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Quand l'avocat réfute les arguments de sou adversaire

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il doit prendre garde de les défigurer ou de les présenter sous un faux jour. La ruse se démasque bientôt , et le juge , par un juste mouvement de défiance , accuse l'orateur de manquer de discernement ou de franchise. Au contraire , lorsqu'on le voit exposer avec candeur, avec exactitude, les moyens adverses avant de les combattre , il en naît à l'instant une prévention en sa faveur. On conclut qu'il possède une idée claire et complète de tout ce qui peut se dire de part et d'autre , qu'il se confie pleinement en la bonté de sa cause, et qu'il n'a pas dessein de la soutenir par des artifices ou des réticences. Le juge alors reçoit avec plus de confiance les impressions que lui donne un orateur qui fait preuve d'intelligence et de probité.

8. Les traits d'esprit ou les saillies ne sont pas toujours déplacés au barreau , surtout si la réplique est vive et quele sujet prête au ridicule. Mais quoique la réputation' d'homme d'esprit puisse flatter un jeune avocat , ce lui serait une erreur préjudiciable que de compter sur ce talent pour se faire un nom. Il vaut donc mieux en général s'en tenir au sérieux de la décence et de la bonne foi ; s'il se permet l'ironie , ce ne sera que d'un ton sévère , et pour attacher le mépris à ce qui le doit inspirer. Il se souviendra toujours que le barreau n'est pas un théâtre , ni l'orateur un comédien ; et qu'une cause où il s'agit de décider ce qui est juste est profanée par des applaudissements réservés à ce qui n'est qu'ingénieux.

9. Il est toujours utile de plaider avec un certain degré de chaleur ; c'est un des plus puissants moyens de persuader les juges. L'avocat d'ailleurs représente son client; il s'est chargé de tous ses intérêts , il tient enfin sa place. Il est donc peu convenable, il est contraire au bien de sa cause de paraître indifféreat et froid. On ne croit que celui qui paraît convaincu, et, pour le paraître, il faut l'être.

10. (On voit, d'après tout ce qui précède, que) le principe de l'éloquence judiciaire est déclairer, mais non pas d'émouvoir le juge. Cette régie a pourtant quelques exceptions. La première, lorsqu'il s'agit d'apprécier la moralité des actions^ d'en estimer le tort, l'injure, le dommage; de déterminer Itur degré d'iniquité ou de malice , et de décider à quel point elles sont dignes devant la loi de sévérité ou d'indulgence , de châtiment ou de pardon. Dans ces causes, la loi, qui n'a pas pu tout prévoir, laisse l'homme juge

de l'homme; et les faits étant du ressort du sentimciît, le cœur doit les jui^er. Alors il est permis sans doute à l'orateur de parler au cœur son langage, de solliciter la pitié en faveur de ce qui en est digne , l'indulgence en faveur de la fragilité : et au contraire, de présenter les faits odieux dans toute leur noirceur, de développer les replis de l'artifice et du mensonge ; de peindre sans ménagement la fraude ou l'usurpation. Mais alors , même en tirant de sa cause les preuves , les moyens pressants , on doit éviter le ridicule d'en exagérer l'importance , et d'y employer des mouvements outrés, ou des secours empruntés de trop loin.

L'éloquence pathétique peut encore avoir lieu dans les causes où le droit incertain laisse , pour ainsi dire , en équilibre la balance de la justice, et lorsqu'il s'agit de Hncliner du côté qui naturellement mérite le plus de faveur. La raison ne pouvant alors décider seule, on en appelle au sentiment.

Enfin , il y a des causes qui , par leur importance , permettent à l'avocat de prendre le ton pathétique. Il a des injustices à combattre , des malheurs à déplorer , quelquefois des innocents à dérober au supplice. Il peut alors , en se mettant à la place de son client , s'animer de ses passions et les faire partager à son auditoire. Mais , au milieu même des mouvements les plus vifs, il ne doit jamais oublier qu'il parle à des hommes impassibles, et que son but essentiel est de convaincre.

{Foycz à la fia du vol., n° 30, un extrait du plaidoyer de Lally-Tolendal pourîa réhabilitation de la mémoire de son père, et un discours de M. Berryer pour Dehors.)

Ainsi , dans le barreau même , il est quelquefois juste et bon d'avoir recours à l'éloquence des passion^s. Il est du moins permis d'animer la raison , et de donner à la vérité cette chaleur pénétrante sans laquelle on n'obtient qu'une attention trop légère. Les juges sont des hommes: l'indifférence personnelle que l'équité demande les rend elle-même distraits, dissipés, sujets à l'ennui; et lorsque, pour les attacher , l'avocat ne fait qu'employer les mouvements naturels à sa cause , pourvu qu'il se rende à lui-même le témoignage bien sincère que c'est la vérité qu'il veut persuader , il peut la rendre intéressante, sans pour cela s'exposer au reproche d'employer la séduction.

1 1 . Toiites les règles précédentes s'appliquent aux diver-

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ses parties du genre judiciaire; cependant les mémoires, les consultations et les rapports de procès méritent quelques observations particulières.

Les mémoires, devant être lus dans le silence du cabinet, exigent plus d'art et de soin que les discours prononcés de vive voix. L'œil du lecteur est bien plus perçant que n'est subtile l'oreille de l'auditeur même le plus attentif. La lecture rétléchie permet de saisir jusqu'aux plus légers défauts, Jusqu'aux plus petites négligences. Il faut donc que l'avocat travaille un mémoire et le perfectionne autant qu'il le peut. Tout y doit être exact et mesuré, soit dans le style, soit dans les choses. Enfin aucun moyen convenable n'y doit être omis pour persuader ou convaincre.

Les consultations devant présenter en raccourci les principaux moyens qui doivent être développés dans le plaidoyer, on ne saurait y mettre par conséquent trop d'exacti- ■ tude, de précision et de clarté. Rien n'y doit être en aucune manière susceptible de diverses interprétations;. ce serait manquer au premier but du consultant, au premier devoir du consulté.

Les rapports de procès doivent exposer dans le plus grand jour l'origine, le fond, les circonstances, les suites de la cause, et les moyens qu'on a fait valoir pour et contre. Netteté, justesse, précision, voilà ce qu'exigent ces sortes de discours ; point d'ornements , à moins qu'ils ne naissent du sujet ou de l'occasion même. Mais ce qu'il faut avant tout^ c'est cette noble impartialité du ministère public. Le rapporteur doit sans doute appuyer sur les raisons qui lui paraissent victorieuses , mais sans omettre ni affaiblir celle,« qu'il ne partage pas.

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