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ÉLOQUENCE DES HISTORIENS, OU ÉLOQUENCE HISTORIQUE

Nous considérerons l'éloquence historique sous le rapport de l'histoire en général, des harangues, de l'éloquence propre à l'histoire , et de la division de l'histoire avec quelques mots de roman. (De là les 5 paragraphes suivants.)

§ l®"". — De l'Histoire en général.

I. QuV'st-ce que l'histoire, et quelle en est l'importance? — 2. Quel est l'objet de l'histoire et qu'en rc'suUe-i 1 ? — 5. Que faut-il faire pour arriver à la vérité dans l'histoire?— 4. Que faut-il entendre par l'impartialité liistoriquc? — «. Quel doit être le premier soin de l'historien dans la conduite et rarrangei.it-nt de son sujcl ? — 0. L'historien est-il tenu de s'astreindre rlgourvuscuicnt à l'ordre clu'ouo-

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iùgique? — 7. Comment l'histoire est-elle véritablement insiructive? — 8. L« récit doit-il être iQterroiupu souvent par des réQexions? — 9. Que faut-il éviter dans la peinture des caractères;-* — ic Quels 'principes doit-on toujours trouver dans riiistoire? — ii. Quel doit être le style de l'histoire?

1. L'histoire est le récit d'événements véritables. C'est, dit Cicéron, le témoin des temps, la lumière de la vérité, la vie de la mémoire, l'écoie de la vie, la messagère de l'antiquité \ dette définition en montre toute l'importance, soit pour agrandir le talent , soit pour donner aux lettres de la variété, soit pour fortifier les leçons de la morale. C'est en effet dans l'histoire que sont marquées les rapports si variés des sociétés policées; là sont présentées, avec leur activité toujours excitée , les vanités et les ambitions, les rivalités et les vengeances; et l'observateur apprend, par la comparaison de tous les temps, à faire, dans l'examen des variations qu'éprouvent les mœurs publiques, la part des faiblesses de chaque homme, et dé l'entraînement universel des opinions. Il distingue chaque nation par ses habitudes, chaque époque par ses goûts, chaque révolution par sa cause , chaque siècle par ses erreurs ; et cette sagesse de discernement contribue puissamment à l'ensemble qui doit se retrouver dans les compositions de l'esprit. Ainsi l'érudition , trop souvent dédaignée, sert même à perfectionner les simples fictions de la poésie. Le talent créateur du poëte domine mieux ses sujets, lorsqu'il se trouve placé au milieu du monde avec une sorte d'autorité imposante qui lui soumet tous les événements passés et tous les grands personnages de l'histoire , et que la connaissance profonde de tout ce qui est survenu dans l'univers agrandit encore pour lui la pensée du possible et du vraisemblable.

Ajoutons que l'histoire , par l'exemple toujours présent des actions généreuses, des contrastes sublimes, des grands efforts de génie dans tous les genres , élève naturellement l'esprit de l'homme , et fait naître des méditations fécondes pour le talent. Ceci est également vrai de l'orateur qui nourrit sa pensée de la contemplation des grands événements politiquesdes temps reculés, et du poëte qui peint les mœurs antiques des nations, et du moraliste qui compare les passions des hommes et qui sonde les mystères de la corruption humaine.

^ Historia testis temporum , lux veritatis , \ita memoriee, niagistra viUe nuncia vetustatis. {De Orat , 1. H.)

*j. L'objet immédiat de la poésie est de séduire; celui de l'éloquence est de persuader; celui de la philosophie est de chercher la vérité dans la nature et l'essence des choses ; celui de l'histoire est d'écrire des faits vrais pour instruire les hommes. De la résulte que la véracité doit être la qualité fondamentale de l'historien.

3. Pour arriver à la vérité dans l'histoire, il faut que l'écrivain ne craigne point de faire les recherches les plus minutieuses. Feuilleter les auteurs où se trouvent racontés les mêmes événements , l'emonter aux sources originales, compulser les bibliothèques et même les archives, soit publiques , soit particulières, telle doit être sa première occupation. Ce travail est ingrat, maisil est indispensable.

Les matériaux une fois réunis , il faut en appré<îier le mérite. Il y en a qui sont plus ou moins dignes de foi; quelques-uns ont été dictés par la passion ; d'autres sont inexacts, écrits par des gens mal informés, etc. L'historien a donc besoin d'un jugement sain et d'une raison profonde pour discerner la vérité, et la séparer de l'erreur à laquelle elle est si souvent mêlée.

4. Non-seulement l'historien ne doit dire que la vérité, mais il doit la dire tout entière. L'impartialité, telle est donc la seconde qualité de l'histoire. Elle ne doit ni dénaturer les faits pour les plier à un système, ni refuser à chacun sa part d'éloge ou de blâme; mais, (comme nous l'avons dit',) l'impartialité ne doit pas être une froide indifférence; l'historien apathique est non-seulement dénaturé, mais injuste.

.5. Dans la conduite et l'arrangement de son sujet, le premier soin de l'historien doit être de lui donner le plus d'unité possible; c'est-à-dire que son histoire ne doit pas se composer de parties décousues et sans rapport entre elles , mais liées par quelque principe commun qui présente l'idée d'une chose une, entière et complète.

L'unité est quelquefois extrêmement difficile à obtenir, et beaucoup d'historiens ne s'y sont point conformés. Comment en effet assujettir à l'unité cette foule de faits isolés, de nature si diverse, et qui paraissent n'avoir entre eux aucune connexion? Cependant, si l'on y réfléchit bien, on s'apercevra qu'il y a au milieu de tous ces événements une cause première à laquelle ils se rapportent presque tous;etsi

' Voyez ce que nous en disons, p.

— Voyez aussi plus loin , p. 202 de

263 du 1. 1" (Style et Coniposilion) ce :i<^ vol

198 TBAITE DE LITTÉRATURE.

l'on sait la découvrir, ce sera un fil précieux qui conduira au milieu de ce labyriathie. On verra alors les faits les plus divers s'expliquer, se grouper naturellement et devenir, pour ainsi dire, les membres d'un même corps.

Ainsi , dans Thistoire d'une monarchie, chaque règne doit avoir sa propre unité, c'est-à-dire un commencement, un milieu , une lin relative au système des affaires. En même temps , il faut faire voir comment ce système est né des événements antérieurs , et comment il en amène d'autres à sa suite. Par exemple , quelques monarques de l'Europe se sont attachés au plan de diminuer le pouvoir excessif de la noblesse, et pendant plusieurs règnes consécutifs ce principe dirigea les grandes opérations du gouvernement. Dans d'autres États , le pouvoir naissant des communes exerça, pendant un certain temps, beaucoup d'iufluenca sur le cours des affaires publiques. Chez les Romains, le principe dominant était l'accroissement graduel des conquêtes , et l'ambition de régner sur tout l'univers. Cette augmentation continuelle de puissance , qui, des plus faibles commencements , conduisit enfin ce peuple , par une espèce de système régulier et progressif , au but auquel il aspirait, a fourni, sous le point de vue de l'unité, le sujet le plus heureux à Tite-Live, et tel qu'au milieu des événements les plus variés, on suit toujours le développement du même plan ou de la même pensée.

Les histoires générales offrent à cet égard plus de difficultés. Il y en a peu qui présentent un plus grand nombre d'objets en apparence incohérents. Mais qu'on lise l'ouvrage de Polybe sur l'établissement de la domination romaine et le discours de Bossuet sur l'histoire universelle, et l'on verra comment le talent du premier a montré la convergence de tous les événements vers un centre commun , et comment le génie du second a subordonné tous les faits à une cause première, et conservé, dans la variété la plus compliquée, l'unité la plus rigoureuse.

Quant a lliistoire de quelque gr..ndfait particulier, on y peut si facilement observer i'unité, que l'infraction en est inexcusable. La Cyropédie de Xénophon et sa Retraite des dix mille , la guerre de Jugurtha et la conjuration de Catilina, par Salluste, nous offrent des exeinples d'histoires particulières ou l'unité historique est parfaitement maintenue. Il n'en est pas ainsi de l'histoire qu'a donnée Thucy-

dide de la guerre du Péloponèse. On n'y voit aucun grand objet suivi constamment, et qui serve à l'auteur de point de vue. Sa narration est composée de plusieurs petites parties détachées. \1 divise son histoire en saison d'été et en saison d'liiver,et à tout moment il laisse imparfait un récit pouren commencer un autre , et nous transporte brusquement de lieuxen lieux, d'Athènes en Sicile, de Sicile au Péloponèse, à Gorcyre, à Mitylène, pour nous entretenir alternativement de ce qui se passe dans chacun de ces différents endroits. Aussi , cette distribution vicieuse ôte-t-elle beaucoup d'intérêt et d'agrément à son ouvrage , d'ailleurs recomraandable par d'autres qualités.

6. L'historien ne doit pas s'attacher trop scrupuleusement à l'ordre des dates, en rassemblant des faits divers uniquement parce qu'ils se sont passés à la même époque. Rien ne nuit plus à la clarté et à l'intérêt du récit. Mais s'il réunit les faits en divers groupes, ils formeront autant de récits distincts qu'il rattachera les uns aux autres par d'habiles transitions.

Ainsi l'histoire d'un peuple peut se composer d'une guerre qu'il soutient sur plusieurs points à la fois, de discussions sur la politique tant intérieure qu'extérieure, des intrigues de cour , etc. Si l'on mêle tous ces objets sous prétexte qu'ils se sont passés le même jour ou le même mois, la narration deviendra inextricable. Mais si on les traite chacun à part , en n'interrompant le récit qu'à une circonstance qui permet de faire halte , l'histoire sera alors une vaste galerie de tableaux divers , mais complets et distincts, qui passeront successivement sous les yeux du lecteur satisfait. C'est ce qu'on voit dans l'histoire d'Hérodote, qui, bien que plus vaste que celle de Thucydide, bien que composée d'une plus grande variété de parties étrangères les unes aux autres, offre cependant un tout habilement lié et réuni dans un bel ordre. Au contraire, le président de Thou, par l'entassement d'une multitude défaits incohérents qui se passaient à la fois en différentes parties du monde, a-t-il rendu sa composition beaucoup moins agréable et beaucoup moins intéressante qu'elle aurait pu l'être, s'il eût évité le défaut d'unité.

7. Pour que l'histoire soit véritablement instructive, deux choses lui sont particulièrement nécessaires : la première , c'est une profonde connaissance de la nature , pour

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expliquer la conduite des individus et donner une idée juste de leur caractère; la seconde, ce sont de grandes lumières sur les sociétés humaines, sur la nature des gouvernements, pour expliquer les révolutions qu'éprouvent les États et rinfluence des causes politiques sur les aftaires. A cet égard, les anciens ne jouissaient pas des mêmes avantagesque les modernes. Le monde était autrefois d'un accès moins facile qu'il ne l'est aujourd'hui ; moins de communications existaient entre les Etats voisins, et par là même chacun d'eux connaissait moins tous les autres. Il faut remarquer aussi qu'ils n'écrivaient que pour leurs compatriotes ; il ne leur venait pas en pensée de composer une histoire pour des étrangers qu'ils méprisaient , encore moins pour l'instruction des hommes en général. C'est par cette raison qu iis ont traité si superficiellement les détails de • leur politique intérieure, ou qu'ils ont donné des idées peu nettes sur l'enchaînement des faits. En lisant les historiens grecs , on n'acquiert que des notions imparfaites sur la force , la richesse , les revenus des différents États de la Grèce; sur les causes de plusieurs révolutions survenues dans leur lïouvernement ; sur leurs alliances et leurs relations particulières; sur leurs intérêts opposés, etc. Il en est de même chez Tite-Live par rapport à la constitution romaine. Salluste , dans l'histoire d'une conspiration politique , s'est plus occupé de narrer avec élégance et de peindre avec énergie, que de dévoiler les ressorts secrets des événements. Toutefois Thucydide, Polyhe et Tacite font exception : l'un excelle dans la connaissance des affaires civiles ; le second , dans celle des opérations militaires ; le troisième, dans celle du cœur humain.

8. Lorsqu'on demande à l'historien, sur le sujet qu'il traite, des vues instructives et profondes, on n'entend point qu'il doive interrompre souvent le cours de son récit par des réflexions. Un écrivain qui se plaît à disserter sur les faits qu'il raconte , est aisément soupçonné de les ajuster à ses idées spéculatives. C'est par un récit fidèle et judicieux que l'histoire doit instruire, bien plus que par des leçons expresses et directes. Dans le cas d'un fait douteux ou d'un grand événement dont les causes ou les circonstances ont divisé l'opinion des hommes, l'historien peut suspendre sa narration, et se montrer pendant quelques instants, pour se livrer aune discussion nécessaire ou du moins fort im-

portante; mais il doit prendre garde de trop multiplier ces recherches , sous risque de fatiguer ses lecteurs.

S'il se trouve quelque observation à faire sur la nature humaine en général , ou sur quelque trait de caractère particulier, l'historien doit l'incorporer adroitement à son récit, et par là il fera plus d'effet que s'il la présente sous forme de réflexion détachée. Tacite, en parlant de la manière dont Agricola fut traité par Domitien, fait la remarque suivante:

Propriam humani ingenii est odisse quem lœseris.

Cette réflexion est juste ; mais la forme en est abstraite et philosophique. Une pensée de même genre produit un meilleur effet dans un autre passage où le même historien parle de la jalousie que Germanicus savait exister contre lui dans le cœur de Tibère et de Livie :

Anxius occultis in se patrui aviseque odiis , quorum causae acrioros quia iniquse.

Voilà sans doute une observation morale très-profonde, mais elle n'est point faite en forme ; elle paraît faire partie du récit, et donnée simplement comme la cause de l'inquiétude de Germanicus.

9. L'histoire est , de tous les genres , celui qui semble le plus admettre la peinture des caractères ; mais , trop fréquents, ils y deviennent importuns. Vrais, singuliers, intéressants pour l'intelligence des faits , importants par le rôle qu'ont joué les personnages, frappants par leur ressemblance, et parla force, la justesse, l'originalité des traits qui les composent , ils font sur nous l'impression d'une vérité lumineuse qui répand au loin ses rayons. Mais le portrait d'un homme isolé , et dont le caractère n'est d'aucune influence, n'a lui-même aucun intérêt, et ne peut être dans l'histoire qu'un ornement postiche et vain. Il ne faut donc peindre que les personnes qui par leur caractère, leurs fonctions , leurs rapports avec les faits intéressants , peuvent donner envie de les connaître et de les voir au naturel. Ainsi les portraits doivent être rares; et lorsque tout un caractère se développe dans l'action , il est assez connu par elle, et l'on n'a pas besoin d'en résumer les traits. Plutarque les a réunis, mais au moment du parallèle; et c'est alors qu'il est indispensable de rassembler tous les rapports. Si cependant, à la fin d'un règne ou delà vie d'un homme,

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un court épilogue en rappelle les circonstances les plus marquées , et le fait voir lui-même d'un coup d'œil avec les traits de caractère , les variations , les contrastes , les qualités diverses ou opposées que les événements ont fait paraître en lui , ce sera sans doute un mérite et une grande beauté de plus. Tel est, dans Tacite, ce portrait de Tibère à la fm de son règne , modèle désespérant de précision , de force et de clarté :

Morum quoque tempora illi diversa : egregium vilâ famâque-quoad privalus, vel in imperiis, sub Augusto fuit; occultum ac suhdolum lingendis virtutibus , donec Germaaicus ac Drusus superfuêre; idem inter Bona malaque rnixtus, incolumi maire; intestabilis saevitia, sed oblectis libJdinibus*, dumSejanum dilexit timuitve : postremô in scelera simul ac dedecora prorupit, postquàm, remoto pudore et metu, suotanlàm ingenio utebatur {Annal., vi) .

Dans les mémoires, les portraits sontnaturellementplus fréquents qu'ils ne doivent être dans l'histoire : celle-ci n'a guère intérêt que de faire connaître l'homme public, et les événements l'exposent ; au lieu que les mémoires nous décèlent l'homme privé, et ne font qu'effleurer les actions publiques. Ainsi les Mémoires du cardinal de Retz sont le derrière de la toile du singulier spectacle de la Fronde , et , dans les portraits qu'il nous trace des personnages principaux de cette scène héroï-comique , il nous fait voir souvent ce que l'action même ne nous aurait point appris.

Par la même raison , lorsque dans l'histoire un personnage a plus d'influence que d'apparence, et qu'il agit plus au dedans qu'au dehors , il est intéressant de décrire avec soin ce ressort intérieur et secret des événements qu'on raconte '.

i 0. L'histoire , par cela même qu'elle est destinée à l'instruction des hommes , doit offrir constamment les principes d'une saine morale; soit en peignant les caractères, soit en racontant les faits , l'auteur doit prendre la défense de la vertu. Son office n'est pas de faire des leçons en forme; mais, en sa qualité d'homme de bien comme en celle d'écrivain estimable , il doit laisser percer ses sentiments opposés d'amour pour la vertu et de haine pour le vice. Se montrer neutre et indifférent entre les bons et les méchants , affecter de préférer la ruse et la politique à une morale franche et pure , c'est , entre autres mauvais effets , faire perdre à l'his-

» royez tom. 1", Style et Composition , p. 232 etsuiv.

toire son poids , sa dignité , son intérêt même. Nous prenons toujours plus de part aux événements , lorsque le récit excite chez nous un sentiment de sympathie ; mais l'historien ne produira jamai-s cet effet , s'il manque de sensibilité et n'éprouve point un mouvement vertueux que tous les hommes sont disposés à partager.

1 i. Le style historique doit être grave, mais rapide. Il faut qu'il s'élève ou s'abaisse suivant l'importance des objets , mais qu'il rejette tous les ornements éclatants. La propriété des expressions , la variété des phrases, tantôt courtes, tantôt périodiques, et toujours de formes diverses, tel est le principal mérite de l'historien. Il ne rejette pas les ornements quand ils se présentent d'eux-mêmes; mais il se garde bien de les rechercher ; son but n'est pas d'amuser le lecteur par des phrases harmonieuses, mais de l'instruire par d'utiles leçons.

§ 2. — Des Harangues dans les historiens,

i. Les harangues historiques sont-elles un artifice oratoire? — 2. Peut-on justifier ces harangues par les mœurs des peuples anciens ? — 3. Les harangues sontelles ou non contraires à la fidélité de l'histoire ?

1 . Les harangues n'étaient point un artifice dans les premiers historiens; car l'histoire, dans les temps primitifs, parait n'avoir été confiée qu'à la poésie ' , qui parle plus que la prose à l'imagination et se grave plus aisément dans la mémoire. Les poètes épiques, Homère, par exemple, n'étaient que des historiens ; or, les épopées renferment des récits et des discours. A mesure que les faits s'agrandirent, que les relations des peuples entre eux se multiplièrent , il ne fat plus praticable de réduire l'histoire en épopée et de l'écrire en vers. On abandonna la forme du genre et la versification; mais les harangues restèrent^. Bientôt on perdit de vue l'origine de l'histoire , et ce qui n'était qu'une imitation devint un système. Par là , les historiens donnèrent une tournure plus animée à leurs compositions, et, mettant dans la bouche des personnages historiques des discussions poli-

» Cela est conforme à l'étymologie du mot t'crTwp, qui sait; or, les poètes étaient les savants, les croçoi , comme on le voit dans Pindare.

'- Hérodote, nommé le Père de l'histoire, a donné une forme épigue à la sienne., en transportant tout de suite ses lecteurs au règne de Crésus, et en enctiainanl les faits à une action principale, la lutte des Grecs contre les barbares , dont la défaite de Xerxès est le dénoùraent.

tiques ou morales, qui eussent été froides dans le récit, ils firent un vrai drame, plein d'action, d'intérêt et de chaleur. 2. Ces harangues peuvent d'ailleurs se justifier par les mœurs des peuples anciens. Athènes était gouvernée par des orateurs; rien d'important ne se décidait sans eux; dans toute la Grèce, excepté peut-être Lacédémone, l'art de parler était une des conditions les plus essentielles, les plus nécessaires à un citoyen , une de celles que l'on cultivait avec le plus de soin dans la première jeunesse , et la partie la plus importante des études. A Rome , quiconque aspirait aux charges devait être en état de s'énoncer avec grâce , avec facilité, devant trois ou quatre cents sénateurs; de savoir motiver et soutenir un avis que l'on attaquait ; quelquefois de pérorer devant l'assemblée du peuple romain, composée d'une multitude innombrable et tumultueuse. Il n'est donc pas étonnant que des hommes élevés ainsi haranguassent beaucoup plus souvent et plus facilement que nous ne l'imaginons; l'éloquence était, chez les Grecs et les Romains, une des qualités communes , dans un degré plus ou moins éminent , à tout homme public , à tout citoyen constitué en dignité. Les Gracques, César, Caton, Scipion, étaient de très-grands orateurs , c'est-à-dire , dans la langue républicaine, de très-grands hommes d'Etat. On peut donc croire que les personnages historiques des anciens ont souvent puisé dans leur âme d'aussi beaux traits d'éloquence que ceux que leur attribue l'historien ; et ce qui prouve encore l'importance qu'on attachait à ces discours, c'est que la plupart du temps on en conservait des copies. Cicéron cite à tout moment des harangues prononcées dans le sénat plus d'un siècle avant lui, par des hommes qui ne les gardaient pas comme desf monuments littéraires, mais comme des pièces justificatives de leur conduite et de leurs travaux dans l'administration des affaires publiques.

3. On peut demander encore si les harangues sont ou non contraires à la fidélité historique. Cette question dépend de ce qu'on exige de l'histoire, la lettre ou l'esprit de la vérité. Si l'on exige ia lettre , il est certain que presque toutes les harangues directes sont interdites à l'histoire ; et à l'exception de celles qui ont été prononcées dans les conseils, dans les assemblées, dans les cérémonies publiques, et de quelques mots que les rois ou les capitaines ont réellement adressés à leur peuple ou à leur armée, et que la tradition a conser-

Vés , il est rare que l'historien ait des harangues à transcrire.

Celles dont l'histoire ancienne est remplie sont elles-mev mes supposées. Ce n'est pas que l'esprit et le caractère de ceux qui parlent n'y «îoient fidèlement gardés; dans celles de Thucydide , par exemple , on distingue très-bien le génie des Athéniens et celui des Spartiates ; on y reconnaît Périclès Nicias , Alcibiade, au langage que l'historien leur fait tenir : quant au fond même, il est vraisemblable qu'il en était instruit ; mais quant au style , on s'aperçoit qu'il est factice parce qu'il est toujours le même.

Ou peut prendre à la lettre les harangues de Xénophon, quand c'est lui-même qui parle à ses compagnons et les encourage dans leur retraite ; mais lorsqu'il fait prendre la parole à Cambyse, à Cyrus, à Cyaxare, croira-t-on de même qu'il rende fidèlement ce qu'ils ont dit ?

Polybe , en faisant parler Scipion et Hannibal dans leur entrevue, a-t-il répété leurs discours? Tite-Live les a-t-il transcrits ? Et les belles harangues qu'il met dans la bouche d'Horace , de Valérius Publicola , de Camille , de Manlius, de Fabius , etc. , ne sont-elles pas aussi visiblement artificielles que celles de Marins et de Catilina dans Salluste ?

Il est plus vraisemblable que Tacite ait recueilli les propres discours de Germanicus , de Tibère , de Néron , de Sénèque, de Thraséas, d'Othon, et surtout d'Agricola ; mais si l'on y reconnaît leur esprit , on n'y reconnaît pas moins la plume de Tacite.

Ainsi, dans toute l'histoire ancienne, à l'exception de quelques mots conservés par tradition , tout paraît composé. Ceux donc qui veulent que l'histoire soit un exposé littéral de la vérité , et qui lui interdisent tout ornement artificiel , doivent rejeter ces harangues.

Mais il y a pour l'historien une autre façon d'être vrai : c'est de garder fidèlement le fond des choses et des faits , et de préférer pour la forme le tour le plus propre à donner au récit de la chaleur et de l'énergie. S'il est .-donc vrai, par exemple, que dans les assemblées delà Grèce tel fut l'objet des délibérations, des négociations, des harangues, tels furent les motifs des résolutions; Thucydide n'a pas été un historien moins fidèle en faisant parler les députés des villes, que s'il avait indirectement résumé ce qu'ils avaient dit.

.*£d6 TRAITE DE LITTERATURE.

II n'<;st pas vrai que Gracchus et que Marius aient tenu précisément le langage que leur font tenir Tite-Live et Salluste; mais il est vrai que tout cela était dans leur âme, et il est plus que vraisemblable qu'ayant de pareils moyens d'émouvoir et de soulever les esprits, ils étaient trop habiles pour ne pas les mettre en œuvre. S'ils n'ont pas dit les mêmes choses dans les mêmes termes et dans une seule harangue, ce sont des propos détachés qu'ils ont tenus et fait répandre, et que l'historien n'a fait que rassembler pour leur donner en môme temps plus de chaleur, de force et de lumière.

De quoi s'agit-il après tout? Il s'agit de paraître, en écrivant l'histoire, un peu plus ou un peu moins artificiellement arrangé ; car si l'historien prend ce tour usité :

Gracchus représenta au peuple que sa situation était pire que celle des esclaves, qu'on le frustrait du prix de ses travaux, que le sénat avait tout envahi, etc. —Marius dit a ses concitoyens que , si les nobles le méprisaient, ils n'avaient qu'à mépriser aussi leurs propres aïeux, dont la vertu avait fait la noblesse; que, s'ils enviaient son élévation, ils n'avaient qu'à lui envier aussi ses travaux, sa probité, les dangers qu'il avait courus , dont sa grandeur était le prix , etc. ;

ce récit aura, nous l'avouons, l'air plus simple, plus naturel, plus sévère qu'une harangue ; mais cela même encore n'est pas la vérité littérale . et chaque article du discours , même indirect, ne sera qu'une conjecture fondée sur les caractères , ou autorisée par les circonstances des choses , des lieux et du temps. Il n'y a donc , dans l'une et dans l'autre manière de faire parler ses personnages , qu'une vraisemblance plus ou moins approchante de la réalité.

Ainsi la difficulté se réduit à savoir si l'apparence de la vérité est assez détruite par le discours direct, pour qu'on s'interdise, en écrivant l'histoire, ce moyen d'être plus vif, plus véhément , plus clair et plus rapide. Or voici, ce nous semble, un milieu à prendre pour éviter les deux excès. Si le discours n'est qu'un exposé de faits, une accumulation de motifs raisonnes, sensibles par eux-mêmes, et qui , pour frapper les esprits, n'ont besoin d'aucun des mouvements de l'éloquence pathétique, il faut le rappeler indirectement et en simple récit; sa précision fera sa force. Mais s'agit-il de développer les sentiments d'une âme passionnée , et de faire passer dans d'autres âmes la chaleur de ces mouvements, on peut, sans balancer, employer la méthode directe ; la vérité même serait trop affaiblie et perdrait trop

de son effet, si elle était froidement réduite à la simple narration. Le lecteur s'apercevra bien qu'on aura mis de l'art à la lui présenter ; mais il sentira bien aussi que cet art n'est pas celui qui la déguise, et qu'en la rendant plus sensible il n'a pas voulu l'altérer.

( Voyez k\A. iin du vol., n" 44, le discours de Biron à Henri IV, tiré de Mé/erai. )

§ 3. — De l'Éloquence propre à l'histoire.

I. Où l'éloqnence peut-elle se trouver dans les historiens? — 2. Comment le langage historique cfevient-il imposant? — s. L'éloquence historique ne peut-elle pas Tarier de formes ? — 4. Quelle est l'éloquence historique la plus sublime et la plus touchante?

1. L'éloquence peut se trouver dans les discours que les historiens mêlent aux récits, et dont l'étude rentre tout à fait dans l'éloquence parlée. On la trouve aussi dans la simple narration des événements et dans la manière d'en présenter le tableau.

2. Pour que le langage historique devienne imposant , il faut qu'une pensée de morale se mêle partout aux récits ; l'histoire alors prend un caractère de grandeur qui rend ses leçons solennelles et ses souvenirs toujours vivants. C'est ce qu'on voit dans Tacite , dont le langage a quelque chose qui nous remue jusqu'au fond du cœur. Lorsqu'il raconte les crimes des tyrans et les bassesses de leurs flatteurs, c'est avec un ton sublime de moraliste qui flétrit les uns et les autres sans sortir du genre de la narration historique, îl ne déclame point comme un rhéteur; mais son récit laisse voir le fond d'une âme tout émue, et communique au lecteur cette impression de courroux et de mépris qui ne peut naître que d'une inspiration d'éloquence.

3. L'éloquence historique n'est pas nécessairement grave et saisissante, comme celle de Tacite; elle peut tenir au pathétique, comme celle de Tite-Live ; à la raison, comme celle de Salluste; à l'imagination, comme celle de Thucydide. La comparaison de plusieurs morceaux empruntés à ces historiens rendra la chose sensible.

Tacite, en commençant ses Histoires, jette d'avance un premier regard sur l'ensemble des événements qu'il se prépare à raconter , et voici son début :

Opus aggredior plénum variis casibus , atrox prseliis , discors seditio- Dibus, ipsâ etiam i^ace s?evum. Quatuor principes ferro interempti. Tria

bella civilia , plura exferna, ac plerumque permixta. Prospene in Oriente, adversae in Occidente res. Turbatum lUyricum, Galliae nutantes. perdomita Britannia, et statim missà cohorte in Sarmatarum ac Suevorum génies, 'nobilitatus cladibus mutuis Dacas. 3Iota etiara prope Parthorum arma falsi Neronis ludibrio. Jam verô Italia novis cladibus, vei post longara sœculorum seriem repelilis, afflicla. Hauslse aul obrutaî urbes. Fecundissima Campanice ora , et arbs incendiis vastata; consuraplis antiquissimis delubris, ipso Capitolio civium manibus incenso. Pollutse caerimoniae, magna adulleria, plénum exsiliis mare, infecti caedibus scopuli , atrocius in urbe sœvitum. Nobilitas , opes , omissi gestique honores pro crimine , et ob virtutes , cerlissimum exilium. Nec minus praemia delatorum invisa quàm scelera : cura a!ii sacerdotia et consulatus ut spolia adepli, procurationes alii et inleriorem potenliam, agerent, ferrent cuncta. Odio et terrore corrupti in domino»- servi , in patronos liberti : et quibus deerat inimicus , per amicos oppressi. Non tamen adeô virtulum stérile sœculum , ut non et bona exempla prodiderit. Comitataî profugos iiberos maires, secutse maritos in exsilia conjuges, propinqui audentes , constantes generi , contumax etiam adversùs tormenta servorum lides. Supremie clarorum virorum nécessitâtes ; ipsa nécessitas fortiter tolerala; et laudatis anliquorum morlibus pares exitus. Prœter multipliées rerum humanarum casus; cœlo terràque prodigia, et fulminum monilus, et futurorum praesagia, laeta, Iristia, ambigua, manifesta. Nec enim unquam atrocioribus populi romani cladibus, magisvejustis judiciis approbatum est, non esse curae diis securitatem oostram, esse ultionem ( Hist., 1. i ).

Tacite vieut de raconter le meurtre d'Agrippine, et aussitôt il peint les déchirements qui commencent à se faire sentir dans le cœur du parricide :

Sed a Csesare perfecto demùm scelere , magnitudo ejus intellecta est : reliquio noctis, modo persilenlium deflxus, saepius pavore exsurgens, et mentis inops lucem opperiebatur, tanquam exilium allaturam. Atque eum, auctore Burrho, prima centurionum tribunorumque adulalio ad spem lirmavil, prehensantium manum, gratantiumque, quôd discrimen improvisum , et matris facinus evasisset. Amici dehinc adiré templa ; et cœpto exemplo, proxima Campaniae municipia viclimis et legalionibus IcBlitiam teslari. Ipse diversà simulatione, moeslus, et quasi incolumilaU suœ infensus , ac morti parentis illacrymans; quia tamen non ut hominum vultus , ita locorum faciès mutanlur, observabalur maris illius et iittorum gravis aspectus (et erant qui crederent , sonitum tubae collibus circûm editis, planctusque tumulo matris audiri ) Neapolim concessit, litterasque adsenatum misit (^n-n., 1. xiv ).

Dans Tite-Live, c'est un autre genre l'éloquence; il raconte les malheurs de Persée, et il représente les dernières scènes de la vie politique de ce roi , qui avait cru pouvoir lutter contre la fortune des Romains. Persée a été fait pri sonnier, et il est prêt à se rendre dans le camp du vainqueur:

Non allas ad ullumspectaculum tanla mulUtudooccurrit. Patrumœtate Sypbax rex captus in"caslra romana adductus erat; pneterquam quod nec sua, nec g'entis famà comparandas, tune quoque accessio Punici bellifuerat, sicutGentius Macedonici. Perseus caput bellierat; necipsius tanlùm, patris avique, quos sanguine ac génère conlingebat, fama conspectum eum efficiebat; sed effnigebant Philippus acmagnus Alexander qui summum iraperium in orbe terrarum Macedon\im fe'^erant. Pullo

r^niiotiis me Perseiis ineressus et castra , nullo suorum aliove comité , nîi sodùs ealamitatis miserabiliorem eum laceret. Progred. prœ turba Surreniium ad spectacaluin non poterat , donec consul lictores misisset aui submovendo itei-ad pnetorium facerent. Consurrexit con.u^ et, hiUi? sidère aliis progressusque paulum , introeunti regi dexU-am porip^i sSttentèmque se ad^ pe^es su.tulit , nec atlingere genua pas- ISs^int^oS!S Ttabernaculum adversus advocatos in consilmm con-

"' P^rfmf percontalio fuit , quâ snbacius lujund contra populum roma-

mtm^^^^^ Quum, responsum exspectantibus cun-

rtis terram intuens, diu tacitus fleret , rursum consul : ^ Siju\enis re- 'numacSisses minus equidem mirarer, ignorasse te, quam gravis ^StTmfcus autiùimicusesset populus romanus. INunc, yero, quumet be irnatris tu quod nobiscuVgessit, inteifuisses , et pacis postea, miara?umsummàl.de adversus eum coluimus , memimsses, quod con- ?mi>m q^oium et vim bello , et lidem in pace expertus esses, eum ns ? bi bellum e"se, quam pacem, malle? « Nec interrogatus, nec accusatus auÙmmponàret :<<Utcumqùe lamen hœc , sive errore humano , seu 2asu 4u Kessitate inciderunt, bonum animum habe ; multorum regum, popalomm carfL cognita poVuU ro^^^^^^^

tilii sed nrope certam tiduciara salutis , prœbet. » Hcec grœco seimone Peiseo latine deinde suis : « Exemplum insigne cernitis, mqui , mutat^nnis rerum humanarum. Vobis boc prscipue dico , juvenes. Ideo in secundis rebS nSiU in quemquam superbe ac violenter consulere decet neGSrisent^crede e fortunœ; quum" quid vesper terat, incertum sit Ts d?mum ir erit, cujus animum nec prospéra flatu suo efferet, nec adverTaTnfiVn-et .Consilio dimisso, tuendi cura Q. .EUo mandatur. Eo die erinvuftus ad convivium Perseus , alius omnis ei honos habitus est, qui haberi in tali fortuné poterat ( L. xlv, c. 7-8),

Dans un autre passage, il s'agit de peindre l'émotion d'Hannibal lorsque les intrigues de ses rivaux l'obligent a quitter l'Italie ou il s'était illustré par tant de \ictou'es, et où il espérait faire enfin prévaloir la fortune de Garthage :

Frendens eemensque ac vix lacrjTnis temperans dicitur legatorum ver-

ba audis^e Postquam édita sunt mandata : « Jam non perplexe, inquit ,

tri Salmrevocant, qui, vetando supplementum et pecuniam mitti,

flnridem retrahèbànt. Vicit ergo Hannibalem non populus romanus

tS cSs fugatusque, sed senalus carthaginiensis obtrectatione atque

nvSirNeaue hàc deformilate reditus mei tam P. Scipio exsu tabit at-

m,P efferet seseauàm Hanno , qui domum nostvam , quando aliare non

?o u ^inrc^rlha^nis opprelit, « Jam l^^c ï^^'^jf .Pf^^J^f^^ ^^"^Se

minaraverat ante naves : itaque , inutili militum turba pi œsicUi specie

FnoSa bruit agri, quœ paucà magis metu, quam bde, contineban-

tSr Esso quod roborls iS exercilu erat, in Africam transvexit,mul-

t?s italiS ' eneris I quia in Africam secuturos abnuentes concesserant in Ju-

no4 LacSdelum^^ inviolatum ad eam diem, in temple ipso lœde in-

^rfectis RaVo uuemqukm alium, patriam exsilii causa relinquentem ,

mSfmc^t.im abisseferunt, qiiam Hannibalem bostiura terra exce-

denTem lïsSxissc sœpe Italia^ litlora, et deos liominesque accusan-

tem in' se Suoque ac suum ipsius caput exsecratum q>wd non

%Z)it\wi ob^cunLsi Victoria miliiem Ramam duxi^set^cipwnem

VrJadcLtLrinemuusu^ qui consul hostcm in Italia Pœnum non

vL"set 1'^ S^ ï>«s/me«*/m et Cannas

querensque ex diutinà possessione Italijfi est detractus (L. xxx, c. W).

Salluste va nous faire voir encore un autre genre d'élo-

2t0 TRAITE DE LITTERATURE.

quence ; il décrit Tétat des mœurs romaines au moment où la république , parvenue à la dernière civilisation, trouve sa ruine dans l'excès même de sa puissance : c'est le début de l'histoire de Gatilina. Le récit de la conspiration de ce séditieux méritait d'être précédé d'un pareil aperçu sur la corruption de sa patrie :

Sed ubi laTîore atque justitià respublica crevit, reges magni bello domiti, nationes ferse et populi ingénies vi subacti , Cartlmgo , £ema!a imperii romani, ab stirpe interiit , cuncla maria lerreeque paU^bant; seevire fortuna ac miscere omnia cœpit. Qui labores, pericuia, dubias atqae asperas res facile toleraverant , iis otium, diviliie, optandse aliis, oneri miseriœque fuère. Igitur primo pecunicP., deinde imperii cupide crevit: ea quasi materies omnium maloram fuère. Namqueavaritia lidem, probitatem, cseterasque artes bonas subvertit; pro i)is superbiam, crudelitatem, deos négligera, omnia venalia habere, edocuit. Ambilio multos mortales falsos lieri snliegit; aliud clausum in pectore, aliud in linguà promptum habere; amicitias inimicitiasque non ex re, sed ex commodo, aestimare; magisque vultam quàm ingenium bonum bab^re. Hiec primo paulatim crescere, interdum vindicari : post , ubi conlagio, quasi pes-tilentia, invasit, civitas immutata; imperium exjuslissimo atque opturao crudele inloieraudumque faclum.

Sed primo magis ambitio quam avaritia animos hominum exercebat; quod tamen vitium propius virtutem erat. Kam gloriam , honorem, im-

Eerium, bonus et ignavus œquè sibi exoptant; sed ille verâ via nililur; uic quia bonœ artes desunt, dolis atque fallaciis contendit. Avaritia pecunJa; sludium habet, quam nemo sapiens concupivit; ea , quasi venenis malis Jmbuta, corpus animumque virilem efleminat; semper infinita, insatiabllis est; neque copia, neque inopià minuitur. Sed postquara L. Sulla, armis receptà republicà, ex bonis initiis malos eventus habuit, rapere omnes , trahere; aomum alius, alius agros cupere; neque modum neque modesliam vicîores habere; fœda crudeliaque in civibus facinora facere. Hue accedebat, quôd L. Sulla exercitum , quem in Asià duc'averat, quô sibi lidum faceret, contra morem majorum, luxuriosè nimisque liberaliter habuerat. Loca amoeua, voluptaria, facile in otio féroces mihtura animos moUiverant. Ibi primùm insuevit exercitus populi romani amare, potare; signa, tabulas pictas, vasa caelata miran; ea privatim ac publiée rapere; delubra deorum spoliare ; sacra profanaque omnia polluere. Igitur bi milites, postquam victoriam adepti sunt, nihil reliqui victis fecére. Quippe secundœ res sapientium animos fatigant ; ne illi , corruptis moribus, victorise temperarent.

Postquam divitiœ honori esse cœpére', et eas gloria , imperium , potentia sequebatur; hebescere virtus , paupertas probro haberi, innocentia pro malevolentià duci cœpit. Igitur ex divitiis juvenlutem iuxuria atque avaritia cum superbià invasére : rapere, consumere; sua parvi pendere, aliéna cupere; pudorem, pudicitiam, divina atque humana promiscua, nihil pensi atque moderati habere. Operœ pretium est, quum domos atque villas cognoveris in urbium modum exaedilicatas, visere templa deorum quae nostri majores, religiosissimi morlales, fecère. Verùm illi delubra deorum pietate, domos suà glorià decorabant; neque victis quidquara prœter injuriée licenliam eripiebant. At bi contra igiiavissumi homines, per summum scelus, omnia ea sociis adiraere, quae forUssumi viri victores hostibus reliquerant; proinde quasi injuriam facere, id demum esset imperio uti.

Nam quid ea meinoreiu quse, nisi iis qui vidêre, nemini credibilia sunt, a privalis coinpluribus subversos montes, maria constructa esse? Quibus mihi videntur ludibrio fuisse divitiœ; quippe, quas honestè habere licebat, per turpitudinem abuli properabant. Sed luMdo stupri, ganese, caelerique cultùs non minor incesserat; mulieres pudicitiam m propatuio iiabere; vescendi causa , terra marique omnia exquirere: dor-

mire priùs quhm somnï cupido esset; non famom, aut sitim, neque frigus, neque lassiludincni opperiri , sed ea omnia Inxuantccapere. Hœc juventulem , ubi familiares opes dcfecerant, ad facinora incendebant. Animus imbutus malis artibus haud facile lul)îdinibus carebat : co prolusiùs omnibus modis quœstui atque sumptui deditus erat (C. x-xxu).

Thucydide ne présente pas le même entraînement, mais c'est toujours le ton de l'éloquence. L'historien vient de raconter la triste issue de la guerre entreprise par les Athéniens en Sicile , et il ouvre le huitième livre de son histoire par ces paroles :

'Eç 6è Tàç 'Aôrîvaç âTTStÇ^i yjYyc'XOr,, èr.moyv (xèv tjttio-to'jv y.al toTç Tiàvu Tt5v cTpax'-toTcôv, £$ aù'ov xoO epyou SiaTrsçe'JYoai , xat caçw; àyyiWou- Cl, (xv) ouTO) ye àv TcavcTjSsl 5'.S(p6àp9af èireiSr) 8è ^yvcotrav, yaXeTcol fièv "iQa-av TOtç ^u(jL7rpo6upLvi6£Ï(7i Tc5v pTjTÔpwv xàv exTiXo'jv, wçTisp o'jx aÙTol ^y\oi(7à[XEvoi , wpyiJ^ovTO ôè y.ac xoT:; xpE(7(jLoX6yoi; te xal [xàvxeo-i , xal OTrocrot xt x6xe aùxo'j; Ostàaavxe? è7nqX7ii(7av, wç XT^'Iyovxat ItxeXîav. Ilâvxa ôè TravxaxôOev aùxoùç âXuTrei xe , xai Trepisiaxî^xet im xû ysyevyifxévto 9600; xe xal xaxàuXïi^tç |jL£yt(jxr( ôt^. 'A[j.a (j.sv yàp, crxep6[xevot xal loîa ëxaaxoç , xal vj TîôXiç ôttXixwv x£ TToXXôJv xal tTTTiswv, xal yjXtxtaç, otav où^ éxépav étopwv uTràpxo'jcrav, èoapuvovxo* ajxa Se, vaùç où^ ôpcovxôç èv xoT; vswc-oîxoiç Ixavàç , o'j-5è yp^npi-axa èv xw xotvfô , oùô' UTryipediaç xaTç vaucrlv, àvsXTCiaxoi rjTav èv xw Trapovt', cwô-i^G-eaÔai, Touç xs àuo xtjç itxsXiaç TroXepu'ouç sOOùç (Tçtaiv, èv6[ji,it[ov, xco vauxtxtji êTrl tov llstpaià TiXeucreicôat , àXXto; xs, xal xoco'jxov xpaxax-)^aavxaç xal xoù; aùxôOsv uoXefxiouç, xoxs ô-^ xal otaTrXaaitoc; Tiàvxa Trapscrxeuao-fxévou; , xaxà xpàxoç y^ôy) xal èx yr]? xal èx 6aXà(T(j?iç è7rixsî(7£(76ai , xal xoùç i\j\i.\iâyo\)ç, aowv (xex' aÙTwv, à7ro!7X(ivxaç. "OîJitoç ôè , (bç èx xàiv uTiapxôvxœv, £o6x£'. y^çri^ai \i-?i èvôtôovai , àXXà 7rapao-x£uàJ^£ff6at xal vayxixov, ôôsv àv oOvwvxat , ^uXa ^u[;.7iopi(7a[j,£vouç xal y^pr^iiaTa , xal xà xwv S'j[X[j(,à)(wv èç àa-(pàX£iav 7roi£Ta6at, xal fxàXtaxa xriv Eûêotav, xwv X£ xaxà xtjv 7t6Xiv xl èç £Ox£X£iav o-foçpovîo-at , xal àp- X>iv xiva Trpscrguxèpwv àvôp65v èXÉo-ôat , oïx'.veç 7r£pl xûv Trapovxcov, de, àv xaipôç Xi » 7cpopo'jX£uc70ucri. llavxa xe Tvpoç xo 7iapaxpy5[xa TCEpiô&èç ( Ô7r£p çiXet ôï^[JLoç TTOteïv ) , ëxoi(xoi V^aav eOxaxx£?v.

Si l'on compare ces morceaux , on voit dans Tacite un caractère d'émotion qui va plus à la terreur qu'à la pitié; dans Tite-Live, un langage qui réveille plutôt la pitié que la terreur; dans Salluste, un ton de moraliste qui prend plaisir à retracer les vices de l'humanité; dans Thucydide, une variété de récit qui met en scène les passions des peuples. Thucydide et Tit"-Live semblent uniquement occupés de rendre leur récit vivant par une vérité de langage qui renouvelle tout l'intérêt; mais ce genre d'éloquence n'est pas celui qui remue le plus puissamment l'intelligence humaine : il a quelque chose de séduisant; mais il ne dispose pas l'homme à la méditation, il ne laisse pas dans son âme les profondes empreintes qui survivent au plaisir d'une lecture passagère. L'éloquence de Salluste nt-

triste , sans laisser plus de souvenir dans le cœur ou de réflexion dans l'esprit. 11 n'en est pas de même de Tacite, parce qu'une pensée de morale prédomine dans tous ses récits , et que son émotion , passant dans l'âme du lecteur, l'anime des sentiments qui l'ont produite.

4. L'éloquence historique , la plus sublime et la plus touchante à la fois , est celle qu'inspire une conviction profonde , une croj'ance vivement empreinte dans cœur ; et voilà comment s'explique la supériorité de Tacite. Mais c'est aussi l'explication de la supériorité de l'éloquence moderne , lorsque du moins le génie profite de l'immense vantage qu'il trouve dans le christianisme. Ici se présente, et avant tout le nom de Bossuet; c'est dans son Histoire universelle que l'éloquence historique a trouvé son idéal. Une seule idée, une idée imposante, préside à tout son ouvrage : Dieu a tout fait pour sa gloire. Tous les êtres créés trouvent leur propre perfection dans le rapport qui les ramène à leur auteur. Ainsi tous les changements qui' surviennent dans le genre humain sont subordonnés aux vues de la Providence. L'homme, créé pour être heureux par l'innocence et la liberté, est tombé; Dieu veut le rétablir dans son premier état par le moyen de la religion révélée. De là Bossuet prend son vol, et, se plaçant au sein de la Divinité , il considère la terre et les habitants qui la couvrent, il observe les mouvements qui les approchent ou les éloignent de la fm qui leur est marquée. Cette idée sublime est l'âme de l'ouvrage; elle s'y répand dans toutes les pensées, et présente ainsi le tableau le plus magnifique, le mieux ordonné que l'histoire ait jamais conçu. Les anciens , qui semblent avoir découvert tous les secrets de l'inteîligence, n'ont rien pressenti d'une conception aussi grande ; c'est qu'il leur manquait cette croyance profonde et cette connaissance intime d'une Providence suprême qui préside à toute la marche des choses humaines ; il fallait la foi chrétienne pour produire cette inimitable éloquence de l'histoire, qui fait du récit des événements une source de méditations et d'avertissements , d'espérances et de craintes, de leçons terribles ou touchantes. Quelques extraits de Bossuet vont le faire voir.

Bossuet , ce génie qui semble d'abord le plus éloigné des émotions tendres , trouve un langage attendrissant à l'aspect de nos premiers parents déchus de leur innocence :

Après avoir mangé de ce l)eau fruit, elle eu présenta ellc-nieine

à son mari: le voilà dangereusement attaqué. L'exemple et la complaisance iorlilient la tentalion; il entre dans les senliments du tentateur si bien secondé; une trompeuse curiosité, une tlalteuse pensée d orgueil, le secret plaisir d'agir de soi-même, et selon ses propres pensées, 1 attire et l'aveugle; il veut faire une dangereuse épreuve de sa liberté , et U goûte avec le fruit défendu la pernicieuse douceur de contenter son esprit; les sens mêlent leurs attraits à ce nouveau charme : il les suit , il s'y soumet, et il s'en fait le captif, lui qui eu était le maître.

'En même teuijis tout change pour lui ; la terre ne lui nt plus comme auparavant, il n'en aura plus rien que par un travail opiniâtre; le ciel na plus cet air serein; les animaux, qui lui étaient tous, jusques aux plus odieux et aux plus farouches, un divertissement innocent, prennent pour lui des formes hideuses. Dieu, qui avait tout lait pour son bonlieur, lui tourne en un moment tout en supplice; il se fait peine à luimême , lui qui s'était tant aimé. La rébellion de ses sens lui lait remarquer en lui je ne sais quoi de honteux; ce n'est plus ce premier ouvrage du Créateur ou tout était beau ; le péché a fait un nouvel ouvrage qu'il faut cacher. L'homme ne peut plus supporter sa honte, et voudrait pouvoir la couvrir à ses propres yeux ; mais Dieu lui devient encore plus insupportable. Ce grand Dieu , qui l'avait fait à sa ressemblance , et qui lui avait donné des sens comme un secours nécessaire a son esprit , se plaisait à se montrer a lui sous une forme sensible : l'homme ne peut plus souffrir sa présence. 11 cherche le fond des forêts, pour se dérober it celui qui faisait auparavant son bonheur. Sa conscience l'accuse avant que Dieu parle. Ses malheureuses excuses achèvent de le conlondre. Il faut qu'il meure; le remède d'immortalité lui est ôté, et une mort plus affreuse, qui est celle de l'àme , lui est figurée par cette mort corporelle à laquelle il est condamné.

Voici un fragment d'un autre caractère, c'est le récit des dernières expéditions d'Alexandre :

Ce prince lit son entrée dans Babylone avec un éclat qui swpassait tout ce que l'univers avait jamais vu; et, après avoir vengé la Grèce, après avoir subjugué avec une promptitude incroyable toutes les terres de la domination persienne , pour assurer de tous côtés son nouvel empire, ou plutôt pour contenter son ambition et rendre son nom plus fameux que celui de Bacchus , il entra dans les Indes , où il poussa ses conquêtes plus loin que ce célèbre vainqueur. Mais celui que les déserts, les fleuves et les montagnes n'étaient pas capables d'arrêter, fut contraint de céder à ses soldats rebutés (jui lui demandaient du repos. Réduit à se contenter des superbes monuments qu'il laissa sur les bords de l'Araspe ,'Hydaspe), il ramena son armée par une autre route que celle qu'il avail tenue, et dompta tous les pays qu'il trouva sur son passage.

11 revint à Babylone, craint et respecté, non pas comme un conquérant, mais comme un dieu. Mais cet empire formidable qu'il avait (Conquis ne dura pas plus longtemps que sa vie, qui fut courte. A l'âge de trente-trois ans , au milieu des plus vastes desseins qu'un homme eût jamais conçus, et avec les plus justes espérances d'un heureux succès . il mourut sans avoir eu le loisir d'établir solidement ses affaires, laissant un frère imbécile et des enfants en bas âge , incapables de souteni. un si grand poids. Mais ce qu'il y avait de plus funeste pour sa maison et pour son empire , est qu'il laissait des capitaines à qui il avait appris à ne respirer que l'ambition et la guerre. Il prévit à quels excès ils se porteraient quand il ne serait plus au monde pour les retenir ; et , de peur d'en être dédit , il n'osa nommer ni son successeur , ni le tuteur de ses enfants. 11 prédit seulement que ses amis célébreraient ses funérailles avec des batailles sanglantes ; et il expira dans la fleur de son âge, plein des tristes images de la confusion qui devait suivre sa mort.

Enfin il faut voir comment l'éloquent historien nous ap.

214 TRAITÉ DE LlïTJéllAïURE.

prend à voir partout la Providence dans ces rapides révo« lutions d'empire, qu'il raconte d'une manière si nouvelle et si merveilleuse :

Souvenez-vous, dit-il, que ce long enchaînement des causes particulières qui font et défont les empires , dépend des riciies secrets de la divine Providence. Dieu tient du plus haut des cieux les rênes de lous les royaumes; 11 a tous les cœurs en sa main, tantôt il éteint les passions; tantôt il leur lâche la bride; et par là il remue tout le genre humain. Veut-il faire des conquérants? il lait marcher l'épouvantedevanteux, etil inspire à eux et à leurs soldats une hardiesse invincible. Veut-il faire des législateurs? il leur envoie son esprit de sagesse et de prévoyance, il leur fait prévenir les maux qui menacent les États, et poser les fondements de la tranquillité publique. II connaît la sagesse humaine, toujours courte par quelque endroit; il l'éclairé, il étend ses vues, et puis il l'abandonne il ses ignorances; il l'aveugle, il la précipite , il la confond par elle-rnôme; elle s'enveloppe, elle s'embarrasse dans ses propres subtilités, et ses précautions lui sont un piège. Dieu exerce par ce moyen ses redoutables jugements, selon les règles desa justice toujours infaillible. C'est lui qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées , et qui frappe ces grands coups dont le coulre-coup porte si loin. Quand il veut lâcher Je dernier, et renverser les empires, tout est faible et irrégulier dansles conseils. L'Egypte, autrefois si sage, marche enivrée, étourdie et chancelante, parce que le Seigneur a répandu l'esprit de vertige dans ses conseils ; elle ne sait plus ce qu'elle fait, elle est perdue. Mais que les hommes ne s'y trompent pas; Dieu redresse, quand il lui plait, le sens égaré; et celui qui insultait à l'aveuglement des autres tombe lui-même dans des ténèbres plus épaisses, sans qu'il faille souvent autre chose , pour lui renverser le sens, que ses longues prospérités.

C'est ainsi que Dieu règne sur tous les peuples. Ne parlons plus de hasard ni de fortune, ou parlons-en seulement comme d'un nom qui couvre notre ignorance. Ce qui est hasard à l'égard de nos conseils lu certains, est un dessein concerté dans des conseils plus hauts, c'est-àdire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre. De cette sorte, tout concourt à la même lin ; et c'est faute d'entendre ce tout, que nous trouvons du hasard ou de l'irrégularité dans les rencontres particulières.

Voilà sans doute la vraie éloquence ; c'est Dieu même qui l'inspire en quelque sorte, et de là vient l'incontestable supérioritédeBossuet sur les plus beaux génies de l'histoire.

§ 4. — Division de l^ Histoire,

4. Comment se divise d'abord l'iiistoire? —2. Qu'est-ce que renferme l'histoire sacff'e? — s. Comment se divise l'histoire sacrée? — 4. Par qui riiistoire sainte a-t-elle été écrite , et que comprend-eile? — «. Que pout-on dire sur r Ancien et IcINouveau Testament, considérés comme des ouvriiges purement historiques?

- 6. l'ar qui l'histoire ecclésiastique a-t-elle été écrite, et que comprend-elle?

— 7. Que faut-il pour Lien traiter l'histoire ecclésiastiqne? — 8. Comment se divise l'histoire profane? — a. Que comprend l'histoire civile, et comment se divisc-telle ? — 10. Qu'est-ce que l'Iilstoirc universelle, et comment se divise-l-eile i* — ii. Quelle est la difficulté de l'hLstoire universelle? — I2. Qu'est-ce que l'histoire générale? — i;. Que faut-il pour bien faire riiistoire complète d'une nation? — I4. Ou est-ce (jue Vhistoire parliculicre? — ^a. Que fait-on si l'on se borne aux révolutions d'un État ou au récit d un seul événement ? — le. Qu'est-ce que la biographie, et cuiiiment doit-on la traiter? — 17. Ouelle différence y a-t-il entre l'bisloire et la vie d'un homme Illustre ? — is. Quel est l'avantage de"s vies des hommes illustres? — lu. Quels sont les avantages et quelles doivent être les qualités des abrégés âliistoirc? — i!0. Qu'est-ce que les annales?— ai. Qu'est-ce que les mé-

moires? ~ sa. oue comprend l'histoire Httér;ilre , et couiment doit-elle être faite' — g3. Quelle est la luatièrc de l'Iiibtoire naturelle?

1. L'hisloire se divise d'abord en histoire sacrée et en histoire profane: l'une considère les hommes dans leurs rapports avec la Divinité ; et l'autre , dans leurs rapports avec leurs semblables.

2. L'histoire sacrée renferme tous les faits relatifs à la veligion , depuis l'origine du monde jusqu'à nos jours. Nous y voyons, dans une suite d'événements miraculeux, l'œuvre constante de la Divinité : Dieu lui-même prononçant ses oracles et dictant ses lois à son peuple; établissant, dans les temps marqués par sa sagesse , son Église , inébranlable sur ses fondements au milieu des erreurs, des crimes et des persécutions des hommes, au milieu des révolutions ides âges et du bouleversement des empires.

-^ 3. L'histoire sacrée se divise en deux parties: l'une qui précède la venue du Messie, c'est V histoire sainte j Vautre qui suit la naissance de Jésus-Christ et s'étend jusqu'à nos jours , c'est V histoire ecclésiastique. -" 4. U histoire sainte a été écrite par des hommes inspirés de Dieu. Les livres où sont consignés les événements antérieurs à la publication de l'Évangile sont appelés V Ancien Testameyit. La narration des quatre Évangélistes et les Actes des Apôtres, qui contiennent la vie de Jésus-Christ et les faits immédiatement postérieurs à sa mort, se nomment Nouveau Testament. L'ensemble de ces écrits s'appelle Bible, c'est-à-dire le livre par excellence.

5. A ne considérer l'Ancien et le Nouveau Testament que comme des ouvrages purement historiques, on peut assurer qu'il n'en est point en ce genre d'aussi beaux, d'aussi parfaits. Les écrivains sacrés réunissent au plus haut degré les qualités qu'on admire dans les meilleurs historiens. Nul sentiment étranger à leur objet ne les anime , ils ne sont occupés qu'a peindre la vérité telle qu'elle est. Les événements sont tous présents à leurs yeux, et se placent d'euxmêmes dans l'ordre le plus naturel. L'éloquence qui règne dans les Livres Saiiits n'y doit rien aux ressources de l'art. Elle est toute dans les choses, et n'en est que plus belle, plus touchante, plus persuasive. La simplicité du style en fait le caractèrepropre; mais c'est une simplicité tantôt majestueuse, tantôt énergique ; ici naïve, là pleine de douceur ; mais une simplicité sublime qui transporte et mai-

216 TfiAlTE DE LITTEBATUBE.

trise l'âme j simplicité merveilleuse, qui seule serait pour l'homme réfléchissant une forte preuve de la vérité des Écritures.

6. U histoire ecclésiastique a été écrite par des hommes aidés de leur seul génie. Elle comprend l'établissement du christianisme, les persécutions qu'il a souffertes, ses luttes contre les hérétiques et les incrédules, l'exposition de sa doctrine et de sa discipline.

7. Pour bien traiter Thistoire ecclésiastique , il faut être profondément instruit des saints mystères, de la morale religieuse et du droit canonique; faire connaître le véritable esprit des lois, des règles, des décisions, des usages, despriviléges de TÉglise, ses oracles, ses dogmes, sa foi, l'étendue et les bornes de sa juridiction , etc. Le devoir de l'historien est aussi de consacrer la mémoire des souverains qui ont protégé la rehgion, des savants qui l'ont défendue, des héros chrétiens qui l'ont cimentée de leur sang. Deux écri-* vains remarquables ont traité l'histoire ecclésiastique : Fleury, sage, profond, judicieux, mais un. peu long et fastidieux , et Beraut-Bercastel , dont la lecture est plus agréable.

8. L'histoire profane se divise en histoire civile , en histoire littéraire et en histoire naturelle.

9. \J histoire civile comprend tous les événements qui se sont passés dans les empires et les divers États de la terre. Elle se divise en histoire universelle , en histoire générale et en histoire particulière.

10. L'histoire civile est universelle quand elle embrasse les annales de tous les peuples, depuis la fondation des premières monarchies, ou du moins des nations de l'Europe et de l'Asie occidentale. Égyptiens, Assyriens, Perses, Grecs, Romains , etc. , jusqu'à nos jours.

Cette histoire est ancienne , intermédiaire, moderne ou contemporaine. Vhistoire ancienne fait connaître les peuples anciens jusqu'à la destruction de l'empire romain d'Occident par les barbares (476 de J. -G. ).\Jhistoire intermédiaire ou du moijen âge s'occupe de ces peuples jusqu'à la destruction de l'empire romain d'Orient par les Turks (1453 de J.-C). l! histoire mo6/6;vîe s'étend depuis la prise de Constantinople jusqu'à la révolution française de 1789 , et Vhistoire contemporaine depuis 1 789 jusqu'à nos jours. ( 11. C'est une entreprise bien difficile que celle d'une

ni S foire aniverselle , qu'on veut écrire dans tous les détails nécessaires : elle est au-dessus des forces d'un seul homme. Cette histoire, en effet, doit présenter le fond de toutes les histoires des peuples , dans une étendue proportionnée au corps entier de l'ouvrage. « Il faudrait , avant de prendre le pinceau , dit l'abbé Batteux , rassembler les fastes de ous les empires , les monuments de tous les faits , être sur de les avoir authentiques, de les entendre dans leur véritable sens. Alors il ne s'agirait plus que de former une société nombreuse de savants , de leur communiquer la même âme , et de la faire passer par une sorte de métempsycose dans les continuateurs, jusqu'à l'entière perfection de l'entreprise. » M. de Ségur a donné un abrégé assez bon d'histoire universelle.

12. L'histoire civile est générale quand elle embrasse les faits de toute une époque, ou ceux d'un empire pendant toute sa durée. Telles sont l'Histoire ancienne, l'Histoire romaine , l'Histoire de France ou d'Angleterre. Les meilleures histoires générales sont , chez les G recs , celle d'Hérodote; chez les Romains, celles de Tite-Live et de Tacite; en Angleterre , celle de Lingard ; la France attend encore une bonne histoire générale.

13. Pour bien faire l'histoire complète d'une nation, il faut remonter Jusqu'à son origine , marquer ses progrès et son accroissement, démêler tous les ressorts de sa politique; donner une notion juste de son caractère et de son génie, de sa religion, de ses richesses, de son gouvernement; exposer tous les grands changements qu'elle a subis, et les divers états par lesquels elle a passé; développer les véritables causes de sa décadence ou de son élévation , et la suivre pas à pas jusqu'à sa ruine totale, ou jusqu'au dernier période de sa grandeur.

14. L'histoire civile est particulière quand elle traite quelque grand événement, ou quelque période qui peut être connue comme faisant un tout. Telle est l'Histoire de la guerre du Péloponnèse, par Thucydide, la Gyropédie de Xenophon, et la Retraite des Dix Mille , du même auteur; les guerres de Jugurtha et de Gatilina, de Salluste; l'Histoire des Groisades, par M. Michaud; celle des guerres civiles de France, par Davila,et d'Angleterre, par Glarendon; celle de la Révolution française, par M. de Conny, etc. A ces ouvrages on peut joindre l'Histoire des ducs de Bour-

TRAITK DE LITTÉR. — UHÉT. ET ÉLOQ. I©

gogne, par M. de Barante; l'Histoire de la campagne de Russie, par M. Ph. de Ségur , etc.

15. Si l'on ne veut écrire que l'histoire des révolutions d'un peuple , on passera sous silence tous les faits qui ne sont pas bien intéressarits ; mais on enchaînera avec goût tous ceux qu'on racontera, en exposant successivement ce qui est arrivé dans les intervalles. Les histoires des révolutions exigent un style plus élégant, plus vif, plus rapide et plus orné que celui des autres histoires. Vertot est un modèle en ce genre.

Si Ton se borne au récit d'un seul événement important , on doit faire un préambule pour mettre le lecteur au fait des temps, des lieux, des mœurs, des intérêts, des caractères. Il faut ensuite présenter le germe de l'événement que l'on se propose de raconter , le suivre dans ses, circonstances , et le continuer jusqu'à sa fin.

1 6. Quand l'histoire ne renferme que la vie d'un homme , elle s'appelle biographie. L'historien n'y doit rapporter que les événements publics où son personnage aura joué un rôle considérable. Il doit principalement s'arrêter sur les détails de sa conduite particulière , développer d'une manière nette et précise les motifs de ses actions , et former sous des traits bien marqués le tableau de ses faiblesses et de ses vertus. Les réflexions de l'historien y doivent être peu nombreuses , et surtout placées à propos.

17. Il y a une différence assez essentielle entre Vhistoire et la vie d'un homme illustre. Dans la première , on considère l'homme public plus que l'homme privé. Dans la seconde , on considère autant l'homme privé que l'homme public. Si , par exemple , on écrit V histoire d'un général , on doit rapporter en détail toutes ses actions guerrières , ainsi que les événements qui s'y trouvent liés, et passer assez légèrement sur sa conduite privée. Si l'on écrit la vie de ce général , on doit y joindre , au récit circonstancié de tous ses faits d'armes , celui de ses actions particulières.

18. Au reste, les vies des hommes illustres ont ce grand avantage , de nous faire commencer l'étude du cœur humain , en nous montrant les hommes de près , et tels qu'ils sont. Quel fruit ne peut-on pas retirer de cette lecture! C'est là, plus que partout ailleurs, que l'histoire instruit les hommes par les hommes mêmes. « Ceux, dit Mon- «taigne, qui escri vent leswecs, d'autant qu'ils s'amusent

«' plus aux conseils qu'aux eveDcments , plus à ce qui se « passe au dedans qu'à ce qui arrive au dehors , ceux-là « me sont plus propres : voilà pourquoy c'est mon homme « que Plutarque\ » Les grands événements, en effet, nous frappent, nous étonnent, nous jettent dans l'admiration. Mais ils nous font sentir en même temps notre impuissance de nous élever jusqu'à l'imitation de ces actions d'éclat qui ont fixé la destinée des empires et le sort des peuples; au lieu que nous ne jugeons pas au-dessus de nos forces morales les actions particulières d'un homme , quelque illustres qu'aient été son rang et sa naissance.

19. Les abrégés d'histoires ont une grande utilité , lorsqu'ils sont bien faits. Les ignorants y puisent des connaissances générales , et les savants y trouvent certains faits dont ils avaient perdu le souvenir. Ces sortes d'ouvrages ne sont susceptibles ni de grands détails , ni de riches ornements. Il faut cependant n'y rien omettre d'essentiel , y rapporter tous les faits vraiment importants, avec leurs principales circonstances, et dire assez de choses pour instruire et intéresser le lecteur. C'est ici qu'un discernement juste est surtout nécessaire. Il faut de plus le talent rare de dire beaucoup en peu de mots, c'est-à-dire la plus grande précision dans le style ; qualité qui n'est pas la plus brillante , mais qui peut-être est la plus difficile de toutes.

20. On entend généralement par annales, une collection de faits rangés selon l'ordre chronologique , destinés à servir de matériaux à l'histoire , plutôt qu'a en former une par eux-mêmes. Aussi, tout ce qu'on demande de l'annaliste , c'est d'être fidèle , distinct et complet.

2ï. Les mémoires sont une composition historique, où l'auteur ne prétend pas donner une instruction pleine sur tous les événements»du temps qu'il décrit, mais se borne à rapporter ce dont il a eu personnellement connaissance , ou les choses auxquelles il a pris part, ou ce qui peut jeter du jour sur la conduite de quelque personnage , sur les circonstances de quelque événement qu'il a choisi pour en faire le sujet d'un ouvrage. On n'attend donc pas d'un auteur de mémoires la même profondeur de recherches , la même étendue de connaissances , que de l'historien propre-

* Amyol, précepteur de Charles IX, nous en a donné, il y a plus de trois siècles, une admirable traduction. V. mon Jlisl. de la Ltlt grecque, p. 321, et mon Hisl. de la LUI. franc., t. 2, p. 188.

ment dit. Il n'est pas obligé, comme celui-ci, de soutenir invariablement un ton de dignité et de gravité. Il peut parler librement de lui-même, et raconter les anecdotes les plus familières. Ce qu'on exige surtout de lui., c'est qu'il soit intéressant et animé ; qu'il rapporte des faits curieux et utiles; qu'il communique enfin des connaissances de quelque prix, et qui vaillent la peine d'être acquises. Les chefs-d'œuvre des mémoires sont ceux du cardinal de Retz et du duc de Sully.

22. Vhistoire littéraire comi^rend la naissance, les progrès, la perfection, la décadence et le renouvellement des sciences et des arts : elle doit en même temps offrir un tableau de ce qu'ils ont produit, dans les différents siècles, de plus agréable, de plus grand et de plus utile. Le principal devoir de l'historien est de distinguer le ton , le talent , le génie particulier de chaque auteur, de les peindre tous et de lescaractériser d'après leurs ouvrages , dont il doit donner une analyse exacte, avec une critique judicieuse et impartiale.

Pour remplir avec succès ce dernier objet, qui est un des plus importants , il faut qu'il joigne à la finesse de l'esprit , à la justesse du discernement et à la délicatesse du goût, une étude sérieuse des matières que ces auteurs ont traitées; qu'il lise leurs écrits sans la moindre prévention , qu'il remonte jusqu'aux temps où ils ont vécu , se transporte dans les pays qu'ils ont habités, et observe la religion, les mœurs, les usages, le goût dominant de leur siècle. Tel ouvrage justement applaudi dans les âges qui nous ont précédés est aujourd'hui oublié, parce que les mœurs ne sont plus les mêmes.

L'histoire de la littérature est encore à faire. Le Cours de La Harpe peut y suppléer ; mais il est loin d'être complet, excepté pour l'art dramatique moderne.

23. Tous les ouvrages dont le souverain Créateur a embelli le globe que nous habitons, toutes les productions que la terre étale à nos yeux , ou qu'elle cache dans son sein, Bont la matière de Vhistoire naturelle. Elle comprend ce qu'on appelle le règne animal, c'est-à-dire les mœurs et le caractère des différentes espèces d'animaux , leur formation, leur structure, leur manière de vivre , leur industrie; le règne végétal, c'est-à-dire le dénombrement des plantes qui croissent sur le sommet des montagnes , au milieu des plaines, dans le creux des vallées, à l'ombre des fo-

rêts ; le règne nùnércU, c'est-à-dire la diversité des métaux , des minéraux, et de toutes les substances qui se forment dans les entrailles de la terre. L'historien doit être ici un sage et laborieux observateur : il faut qu'il ait assez d'intelligence pour bien voir , assez de patience pour bien observer, assez de pénétration pour tout approfondir, assez de sagacité pour ne rien confondre.

Pline le Naturaliste et Buffou ont exécuté en partie avec une rare magnificence le plan d'une histoire naturelle.

§ 5. — Du Roman,

I. Qu'est-ce que le roman? — 2. Quelles doivent être les qualités littéraires du roman?— 5. Les incidents y sont-ils permis? — 4. Quel est le premier devair du romancier?

1 . Le roman n'est pas , comme on pourrait le croire , un récit de diverses aventures imaginées seulement pour amuser. Le divertissement du lecteur, dit le savant Huet, évêque d'Avranches ' , que le romai>cier habile semble se proposer pour but , n'est qu'une fin subordonnée à la principale, qui doit être l'instruction de l'esprit et la correction des mœurs. Ainsi, censurer les ridicules et les vices, montrer le triste effet des passions désordonnées, s'efforcer toujours d'inspirer l'amour de la vertu , et faire sentir qu'elle seule est digne de nos hommages , qu'elle seule est la source de notre bonheur, tel est le principal devoir du romancier. Ce n'est qu'en le remplissant qu'il peut faire un ouvrage qui tourne à sa propre gloire , ainsi qu'à l'avantage des mœurs et de la société.

2. Il s'agit d'abord d'inventer des événements qui soient peu ordinaires, mais vraisemblables ; qui intéressent, attachent le lecteur , et qui amènent des peintures variées du cœur humain, des divers mouvements qui l'agitent, et des différentes passions qui le tyrannisent dans les différentes circonstances de la vie. Il faut que rien ne languisse dans le récit de ces événements; que l'action marche avec rapidité; que le style, vif et plein de cbaleur, échauffe toujours de plus en plus l'imagination et l'âme du lecteur, que les situations des personnages n'aient rien de forcé que leurs caractères particuliers soient bien marqués, par faitement soutenus jusqu'à la fin; et que le dénoiîment,

' Traité de Vorigine du roman.

amené naturel lemeut et par degrés, soit tiré du seul fond des événements.

3. II est permis de rompre Je fil du récit de la principale action par des incidents, qui ne sont autre chose que des événements, des circonstances particulières. Mais il faut que ces incidents soient vraisemblables; qu'ils tiennent par quelque chose au sujet ; qu'ils piquent assez la curiosité et offrent assez d'intérêt pour dédommager le lecteur de l'impatience qu'il a de voir la fin des aventures.

'!. Nous ne nous étendrons pas davantage sur les règles du roman , parce qu'on pourra y appliquer celles du poëme épique. Mais nous ne saurions trop répéter que le romancier doit toujours présenter la vertu sous des couleurs favorables et attrayantes , la faire respecter , la faire aimer dans le sein même des plus affreux malheurs et des plus humiliantes disgrâces; qu'il doit peindre le vice sous les couleurs les plus noires, et les plus propres à inspirer l'horreur qu'il mérite, fût-il monté au faîte des honneurs et parvenu au comble de la plus brillante prospérité. Tout écrivain qui s'écarte de ce principe n'est digne ni du nom d'honnête homme , ni de celui de bon citoyen.

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