objection peut être sérieuse et néan-
KHEtOfiigUE. 91
moins être superflue relativement à tel lieu, à tel temps, à tels auditeurs. Une difficulté iimtile est vaine, et il n'y a pas plus de gloire que d'avantage à la combattre. .^,0n aime à voir un orateur vigoureux s'exercer ainsi, franchement et de bonne foi , dans cette espèce de lutte , et se mesurer , pour ainsi dire, corps à corps avec des adversaires redoutables , dans les grandes questions de politique , de religion, de morale , sur lesquelles les hommes ont cherché à accumuler tant de nuages. L'éloquence française, fière de ses Bourdaloue , de ses Massillon et surtout de ses Bossuet , est peut-être celle qui a fourni les plus beaux modèles en ce genre.
7. La réfutation n'est pas toujours développée avec étendue. Souvent elle est courte, sans être moins énergique ni moins complète. Ainsi Agrippine, irritée de voir diminuer son crédit à la cour de Néron , son fils , s'emporte et menace de le détrôner, et de placer sur le trône le fils de Claudius : « J'irai , dit-elle à Burrhus, j'irai le dénoncer à l'armée :
Pour rendre sa puissance et la vôtre odieuses, J'avouerai les rumeurs les plus injurieuses; Je confesserai tout : exils , assassinats , Poison même.