‹ Traité théorique et pratique de littératureChapitre 72 sur 94 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

Je m'oppose à l'adresse, elle est brutale et sanguinaire (rires). Vous riez, Messieurs? cela ne m'étonne point : vos rires sont à mes yeux une véritable déclaration de guerre pour l'Irlande. Je vous le prédis, cette adresse causera bien des malheurs. Elle ressemble à celle qui a été votée au sujet de l'Amérique, ou vous avez persisté, avec une si déplorable obstination , à envoyer un secrétaire d État pour y écrire vos ordres avec du sang : mais aujourd'hui comme alors , votre persévérance dans ces mesures barbares vous enlrainera vers une dernière catastrophe. Je vous le répète, celle adresse est brutale et sanguinaire. Je prévois le rire amer cle mépris avec lequel on l'accueillera dans mon pays, ainsi que le discours du trône. On les y prendra pour ce qu'ils sont, pour une déclaration de guerre civile. 'Dites-moi donc pourquoi mon pays a-t-il été jeté comme une proie à un secrétaire d'État? Le di;rnier discours de Sa Majesté, a la clôture du parlement, nous avait promis des mesures dont 1 eflicacité devait arrêter les progrès du mal. Que l'honorable secrétaire d'État pour l'Irlande veuille bien écouter cette question : Pourquoi , dans un pays aussi favorisé du ciel que l'Irlande , qui possède, non-seulement sur l'Ecosse, mais sur l'Angleterre elle-même, une si grande supériorité d'avantages; pourquoi, dans ce pays, pour lequel la Providence a tant fait , ses gouvernants font-ils si peu ou si mal? Comment se faitil que ses maîtres s'y gorgent de prospérités et que ses fermiers y meurent de faim? que son peuple soit si misérable et son Église si o'pulente? Après les ji'pt siècles d'oppression qui ont pesé sur mon pays, n'y a-t-il donc point d'autre remède à ces maux? Faul-il qu'il vous entende encore iui demander du sang? Si les Irlandais s'étaient administrés euv-mémes, si tous ces désordres étaient nés sous une administration irlandaise, on pourrait vous pardonner d'avoir eu recours a la force : mais quand j'entends un noble lord parler des désordres qui ont éclaté pendant que vous faisiez nos affaires ; lorsque je vous entends vous plaindre de nous après sept siècles de tyrannie de votre part, je vous renvoie toutes les accusations dont vous voudriez nous charger; c'est vous que j'accuse de notre misère, c'est sur vous que je fais retomber notre ignominie. Sii en est ainsi , si votre gouvernement prévaricateur est la cause de nos troubles, ne voyez-vous pas que l'emploi de la force ne fera qu'augmenter le mal? 11 n'y a qu'un remède, c'est la justice.

Je le demande encore : pourquoi l'Irlande a-telle été jetée comme une proie aux mains de l'honorable secrétaire d'État ? Le noble lord Ormélie a daigné faire un discours qui a trouvé beaucoup d'approbateurs dans cette Chambre, et dans lequel il a déchargé sur moi tout le poids de sa

colère O malheur 1 il n'est personne aujourd'hui, dans quelque classe

que ce soit de la société, noble ou non noble, qui n'ait un sarcasme pour l'Irlande. J'ai souffert l'attaque, mais je la repousse avec mépris.... Vous avez prodigué les movens de rigueur; l'Irlande en est-elle maintenant plus tranquille? les crimes ne sont-ils pas dix fois plus nombreiix? Tous les partis s'accordent sur ce point. On ne peut différer d'opinion que sur la question de savoir par quelle cause les crimes ont augmenté dans une progression effrayante. Il y a deux manières de la résoudre. L'une est celle qui a été adoptée par le noble lord auquel on doit la motion de l'adresse. Il attribue toutes les fautes et les crimes de l'Irlande a moi seul, a moi l'agitateur du pays.. Écoutez! écoutez 1; Tel a été le !an gage du noble lord. Mes honorables ad\ ersaires ont-ils donc oublié qu'euxmêmes, il n'y a qu'un an étaient aussi hautement accusés qu'ils m'en accusent aujourd'hui, de ce même crime de provocation à la révolte? F.h ! Messieurs, l'an passé vous étiez les agitateurs du peuple anglais. Le peuple anglais, disaient vos accusateurs , n'a songé à cette réforme révolutionnaire que vous voulez introduire dans la constitution, que quand vos manœuvres l'eurent poussé a l'insurrection. ( Écoutez! ) Il n'est pas une des injurieuses paroles dont le noble lord a été si prodigue a mon égard, il n'est pas une des paroles dont il a voulu me flétrir, qui n'ait été alors adressée avec la même intention et la même justesse à l'autre côté de cette Chambre.

174 TRAÎTé DE LITTÉRATURE.

Alors il accueillait ces paroles avec mépris : je les accueille de même lorsqa'elles s'adressent à moi. Qu'on vienne encore me dire qse ces crimes sont dus à des provocations ! La laute en est a votre mauvais gouvernement

et non à l'agitalioii ; ils sont la conséquence de faits et non de paroles

On me demande ma coopération pour paciîier l'Irlande. Est-ce a moi à la paciOer? Le iio!)le lord sait bien que l'iionorable secrétaire d'État a habité le Days pendant deux ans ; et qu'a-t-il fait pendant une si longue période de s'oufirances et de crimes? Rien. Il a produit ce soir * queL ques renseignements sur la matière, fait quelques rodomontades sur l'organisation des grands jurys, et proposé quelques mesures propres à reniorcer la police. Mais que" je sois ou non icn oiseau de proie î, je sais bien que ce n'est point avec de tels moyens qu'on paciliera l'Irlande. Et puis, on ne s'abaissera pas sans doute jusqu'à demander conseil a un oiseau de proie.

Lorsque le noble lord aura fait pour son pays, pour l'Ecosse , ce que J'ai fait pour le mien ; lorsque d'un peuple divi/é par des factions , il eu aura lait un peuple intimement uni; lorsqu'il l'aura fait insurger , comme je suis heureux de penser que je l'ai fait , pour d'aussi nobles motifs ; lorsqu'il aura fait tout cela , alors il lui sera permis d'attaquer avec un tel langage un homme qui vaut mieux que lui, quelle que puisse être la différence de leurs opinions politiques. Ne sait il pas entin qu'eu ce moment ses lazzis ei ses sarcasmes sur l'Irlande courent les rues , volent de bouche en bouche, répétés par une foule de perroquets? Qu'il sacbe du moins que je repousse avec le mépris et l'indignation qu'elles méritent , les expressions qu'il m'a adressées. Elles prouvent rinlenlion de m'injurier, mais elles ne prouvent que cela. Ce qu'il dit au sujet de l'agitation n'est ni piquant ni nouveau. Les termes çju'il a employés, ainsi que d'autres beaucoup plus acerbes , étaient familiers à mes oreilles dans le temps de l'agitation. Les métaphores du noble lord, ses oiseawa- de proie, et toutes ces belles choses , ne sont rien en comparaison des épitheles auxquelles on m'avait d'aï ord accoutumé. La conduite du gouvernement de Sa Majesté me poussera encore une fois a agiter le peuple. Au reste, les ministres font eux-mêmes de l'agitation pour moi, et bien plus vivement que jamais. L'Irlande est arrivée a l'état d'agonie qui précède ordinairement la mort politique d'un paj's , état qui ne peut plus être guén que par le sanglant remède de la guerre civile. Je cfécl^re en conséquence .que le rappel de l'Union est une mesure devenue nécessaire, non-seulement au bien de l'Irlande, mais à la sûreté du trône.

Des honorables membres parlaient, l'an dernier, du rappel comme d'une chose si éloignée , si peu probable , si impraticable , qu'ils y faisaient à peine attention. Cette année, tous les partis la désirent. Toutefois l'honorable secrétaire d'État s'exprimait sur ce sujet . comme s'il ne devait jamais devenir l'objet d'un examen sérieux ; aujourd'hui, tout le monde avoue qu'il appelle une prompte discussion. Il serait bien plus sage, dans la prévision de la nécessité qni nous y poussera, d'y arriver par la reconnaissance d'une vérité morale, que de s'y laisser entraîner par la force des événements. Ceux qui attribuent l'état de l'Irlande a l'agitation , içnoreot complètement ce que tout homme d'État doit savoir, c'est-a-dire l'histoire de son pays. Toute l'histoire d'Irlande prouve que l'agitation n'a jamais été la cause des malheurs qui l'ont accablée. Je pourrais le prouver par des faits anciens et modernes. Qu'ils me démontrent le contraire, ceux qui n'ont pas même lu leur histoire : s'ils ont raison , je conviens quïl faut cesser d'agiter; mais s'ils ont tort, est-il juste que l'on appelle encore une fois l'Angleterre à diriger ses baïonnettes et ses boulets contre ma malheu» reuse patrie ? Qu'a-t-on fait pour l'Irlande, si ce n'est beaucoup de mai, pendant l'administration actuelle et après tant de bienveillantes promesses ? Il y a eu plus de morts violentes sous cette administration , que sous celle du comte de Strafford. Il n'arrive pas un courrier qui ne nous apprenne le meurtre de quelque malheureux Irlandais assassiné en plein jour

> Les séances du parlement se prolongent pendant la nuit. ' » Allusion à une injure de lord Ormélie.

EXEMPLES. 27 . fSai&

par un agent de police ou par un soldat, ou bien égorgé pendant la nuit par quelque mallailcur. Les journaux conlieuueot encore aujourd'hui le récit d'un pareil atliutat- Deinicrement , dans le couilé de Mayo,plu- Bieurs iiomnies lurenl tués pour avoir clianté une chanson devant quelques agents do la police. Un autre a élé frappé à mort dans le canton de la Reine , ^ur un prétexte aussi frivole. Dans une réunion ià Kanturek, des astMnts de la police s'étaient glissés dans la foule pour exciter une coliision entre elle et les soldais. La troupe marchait le fusil chargé et armé ; mais la contenance pacilique du peuple otait tout prétexte pour faire feu, lorsqu'un de ces agents déguisés lança une pierre à un soldat . Le soldai le poursuivit et s'en empara. Se'pt tenions jurèrent qu'ils l'avaient vu lancer la pierre ; et cependant on eut beaucoup de peine à trouver un magistrat pour signer son mandat de dépôt, el le grand jury n'eut pas même connaissance du bill d'accusation, \oiia la justice que ''on rend à l'Irlande. Poiu: vous faire connaître le caractère de mes compatriotes, je vais vous raconter leur conduite à l'égard d'un corps' qui lait tant de mal aux Irlandais, et surtout aux basses classes du peuple, il faut que vous ayez un exemple du traitement (îu'ds reçoivent trop souvent en retour de leur honte. Un homme de la police se rél'ugia dans une pauvre cabane et en appela a la générosité de ses hôtes : ils l'accueillirent, prirent soin de lui, le mirent dans leur Ut. Ceux qui le poursuivaient vinrent le réclamer, on refusa de le livrer ; ils se présentèreat une seconde et une troisième fois; même refus. Ces pauvres gens éveillèreat l'homme de la police lorsque le danger fut passe, et le remirent sur son chemin. Une autre troupe de la force armée survint, et les accusa de le receler; elle les enchaîna, elle enchaîna aussi la femme ; mais elle n'était qu'une pauvre Irlandaise , elle n'était pas mislress Deacle. On en avait fait beaucoup moins à mistress Deacle, et de justes plaintes avaient retenti par toute l'Angleterre.

La plus légère tentative de résistance à l'oppression, en Irlande, est le situai d'un nouveau carnage , et néanmoins on y envoie de nouvelles forces. Il n'y a parmi vous qu'un cri contre elle , et c'est un cri de sang. Des soldats et des hommes de la police ont été accusés de quatre assassinats : je disque le gouvernement de Sa Majesté est la cause de tous ces crimes. Oui , j'accuse le gouvernement de Sa Majesté du sang répandu à Kewtown-Barry.

L'honorable secrétaire a déjà conquis l'Irlande par la force; il l'a conquise avec l'infanterie, la cavalerie , la marine ; il a converti les casernes en magasins pour y entasser le produit des dîmes, malgré la résistance des Irlandais. La force l'a déjà fait triompher partout. Pourquoi donc parler d'envoyer de nouvelles forces? L'honorable secrétaire prétend

Sue les crimes et délits commis par les Blancs-Garçons ^ sont le résultat e l'agitation. C'est une erreur; les excès auxquels se" sont livrés les Blancs- Garçons n'ont jamais eu de rapport avec aucune considération politique, et cependant le gouvernement y a trouvé un prétexte pour nou-s appliquer la loi martiale. Qu'on me'dise donc enfin pourquoi les Irlandais sont traités autrement que les Anglais et les Écossais ? L'Irlandais n'est point un être stupide et dégradé , tel que vous vous plaisez à le peindre sur vos théâtres et dans vos sarcasnses; il a de l'esprit et de la sensibilité. Sept siècles d'esclavage lui ont appris à observer l'étal de l'atmosphère politique ; et lorsqu'il s'aperçoit qu'il peut obtenir justice par des voies légales, il renonce aux moyens qu'il aurait employés en d'autres circonstances pour améliorer sa position. Voila pouiqùoi les crimes des Blancs-Garçons el l'agitation n'existent jamais ensemble. Faites donc cesser les griefs dé l'Irlande, et l'agitation cessera. Quels nouveaux motifs avezvous d'envoyer de nouvelles forces en Irlande? n'avez-vous pas dissipé a coups de baïonnettes, à coups de canon, les rassemblements qui s'opposaient à la perception des dimes? Mais peut-être l'Irlande n'est-elle pa«j assez opprimée I Ma paroisse contient l:2,39u âmes, dont 75 protestauls.

» La police.

* Voy. moa Histoire d'Angleterre:, p. 473-

276 TliAlïE lîE LITTÉRATUnt;.

N'est-il pas révoltant que plus de T2,200 catholiques soient contraints de payer la dime pour l'enlretien du clergé de 75 protestants? Si l'Irlande continue à subir de telles injustices, je me considérerai comme engagé par l'honneur à entretenir l'agitation, et j'agiterai jusqu'à ce que vous ayez adopté un troisième biil semblable à vos pn'Cédehtes lois de proscription. Alors seulement -.eus mettrez lin à mon aizitation; mais je vous en avertis, si vous avez l'audace de le tenter, il vous faudra bien des années pour faire exécuter votre loi ! Nous luttons en faveur de la liberté et contre ceux qui ont soif de notre sang. Malgré les calomnies répandues contre eux, es Irlandais sont un peuple honnête, moral et religieux : il y a plus de religion en Irlande que dans tout autre pays, sans en excepter celui du aoble lord. Mes compatriotes ne démentiront en aucun cas ce noble caractère; mais la longue énumération des griefs que je présenterai à la Chambre justi liera l'appel que je fais à leur résistance, et leur fera eonoaitre avec moi que l'insurrection est non-seulement un droit, mais un devoir pour un Irlandais, si l'on persiste à nous opprimer. D'abord et avant tout nous avons a nous plaindre d'une magistrature qui ne sympathise avec le peuple ni par les sentiments, ni par la religion. Supposez un moment l'Angleterre dans cette position : souffrirait-elle patiemment une magistrature étrangère? Soyons justes pourtant, l'honorable secrétaire d'Irlande a fait quelque chose pour les Irlandais, pendant son administration, il a réussi à les réunir tous dans un même sentiment , c'est celui de la haine; ils le haïssent tous; il n'y a de toute part qu'un cri de malédiction contre lui. 11 y a lieu de croire qu'on l'a envoyé en Irlande comme le comte de Kildare, qui, ne pouvant être gouverne par personne, fut chargé d'aller (louverniT C Irlande.

Je n'accuse pas les magistrats en général, mais je dis que beaucoup d'entre eux sont coupables. Il y a en Irlande .34 magistrats nommes par le gouvernement, lord Anglesea en nomme 26 autres : pas un n'est catholique. Sur 3-' sous-inspecteurs de police, un seul est catholique : avec une pareille magistrature, faut-il s'étonner s'il y a des soulèvements? L'Irlande attendait avec une vive anxiété la première session du parlement réformé. Oh! quel cri de douleur et de détresse elle poussera a la lecture de ce discours brutal et sanguinaire !

Lord John Russel. Je demande que l'honorable membre rétracte ces dernières paroles.

M. O'Connel. Si l'orateur' déclare mes paroles contraires à l'ordre, je les désavouerai. Je ne veux pas donner prise conire moi : je vais donc parler désormais avec la gentillesse d'une femme ; je retirerai mon expression, et je dirai que le discours du trône n'est ni brutal, ni sanguinaire.

Lord John Russel. Je ne prétends pas critiquer les paroles de l'honorable gentleman; mais je proteste contre l'application de pareilles expressions au discours prononcé par Sa Majesté.

M. O'Connel. C'est une question qu'il faut éclaircir; je ne connais pas le règlement de la Chambre aussi bien que le noble lord : si j'ai tort , je n'insisterai pas ; mais si je suis dans mon droit , il m'est impossible de me rétracter. J'ai toujours cru qu'en conséquence des principes constitutionnels, le discours du trône devait être attribué au ministère, et, comme tel, livré à la critique. Si l'orateur décide que je suis dans l'erreur, si ce discours doit être considéré comme le discours du roi , je garderai un respectueux silence; mais si j'ai raison, si ce discours est l'œuvre du ministère, certes les expressions dont je me suis servi ne sont pas assez énergiques.

L'orateur. Puisque l'honorable membre s'adresse à moi pour savoir si, en vertu des principes constitutionnels, le discours du trône doit. être considéré comme l'œuvre du roi ou bien comme celle du ministère, mon opinion est que ce discours doit être attril)ué à ceux qui en ont la responsabilité. L'honorable membre est donc dans son droit quant à la question de l'ordre; mais je lui demanderai si la décence et la dignité

^ Le speaker, le président.

des procédés parlementaires peuvent se concilier avec le langage dont il s'est servi .

M. O'Gonnel se plaint de la partialité qui, depuis longtemps en Irlande, fait exclure des emplois les hommes indépendants; exclusion qui s'étend jusqu'aux emplois judiciaires , et qui a pour effet d'influencer l'administration de la justice. L'honorable membre critique Torganisation du jury dont il cite quelques abus, et il prouve qu'elle donne aux avocats delà couronne un pouvoir tyrannique. Il signale les corporation s laïques, et surtout celle de Cork, qui dispose d'un revenu de 74,000 livres sterling', comme la cause de beaucoup de maux en Irlande. Il se plaint de ce que la police est armée, ce qui n'a pas lieu en Angleterre , et ce qui est en Irlande la cause de fréquentes collisions pour les motifs les plus légers. Après avoir cité plusieurs exemples de l'oppression qui tient à l'excessive opulence de l'Eglise d'Irlande, il revendique pour lui le mérite d'avoir retardé les progrès du mal , et poursuit en ces termes :

Je sais qu'il y a ici des honorables membres fort peu avares du sang irlandais, et qui écoutent avec un souverain mépris Vexposition de leurs gi-iefs. Néanaioins, je dis que rien ne peut être plus dangereux que Farmement de la t/eomaury-eQ Irlande; il favorise les troubles dont les progrès s'accroissent tous les jours, et qui ne sont pas encore à leur apogée. Us avaient été comprimés en partie par les fermes conseils des agitateurs que l'on calomnie, et cependant on a renforcé la ijeomanry : de 22,000 hommes, on l'a portée à ;} 1,000. Alors qu'est-il arrivé? que dans le nord c'e l'Irlande, la population catholique s'est armée elle-même; que ce pays est devenu un volcan , et qu'une masse redoutable s'est soulevée pour entreprendre une guerre d'escla\es. Les catholiques n'ont agi ainsi que pour se mettre sur la défensive. Je pourrais citer aux ministres le nom d'un madstrat qui, dans le courant de la semaine dernière, a vu dans le nord de l'Iriai>de une réunion secrète de plus de mille paysans armés. Croyez-vous qu'un acte da parlement parviendrait à détruire ces associations secrètes? oroyez-vous que ces paysans catholiques trahiraient leur cause pour de l'argent ou par une séduction quelconque? Je dédaigne de réfuler devant la Chambre des calomnies dont on a chargé les agitateurs de l'Irlande ; mais sachez bien que si vous comprimiez la voix des agitateurs par quelque acte de tyrannie légale; que si vous les jetiez en prison en suspendant Vhabeascor[)us ; que si vous versiez leur sang sur un échafaud; sachez bien que ces paysans s'assembleraient sous ce même échafaud , comme ils se rassemblent dans le nord de l'Irlande, et s'y trouveraient prêts à engager contre vous une guerre d'esclaves du plus terrible caractère. Il s'ensuivrait une révolution; non pas une révolution morale, non pas une révolution politique, mais une révolution armée. Et, dans ces circonstances, que fait le gouvernement de Sa Majesté? il s'efforce de dissiper les réunions publiques. A-t-on vu cependant une seule réunion en Irlande, de moitié aussi nombreuse que celle de Birmingham? A une exception près , a-t-on vu la paix publique un seul instant troublée dans ces réu-

* La livre sterling vaut 25 francs.

2 Espèce de garde nationale. Les yeomen sont, en Angleterre, les riches paysans francs-tenauoiers , faisant valoir leurs biens.

278 TBAITÉ DE LITTEilATUEE.

nions? Et cependant le gouvernement a commencé contre elles uae vraie

croisade.

Il me reste à insister encore sur de grandes et révoltantes injustices. La taxe des fabriques n' est-elle pas un indigne abus? is'est-ce pas un scandale, que 75 protestants dans une paroisse aient le droit d'indiger le cbâtiraent d'une taxe à l2,ooo catholiques? Dans uue autre 'paroisse , située a dix milles de Waterford, et dans laquelle lord Duncannon est le seul protestant, tous les habitants, qui sont catholiques, subissent la même humiliation. A Dublin, la fabrique protestante avait voté une allocation supplémentaire de 30o livres sterling pour le traitement de deux curés p^ote^tants. C'était une violation de la loi ; déférée a la cour du banc du roi, cette affaire fut étouffée. Qu'en est-il résulté? c'est que Tannée suivante, une taxe a été levée dans la paroisse pour paver les frais du proces et compléter l'allocation arriérée. Pourquoi donc forcer les catholi- <iues a payer le cierge des protestants? Pourquoi les forcer a i)àtlr des églises protestantes? Y a-t-il rien de plus monsirueux? L'agitatiou populaire a-t-elle rien d'aussi pernicieux que ce svstème corrompu? Les nénétices du beau-frere de lord Grey ont été estimés à un revenu annuel de 30,000 livres sterling : i>5,0oo acres de terres en dépendent. Crovez-vous que cet énorme bénéOce soit payé par l'Église d'Angleterre? (Écoutez !) Kon ; c'est aux sectateurs d'un autre culte , c'est aux catholiques et aux presbytériens qu'on arrache cet incroyable tribut. Force, violences, voila te principe éternel du gouvernement a l'égard de l'Irlande. Pendant quarante ans (qu'il me soit permis de le rappeler ) , le gouvernement ne cesisait de tenir ce langage à l'Ecosse; mais les longues épées écossaises se tirèrent; les Écossais connurent leurs droits; ils se rallièrent, ils engagèrent la lutte et triomphèrent. ( Vifs applaudissements. ) Il ne manque qu'une seule chose à l'Irlande, c'est la justice , et jamais elle ne l'a obtenue. Le discours du trône est emprunté au règne d'Elisabeth, au temps ou Raleigh massacra la garnison de Merbick. L'Angleterre n*a jamais parlé à l'Irlande que de pouvoir, que de domination; et c'est sous cette tyrannique invocation qu'elle a toujours répandu le san" de ce peuple. Strafford parait être le modèle que s'est proposé l'honorable secrétaire. Seulement , celui-là agissait plus en grand , il contisquait le territoire de deux provinces entières; et parce que les jurés ne lui iiaraissaient pas suflisammenl convaincus, il les envoyait en pri.son pour deux ans au château de Dublin. Aujourd'hui, les choses se passent à peu près de même; seulement , la scène est différente, et ce sont d'autres acteurs: mais, au fond , c'est la même moralité, la même conduite. 11 n'y a ni changement, ni amélioration réelle, comme le prouve assez cette adresse que j'appelle brutale et sanguinaire.

Je propose a la Chambre la création d'un comité général, dans lequel l'adresse sera mûrement examinée et discutée ligne par ligne. Si la Chambre des communes est une Chambre \erilal)lement réformé(% si vous vouiez réi^llement traiter avec impartialité la question de l'Irlande, vous adopterez ma proposition. (Ecoutez! écoutez! ) Le bill de réforme n'a point fait justice à mon pays. Oui, Messieurs, il faut créer un comité, et changer celte adresse , cette déclaration de guerre au peuple d'Irlande. (Avec force .-Écoutez! écoutez!) Que les' ministres déclarent solennellement et explicitement qu'ils veulent lui rendre justice. ( Ci'is répétés de Écoutez ! écoutez ! ) Alors , s'ils ont besoin de force , le peuple les soutiendra, et je les seconderai de tous meé efforts. Votre refus me fera apprécier la composition de votre Chambre réformée, et donnera le spectacle des honorables et libres députée de l'Angleterre votant pour le despotisme 11 est inouï et absurde d'avoir à plaider, devant un parlement réformé, en faveur de l'Irlande Mais c'est en vain que ma

voLx s'élève pour la défendre ;je pressens votre réponse; je n'attends que des risées pour moi, que des risées pour mon pays. Je délie pourtant qià

?uece soit de pouvoir me convaincre d'avoir exagéré un seul de nos griefs. Écoutez! écoutez!) Je délie qui que ce soit, quelque part qu'il jette ses regards , de trouver un peuple dont l'agitation, la révolte, les excès et les crimes ne trouvent pas leur excuse dans les fautes antérieures de leurs

gouvernanls. (Violentes rumeurs : Écoutez! écoutez!) J'ai lini, MessîeiMs. Je remercie la Chaml)re de l'attention ({uVIle a hifu voulu me prêter; vous étiez le dernier espoir, le dernier retufie de mon pays. C'est à vous qu'il a dû en appeler contre l'autocratie de Tlionorable secrétaire , contre le Sic i-olo,sicJiibeo c\ni fait la seule charte de Tlrlande. C'est à vous àdécidersi le gouvernement doit retomber entre les mains d'un seul, s'il doit continuer à être livré aux caprict s de l'honorable secrétaire. 11 y a sept siècles que l'Angleterre nous écrasedesa tyrannie, qu'elle nousgouverne comme 'îamerlah châtiait ;«s sujets vaincus', et qu'elle exerce sur nous les cruautés les plus outrageantes. Que les mini>tres fassent plein droit aux récliunalions de l'Irlande , et je voterai pour les mesorei) qu'ils proposeront.

L'honorable membre conclut en proposant un amendement qui crée un comité général pris dans toute la Chambre, et chargé d'examiner le discours du trône et l'adresse.

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