EXTRAIT DU SERMON DU P. DE NEUVILLE SUR LE PÉCHÉ MORTEL
Le P. de Neuville se propose de peindre toute l'horreur de Dieu pour le péché. Voici comment il s'y prend :
Voulez-vous savoir combien Dieu déteste le péché? Voyez l'enfer II ne me reste rien a dire. Je me trompe; je n'ai rien dit. L'enfer, tout anreux qu 11 est, n exprime pas encore assez combien Dieu est irrité par le penche. Ces hommes que Dieu accable du poids de sa colère, et qu'il accablera toujours, ah ! je les vois tous trempés, tous baignés du sang de Jesus-Christ. Mes frères, renonçons a notre foi, ou ne regardons plus e pèche qu avec horreiu: et exécration. Un Dieu qui meurt pour sauver les tiommes , qui reprouve ensuite ces hommes qu'il aima jusqu'à mourir pour leur salut ! O péché! quel est donc ton funeste pouvoir, d'arracher ainsi du sein de Dieu ces enfants, objets d'un amour aussi tendre; d'effacer le sceau de leur adoption; de leur imprimer le caractère • d'une réprobation éternelle; d'en faire aux yeux de leui- père, et quel père ' un objet d anatheme et de vengeance immortelle ! Non, ce n'est point dans les arrêts d un juge équitable , c'est dans les fureurs d'un père irrité nui s arme contre son propre sang , quïl faut aller puiser la juste idée d un crime, pour savoir combien Dieu déteste le péché! souvenez-vous combien Dieu a aime !e pécheur. Jésus-Christ sur la croix, le pécheur dans 1 enter, reunissons le contraste de ces deux étonnants spectacles ■ apphquons-nous a les étudier, à les creuser, à les approfondir: Ne craignons point den être troublés, consternés; ne craignons que de n'en être point assez touches.... Jésus-Christ fut sur la croix; le pécheur est dans 1 enfer. Ah! mes chers auditeurs, après avoir mis àevant les yeux un spectacle qui parle avec plus de force et d'énergie que ne parlerait toute 1 éloquence des prophètes et des apôtres, ce n'est plus que par un silence plein d'etonnement et de douleur qu'il convient de vous reprocher les égarements de votre conduite. Qu'est-ce donc que le péché"? Dieu seul peu le savoir parfaitement; par conséquent Dieu seul peut me i'^ET''''-, Of.^^^^-J« interroger le Très-Haut? Il a prévenu mes désirs. Lil'l n r ^^"^ 'a VOIX foudroyante de la religion, dépositaire de ses oracies; elle levé elle déchire le voile ; elle m'annonce, elle me montre
punir il y a un eifef °° ^^^^ ^°^^' ^^^^^"^ ^^ ^^'^^^' ^^ ^^^ ^^^^ ^^
On n'a pas besoin de faire remarquer ici que c'est la mine inépuisable des Livres Saints et de la sublime doctrine de la religion , qui fournit ces trésors à l'orateur. Le succès extraordinaire et constamment soutenu de son sermon sur le péché montre que c'est uniquement dans cette source qu il faut chercher la haute éloquence de la chaire. Du reste, on trouve la pensée originale de ce passage dans le troisième paragraphe pour l'explication de l'ÉvauMile, pai-aboie de la Samaritaine , par Nicole :
la.
298 TEAITÉ DE LITTEilATURB.
Le péché est si horrible, que Dieu, dont les jugements sont toujoros pleins de justice, et qui les tempère même par sa miséricorde, .voulant le punir, ne trouve point de peine qui lui soit proportionnée que" l'enfer, c'est-à-dire une peine éternelle dans sa durée et inconcevable dans son intensité; et que, voulant ensuite le pardonner, il n'en accorde la rémission qu'en obligeant son propre Fils de mourir sur une croix , pour réparer l'outrage que le péché a fait à sa sainteté , la confusion et la difformité qu'il a causées dans le monde. C'est par ces deux terribles jugements de Dieu, i'enfer et la croix, que nous pouvons nous former quelque idée de l'énormité que Dieu trouve dans le péché, et par la nous pouvons aussi juger de l'excès de l'aveuglement de l'homme.
NO 32 (p. 158).