EXORDE INSINUANT TIRÉ DU PLAIDOYER DE M. DE SÈZE POUR LOUIS XVI
Représentants de la nation ! il est donc enfin arrivé ce moment où Louis, accusé au nom du peuple français, peut se faire entendre aa milieu de ce peuple lui-même ! il est arrivé, ce moment ou, entouré des conseils que riiuQianité et la loi lui ont donnés, il peut présenter à la nation une défense que son cœur avoue , et développer devant elle les intentions qui l'ont toujours animé I Déjà le calme même qui m'en\'ironQe m'avertit que le jour de la justice a succédé aux jours de colère et de prévention; que cet acte solennel n'est point une vaine forme; que le temps delà liberté est aussi celui de l'impartialité que la loi commande; et que l'homme, quel qu'il soit, qui se trouve réduit à la condition humiliante d'accusé , est toujours sur d'appeler sur lui et l'attention et l'intérêt de ceux mêmes qui le poursuivent. Je dis l'homme quel qu'il soit ; car Louis n'est plus en effet qu'un homme. I! n'exerce plus de prestiges, il ne peut plus rien; il ne peut plus imprimer de craintes, il ne peut plus offrir d'espérances : c'est donc le moment ou vous lui devez non-seulement le plus de justice, mais , j'oserai le dire, le plus de faveur.
Je voudrais pouvoir être entendu, dans ce moment , de la France entière : je voudrais que cette enceinte put s'agrandir tout a coup pour la recevoir ! Je sais qu'en parlant aux représentants de la nation, je parle à la nation elle-même; mais il est permis sans doute a Louis de regretter qu'une multitude immense decitoveos aient reçu l'impression des inculpations dont il est l'objet, et qu'ils ne soient pas aujourd'hui a portée d'apprécier les réponses qui les détruisent. 'Ce qui lui importe le plus, c'est de prouver qu'il n'est point coupable : c'est là son seul \^v\l, sa seule pensée. Louis sait bien que l'Europe attend avec inquietuile le jugement que vous allez rendre; mais il ne s'occupe que de la France. II sait bien que la postérité recueillera un jour toutes les piecc."^ de cette grande discussion qui .-'est élevée entre une nation et un homme; mais Louis ne songe qu'a ses contemporains , il n'aspire qu'a les détromper. ^lous n'aspirons non plus nous-même qu'à le défendre; nous ne voulons que le justilier . Nous ouljlions , comme lui , l'Europe qui nous écoute , noiHOublions la postérité dont l'opinion déjà se prépare. Nous ne voulous voir (lUe le moment actuel, nous ne sommes occupé que de Louis
et nous croirons avoir rempli toute notre tâche, quand nous aurooA démontré qu'il est innocent.
Cet exorde , tout à la fois modeste et courageux , était bien propre à concilier à l'auguste accusé la bienveillance des juges et des spectateurs, si un trop grand nombre d'entre eux n'avaient été également sourds à la voix de la justice et de l'humanité.
MODÈLE D'EXERaCESUR L'EXORDE DE L'ORAISON FlJNÈBkE DE LA RELNE D'ANGLETERRE.
Voyez, dans l'Oraison funèbre delà reine d'Angleterre, comme Bossuet annonce avec chaleur qu'il va instruire les rois; comme il se jette ensuite a travers les divisions et les orages de cette île; comme il peint le débordement des sectes, le fanatisme des lodépendauts; au milieu d'eux, Cromweil , actif et impénétrable , hypocrite et hardi , dogmatisant et combattant , montrant l'étendard de H liberté et précipitant les peuples dans la servitude; la reine luttant contre le malheur et la révolte, cherchant partout des vengeurs , traversant neuf fois les mers , battue par les tempêtes, voyant son époux dans les fers, ses amis sur l'échafaud,sestroupes vaincues, elle-même obligée décéder; mais, dans la chute de l'État, restant ferme parmi ses ruines, telle quune colonne qui , après avoir longtemps soutenu un temple ruineux , reçoit, sans en être courbée, ce grand édifice qui tombe et fond sur elle sans l'abattre.
Cependant l'orateur, àtravers ce grand spectacle qui se déploie sur la terre , nous montre toujours Dieu présent au haut des cieux , secouant et brisant les trônes, précipitant la révolution, et par sa force invincible, enchaînant et domptant tout ce qui lui résiste. Cette idée, répandue dans le discours d'un bout à l'autre, y jette uiie terreur leligieuse qui en augmente encore l'effet , et rend le pathétique plus »ubiime et plus sombre.
244 TfiAITÉ DE LITTERATURE.
No 16 (p. 60.) EXORDE POMPEUX.