RÉFLEXIONS SUR L'ÉLOGE DE MARC-AURÈLE
La louange nous lasse aisément , et c'est un des inconvénients du panégyrique. La raison se défie toujours d'un homme qui dit: Je vais louer. S'il exagère, c'est un artiste qui remplit une tâche de flatterie , et qui en fait un jeu d'esprit ; et le plus grand nombre des panégyriques n'est guère autre chose. Ce qui est le plus à désirer , c'est un sujet où l'orateur puisse se passionner sans affectation et sans intérêt, et soit sûr de retrouver pour son héros, dans le cœur de ceux qui l'écoutent, la même sensibilité que dans le sien. S'il la porte jusqu'au point de faire oublier l'art et d'occuper entièrement de l'homme qu'il célèbre , sans que la vérité sévère puisse le démentir, il a obtenu un beau triomphe. L'orateur n'est jamais plus puissant que lorsqu'on peut le supposer pénétré de la chose dont il parle. Que sera-ce s'il l'est et doit l'être en effet ? S'il faut louer un grand prince, qui le louera mieux qu'un sage qui a été son maître et son ami , et qui vient près de son cercueil
318 TRAITÉ DE, LITTÉRATUBE.
pour rendre hommage à sa/ mémoire en présence de tout an peuple ? C'est cette idée si heureuse que saisit Thonaas ; c'est cette forme absolument neuve qui fait de l*éIogff de Marc-Aurèle un drame si animé, si attachant y si pathétique 5 et la beauté du style en fait un drame subHme.
La manière dont l'orateur établit le lieu de la scène est intéressante et dramatique. Un pareil début s'empare d'abord de l'a me, et vous transporte sur une scène de douleur. Ces- descriptions locales étaient familières aux anciens, qui s'attachaient a parler aux sens, ou à l'imagination, qui les supplée.
Un philosophe stoïcien ne connaît point l'adulatîon 5 aussi l'auteur qui le fait parler n'a-t-il rais dans son discours aucune de ces flatteries qui se mêlent à l'éloge des meilleurs princes. Jamais la louange ne fut plus austère , jam'ais la vérité ne fat plus sainte. Apollonius retrace l'éducation se-' v-ère que reçut Marc-Aurèle loin de Rome et de la cour , et il prend cette occasion pour reprocher aux Romains que cette éducation mâle commence à dégénérer parmi eux. Il fait observer que la philosophie fut le caractère distinctif de Marc-Aurèle. Il fait connaître au peuple romain le précis de la philosophie de cet empereur, qui est parvenu jusqu'à nous. Dans ce précis, que l'auteur fait lire par Apollonius, il a saisi l'esprit général des ouvrages de Marc-Aurèle. Il s'attache à faire voir surtout de quel œil ce grand homme regardait le trône et l'humanité , le respect qu'il ressentait pour l'une, et l'effroi que lui inspirait l'autre. Miarc-Aurèle a devant lesj^eux le jugement qu'il doit subir dans la postérité, s'il ne règne pas pour le bonheur des hommes. Un moment d'une singulière beauté, c'est celui où Marc-Aurèle est représenté s'entretenant avec lui-même, prêt' à abdiquer l'empire, dont le fardeau l'épouvante. Le grand peintre Tacite n'aurait pas employé des oouleurspius vraies , plus touchantes. Un morceau d?un autre genre' et d'une imagination poétique, c'est le songe de Marc- Au rèlé. Viennent ensuite les députés de toutes les nations de l'empire, qui, en rappelant les bienfaits cpie chacune dfe ces nations a reçus de cet empereur, apportent successivement à' sa' cendre les hommages des tix)is parties du monde. Cette cé^rémonie est imposante ; mais cette formule répétée r « J'ap-porte à la cendre de Marc-Aurèle les hommages de- l'Afrique;,, j'apporte a ia cendre de Marc-Aurèle les hommages
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de l'Italie, etc. , »a un air d'arrangement peu fait pour la noble simplicité qjni règne dans cet ouvrage; il eût été facile de remédier à ce défaut en faisant parler tour à tour les représentants de chaque peuple , qui raconteraient ce que Marc-Aurèle fit pour eux; et tous se réunissant ensuite s'écrieraient d'une voix unanime: « Nous apportons à la cendre de Marc-Aurèle les hommages de l'univers. » -^
On voudrait aussi supprimer ou corriger quelques phrases qui manquent de justesse ou de naturel; par exemple, celle qui se trouve au commencement du discours d'Apollonius: « Il ne faut pleurer que sur la cendre des méchants, car ils ont fait le mal et ne peuvent plus le réparer. » Cette idée n'est nullement vraie ; on dirait avec beaucoup plus de fondement: Il faut pleurer sur la cendre des hommes vertueux, car ils ne peuvent plus faire le bien; et ce début même, dans la bouche du stoïcien Apollonius, serait beaucoup plus intéressant et plus adapté au sujet. Mais ces taches sont rares, et une fouie de beautés du premier ordre placent cet ouvrage au rang des chefs-d'œuvre de l'éloquence française.
DES BORNES QUE LA RELIGION DOIT METTRE A L'ESPRIT PHI- LOSOPHIQUE, PAR LE P. GUÉNARD.
C'est dans la religion surtout que cette parole de saint Paul : Non plu* sapere quàm oportet , doit servir de frein à la raison , et tracer autour d'elle un cercle étroit d'où le philosophe ne s'échappe jamais.
II est vrai que la sagesse incarnée n'est pas venue défendre à l'homme de penser, et qu'elle n'ordonne ]X)int à ses disciples de s'aveugler euxmêmes. Aussi" réprouvons-nous ce zèle amer et ignorant qui crie d'abord à l'impiété, et qui se hâte toujoui-s d'appeler la foudre et l'analhéme,
auand un esprit éclairé, séparant les opinions humaines des vérités sacrées e la religion, refuse de se prosterner devant les fantômes sortis d'une imagination faible et timide à l'excès, qui veut tout adorer, et, comme dit un ancien, mettre Dieu dans les moindres bagatelles. Croire tout sans discernement, c'est donc stupidité, je l'avoue; mais un autre excès plus dangereux encore , c'est l'audace effrénée de la raison , c'est cette curiosité inquiète et hardie, qui n'attend pas , comme la crédulité stupide, que l'erreur vienne la saisir, miiis qui s'empresse d'aller au-devant des périls, qui se plait à rassembler des nuages, a courir sur le bord des précipices, à se jeter dans les lilets que la justice divine a tendus, pour ainsi dire, de toutes parts, aux esprits téméraires. La vient ordinairement se perdre Tesurit philosophique.
Libre et hardi dans les choses naturelles , et pensant lonjours d'apre» lui-même , flatté depuis longtemps par le plaisir délicat de goûter de», vérités claires et lumineuses qu'il voyait sortir, comme autant de rayons, de sa propre substance, ce roi des sciences humaines se révolte aisément
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contre cette autorité qui veut captiver toute intelligence sous le joug <!e la foi, et qui ordonne aux piiilosophes mêmes, à bien des égards, de redevenir enfants; il voudrait porter dans un nouvel ordre d'objets sa manière de penser ordinaire; il voudrait encore ici marcher de principe en principe , et former de toute la religion une chaîne d'idées générales el précises que Ton pût saisir d'un coup d'oeil ; il voudrait trouver, en réfléchissant, en creusant lui-même , en interrogeant la nature, des vérités (lue la raison ne saurait révéler, et que Dieu a cachées dans les abîmes (le sa sagesse ; il voudrait même ôter, pour ainsi dire, aux événements leur propre nature; et que des choses dont l'histoire seule et la tradition, peuvent être les garants, fussent revêtues d'une espèce d'évidence toute rayonnante de lumière qui brille à l'aspect d'une idée, pénètre tout d'un coup l'esprit et l'enlève rapidement. Quelle absurdité! quel délire! Mais c'est une raison ivre d'orgueil qui s'évanouit dans ses pensées, et que Dieu livre a ses illusions. Craignons une intempérance si îuneste et, retenons dans une exacte sobriété cette raison qui ne connaît plus de retour, quand une fois elle a franchi les bornes.
Quelles sont donc, en matière de religion, les bornes où doit se renfermer l'esprit philosophique? Il est aisé de le dire : la nature elle-même l'avertit à tout moment de sa faiblesse , et lui marque en ce genre les étroites limites de son intelligence. Ke sent-il pas à chaque instant, quand il veut avancer trop avant, ses yeux s'obscurcir et son flambeau s'éteindre? C'est la qu'il faut s'arrêter. La foi lui laisse tout ce qu'il peut comprendre : elle ne lui ôte que les mystères et les objets impénétrables. Ce partage doit-il irriter la raison? Les chaînes qu'on lui donne ici sont aisées à porter, et ne doivent paraître trop pesantes qu'aux esprits vains et légers. Je dirai donc aux philosophes : Ne vous agitez point contre ces mvstères que la raison ne saurait percer ; attachez-vous à l'examen de ces vérités qui se laissent approcher, qui se laissent en quelque sorte toucher et manier, et qui vous répondent de toutes les autres. Ces vérités sont des faits éclatants et sensibles, dont la religion s'est comme enveloppée tout entière, afin de frapper également les esprits grossiers et subtils. On livre ces faits à votre curiosité : voilà les fondements de la religion. Creuse.^ donc autour de ces fondements, essayez de les ébranler ; descendez avec le flambeau de la philosophie jusqu'à cette pierre antique tant de fois rejetée parles incrédules, et qui les a tous écrasés: mais lorsque, arrivés à une certaine profondeur, vous aurez trouvé la main du Tout-Puissant qui soutient, depuis l'origine du monde, ce grand et majestueux éditice toujours affermi par les orages mêmes et le torrent des années, arrêtez-vous enfin, et ne creusez pas jusqu'aux enfers! La philosophie ne saurait vous mener plus loin sans vous égarer ; vous entrez dans les abiraes de l'inlini : ell'^ doit ici se voiter les veux comme le peuple, adorer sans voir, et remettre l'homme avec conhance entre les mains de la foi. La religion ressemble à cette nuée miraculeuse qui servait de guide aux enfants d'Israël dans le désert; le jour est d'un côté, et la nuit de l'autre. Si tout était ténèbres, la raison, qui ne verrait rien, s'enfuirait avec horreur loin de cet affreux objet; mais on vous donne assez de lumière pour satisfaire un œil qui n'est pas curieux à l'excès. Laissez donc à Dieu cette nuit profonde ou il lui plaît de se retirer avec sa foudre et ses mvstères. Mais vous direz peutêtre : Je veux entrer avec lui danr. la nue; je veux le suivre dans les profondeurs ou il se cache; je veux déchirer ce voile qui me fatigue les veux, et regarder de plus pr^s ces objets mystérieux qu'on écarte avec tant de soin. C'est ici que votre sagesse est convaincue de folie, et qu'à force d'être philosophe , vous cessez d'être raisonnable. Téméraire philosophie , pourquoi vouloir atteindre a des objets plus élevés au-dessus de toi que le ciel ne l'est au-dessus de la terre? pourquoi- ce chagrin superbe de ne pouvoir comprendre l'intini? Ce grain de sable qne je toute aux pieds est un abime que tu ne peux sonder, et tu voudrais mesurer la hauteur et la profondeur de la sagesse éternelle ! et tu voudrais lorcer l'être qui renferme tous les êtres à se faire assez petit pour se laisser embrasser tout entier par cette pensée , trop étroite pour embrasser un atome! La simplicité crédule du vulgaire ignorant fut-elle janaais ausa
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déraisonnable aue celle orgueilleuse raison qui veut sïlever contre la science de Dieu ? Tel est cependant le génie des sages de notre siècle. Plus lière et plus indocile que jamais , la philosophie, autrefois vaincue par la foi , semble vouloir se venger aujourd'hui et triompher d'elle à son tour. Hélas! ses tristes victoires ne sont que trop rapides. Oserai-je le dire? elle traite aujourd'hui Jésus-Christ et sa doctrine avec la même hauteur qu'elle a traité les anciens philosophes et leurs systèmes. Elle s'érige en juge souverain, et, citant à son tribunal Dieu même et toutes ces vérités adorables qui furent apportées du ciel , elle entreprend , comme dit l'apôtre, avec les principes et les éléments grossiers du siècle présent , de juger les objets invisibles et surnaturels du siècle à venir. Il faudrait, pour se conformer à son goût, que Dieu eût soumis tous ses mystères au calcul , et qu'il eût réduit en géométrie une religion touchante dans ses preuves comme dans sa morale, qu'il voulait, pour ainsi dire, faire entrer dans l'àraepar tous les sens.
SOMNIUM SCIPIONIS.
Ut cubitum discessimus , me et de via et qui ad multam noctem vigilâssem , arctior, quàm solebat , somnus complexus est. Hic mihi Africanus se ostendit illâ forma, quœ mihi ex imagine ejus, quàm ex ipso erat notior : quem ut agnovi, equidem cohorrui; sed ille : « Ades, mquit, animo, et omitte timorem, Scipio ; et quae dicam, trade memoriœ. M
« Videsne fllam urbem , quae parère populo romano coacta per me » rénovât pristina bella, nec potest quiescere (ostendebat autem Carthaginem de excelso, et pleno slellarum, illustri et claro quodam loco) , ad quam tu oppugnancfam nunc venis penè miles? Hanc hoc biennio consul evertes , erîtque cognonem id tibi per te partum , quod habes adhuc à nobis hœreditarium. Cùm autem Carthaginem deleveris , triumphum egeris, censorque fueris, et obieris legatus .Egyptum, Syriam , Asiam, GrsBciam , deligere iterùm consul absens , bellumque maximum conlicies, Numantiam exscindes. Sed cùm eris curru CapitoUum invectus, offendes rempublicam perturbatam consiliis nepotis raei. Hictu,Africane, ostendas oportebit patrise lumen animi, ingenii , consiliique tui. Sed ejus temporis ancipitem video quasi fatorum viam. Nam cùm aetas tua septenos oclies solis anfractus reditusque converterit , duoquo hi numeri , quorum uterque plenus , aller altéra de causa , habetur, circuita naturali summam tibi fatalem confecerint; in te unum atque in tuum nomen se tota convertet civitas : te senatus, te omnes boni, te socii, te Latini intuebuntur; tu eris unus, in quo nitatur civitatis salus; ac ne multa dictator rempublicam constituas oportet, si impias propinquorum manus effugeris. »
«Sed qu6 sis, Africane, alacrior ad tutandam rempublicam, sic habeto : omnibus, qui patriam conservàrint, adjuverint, auxerint, certum esse in cœlo delinitum locum , ubi beali aevo sempiterno fruantur. Nihil est enim illi principi Deo, qui omnem hune mundum régit, quod quidem in terris liât, acceptius , quàm concilia cœtusque hominum jure sociati, quaecivitates appellantur. Harum redores et conservatores ninc profccti , hùc revertuntur. »
Hicego,etsi eram perterrituS; non tam metumorlis, quàm insidiarum a meis, qucPsivi tamen, viveretne ipse , et Paulus pater, et alii, quos nos exlinclos arbitraremur. « Imo verô, inquit, ii vivunt, qui ex corporum vinculis, tanquàm è carcere, evolaverunt ; vestra verô, quae dicitur vita , mors est : quin tu adspicias ad te venientem Paulum patrem. » Quem ubi vidi , equidem vim lacrymarum profudi; ille autem me complexus, atque osculans , flere prohibebat.
â22 TRAITE DE LITTEBA.TUBE.
Aique ego utprimum, fletu represso, loqui posse cœpi : aQuaeso, inquam, pater sanctissime atque optime, (juoniam hsec est vua, ut Afticanum audiodicere, quid moror in terris, quin hinc ad vos venire propero? » — « Non est ita, inquit ilie : nisi Deus is, cujus hoc templum est omne, quod conspicis istis te corporis custodiis liberayerit, nùc tibi aditus patere non potest. Homines enim sunt hàc lege generati , qui tuerentur illum globura , quem in hoc templo médium vides, quse terra dicitur : hisque animus datus est ex illis sempiternis ignibus, quœ sidéra et stellas vocatis: quœglobosfe et rotundae, di%1nis animât» meutibus, circos suos ori)esque conliciunt celeritate mirabili. Quaré et tibi, Publi, et piis omnibus retinendus est animus in custodià corporis : nec injussu ejus, àquo illeest Tobis dMus, ex hominum vitâ migrandum est, ne munus humanum aissignatum à Deo defugisse videamini. Sed sic, Scipio, ut avus hic tuus, ut ego, qui te gen'ui, jus titiam cole , et pietatem ; quse , cura sit magna in parentibus et propinquis, tùm in patrià maxima est : ac vita via est in cœlum eorum, et iû hune cœlum qui jam vixerunt , et corpore laxati illum incolunt locum , quem vides. )>
Erat autem is splendidissimo candore inter flammas circus èÎTicens , quem vos , ut à Graiis accepistis , orbera lacteum nuncupatis : ex quo omnia mihi contemplant!, pra?c]ara et mirabilia ^idebantur. Erant autem ese stellae, quas nunquam ex hoc loco vidimus : et eae magnitudines omnium, quas esse nunquàm suspicati sumus : ex quibus erat 111a minima, quc-e ultima cœlo, cilima terris;, luce lucebat aliéna. Stellarum autem globi terrœ magnitudinem facile vincebant. Jam ipsa terra ita mlbi parva Aisa est, ut me imperii nostri, quo quaslpunctum ejus attingimus,pœniteret.
Quam cum magis intuerer : « Quœso, inquit Africanus, quousque liumi detixa tua mens erit? nonne adspicis, quae in templa veneris? Sentio , te scdem etiam nunc hominum ac domum contemplari : quae is tibiparva, ut est, ità^^detu^, hœccœlestia semper spectato; illa numana contemnito. Tu enim quam ceiebritatem sermonis hominum^ aut quam expetendam gloriam consequi potes ? Vides habitari in terra raris et angustis in locis; et in ipsis quasi maculis, ubi habitatUr, vastas solitudines interjectas : hosque, qui incolunt terram, non modo interruptos ità esse, ut nihil inter ipsos ab aliis ad alios manare possit, sed
Eartim obliques, partira aversos, partira etiam adversos stare vobis; à quius expectare gloriam certè nullam potestis. «
« Cernis autem eamdem terram , quasi qulbusdam redimitam et circumdatam cingulis; e quibus duos maxime inter se di\lsos, et cœli verticilius ipsis ex'utràque parte subnixos, obriguisse pruinà vides; médium autem illum, et maximum, solis avdore torreri. Duo sunt habitalnles : quorum australisille, in quo qui insistunt, adversa vobis urgent vestigia, nihil ad vestrum genus ; hic iiutem aller subjeclus aquiloni quem incolitis , cerne, quàra tènui vos parte conlingat. Omnis enim terra, qua colilur à vobls,an!ïUsta vertîcibus, lateribus îaUor, parva qua?dam insula est, circurafusaiHo mari, quod Atlanticum, quod Magnum, quemOceanum appellatis in terris: qui tamen tanto noraine quàm sit parvuR, \1des. Exhis ipsis cullis notisque terris, nùm auttuum, aut cujusquamnostrùni nomenvel Caucasum hune, quem cernis , transcendere potuit, vei illum Gangem transnatare? qui in reliquis orientis aut obeuntis solis, ultimis aut aquilon i s au st rive partiJjus, tuum nomen audiet? quibus amputa* tis, cernis perfectô , quantis in angustiis vestra gloria se dilatari velit. Ipsi autem , qui de vobis loquuntur, quàm loquentur diù? »
«iQùin etiam, si cupiat proies illa futurorum deinceps laudes uniuscujusque nostrùm à patribus acceptas posteris prodere, tamen propter eluviones exustionesque terrarum , quas accidere tempore certo neccsso est, non modo non a;ternam, sed ne diuturnam quidem gloriam asse qui pcfêsumus. Quid autem interest , ab iis , qui posteà nasœnlur, sermonem fore de te , cum ab iis nullus l'uerit,'qui antè nali sint? qui née pauciores, et certè meliores i'uerunt viri. « Cum prœsertîm apud eos ipsos , a quibus arudiri nomen nostrum p»-
test , nemo unius anni memoriam consequi possit. Homines enim populariter annura tantummodô, solis id est , unîus aslri reditu metiuntur ; cùm autem ad idem, undèsemel profecta 8unt, cancta astra redierint , eaindemque totius cœli descriptionem longis intervallis retulerint, lùm ille verè vertens aunusappellari potest ; in quo vix dicere audeo, quàm multa saecula liominum teneantur. ISamquc ut olim deiiceresol liominibus exslinguique visus est, cùm Romuii animus li^ec ipsa in templa i)enetravit, ita quandoque eàdem parte sol, codcmque tempore iterùm delecerit, tùm signis omnibus ad iaem principium stellis revocatis, expletura annum habeto ; hujus quidem anni nondum vicesimam partem scito esse conversam. »
« Quocircà si rcditum in hune locum desperaveris , in quo omniasunt magnis et prœstantibus virls : quanti tandem est ista hominum ^loria, quae pertlnere \iv ad unius anni partem exiguam potest? Igitui* alte spectare si voles , atque liane serlcm et a'iernam domum contueri : ueque te sermonibus vulgi dederis, nec in prœmiis spem posueris rerum tuarum; suis te opnrtet illecehris ipsa virtus trahat ad verura decus. Quid de te alii loquantur, ipsi videanl; sed loquentur tamen. Sermo autem omnisille et angustiis cingilur iis regionum, quas vides; nec unquàm de ullo perennis fuit ; et obruitur hominum interitu ; et oblivione posteritatis extioguitur. »
Quiïi cum dixisset : « Egoverô, inguam, ô Africane, si quiaem benè meritis de patrià quasi limes ad cœli aditum patet, quanquam à pueritià vestigiis ingressus patriis, et tuis, decori vestro non defui; nunc tamen lanlo pnemio proposito , enitar multô vigilantiùs. » Et ille : «Tu verô enilere, et sic habeto, non esse te mortalem, sed corpus aoc : nec enim tu is es , quem forma ista déclarât ; sed mens cuj.usque , s est quisque., non ea ligura, quie digito demonstrari potest. Deum te igitur scito esse : siquidemdeus est, qui viget, qui sentit, qui memlnit, qui providet, qui tam régit et moderatur, etmovet in corpus, cui prœpositus est, quàm hune mundum ille princeps Deus : et ut mundum ex quàdam parte mortalem ipse Deus ieternus , sic fragile corpus animus sempiternus movet. »
« Hune tu exerce in optimis rehus : sunt autem optimal curœ, de sainte patriiiq; quibus agitatus et exercitatus animus velociiis in hanc sedem et domum suam pervoiabit. Idque ocius faciet, si jam tùm, cùm erit inclusus incorpore, eminebit foras , etea, quae extra erunt, contemplans, quàm maxime se à corpore abstrahet. Nam eorum animî, qui se corporis voluptalibus dediderunt, earumque se quasi ministres prœbuerunt, impulsuque libidinumjura violaverunt , corporibus elapsi circùmterram ipsam volutanlur, nec hune in locum, nisi multis exagitati SiECUhs revertuntur. »
Iliadiscessit; ego somno solutus sum.