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qu elle doive uécessairement se composer uniquement de tableaux : on entend seulement soutenir qu'on pourrait à la rigueur se passer de texte, mais non de chififres. Nous sommes des premiers à déclarer que le chiffre a besoin d'explication et d'interprétation; le texte est toujours un complément utile, souvent même il est indispensable, mais il u*est qu'un complément.
La deuxième forme de la protestation se manifeste par le rejet, soit de la statistique sociale, soit de la statistique politique. Dans le premier tiers de ce sièle, c'est la statistique politique, la description de l'État, de sa puissance et de ses ressources qui domine; le point de vue social gagne ensuite du terrain. Sinclair, vers la fin du xviii* siècle, y avait déjà songé; Dufau qui, dans son Traité de statistique, cultivait surtout la branche appelée autrefois arithmétique politique, mit en lumière, dès 1840, le côté social de la statistique. En 1847, dans ses Éliments de statistique. Horeau de Jonnès déclare, il est vrai, que la « statistique est la science des faits sodauXy » mais il ne se rendait évidemment pas compte de la portée du terme qu'il employait. Il ressort de l'ensemble de ses travaux qu'il décrivait plutôt l'État que la société. Sahs doute, il dit que la statistique, « au lieu de s'arrêter (comme l'histoire) aux événements extérieurs de la vie des peuples, s'efforce de pénétrer dans leur vie civile et intime, et de découvrir les éléments mystérieux de l'économie des sociétés. Au contraire de l'histoire, qui concentre presque toujours l'intérêt de ses récits sur les batailles et les conquêtes, la statistique s'occupe surtout des bienfaits de la paix. » Les « éléments mystérieux » et les « bienfaits de la paix > prouvent que l'auteur ne cherchait qu'à faire des phrases. Voici d'ailleurs une autre preuve, prise sur la
même page 2 de ses Éléments, Il rejette les < statistiques morales et intellectuelles, * parce qu*e11es « ne méritent pas le titre qu*elles empruntent. » Et pourquoi ne méritentelles pas le titre de statistique? Parce que « c*est une vaine tentative que de vouloir soumettre au calcul Tespritou les passions, et de supputer, comme des unités définies et comparables, les mouvements de Tâme et les phénomènes de rintelligence humaine. > On sent que l'auteur a quelqu'un en vue quand il s'exprime ainsi ; seulement il n'a pas senti qu'en faisant la guerre à Dufau et à Quetelet, il se mettait en contradiction avec sa définition ^
De nos jours, on en est arrivé à vouloir réserver le mot de statistique à l'étude des faits sociaux et à exclure formellement les faits politiques. Nous craignons bien que M. Rûmelin, c'est surtout de ce savant que nous parlons, n'ait poussé la subtilité un peu loin. Non seulement il distingue les sciences qui concernent l'Ëtat (dans le sens du mot gouvernement) de celles qui s'occupent de la société, mais, sous la difiérence des termes, on voit reparaître quelque chose d'analogue au dualisme de la statistique et de l'arithmétique politique, tout en poussant bien plus loin les subdivisions. Ces classifications sont des jeux d'esprit : nous en avons rencontré dans d'autres ouvrages, et notre expérience nous dit qu'elles n'aboutissent à rien. Pour ne citer que l'instruction publique et l'administration de la justice, deux institutions dans lesquelles l'organisation de
< Cette coDti*adiction est réelle, mais en voici une qui n'est qu'ap> parente. On lit dans le t. I" du Journal of tfie slatùtical Society de Londres (l'o page) que le mot statistique dérivant étymologiquement du mot Ëtat (state), il en résulte que la statistique consiste en a facta which are calculated to illustrate the condition and prospects of toeiely.n Ici Ëtat {staté) est synonyme do paya.
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rÉtat et des faits sociaux s'influencent mutuellement, « le nombre des cas dans lesquels des lois ou des règlements exercent une action, et dans lesquels l'autorité doit inter* venir, ne dépend pas de la volonté de TËtat, mais des circonstances variables qui se produisent dans la société; ce n'est pas l'Ëtat (le gouvernement], mais le peuple qui est caractérisé par la fréquence ou la rareté des assassinats, tandis que ce n'est pas le peuple, mais TËtat ou l'administration de la justice, qui est caractérisé par le nombre proportionnel des cas poursuivis, jugés, condamnés. >
Même en admettant que la distinction fût fondée en théorie et que les poursuites et les condamnations, — même par jury, — ne soient pas influencées par des courants sociaux, peut-on faire toutes ces distinctions dans la pratique? Supprimera-t-on des colonnes sur un tableau de chiffres, pour ne pas pécher contre la définition de M. A. ou de M. B? Nous ne voyons pas non plus l'inutilité de la subdivision de la statistique sociale (quel que soit le nom qu'on lui donne] en statistique heuristique et statistique démo* graphique, Tune réservée aux bureaux de statistique, ces « observatoires sociaux » (Rûmelin), ces « producteurs de statistique > (Engel], l'autre abandonné aux savants privés, en concurrence avec les bureaux. Nous ne voyons pas l'utilité de ces subtilités, si se n'est de nous servir de transition pour aborder un troisième point en litige.
Est-il vrai, comme l'a dit l'introduction au Journal ofihe statistical society de Londres (mai 1838), que « la statistique ne discute pas les causes et ne raisonne pas sur les effets; elle cherche seulement à recueillir, à élaborer, à comparer cette catégorie défaits qui peut seule former la base de conclusions correctes sur le gouvernement social et politique?»
Si Ton avait demaudé jusqu^où doit aller le iravail d*un bureau de statistique, nous aurions pu admettre qu'il s'arrêtât au travail purement technique, c*est-à-dire celui de remplir les tableaux et de faire les opérations arithmétiques, et cela seulement si le chef du bureau est le premier employé venu. Mais si c'est un homme préparé par des études et doué pour la statistique, nous demandons, dans Tintérèt de la science, qu*il aille plus loin, qu^il recherche les causes^; M.Ëngel qui, lui, n'était nullement le premier employé venu, est de celavis ; car, à deux reprises différentes et à un intervalle de vingt ans, il définit ainsi la statistique : « Sa tâche consiste à observer la vie des peuples et des États dans ses parties et dans ses manifestalions, à la concevoir arithmétiquement (c'est-à-dire à exprimer ces observations par des chiffres) et àexposer analytiquemeut leurs rapportsde cause à effet. > {Zeilschrift, 1871, p. 188.) Nous sommes heureux de nous rencontrer avec cet éminen t statisticien . En tous cas, lors même qu'on voudrait restreindre les attributions d'un bureau, on ne pourrait sous aucun rapport dire à un particulier : Jusqu'ici, et pas plus loin. Du reste, la Société de statistique de Londres, malgré sa définition, a toujours
< On compreDd que nous sommes très loin d'approuver la commis^ sion parlementaire de 1871 (Rapport présenté le 9 septembre, Imprimés de rAssemblée nationale, n* 627) qui était d'avis que l'on donnait au côté moral et philosophique, dans les statistiques publiées par le ministère (de la Justice) une place quMl ne devrait pas y occuper. L'administration ne doit livrer à la publicité que des chiffres et des faits matériels, incontestables. C'est aux jurisconsultes, aux économistes et aux hommes politiques qu'il appartient d'en faire ressortir les enseignements. Nous avons été étonné qu'un homme aussi intelligent que M. Paul Jozon ait pu exprimer une opinion aussi étroite. — Il faut dire que ce rapport et ceux qui furent faits alors par les autres ministères avaient surtout en vue une économie budgétaire. U s'agissait d'économiser le traitement de quelques employés.
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admis des travaux discutant la cause. D'ailleurs, ne lisonsnous pas dans la même introduction, p. 3 : « /{ is not, howeter, true that the statisirejects ail déductions, or thaï statistics consist merely ofcolumns of figures; itis simply requiredthat ail conelmions shall be drawn from wel^Llleskd data, andshall admit of mathemalkal démonstration^ » C'est parce qu'un auteur s'était borné à citer les lignes de la première page que nous avons cru devoir insister.
Nous passons à un quatrième point. On se rappelle le mot de Schlœzer : L'histoire est une statistique en mouvement, la statistique est une histoire qui s'arrête: — ou une situation photographiée à un moment donné, aurait-il ajouté, s'il avait vécu de nos jours. Toute cette école descriptive, qui avait rompu des lances en faveur de l'emploi de mots et de textes (< de bavardage » disaient les adversaires], qui tenait pour l'État plutôt que pour la société, et qui ne songeait pas à creuser des puits d'investigation dans les profondeurs desc éléments mystérieux de l'économie des sociétés, » toute cette école ne voulait exposer que l'état actuel des choses. Ils décrivaient la situation (Zustand) d'un pays. Il est juste de dire que, dès l'origine, on ne s'est pas fait faute, malgré la théorie, de parler des causes et des effets et de remonter en arrière quand les matériaux le permettaient, et Schlœzer excuse la contradiction entre sa théorie et sa pratique par cet excellent argument : qu'il faut rendre la statistique intéressante.
Nous trouvons futiles les distinctions théoriques qui n1n-
* « Mais il n*68t pas vrai que le statislicicn rejette tontes déductions, ou que la statistique consiste uniquement en colonnes de chiffres ; il est seulement nécessaire que toutes les conclusions soient tirées de faits bien certains, pouvant admettre une démonstration mathématique. ))
flueut en rien ni sur la science» ni sur le professeur, ni sur rélève; ce sont des contenants vides, ce sont des co* lonnes sans chiffres, pour emprunter une image à la statistique : il n'y a pas lieu de s'y arrêter. Ne cherchons pas, comme dit le proverbe, midi à quatorze heures: nous n'avons pas besoin de faire deux statistiques, la descriptive et la mathématique, ou, quels que soient les deux noms qu'on choisira, et si la besogne devient trop grande et qu'il soit nécessaire de diviser le travail, ce n'est pas par couches horizontales, mais par sections perpendiculaires qu'il faudra diviser : c'est-à-dire, ce n'est pas l'un qui cherchera les éléments et l'autre qui les élaborera et en tirera les conséquences pour l'ensemble de la statistique, mais l'un sera statisticien financier, l'autre statisticien agricole ou industriel, et poussera l'objet de son travail depuis la donnée élémentaire, autant que possible, jusqu'aux conclusions. Ce mode de division du travail est en plein exercice, parce quUl est dans la nature des choses, et nous ne comprenons même pas qu'on ait versé des flots d'encre pour si peu. La marche .des choses a été simplement celle-ci: on avait d'abord de la peine à seprocurerde maigres renseignements on ne pouvait pas songer alors à remonter en arrière ou à faire de nombreuses comparaisons, les documents manquaient; plus tard, après la création des bureaux, ils devinrent abondants : on sut non seulement le chiffre de la population de 1850, mais on se rappela celui de 1840,. et de 1830 et de 1820, etc. Et on se serait abstenu de rapprocher ces chiffres les uns des autres, de constater l'accroissement et d'en rechercher les causes ! Et cette abstention serait suffisamment motivée par une spéculation théorique ou par la définition de M. le professeur un tel ! Jamais d'ail-