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RÉFLEXIONS ET EXTRAITS SUR LES COMPLIMENTS

L'usage établi, dit Maiiry, ne permet pius aux ministres de rÉvangile d'annoncer la parole sainte en présence des maîtres du monde, sans brûlera leurs pieds quelques grains d'encens. Les rois sont donc bien à plaindre d'être poursuivis par l'adulation jusque dans 'ces mêmes temples où ils viennent s'instruire de leurs devoirs et s'humilier de leurs fautes! Mais les orateurs chrétiens, qui devraient parler alors comme la conscience du coupable , sont bien à plaindre aussi de se ranger eux-mêmes dans la foule des flatteurs. Ce qui doit les consoler sans doute , c'est la certitude que les éloges commandés à celui qui les fait , ne sauraient éblouir les grands auxquels on les adresse. Que l'on ne passe cependant jamais les bornes d'une juste louange ; car la religion ne la permet qu'autant que la vérité ne peut la désavouer. Ah! que l'on reconnaisse toujours un apôtre ennemi du mensonge jusque dans ces compliments où l'on se croit si souvent dispensé d'être sincère ; et n'avilissons point un ministère divin par des éloges exagérés, qui ne sauraient tromper jamais ni le grand qui les méprise, ni l'orateur qui les prononce , ni l'auditoire qui les entend , ni le Dieu qui les juge. L'adulation déplaît toujours. Zoi/^r les princes des vertus qu'ils n'ont pas, dit le duc de La Rochefoucauld, c'est leur dire impunément des injures; c'^st du moins oublier le respect qui leur est dû. Eusèbe nous raconte, dans la Vie de Constantin, que cet empereur imposa silence àun prédicateur qui eutla bassesse d'imiter dans un sermon la ilctioa de Virgile sur l'apothéose d'Auguste , en annonçant à Constantin quaprès sa mort il serait associé au l'ils de Dieu i^our gouverner l'univers.

On aime dans iiossuet cette franchise noble et brusque avec laquelle il se retient toujours, de peur de flatter. Ou sent dans ses compliments je ne sais quelle sévérité apostolique, et une répugnance marquée pour l'adulation. Un homme ordinaire qui aurait été chargé de prêcher la profession de madame de La Vallière en présence de la reine Marie-Thérèse , n'aurait pas manqué de saisir cette occasion pour exalter les vertus de l'épouse de Louis XIV.

II est juste , lui dit Bossuet, il est juste, Madame, que, faisant par voire état une partie si considérable des grandeurs du monde , vous assistiez quelquefois aux cérémonies où l'on apprend à les mépriser.

L'orateur se renferme ensuite dans son sujet , et ne pense plus à cette princesse. Son aversion pour la flatterie est encore plus frappante dans lOraison funèbre du grand Condé. M. le duc de Bourbon conduisait le deuil à cette lugubre cérémonie , qui fut faite dans l'église de Paris , et Bossuet paraît forcé malgré lui de se souvenir du mérite du fils en déplorant la mort du père. Ce compliment est amené avec un art inimitable :

Comme le prince donnait des ordres particuliers et de la plus haute importance, puisqu'il y allait de sa conscience et de son salut éternel , averti qu'il fallait écrire et ordonner dans les formes Quand je devrais, Monseigneur, renouveler vos douleurs et rouvrir toutes les plaies de votre cœur, je ne tairai pas ces paroles qu'il répéta si souvent : qu'il vous connaissait , qu'il n'y avait sans lormalité qu'à vous dire ses intentions, et que vous iriez encore au delà. 3ionseigneur, qu'un père vous ait aimé , je ne m'en étonne pas , c'est un sentiment que la nature inspire ; mais qu'un père si éclairé vous ait témoigné cette confiance jusqu'au dernier soupir, qu'il se soit reposé sur vous de choses si importantes, et qu'il soit mort tranquillement sur cette assurance, c'est le plus beau témoignage que votre vertu put remporter. Malgré tout votre mérite, votre altesse n'aura de moi aujourd'hui que cette louange.

Fénelon n'a jamais affaibli en chaire les saintes maximes qu'il a déposées dans le Télémaque contre les flatteurs. Nous n'avons de lui qu'un seul compliment de ce genre ; on le trouve à la fin du discours qu'il prononça lorsqu'il fit la cérémonie du sacre de l'électeur de Cologne. Ce morceau est digne de l'éloquence de Fénelon, et par la modération marquée avec laquelle il loue, et par le tour oratoire dont il se sert pour justifier la réserve de féloge :

Vous venez d'entendre , mes frères, tout ce que j'ai dit à ce piunce. 'Eh! que n'ai-je pas osé lui dire, et que ne devais-je pas oser lui dire, puisqu'il n'a craint que d'ignorer la vérité? La plus forte louange l'honorerait iniinimeiit moins que la liberté épiscopale avec laquelle il veut que je lui parle.

SOO Tl'.AITE DE LITÏERATUBE.

No 33 (p. 163).

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