TABLEAUX ET TEXTES
Les tableaux statistiques doivent, avant tout, être clairs, disposés rationnellement et avec goût, pas trop surchargés. Sur les tableaux d'une certaine largeur, on fait bien de reproduire la nomenclature des deux côtés de la page, à droite et à gauche. Ce sont, croyons-nous, les Anglais qui ont eu les premiers cette idée, dont l'application nous semble tout à fait nécessaire pour les tableaux qui s'étendent sur deux pages; rarement la reliure est assez bonne pour qu'on puisse suivre la ligne d'une page à l'autre; nous avons souvent compté les lignes sur les deux pages pour être sûr de ne pas avoir dévié.
11 faut éviter d'intercaler des tableaux plies. On se rappelle les volumes publiés autrefois par la Hollande, et dans lesquels 100 à 200 tableaux plies se mêlaient aux pages in-8''. Ces tableaux n'étant pas paginés, on avait de la peine à les trouver; en les ouvrant on les déchirait, etc. Il ne faut donner ces grands tableaux plies que tout à fait exceptionnellement : il vaut mieux les couper ou fractionner, en re-
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produisant chaque fois la nomenclature et en ajoutant au besoin une récapitulation. Des tableaux fractionnés s'étudient mieux que de grandes feuilles dont Tœil a de la peine à embrasser la surface.
On évitera aussi ces tètes où les inscriptions horizontales alternent avec les inscriptions perpendiculaires; c'est très incommode, il vaut mieux élargir un peu la colonne ou trouver d'autres expédients. En tout cas, Fauteur ne doit pas laisser faire Timprimeur ; ce dernier n'a que* le point de vue typographique, qui n*est qu'accessoirement celui de l'auteur. On fera disparaître , si Ton y porte attention , les 9/10 au moins de ces vilaines inscriptions perpendiculaires. On se préoccupera aussi de la rédaction et de la disposition des tètes : la rédaction doit être aussi courte que la clarté le permet. L'idéal consisterait à pouvoir se contenter de mettre un seul mot, mais Ton sait qu'on n'atteint pas toujours l'idéal. En tout cas, il faut éviter de rédiger les tètes sous la forme interrogative. Cette forme ne va qu'au questionnaire.
Nous voudrions voir se multiplier, peut-être se généraliser l'usage anglais (imité déjà ailleurs), de varier sur certains tableaux compliqués le caractère des chiffres ; par exemple : en mettant les totaux en caractères gras pour qu'ils ressortent au premier coup d'œil. On pourrait de pré* férence distinguer les nombres absolus des nombres pro* portionnelSé II ne faut pas pousser trop loin ce procédé , il faut en toute chose consulter le bon goût; mais les diffé^ rances de caractères fournissent un moyen de clarté, de synopticUé, qu'on aurait tort de dédaigner.
Mais il ne suffit pas que les tètes et les nomenclatures soient bien claires^ il faut aussi que les chiffres soient d'une
lecture facile. Ce résultat est obtenu par la séparation des chifires par groupes de trois. On pourrait à la rigueur se contenter de laisser un intervalle en blanc, par exemple: î 948 544, mais l'usage ne s*en est pas établi ; et il en résulterait qu'en copiant on mêlerait souvent les chiffres, et, la négligence étant plus fréquente que le soin, on trouverait souvent 3948544, ce qui rendrait la correction des épreuves bien plus difficile. Le mieux est donc de séparer les groupes de trois chiffres par des virgules : 3,948,544. Nous préférons les virgules aux points : 3.948.544, car nous réservons les points pour séparer les fractions décimales des unités, par exemple : 3,948,544.6. Cet usage a été introduit par Moreau de Jonnès dans le bureau de la statistique de France (peutêtre parce qu'on sépare ainsi les francs des centimes); — en Angleterre, dans les bureaux du Regislrar gênerai^ on met le point en haut, par exemple : 20*1 , c'est également bon ; mais nous ne saurions approuver la coutume de mettre une virgule : 248,925 : comment deviner qu'il s'agit ici de 248 entiers et 925 millièmes? 248.925 ou 248925 serait bien plus clair. Quant à séparer les groupes d'unités par un point et les fractions par une virgule : 3.948.544,6, ce n'est pas logique, car le point est considéré comme une séparation plus profonde. L'emploi de la virgule pour séparer les fractions a été emprunté aux mathématiciens, mais ceux-là écrivent 3948544,6, ce qui ne nous parait pas digne d'être imité. Ainsi, encore une fois, écrivons : 3,948,544.6.
Nous avons à mentionner brièvement ici diverses améliorations acquises, et dont la généralisation est due aux congrès de statistique. D'abord, presque tous les pays sont convenus d'employer dans leurs tableaux les poids et mesures métriques; pour la statistique, l'uniformité des poids
et mesures peut être considérée comme réalisée. Eo second lieu, plusieurs pays dont la langue est peu répandue traduisent en français les tètes de leurs tableaux ainsi que leurs tables des matières; c'est un usage très méritoire. EnGo, et nous croyons ne pas être étranger à ce résultat, l'ayant démandé avec instance, les moyennes sont données en tant pour 100 ou pour 1,000, forme plus rationnelle que celle de 1 sur x. (Voy. p. 129.)
Chaque volume doit avoir un texte. Les statistiques qui sont précédées d'un rapport ont ainsi le texte que nous avons en vue, savoir : une analyse raisonnée du volume, la mise en lumière des résultats qu'il renferme, les explications techniques, légales et autres qui pourraient être nécessaires, enfin des comparaisons tant avec les années antérieures dans le même pays qu*avec les pays étangers. Ce texte ne peut être convenablement fait que par Tauteur du volume, le chef de bureau ou l'employé spécial. II faut avoir élaboré les éléments pour en connaître la valeur; il faut connaître la matière, — l'objet de la statistique, — pour savoir tirer les conséquences des faits recueillis. Dans la seconde moitié de ce siècle , plusieurs bureaux ont publié de très remarquables travaux de cette nature; il y en a en France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie et ailleurs, mais les auteurs sont quelquefois tombés dans un excès, ils en ont donné trop. L'auteur du rapport doit se borner à signaler les conséquences directes immédiates et non les dernières conséquences possibles; il doit aussi rester dans son domaine spécial , et ne pas toucher à la politique. Dès qu'il effleure la politique , il s'expose aux soupçons de complaisance involontaire^ inconscienUj et la statistique ne doit pas plus être soupçonnée que la femme de César.
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Nous soulignons ces deux mots, car nous avons la conviction que Taltération volontaire des renseignements recueillis, serait considérée par chacun et par tous comme une monstruosité. Si la publication d'une statistique paraissait présenter des inconvénients, on se bornerait à la laisser dans les cartons. Mais, encore une fois, l'auteur ne doit même pas pouvoir être soupçonné. Malheureusement, les renseignements qui affluent aux bureaux de statistique ne sont pas tous d*une égale valeur , et si le chef de ce bureau ne sait pas bien séparer Tivraie du bon grain, son honnêteté, si avérée qu*elle soit, ne lempêchera pas' de donner, mais bien entendu contre son gré et à sou insu, des documents défectueux.
Par ces raisons, et d'autres encore, pourquoi le chef de la statistique, quia été à la peine, ne serait-il pas à l'honneur ? — Par conséquent le rapport devrait être signé par le chef de bureau ou le directeur, par celui qui a dirigé le travail, et non par le ministre. Il est juste que Tauteuraille mérite, et porte la responsabilité de son œuvre. 11 est des bureaux où le simple employé signe un travail.