‹ Traité théorique et pratique de littératureChapitre 55 sur 94 · HUMANITÉ DE M\RC-AURÈLE · texte numérisé non relu

HUMANITÉ DE M\RC-AURÈLE

La bonté taisait le caractère de Marc-Aurèle ; elle était dans ses discours, dans ses actions; elle était peinte sur tous les traits de son visage. Quedis-je? tel fut l'objet de son culte. Voyez ce Capitole où sa main lui a élevé un temple. O Dieu de l'univers , dans presque tous les pavs du monde , on t'a outragé , même en t'adorant ! Partout la superstition barbare a eu ses autels, ou elle t'offrait, pour t'apaiser , les gémissements et les cris des victimes humaines. Marc-Aurèle t'invoquait sous l'idée d'un être bon; il te peignait aux hommes, comme tu étais peint dans .son cœur. Non , je ne l'oublierai jamais ce jour, ce moment solennel , où un prince, souverain pontife comme empereur de son pays, entra pour la première fois dans ce temple dédié à In Bonté, et brûla le'premier encens sur l'autel, au milieu des acclamations et de la joie d'un peuple qui semblait le prendre lui-même pour la divinité du temple. R-omains, il fut impossible à vos ancêtres de condamner Manlius coupable, tant qu'ils eurent sous les yeux le Capitole que ce guerrier célèbre avait sauvé : et moi, je fais ici des vœux pour que la vue de ce nouveau temple , dans ce même Capitole , arrête vos empereurs , toutes les fois qu'ils voudront faire une action cruelle ou tyrannique. Peuples, que tous ceux qui régneront sur vous, viennent jurer a cet autel d'être bon comn>e Marc-Aurèle; qu'ils s'accoutument à penser comme lui, que tout bienfait accordé aux hommes est un acte de religion envers la Divinité !

Dans cette assemblée du peuple romain était une foule d'étrangers et de citoyens de toutes les parties de l'empire. Les uns se trouvaient depuis longtemps à Rome; les autres avaient suivi des différentes provinces le char funèbre, et l'avaient accompagné par honneur : tout à coup l'un d'eux (c'était le premier magistrat d'une ville située aux pieds des Alpes) éleva sa voix :

« Orateur, dit-il , tu nous as parlé du bien que Marc-Aurèle a fait à des particuliers malheureux; parle-nous de celui qu'il a fait à des villes e; à des nations entières. Souviens-toi de la famine qui a désolé l'Italie. Nous entendions les cris de nos enfants qui nous aemandaient du pain; nos campagnes stériles et nos marchés déserts ne nous offraient plus de ressources. Nous avons invoqué Marc-Aurèle, et la famine a cessé. » — Alors il approcha, touch.i la tombe, et dit : « rapporte à kt cendre de Marc-Aurèle les hommages de toute l'Italie. »

Un autre homme parut : son visage était brûlé par un soleil ardent*» ses traits avaient je ne sais quoi de lier, et sa tête dominait sur toute l'assemblée. C'était un Africain ; il éleva sa voix, et dit ;

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« Je suis né àCarthage; j'ai va un embrasement général dévorer noa .aawOns et nos temples : échappés de ces flammes et couchés plusiears jours sur des ruines et des monceaux de cendre, nous avons invoqué Marc-A.urèle : Marc-Aurèle a réparé nos malheurs. Carthage a remercie une fois les dieux d'être romaine. » — Il approcha, toucha la tombe, et dit : « J'app orte à la cendre de Maro-Aurele les hommages de l'Afrique. »

Trois des t-abitants de l'Asie s'avancèrent; ils tenaient d'une main de l'encpivs et de l'autre des couronnes de fleurs. L'un d'eux prit la parole =

« Nous avons vu dans l'Asie le sol qui nous portait s'écrouler sous nos pas,etnostroisTiIlesrenverséesparun tremblement de terre. Du milieu de ces débris, nous avons invoqué Marc-Aurèl'', et nos villes sont sorties de leurs ruines. >' — Ils posèrent sur la tombe l'encens et les couronnes, et dirent : « Nous apportons a la cendre de Marc-Aurèle les nommages de l'Asie. »

Enlin il parut un homme des rives du Danube ; il portait l'habillement des Barbares , et tenait une massue à la main. Son visage cicatrisé était mâle et terrible; mais ses traits à demi sauvages semblaient adoucis par la douleur ; il s'avança et dit :

« Romains, la peste a désolé nos climats. Qa dit qu'elle avait parcouru l'univers , et qu'elle était venue des frontières des Parthes jusqu'à nous. La mort était dans nos cabanes; elle nous poursuivait dans nos • forêts. Nous ne pouvions plus ni chasser, ni combattre : tout périssait: j'éprouvai moi-même ce fléau terrible, et je ne soutenais plus le poids de mes armes. Dans cette désolation, nous avons invoque Marc-Aurèle: Marc-Aurèle a été notre dieu conservateur. » — Il approcha, posa sa massue sur la tombe, et dit : « J'apporte à ta cendre l'hommage de vingt nations que tu as sauvées. »

Thomas.

saint louis dans les fers.

Je me hâte de vous représenter saint Louis dans le véritable état de sa gloire, non pas dans ces temps heureux où il portait dans tout l'Ortent l'honneur de la nation et la fortune de ses armes , non pas dans rffi deux grandes batailles , où, perçant comme un prodige de valeur, le.s rangs des troupes inlidèles , il obligea ses ennemis à souhaiter d'avoir un tel maître; mais dans l'épreuve de la mauvaise fortune, dans la constance el dans la soumission aux ordres de Dieu, qu'il témoigna dans l'affliction de sa retraite, de sa prison, de ses maladies. Qui n'eût dit que le Ciel seconderait les bonnes intentions de re priiice; que le succès (le celt<î guerre serait aussi heureu-c que e dessein en était juste, et que Dieu combattrait pour lui comme il fallait combattre pour Dieu? N'eutil pas droit de se promettre que dans rextrémité des affaires la croix lui apparaîtrait comme à Constantin, que les vents s'élèveraient comme en faveur de Théodose, et qu'il aurait les mêmes secours, puisqu'il défendait la même cause? Mais Dieu, qui lui destinait d'autres couronnes, et qui demandait de lui d'autres victoires, permit qu'il fût défait, et qu'il tombât lui-même sous la puissance de ceux qu'il avait tant de fois vaincus. Cages du monde, qui ne connaissez d'autre félicité que celles qui sont l'ouvrage de la fortune , arrêtez vos raisonnements et vos pensées , lais sez-nous juger par la foi d'un si funeste événement.

Qtielle fut alors sa instance 1 la prospérité ne l'avait point enflé, l'adversité ne l'abattit point. Dans la déroute de son armée, dans la défaillance de ses forces, Jans les premières horreurs de sa prison , il paie à Dieu le tribut de sa prière accoutumée; soutenu par sa yràce et comme environné de sa protection, il conserve sa dignité même dans ses fers, et règne sur les déljcis et sur les ruines de sa fortune. Les Barbares qui le gardent sont comme désarmés a son aspect. Les amiraux d'Kszypte, encore sanglants du meurtre de leur général , entrent dans sa tente , et leur férocité se change en respect. Quelle fut la disposition intérieure de son àme? Il adore la providence de Dieu par laquelle il a combattu, et par

«♦Quelle il souffre. Il s'estime heureux d'êlre humilié sous la main puis-

santé du Seigneur. Il aime sa captivité. j»ni: (ine c' 'si lui qui i'ordonnn. i" est content de n'être pas libre, puisquji devient son prisonnier, et l'on peut dire de lui" que la sagesse était descendue dans son cachot, * et ne l'avait pas abandonné dans ses chaînes '.»

Fléchier.

betraite de sully.

O jour ! ô moment terrible où Sully entendit tout à coup retentir autour de lui : Le roi est assassiné; le roi n'est plus! ou un serviteur lidèle, témoin du parricide, lui remit l'affreux couteau encore dégouttant de sang ; où Sully , a travers les cris, les sanglots , les gémissements et les larmes de tout un peuple, se précipita vers le Louvre, pour y voir, pour y embrasser encore une fois le corns de son ami et de son inaitre; ou il serra dans ses bras, ou il inonda ae ses larmes, ou il pressa mille fois contre son sein le jeune enfant , héritier de ce malheureux prince! Mais quels furent ses sentiments , lorsque dans le palais dont toutes les murailles étaient couvertes des marques du deuil et de la mort, dans ce palais ou étaient encore déposés les restes du roi , presque au pied de sa tombe, et à la lueur des torches funèbres, il aperçut la joie de la nouvelle cour: joie plus crueile pour lui, que s'il avait vu enfoncer le couteau , et le sang de Henri IV couler sous ses yeux. Dès ce moment , il prévit tout, il vit que la France avait été frappée avec son maitre : cependant il aimait trop l'État pour l'abandonner à ses nouveaux tyrans. Il lutte; il combat encore; ii ose prononcer les noms de devoir et de justice ; mais tout est changé; les choses en étaient venues a ce point ou les vertus d'un grand homme ne l'ont que rendre son siècle plus coupable. Ne pouvant plus empêcher le mal , il ne lui reste que la gloire de n'en pas devenir complice, il se dépouille de ses charges, il quitte la cour , et emporte avec lui ses vertus , ses services et l'ingratitude des hommes. Thomas.

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