‹ Traité théorique et pratique de littératureChapitre 26 sur 94 · Il ne suffit pas d'être fortement ému ou profondément · texte numérisé non relu

Il ne suffit pas d'être fortement ému ou profondément

' Expression de Cinéas, député de Pyrrhus. Foijcz mon Hisloire ro maine, 9'"e édition, page 90.

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persuadé pour être éloquent; car l'erreur a au'^si ses convictions, et par conséquent ses mouvements d'enthousiasme. Ici nous jugeons l'éloquence, non par quelques mouvements inspirés, mais dans l'ensemble de ses conceptions; et c'est ici que l'erreur de l'esprit ou la corruption du cœur paraît impuissante pour produire une de ces œuvres accomplies qui résistent au changement des passions, au caprice des partis , aussi bien qu'à l'examen sévère du goût. Toutes les inspirations de Terreur sont passagères; elles ont quelque chose d'incertain et de vague qui les empêche de saisir notre pensée et de porter la conviction dans notre cœur. Il faut à l'éloquence des émotions profondes et qui se rattachent a de grandes pensées. C'est le mélange d'idées fortement liées et de sentiments fortement exprimés , qui revêt le discours d'une couleur imposante et solennelle; tout se tient dans l'éloquence , parce que tout est vrai. On n'a pas besoin d'offrir à l'esprit des éclairs, des traits soudains , tout est empreint d'une lumière pénétrante; on ne fait point d'efforts pour agiter l'auditeur, les émotions se produisent d'elles-mêmes; elles tieiment à cette conviction grave qui se répand dans tout le langage et qui de temps en temps se laisse aller à des éclats de voix plus retentissants, sans affaiblir pour cela l'effet général du discours. Il n'y a donc de grande éloquence que celle qui présente ce double caractère : une forte conviction de l'esprit par la vérité, une profonde émotion du cœur par la vertu.

{Voyez à la fin du vol. , n° 25, l'analyse du discours du cardinal Maury sur la constitution civile du clergé, et n° 26, un discoui'sde M. de Bonald siir raliénafion des bois de l'État.)

5 2. — De V Éloquence j^olitiqne considérée sous le rapport de la rhétorique,

i. Quel est le principe à poser lorsqu'il ■à a^it de persuader <Jes hommes? — 2. L'orateur doit-il être persuadé lui-iiiènie de ce qu'il veut persuader aux autres? — S. L'orateur politique n'a-t-il pas le plus s.TJNent besoin d'improviser? — 4. L'improvisation exclut-elle la méditation du sujet et ia préparation du discours? — 6. A quelle méthode les discours publics sont- ils astreints?— 6. Quel est le style qui convient à l'éloquence politique ? — 7. Quel est le degré de précision qui convient a l'éloquence politique?— 8. Qu'y a-t-il à dire sur le débit dans le discours politique?

1. Toutes les fois qu'il est question de persuader des hommes, on doit poser pour principe qu'il est indispensable de produire la conviction en agissant sur l'entendement. Les discours faits pour les assemblées populaires permettent

un style véhémeiU et déclamatoire; mais ce serait une grande erreur d'eiî conclure qu'ils n'ont pas besoin d'un raisonnement. Ceux que i'on composerait d'après cette fausse conception pourraient avoir l'éclat de l'éloquence, mais ils n'en auraient point les effets. Le peuple même est meilleur juge, en fait de sens et de raisonnement, qu'on n'est porté quelquefois a le croire ; et, lorsqu'il s'agit d'affaires, un homme simple, qui va droit au fait, l'emporte presque toujours sur un orateur plein d'art et d'étude, qui met à la place des preuves les fleurs de la rhétorique. A plus forte raison , lorsqu'un orateur public s'adresse a det; hommes d'éducation et d'intelligence, doit-il être circonspect et ne pas traiter légèrement ses auditeurs : Cura sit verbontm, sollicitudo rerum. Prenez soin des mots, dit Quintilien, mais réservez votre sollicitude pour les choses.

2. Pour acquérir l'art de gouverner par la parole une assemblée populaire, c'est une règle essentielle que l'orateur soit persuadé lui-même de ce qu'il veut persuader aux autres. Jamais il ne doit adopter un argument, un point de vue dans une question discutée, s'il ne le croit pas bon et vrai. II est bien rare, il n'arrive peut-être jamais qu'un homme se montre éloquent, s'il ne parle comme il pense, comme il sent. Le langage siucère et qui part du cœur est le seul qui porte avec lui la conviction : Verœ voces ah Imo pectore. C'est la vérité, c'est une vive émotion qui rend un homme persuasif; c'est là ce qui prête au génie de l'orateur une force qui , dans toute autre circonstance, lui est plus ou moins étrangère. Quel n'est donc pas le désavantage de sa situation lorsqu'il ne sent rien de ce qu'il dit, et qu'il est obligé de feindre des émotions qu'il ïi'éprouve pasl

3. La nature des débats politiques permet rarement à l'orateur de préparer un discours a l'avance et dans ses détails, comme le permet toujours la chaire et quelquefois aussi le barreau. Les arguments doivent suivre le cours de la discussion, et comme il est impossible de prévoir la forme qu'elle doit prendre, tout orateur qui se reposera sur un discours écrit, sera souvent entraîné hors du terrain qu'il aura choisi; il trouvera la place prise et ses raisonnements éludés par une tournure imprévue. Que s'ij persiste toutefois à faire usaue du discours qu'il aura préparé, il s'exposera souvent à jouer un rôle assez ridicule.

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ïlfaut en excepter les rapports et quelques discours prononcés au commencement d'une discussion générale. Mais à mesure que les débats s'engagent, que les partis opposés s'échauffent, que la question change de point de vue, que de fréquentes interruptions forcent l'orateur à changer vingt fois la direction de ses idées, de tels discours deviennen't de plus en plus déplacés , et s'éloignent de plus en plus du sujet : l'improvisateur seul peut alors produire quelque effet. Le discours écrit serait, sans doute, plus régulier, plus élégant; mais qu'il est froid à côté de ces inspirations vives et quelquefois sublimes de l'improvisation !

{Foyez à la lia du vol., n° 27, un discours d'O'Connel sur l'état de l'Irlande.)

4. Loin de nous de vouloir par là jeter de la défaveur sur l'usage de méditer son sujet et de préparer ce qu'on , doit dire. Au contraire , si l'on néglige cette précaution et qu'on s'en fie entièrement à sa facilité, on contractera infailliblement l'habitude de parler d'une manière lâche et sans ordre. Mais la méditation , la préparation utile en ce cas, est celle qui porte sur tout le sujet, et non celle qui en travaille avec soin quelque partie. Quant au fond même du sujet, on ne saurait le trop méditer ; il faut le faire au point de s'en rendre maître, et de connaître pleinement tout ce qui s'y rapporte. Mais pour les mots et les phrases , il peut très-aisément arriver qu'on les prépare trop , qu'on donne par là au discours un air de recherche, et qu'on s'embarrasse soi-même dans ses périodes , si l'on tient à débiter tout ce qu'on a disposé d'avance. A la vérité, jusqu'à ce qu'un jeune orateur ait acquis assez de confiance et de présence d'esprit pour commander à son expression , ce que l'habitude seule peut lui donner, il fera bien de confier à sa mémoire tout le discours qu'il veut prononcer ; mais lorsqu'après quelques essais il aura pris plus d'assurance, il lui suffira d'écrire quelques phrases du début ' pour commencer sans embarras et sans confusion ; et , pour le reste , de

* Cette précaution était devenue précepte pour Cicéron. L'orateur, ditil , doit être assuré du commencement de son discours ; puis , animé pur la parole même, il achèvera sous l'inspiration du moment.— Cicéron , par une belle similitude , rappelle que les rameurs l'ont voguer d'abord une barque a lorce de bras, puis s'arrèlent, tenant les rames suspendues; mais le mouvement, une lois donné, pousse la barque en avant. C'est ainsi que le discours soudain , ([ue la parole pressée par rimpulsion première du discours écrit , conserve le même élan , la même vigueur {De Orat., lit). 1).

faire quelques courtes notes , contenant , selon leur ordre , les chefs et les pensées principales sur lesquelles il se propose d'insister , sans se mettre en peine des mots , qui lui seront suggérés par la chaleur du débit. Ces notes succinctes, offrant toute la substance du discours condensée dans un petit espace, ne peuvent qu'être fort utiles à ceux qui débutent dans la carrière ; elles leur feront contracter le goût de l'exactitude, si facile à perdre lorsqu'on est appelé fréquemment à parler 5 elles les engageront même à s'occuper plus profondément de leur sujet; enfin elles les aideront à distribuer leurs pensées avec ordre et méthode.

5. Aussi , dans tous les genres de discours publics , rien n'est-il plus essentiel qu'une méthode claire et convenable au sujet. Par méthode , nous n'entendons point ici des subdivisions régulières et formellement énoncées , comme celles d'un sermon; car, dans une assemblée populaire, à moins qu'un orateur ne soit un homme d'une autorité imposante, et que le sujet ne soit important et tout à la fois soigneusement préparé, trop d'apprêt dans la division peut rebuter les auditeurs. La simple annonce de tant de chefs principaux et subalternes est au moins pour eux d'un fâcheux présage, puisqu'elle paraît les menacer d'un long discours. Mais, quoique la méthode ne doive pas toujours être formellement indiquée , cependant elle ne doit jamais être négligée dans un discours de quelque étendue. Cette précaution n'est pas moins utile à l'orateur qu'à l'auditeur : à l'un elle^fait éviter la confusion; à l'autre, elle permet de suivre sans peine la marche du discours ec de saisir toute la force des raisonnements. En un mot, tout s'affaiblit sans l'ordre ; avec l'ordre tout se fortifie.

6. Le seul aspect d'une assemblée nombreuse, occupée d'une discussion importante , et attentive au discours d'un seul, suffitpour élever l'âme de l'orateur et échauffer son imagination ; le cœur s'enflamme aisément au milieu d'un grand nombre d'hommes ; tous les mouvements s'y communiquent par la sympathie mutuelle qui s'établit entre celui qui parle et ceux qui l'écoutent ; là par conséquent peuvent trouver place ces figures hardies qui sont le langage naturel de la passion. Ainsi , la chaleur du discours, la véhémence et le feu des pensées et des sentiments , ces élans d'une âme fortement émue qu'inspirent l'amour du bien public et la vue d'un grand objet, tels sont les traits caractci istiques

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de l'éloquence populaire portée a son plus haut point de perfection.

Toutefois la liberté accordée à l'orateur politique de se livrer à des mouvements passionnés est soumise aux restrictions qu'indiquent le goût et la prudence.

D'abord la chaleur des expressions doit toujours être en rapport avec la question et les circonstances. En second lieu, jamais il ne faut feindre une émotion qu'on ne sent pas. Puis , lors même que le sujet autorise la véhémence et que la passion est véritable , il faut éviter avec soin , soit de porter l'impétuosité à l'excès, soit de blesser l'oreille de ses auditeurs , soit enfm, et surtout , de manquer aux bienséances de lieu , de temps et de caractère : Caput artis est, dit Quintilien, decere.

Quant a Télocution , elle doit être pleine , libre et naturelle; rien ne serait ici plus déplacé que la recherche dans les termes, puisque rien n'est plus contraire a la persuasion. Un style énergique et concis, fort de pensées, brillant non de l'éclat des ligures ou des mots pompeux , mais de ces images hardies que la passion sait si bien trouver ; voilà le mérite de l'orateur , le seul dont on lui sache gré. Aussi n'est-ce pas l'éloquence harmonieuse et quelque peu diffuse de Cicéron qu'il doit imiter, mais la simplicité si noble et si puissante de Demosthène.

Pour réussir en ce genre , il faut donc à de grands talents joindre une connaissance approfondie de sa langue, et ne hasarder jamais ni mots impropres ni phrases incorrectes ; car la moindre faute de langage peut provoquer dans l'asemblée un rire insultant et attacher à l'orateur un ridicule ineffaçable.

7. Quant au degré de concision ou de développement qui convient à l'éloquence politique , il nest pas aisé d'eo poser les bornes. On a coutume de recommander la manière développée dans ce ^enre de discours : mais on peut à cet'égard courir risque de s'égarer. En faisant trop usage du style développé, l'orateur perd souvent plus en force qu'il ne gagne en clarté. Sans doute, lorsqu'on s'adresse à des hommes assembles, on ne doit pas parler par sentences et par apophthegmes; il faut expliquer ses pensées et les inculquer; mais souvent on porte ce soin jusqu'à l'excès. Quelque plaisir qu'un orateur prenne à s'entendre , ses auditeurs sont très-sujets à s'en lasser; et lorsqu'une

fois la lassitude commence a se faire sentir , toute l'éloquenee est en pure perte. Une manière lâche et verbeuse ne manque jamais de créer le dégoût, et le plus souvent il vaut mieux risquer de ne pas dire assez que de dire trop ; il vaut mieux placer sa pensée sous un jour frappant et l'y laisser, que de la présenter sous toutes ses faces, d'épuiser par une profusion de paroles l'attention des auditeurs , et de ne les quitter que lorsqu'ils sont prêts à nous quitter euxmêmes de fatigue.

8. En parlant à des assemblées composées d'hommes de divers caractères et de divers états , le débit ferme et assuré est le plus convenable. L'arrogance et la présomption sont sans contredit toujours repoussantes, et l'on doit éviter jusqu'à l'apparence de pareils défauts. Mais il y a un ton d'assurance que l'homme le plus modeste peut prendre lorsqu'il est fortement persuadé de ce qu'il avance; et cette manière est la plus capable de faire une impression générale. Un homme qui parle avec hésitation et d'un ton faible laisse voir qu'il se défie lui-même de son opinion , et ce sentiment xi'est rien moins que propre à la faire adopter aux autres.

§ 3. — De V Improvisation.

I. Quelle était la condition de l'éloquBDce ohez le« Grecs et comment s'accordaitelle avec rimprovisallon ? — 2. Qu'cft-ce que la mémoire dans l'improvisation? — 3. La jeunesse romaine s'exerçait^ ,'Ue à llmprovl«ation ?— 4. Quel efit l'effet de rimprovisatioii ?

1. Bien que l'esprit des Grecs fût singulièrement dialecticien et subtil , la condition de l'éloquence , pour eux , c'était la pureté , l'élégance , l'harmonie du langage. Rien n'était plus sévère, plus délicat sur le goût, que l'auditoire populaire d'Athènes. Cicéron le remarque : devant le peuple athénien, un orateur n'eût osé se servir d'un terme dur et inusité : Eorum religioni quuin serviret orator, nutlum verbum insolensy nuUiim verbum odiosum ponere i>olebat. Le plus grand et le plus austère des orateurs athéniens , dans une cause qui intéressait le salut commun, est obligé de s'excuser d'avoir manqué à l'élégance attique, et de rappeler aux Athéniens que le sort de la Grèce ne dépend pas d'un geste oratoire.

Cependant cette perfection de langage , qui semblait être imposée aux orateurs de Tantiquité grecque, comment l'accorder avec cette condition de soudaineté si puissante dans

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le débat politique? Périclés n'allait jamais à la place publi- (fue sans avoir demandé aux dieux la grâce de ne rien dire d'imprudent , rien qui ne fût nécessaire , rien qui ne fût convenable. Cette prière était toute une préparation oratoire. Phocion , silencieux, au pied de la tribune, cherchait avant d'y monter /comment il exprimerait en moins de mots ce qu'il avait à dire. La préméditation seule, en effet, peut donner la concision du langage. Qui doute cependant , malgré ces exemples, que, dans le mouvemen»!; d'une assemblée populaire, la parole des orateurs d'Athènes ne fût souvent subite, improvisée'? Pour persuader les autres , il faut penser avec eux , en même temps qu'eux. 11 peut y avoir beaucoup d'art, mais il n'y a plus de vérité, lorsqu'on récite au lieu de sentir. On n'est plus orateur, on est acteur. La perfection même du débit, s'il n'est pas l'accent involontaire de l'âme, deviendrait un défaut en trahissant l'artifice.

2. Il est vrai que les rhéteurs anciens ont compté la mémoire parmi les qualités essentielles à l'orateur. Mais cette mémoire n'était pas celle des phrases et des mots : c'était une vive sensibilité qui retient toutes les impressions qu'elle a reçues, retrouve subitement toutes les idées qui l'ont frappée^ et se ranime plutôt qu'elle ne se ressouvient; c'était une attention vaste et sûre qui parcourt rapidement toutes les parties d'une cause , d'un sujet, et n'oublie rien, par la force même du raisonnement et la facilité de la méthode.

Dans son plaidoyer contre Eschine, Démosthène répond ;i des objections qu'il vient d'entendre. S'il refuse l'ordre de discussion que veut lui imposer son adversaire, s'il développe sa défense comme il l'avait préméditée , il y entremêle cependant des répliques soudaines. Il en cherche l'occasion, il interpelle Eschine ; il attend, il défie sa réponse et triomphe de son silence qu'il ne pouvait prévoir.

' Démostlièiip , dans le pro Coronu , rappelle ce qui s'était passé lorsqu'on aviiit appris que Philippe avait fait sa paix avec les Thébains. « Le liéraut, dans l'assemblée du peuple et du sénat, demande a haute voix : Qui veut moii/crdans [,i trihune P Aucnn de vous ne lui répond. 11 ré- ])ète a plu^ieu^s reprisesla même invitation : personne encore ne se lève, (|U<)i(|ue tous vos généraux et vos orateurs fussent là présents et qae la \oix commune de la patrie les conjurât d'ouvrir un avis salutaire. Or, ci'l.uj (|ui dans cette conjoncture décisive se présenta, c^ fut moi ; je montai llans la tribune , elc. »

Ainsi , toutes les fois yu'un événement imprévu oblijjeait d'assembler le peuple athéjiien , celui qui , à ce cri du héraut , Qui veut parler P mooiait dans la tribune, parlait d'abondance.

3. Dans les écoles de rhétorique, la jeunesse romaine s'exerçait à parler d'abondance. Crassus, tout en reconnaissant l'utilité de cet usage, trouvait cependant préférable celui de s'appliquer à composer avec réflexion ; et Crassus était lui-même , de tous les orateurs , le plus eu état d'improviser, par les études infatigables qu'il avait faites, par l'immense trésor de connaissances et de pensées qu'il avait amassé , mais surtout par les exercices de sa jeunesse.

Voici un exemple de cette promptitude avec laquelle il parlait sur-le-champ. Comme il plaidait en faveur de Plancus, contre un M. Brutus, son accusateur, homme peu digne de son nom , et au moment qu'il lui reprochait sa dissipation et ses vices , il vit du haut de la tribune passer le convoi d'une vieille femme de la famille Junia. Il s'interrompit, et adressant la parole à Brutus :

Brute, quid sedes? quid illam anum palri nuntiare vis tuo? quid illis omnibus, quorum imagines duci vides? quid majoi'ii)US tuis? quid L. Brulo, qui hune populum dominatu regio liberavit? quid te tacere? cui rei , cui gloriae , cui virluti studere? patrimonione augendo? at id uou est nobiïitatis : sed fac esse; nihil superest; libidines totum dissipaverunt. An juri civili? est paternum.Sed dicel te, cùm a?des venderes , ne in rutis qùidem et cœsis soliumtibi paternum récépissé. An rei militari? qui imiiquam castra videris. An eloquenti;e? qu?e nulla est in le; et quidquid est vocis ac lingute, omne in istum turpissimum calumniai quaestum contulisti? Tu lucem adspicere audes? tu hos intueri? tu in foro, tu in urbe, tu in civium esse conspectu? tu illam mortuam , tu imagines ipsas non perhorrescis? quibus non modo imitandis , sed ne collocandis quidem tibi uilum locum reliquisti.

Ce morceau- se trouve au second livre du de Orat. (c, LV, 225-226), et l'un des interlocuteurs du dialogue, Antoine, en le citant , s'écrie : Proh! dit immortales ! quœ fuit illa, quanta vis! quàm inexspectata ! quàm repentina!

4. Il n'y a guère que l'improvisation qui soit capable de produire les grands effets de l'éloquence et de saisir tous les avantages du lieu , du moment , de son émotion propre et de celle des auditeurs ; et voilà pourquoi Bourdaloue disait d'un missionnaire de son temps : On rend à ses sermons les bourses que fon vole aux miens. Les missionnaires ont en effet cet avantage inestimable sur les prédicateurs étudiés. Il en est de même au barreau et à la tribune pour les avocats et les oiateurs qui parlent d'abondance , sur ceux qui froidement récitent le plaidoyer ou le discours qu'ils ont écrit. Ce talent rare, que Fénelon voulait que

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Ton acquît , demande un grand travail et suppose les dong les plus pré<;ieux de la nature,

if'oyezk la fin du volume, n» 28, une improvisatioD poliUcrae de M. Berryer.) y ^

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