BUREAUX URBAINS
Les services rendus par la statistique à l'administration de l'État ont inspiré aux municipalités de certaines villes le désir d'utiliser ce moyen pour elles-mêmes. Une grande ville est tout un monde; les affaires administratives y sont nombreuses et importantes ; la vie sociale y est intense, ses manifestations sont variées, et, à ces divers points de vue, il est nécessaire de recueillir les faits et de les résumer de façon à pouvoir les consulter aisément pour en tirer des conséquences. Ce bureau a naturellement pour mission subsidiaire de préparer les documents que la ville est appelée à adresser au service central de statistique de TÉtat. Nous venons donc de trouver, pour un bureau de statistique urbain, trois attributions :
1<* Il prépare les renseignements statistiques que le maire est tenu de fournir au gouvernement;
2^ Il rédige les statistiques communales que le maire soumet au conseil municipal comme argument administratif, ou que le maire et le conseil réunis publient à titre de compte rendu adressé à leurs mandataires, les habitants de la ville :
3^ II étudie la situation locale, à tous les points de vue ut'iïes à la science ou à l'administration.
Les bureaux urbains peuvent donc rendre des services ; aussi en a-t-on créé un grand nombre : nous en avons donné la liste. (Page 48.)
Le bureau de Paris, où H. Jacques Bertiilon vient de suc*
céJer à son père, publie un Anntiaire, un cahier mensuel, et une feuille hebdomadaire. Cette dernière n'a et ne peut avoir qu'un but sanitaire, celui d'indiquer le mouvement de la morbidité cl de la mortalité; mais Tilnni/aire recueille tous les documents statistiques dont les éléments se relèvent à Paris dans un service quelconque. Ce bureau dispose d'un nombreux personnel et parait avoir été bien doté parla ville de Paris. Toutefois il ne centralise que la publication des documents, mais non le dépouillement et l'élaboration des éléments.
En dehors de Paris et de Lyon, peut-être de Marseille, il suffira, même dans les grandes villes, de charger de la statistique Tuu des employés de la mairie; tout au plus cet employé disposera-t-il d'un ou de deux aides.
A Berlin, lorsqu'il s'est agi de créer un bureau de statistique urbain, des difficultés se sont élevées entre le magistrat, — comité municipal présidé par le maire (Oberbûrgermeister), — et le président (préfet] de police. Ces deux autorités n'ont pas pu s'entendre, et le comité municipal a fiai par nommer à lui seul un chef de bureau assisté de plusieurs employés. On a choisi heureusement des personnes ayant fait leurs preuves, d'abord M. Schwabe, actuellement M. Bœckh.
A Budapest, la situation du chef ou directeur de la statistique municipale, M. Kôrôsi,est la plus belle entre toutes: il est membre de droit du magistrat, et, bien que les autres membres soient élus pour six ans, par une faveur spéciale de la loi, il est nommé à vie. On trouvera d'amples détails sur l'organisation des magistrats (ou comités) municipaux dans notre Dictionnaire de V administration française {Paris, Berger-Levrault et C«, â« édition), v«. Organisation commu-
naU : nous nous bornerons ici à dire que, dans un certain nombre de pays, le maire est secondé par deux à six fonctionnaires dont quelques-uns, des hommes spéciaux, sont rétribués. Les décisions sont prises par le comité, le maire se borne à exécuter. C'est le comité (ou Tun de ses membres) qui confère avec le conseil municipal. On voit que la statistique est honorée en Hongrie; elle contribuera d'ail* leurs, en éclairant les travaux des corps municipaux, — le comité et le conseil, — à la bonne administration de la ville de Budapest.
Hais quelles statistiques doivent être faites par le bureau urbain? Les congrès de Paris et de Florence, où la statistique communale s'est trouvée à l'ordre du jour, ne répondent pas directement à cette question. M. Klug, actuellement chef de la statistique de la ville d'Altona; M. Kôrôsi, chef de la statistique municipale de Budapest; H. Engel, directeur de la statistique générale à Berlin, s*en sont chargés. (Voy. la Zeitschrift, années 1870 et 1874,) Les trois travaux sont également instructifs, quoique les auteurs se soient placés à des points de vue différents; mais ils entrent dans trop de développements et s'appliquent à des situations trop particulières pour que nous puissions les utiliser ici. Il en a été question aussi au congrès de Budapest, il suffit donc de renvoyer au Compte rendu. Nous nous bornerons à présenter quelques indications générales. Le travail intérieur du bureau urbain peut consister en relevés élémentaires originaux, et en élaborations de données recueillies par d'autres services municipaux. Le bureau ne sera réellement maître de la matière (sous l'autorité du maire, bien entendu) que pour les relevés originaux; mais cette partie est aussi la plus importante : elle concerne le mouvement
de la population, l'âge, les professions; elle s'étend surTagriculture, le commerce, Tindustrie et d*autres questions économiques et sociales, — plus ou moins, selon les localités. ^ Généralement, d'autres services municipaux auront à noter tout ce qui concerne les finances, la voirie, l'instruction primaire, la bienfaisance, la santé publique, les approvisionnements et autres. Tout ce qui n'est pas fait par un autre service incombe au bureau de statistique. Il pourra y avoir des frottements entre les bureaux administratifs et le bureau de statistique; dans ce cas, c'est à l'autorité municipale supérieure à intervenir et à protéger énergiquement la statistique. Nous disons énergiquement^ car sans cette aide la statistique ne pourra rien faire, et cependant l'autorité a intérêt à obtenir cette sorte de contrôle que peut fournir le travail du bureau de statistique. Selon le vœu exprimé au congrès de Florence, le bureau doit publier un Annuaire renfermant non seulement le résultat de ses propres travaux, mais encore le résumé de toutes les statistiques faites par un service municipal quelconque. De plus, la situation de la ville ne serait pas présentée sous toutes ses faces si Tod ne comprenait pas dans l'annuaire certains faits recueillis parrÉtat,parexemplele mouvement postal et télégraphique de la ville, celui des institutions de haut enseignement et autres, de même que les relevés faits par des entreprises privées (gaz, omnibus, chemins de fer, etc.). 11 ne sera pas difficile de se procurer ces renseignements, mais on aura plus de peine à faire la statistique des industries privées.