LA STATISTIQUE CONSIDÉRÉE COHME SCIENCE, ETC
iear^a pratique n*a demandé une permission quelconque à une théorie ; si Tune et Tautre ne sont pas d*accord, c'est que sans doute la théorie n*a pas bien observé la pratique et a mal formulé les règles que celle-ci a découvertes. C'est, du reste, parce que la pratique statistique, favorisée par Tabondance relative des matériaux, s*est étendue, que la définition (cette quintescence de la théorie) s'est élargie afin de pouvoir embrasser le domaine agrandi. Et pour tout dire en un mot : la statistique descriptive et la statistique mathématique, partie de deux côtés opposés, se sont rejointes comme les deux branches d'un tunnel; une fois les deux sections réunies, elles font un tout inséparable, et pour les distinguer, il faudrait consulter l'histoire, qui seule peut avoir gardé le souvenir de leur réunion.
§ 3. — LA STATISTIOIÎK CONSIDÉRÉE COHME SCIENCE.
L'unité de la science statistique peut être considérée actuelleoient comme universellement admise par la pratique des statisticiens. Statistique concrète et statistique abstraite (Pallati), statistique descriptive et statistique mathématique ou philosophique, statistique spéciale ou statistique comparée, statistique politique et statistique sociale, ne sont toujours que les deux faces d'une même médaille. 11 n'y aurait jamais eu le moindre doute sur ce point, si la méthode statistique ne trouvait pas de si fréquentes applications à d'autres sciences, à l'administration, et même aux affaires privées. Cette ubiquité de la statistique embrouille un peu les esprits. Mais il faut savoir s'y habituer. Notre
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époque aime appliquer à une branche de connaissais les procédés d'une autre. Elle fera la géographie des plantes et des animaux, la physique de TÊtat, l'histoire naturelle de la société; elle proposera une méthode historique et même une méthode mathématique à Téconomie politique : il n*y a donc pas à s'étonner que la méthode statistique soit fréquemment utilisée.
Mais peut-on distinguer d*une manière bien tranchée le domaine de la science de celui de la méthode ? C*est trop demander. La physique, et Tastronomie, d*une part, et la chimie, de l'autre, n*ont que des limites mouvantes; celles qui séparent le règne végétal du règne animal ne sont pas arrêtées non plus. Mais les statisticiens sont d'accord pour revendiquer la démographie comme leur domaine propre, — et personne ne la leur conteste; — seulement l'un comprend un peu plus, l'autre un peu moins sous cette expression. L'inventeur du mot, Achille Guillard, traite du développement de l'espèce humaine, de la distribution des populations, de la répartition des subsistances, de la proportion des âges, des sexes et des professions; il étudie ensuite le développement intellectuel et moral, enfin, la vitalité et la mortalité. H. Rûmelin, qui accepte le mot (Redefit etc., I, p. 256, 263 et 281), mais peut-être pas identiquement la chose ^ divise la « statistique démographique » en trois parties: l^la statistique de la population, renfermant les renseignements recueillis par le dénombrement et ceux que fournissent les relevés de l'état civil; 2^ la statistique économique, comprenant « l'agencement » (glicderung) de la société au point de vue des lieux d'habitation, des classes
* Ou plutôt il nous semble que M. Rumelin a légèrement varie de la page 263 à la page 281.