‹ Traité théorique et pratique de littératureChapitre 71 sur 94 · DISCOURS D'O'CONNEL SUR L'ÉTAT DE L'IRLANDE · texte numérisé non relu

DISCOURS D'O'CONNEL SUR L'ÉTAT DE L'IRLANDE

K^TRGDUGTION A CE DISCOURS.

L'union de l'iriande et de l'Angleterre est devenue un des articles fondamentaux delà constitution angiaise. Elle est à la fois la force et le fléau du royaume-uni. Si , d'une part, l'iriande concourt à la puissance extérieiire par la force matérielle et l'identité de la direction politique; de l'autre, elle en compromet chaque Jour la paix intérieure et l'intégrité territoriale par ses antipathies et par les réactions de sa nationalité contre l'Angleterre, car l'union de l'Irlande avec celle-ci n'est qu'une fiction barbare : elle lui est unie, mais par une chaîne de fer; c'est une province conquise, gouvernée par un proconsul , sous le nom de secrétaire d'Etat. L'asservissement de son Église , la tyrannie des dîmes, les exactions et les énormes bénéfices du clergé protestant, la corruption de la magistrature qui lui est imposée, l'hostilité de ses gouvernants, les lois martiales, le despotisme militaipe, les brutalités de la police, enfin la misère et le désespoir qui sont les conséquences de cette oppression , en ont fait une esclave révoltée prête à se faire justice par les armes, si le parlement réformé ne la lui fait

Au lieu de reconnaître la véritable cause de tant de maux, le gouvernement anglais, préoccupé de la crainte d'un démembrement, s'obstine à les attribuer aux maûoeuvres de quelques ambitieux , dont le but est , seloa

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lui, d'araener la séparation de ilrlande pour y dominer en maîtres. Poui- toute réforme, le à l'ouverture

de la session de 1833, proposa quelques améliorations illusoires sur les dîmes et les revenus du clergé. Il ne devait pas en résulter d'allégements de charges pour le peupie; il s'agissait seulement d'un autre mode de perception et d'une meilleure distribution. Comme s'il pressentait l'inefficacité de ses mesures pour désarmer les mécontents, il s'empressa de recourir à la violence; il annonça aux Chambres l'intention de maintenir à tout prix l'union telle qu'elle existait, et le roi fit entendre cette phrase menaçante dans le discours du trône : « Je pense que vous adopterez promptement les mesures salutaires de précaution , et que vous me confierez les pouvoirs extraordinaires qui seraient jugés nécessaires pour contenir et punir les perturbateurs de la tranquillité publique , et pour affermir l'union législative entre les deux pays , union qu'avec votre secours et l'appui de la Providence divine, je suis résolu à maintenir par tous les moyens en mon pouvoir. » Cet appel du roi, fait à une majorité presque tout anglaise et écossaise, fut entendu delà Chambre des communes. Elle témoigna son adhésion aux vues du gouvernement par une adresse qui fut proposée et développée par lord Ormélie. O'Connel , le plus redoutable adversaire du gouvernement anglais, 0"Connel, dont l'influence est immense en Irlande, dont la voix éloquente suffit pour soulever ce pays, indigné des nouvelles rigueurs qui menaçaient sa patrie, et des invectives auxquelles le noble lord s'était livré contre lui dans la discussion, demanda la parole et prononça le discours suivant , où il expose les griefs de ses compatriotes, et pose nettement la question de l'émancipation législative de l'Irlande et du rétablissement d'un parlement national. « Je ne crois pas, dit M. Michelet dans son Histoire de France, que, depuis Mirabeau, aucune assemblée ait entendu rien de supérieur au discours improvisé par O'Connel le 5 février 1833.» Mais c'est de l'éloquence anglaise ; il faut la recevoir et la juger comme telle: l'allure est plus simple, la phrase pi-us courte, la liaison plus négligée. Chaque membre parle de sa place et prend volontiers le ton de la conversation: la tribune, chez nous, appelle la période, avec tout le cortège et souvent les ambages du luxe oratoire.

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