ARGUMENTS. - ARGUMENTS INTRINSÈQUES ET EXTRINSÈQUES
Burrhus veut engager Néron à se réconcilier avec Bri* tannicus. Il commence par des arguments intrinsèques :
Et ne suftit-il pas , seigneur, à vos souhaits , Que le bonheur public soit un de vos bienfaits? C'est à vous de choisir, vous êtes encor maître. Vertueux Jusqu'ici, vous pouvez toujours l'être : Le chemin est tracé, rien ne vous retient plus; Vous n'avez qu'à marcher de vertus en vertus. Mais si de vos flatteurs ^ous suivez la maxime, Il vous faudra , seigneur, courir de crime en crime. Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés , Et laver dans le sang vos bras ensanglantés. Britannicus mourant excitera le zèle De ses amis tout prêts à prendre sa querelle ; Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs Qui , même après leur mort , auront des successeurs. Vous allumez un feu qui ne pourra s'éteindre. Craint de tout l'univers, il. vous faudra tout craindre, Toujours punir, toujours trembler dans vos projets, Et pour vos ennemis compter tous vos sujets.
Il continue par des preuves extrinsèques :
Ah! de vos premiers ans l'heureuse expérience
Vous fait-elle , seigneur, haïr votre innocence?
Songez-vous au bonheur qui lésa signalés?
Dans quel repos , ô ciel ! les avez-vous coulés !
Quel plaisir de penser et de dire en vous-même :
Partout , en ce moment, on me bénit , on m'aime;
Je ne vois point le peuple à mon nom s'alarmer;
Le ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point nommer;
Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage;
Je vois voler partout les cœurs sur mon passage !
Tels étaient vos plaisirs. Quel changement, 6 dieux !
Le sang le plus abject vous était précieux. Un jour, il m'en souvient, le sénat équitable
' Ce chiffre renvoie à la pagination du texte.
Vous pressait de souscrire à la mort d'un coupable ; Vous résistiez , seigneur, à leur sévérité ; Votre cœur s'accusait de trop de cruauté; Et , plaignant les malheurs attachés à l'empire, Je voudrais , disiez-^ eus , ne savoir pas écrire.
Et revenant aux preuves intrinsèques, il ajoute :
Non , ou vous me croirez , ou bien de ce malheur Ma mort m'épargnera la vue et la douleur ; On ne me verra point survivre à votre gloire Si vous allez commettre une action si noire. Me voilà prêt , seigneur ; avant que de partir, Faites percer ce cœur qui n'y peut consentir Appelez les cruels qui vous font inspirée; Qu'ils viennent essayer leur main mal assurée...
On voit que ces deux genres de preuves concourent au même but, et produisent le même effet, lorsqu'elles sont bien choisies et bien présentées.