‹ Traité théorique et pratique de littératureChapitre 27 sur 94 · ÉLOQUENCE MILITAIRE · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE MILITAIRE

(Nous considérerons l'éloquence militaire en général et sous le rapport des différentes classes de harangues.)

§ l*"". — De r Éloquence militaire en général.

» En quoi consiste l'éloquence militaire ? — 2 Qu'est-ce que la harangue militaire, et comment s'en explique Tusagesi familier aux anciens?

1. U Éloquence militaire consiste en discours adressés aux soldats avant la bataille.

2. La harangue militaire est un discours prononcé par un général d'armée pour exciter ou soutenir ia valeur de ses troupes.

L'usage de haranguer les soldats avant une action était familier aux anciens. La fable et l'histoire, tant sacrée que profane, déposent en faveur de cette coutume; elle n'a rien d'étonnant dans les mœurs anciennes , où le talent de parler en public était nécessaire a tous ceux qui voulaient gouverner ou conduire les hommes. Les discours que les historiens mettent si souvent dans la bouche des généraux n'ont pas sans doute été prononcés tels qu'on les lit ; mais on ne les supposait que parce que lusage en était commun , et on ne leur faisait dire que ce qu'ils pouvaient avoir dit réellement.

§ 2. Des différentes classes de Harangues.

> Combien distingue-t-on de classes de liarangucs^ ss. i^ue se passait-il chez les Hébreux et chez les autres peuples anciens avant la bataille? —3. Qu'est devenu cet usage chez les modernes? - 4. I»ar quoi les harangues militaires sont-elles maintenant remplacées:" — s. Qu'est-ce que les harangues vraisemblables? — e. Qu'est-ce que les harangues feintes ?

1 . On peut distinguer trois classes de harangues : i ° celles qui, réellement prononcées, nous ont été conservées par la tradition ; 2" celles qui sont vraisemblables; a" celles qui sont feintes.

^ 2. Chez les Hébreux , le ministre de la religion , avant que l'action s'engageât, se présentait à la tète de l'armée, et disait au peuple» :

Audi, Israël : ros hodie contra icrtmicos vestros pugnam committitis; non perlimescat cor vestrum , nolile metuere , noiile cedere ; ne forniidetiseos, quia Dominas Deas vester in medio vestrî est, etpro vobis contra adversarios diiuicabil , ut eruat vos de periculo.

On publiait ensuite , à la tête de chaque bataillon , que ceux qui avaient nouvellement planté une vigne, bâti une maison ou contracté un mariage, retournassent dans leur famille. On accordait la même permission aux gens timides et dont le cœur était sans force. On le voit dans le livre des Machabées ; on y voit aussi que Judas , en disposant ses troupes à l'action , les animait du feu de ses discours , comme l'avaient fait les plus grands rois ou généraux de cette nation depuis Josué.

Il en était de même chez les Grecs et les Romains. Gomme leurs armées, selon la remarque de RoUin, étaient composées des mêmes citoyens à qui , dans la ville et en temps de paix, on avait coutume de communiquer toutes les affaires, le général, en les haranguant, ne faisait dans le camp ou sur le champ de bataille que ce qu'il aurait été obligé de faire à la tribune de la place publique.

Il n'est pas aussi facile de concevoir comment ces discours pouvaient être entendus de toute une armée. Sans doute , la nature des armes dont se servaient les anciens, moins bruyantes que les nôtres, procurait aux généraux un silence qu'ils n'obtiendraient guère aujourd'hui ; sans doute encore, les armées des Grecs et des Romains ne surpassaient pas en nombre le peuple réuni dans le Forum; mais la disposition même des troupes en devait mettre la plupart hors de la portée de la voix , et , comme le conjecture Rollin, le général parlait aux soldats les plus proches, et chargeait quelque lieutenant de communiquer aux plus éloi^ïnés ses sentiments et ses ordres.

3. Chez les modernes, il existe peu de discours militaires dont l'authenticité soit bien reconnue. Henri IV, qui parlait aisément et avec feu, ne négligeait pas ce talent dans les occasions importantes; à la bataille de Coutras, il parla en ces termes :

* AppropinquantP auteinjam prseiio, stabat sacerdos uQtè sic loquitur ad populum {JJeùtero^H. , xx).

136 TKAITE DE LITTERATURE.

« Voici une carée qai se présente bien autre que les butins passés : c'est un nouveau mari(i (le duc de Joyeuse, général des royalistes) qui a encore l'argent de son mariage en ses coftres : toute l'élite des courtisans est avec iui. » A la même journée, il dit au prince de Condéet au comte de Soissons qui commandaient sou5 lui : •< Je ne vous dirai rien autre chose , sinon (jue vous êtes de la maison de Bourbon ; et , vive Dieu ! je vous montrerai que je suis votre aine '... »

Le grand Condé, sur le point de livrer bataille près de Lens , ne dit que ces mots à ses soldats qui avaient toujours vaincu sous lui :

Amis , souvenez-vous de Rocroi , de Fribourg et de Nordliugue.

La Rochejaquelein dit aux paysans du Bocage , soulevés contre la tyrannie révolutionnaire :

Si j'avance, suivez-moi ; si je recule , tuez-moi ; si je meurs , vengezmoi ;

et cette harangue , qui n'a rien de comparable dans les. temps anciens ou modernes , fit de ces simples hommes autant de héros.

4. A ces harangues on a substitué ;des discours écrits qu'on appelle proclamations ^ et qu'on distribue à l'armée. Ces discours , quels qu'ils soient, tirent leur principal mérite de la force unie à la brièveté.

5. Les harangues vraisemblables sont celles que les historiens attribuent aux généraux , aux conquérants , à tout autre chef de guerre dont ils décrivent les exploits ^

6. Les harangues feintes sont celles qu'on rencontre dans les poêles, surtout dans Homère, dont les héros sont de grands discoureurs. Si l'éloquence consiste principalement a parler a propos , presque tous ces guerriers ne sont rien moms qu'éloquents. Non qu'il faille condamner toutes les harangues qui se trouvent dans l'Iliade : il en est assurément de très-belles; mais, à notre sens, ce sont les plus courtes et les plus vraisemblables. Telle est celle d'Ajax, défendant les vaisseaux des Grecs contre Hector qui s'efforçait de les embraser (ch. xii, 269) :

"O; Te /cpsiOTcpo;' èttsI oùrco) Tràvteç ôtxot&i 'AvÉpî; âv TioXé^to- vOv eTtXôTO spyov cxTxaffiv

' Le Grain, Décade de Henri le Grand, liv. iv.-P6réU\e , rio de

'^•"Én li'àitant de l'Éloquence de l'histoire, nous ^'xaminerons la question des harangues sous tous ses points de vue.

Kal ô' aÙTol tôSs ttou YiYvworxsTe. Mtqtiç ôitîdaw TsTpàçÔw TtpoTi vrja; , 6!J.oy.Àr,'aipo; àxouaa;- 'AÀAà Tipôacrto ïeaOe , xal àXXyjXoiai xéXeaÔe , A'î xe Zeù; owriTiv 'OXusxtcio; àdTepoTciQXY); , Neïxo; àTicoaai;.£vou; , ôr,t;ou; TtpoTi àoTu SiecrÇat.

Tel est encore le discours que tient Achille aux bandes thessaliennes , en les envoyant au combat sous les ordres de Patrocle , pour sauver les vaisseaux que les flammes commençaient à gagner ( cb. xvi, 164 ) :

Muptitôovs; , (J-^Tt; |xoi àTteiXatov ÀcXa8i(76a) , "A; STîi vriUffl ôoyiaiv àizzùsXxe Tpweffcri , nàv6' ÛTTO [j.r,vié[iov, xal [jl' riTiâaa^z ëxarrro;i:y£TXi£, n-oXeo; ylè, xôXto àpa cf' ëxpsçe tiWjp- NriXéeç , o; uapà v/iuclv ey.si; àsxovTaç éTatpoyç- "otxaSs Tiep <7Ùv Ynxxsl vea)[j.£6a TxovxouopoKTiv AuTiç ETiEt pà TOI (bSe xaxoç xoXoç l\XTzeGe 6u[J.w. Taùxà [I.' àY£ip6(A£vot 6à(x' èêàJisTE- vùv ôè Ttecpavxai 4>uX67rtoo; [Asya ep^ov , ërj; to Ttpiv y' èpàaciôe. "Evôa xtç àXxi[xov YjTOp ex^v Tptiecrai (j.axe<row-

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