FORMAT
On a tant péché contre le format que nous lui consacrons un paragraphe spécial. La plupart des auteurs sont assez indifférents relativement au format, ou plus exactement ils ne songent pas à s'en préoccuper : cTest Taffaire de l'éditeur ou de l'imprimeur. Si l'on veut qu'un livre ait du succès, on ne doit absolument rien négliger : ni le fond, ni la forme, ni le morale ni le matériel. Et pourquoi ne rechercheraiton pas le succès d'un document statistique aussi bien que celui d'un livre ordinaire? Or, le format est une condition de succès, et même, nous ne faisons pas de paradoxe, de son utilité. En effet, on a, dans tous les pays civilisés, l'habitude de classer les livres sur des rayons, et comme l'accroissement rapide des bibliothèques impose aux savants la nécessité d'être ménagers de leur espace, ils rapprochent ces rayons le plus possible. On peut y placer à la fois des in-S*" et des in-4<' petits ou moyens; les livres qui dépassent
la hauteur, ou il faut les mettre à plat ou il faut les mettre sur d'autres rayous souvent éloignés. Si la bibliothèque est considérable; si, comme souvent chez le particulier, il faut utiliser tous les coins et recoins, il arrivera que tel ou tel ouvrage sera oublié lors d'un travail; ne le trouvant pas à sa place rationnelle, on ne songera pas à le consulter. Qu on ne fasse de reproche à personne de ne pas retrouver dans sa mémoire le titre de tous les livres entassés dans sa bibliothèque; il n'est pas possible de lire tout ce qu'on doit acquérir pour être tant soit peu au complet, et ce qu'on n'a pas lu ne laisse pas de trace bien profonde. Au moment de faire un travail, on parcourt ses rayons, et Ton y trouve le connu et l'inconnu; on y fait parfois de véritables découvertes. Quelles agréables surprises n'a-t-on pas ainsi î Hais c'est ici aussi que s'applique le proverbe désolant : Les absents ont tort. Comment se souvenir qu'on a dû fourrer dans un coin quelconque tel livre, que sa taille ne permettait pas de loger avec ses pareils ! Par exemple, la statistique de l'ancien royaume de Hanovre étant publiée en très minces cahiers grand in-folio, il était impossible de les mettre debout. Qu'en faire? Vous direz peut-être : Il fallait les faire cartonner. Soit, mais la hauteur des rayons? On n'a pas de place à perdre. Puis, est-ce intelligent de votre part d'imposer à l'acquéreur une dépense de 3 francs pour la reliure, quand 1 fr. 50 suffirait? Êtes- vous si sûr qu'on vous suivra sur ce terrain coûteux ? Surtout ne dites pas que vos tableaux n'avaient pas de place sur une feuille plus petite : sauf de très rares exceptions, on peut tout faire entrer dans rin-4°. Nous pourrions citer un certain nombre d'ouvrages dont on s'est défait — ou qu'on a refusés — à cause de leur format incommode; mais il est inutile d'insister. Nous n'au-
rioDs qu'une recommandation à ajouter : c'est de ne pas changer de format lorsqu'on a déjà publié toute une série de volumes d'une même grandeur. C'est Vinégalité des formats qui est le mal principal; la lourdeurdu volume, comme celui du Cen50 (1860) et du ATam^c/a/or espagnol, est un inconvénient secondaire, mais à éviter. Que le chef du bureau — qui est à la fois auteur et éditeur — se préoccupe donc à l'avenir du format, qu'il mette toutes ses nouvelles publications à la hauteur exacte de celles de ses anciennes, de celles qui sont ou doivent devenir les plus nombreuses.