CHAPITRE XIII
La méthode graphique.
§ i". — APERÇU HISTORIQUE.
La méthode graphique a pour but de rendre sensibles à la vue les rapports de grandeur, de quantité ou d*intensité qui existent entre plusieurs données. Cette méthode a été inventée par William Playfair. Dans un ouvrage que Donnant a traduit et publié en 1802 ^ (Paris, chez Batillot et chez Genêts, in-S'*, an XI), sous le titre de : Éléments de statistique^ où Von dtmonire^ diaprés un principe entièrement neuf^ les ressources de chaque royaume, etc., etc. , orné de cartes coloriées, représentant, d*un coup d'œil, les forces physiques de toutes les nations européennes. Nous avons tenu à reproduire le titre presque en entier, parce qu*on ignorait généralement le nom de l'inventeur; on s*y est encore trompé, en 1872, au congrès de statistique. Nous avons, pour ainsi dire, découvert Playfair en poursuivant avec ardeur nos recherches sur Thistoire delà statistique .Voici comment s'exprime
* L*é<lition anj^laise parut en 1801.
402 LIVRE III. — PARTIB PllATIQDE.
W. Playfair sur sa méthode : < Les avantages qui résultent du nouveau mode que nous avons adopté sont de faciliter Tacquisition des connaissances statistiques, et d'aider la mémoire à les retenir, deux points forts essentiels dans l'étude de cette science. De tous les sens, c*est la vue qui donne Tidée la plus exacte et la plus prompte de tout ce qui est susceptible de lui être représenté; et quand il s'agit de reconnaître la proportion qui existe entre diverses quantités ou diverses grandeurs, l'œil a une supériorité étonnante pour la saisir. Par habitude constante et presque involontaire de comparer divers objets, il acquiert une facilité étonnante à les juger. > (Traduction Donnant.]
Et plus loin : a L'auteur de cet ouvrage a, depuis seize ans, fait usage de lignes semblables à celles de ces tableaux, pour des objets de commerce et de finances, et ce mode a parfaitement réussi. On a trouvé que, non seulement il facilitait l'étude, mais qu'il aidait beaucoup à saisir et à retenir les objets. »
S'il fallait encore un témoignage en faveur deW. Playfair, comme inventeur, on le trouverait dans Peuchet: Statistique élémentaire de la France (Paris, Gilbert, 1805, p. 33). « Or, dit Peuchet, ce principe, dont parle H. Playfair comme d'une intéressante découverte, est de représenter en figure circulaire chaque Ëtat de l'Europe, de manière que la proportion relative de leurs forces soit exprimée par le rapport de ces figures entre elles; des lignes tirées de ces cercles, et qui vont aboutir à d'autres lignes transversales (partant des ordonnées), indiquent la population et les revenus de chacun de ces États; les nations maritimes sont désignées par la couleur blanche ; celles de l'intérieur (du continent) par la couleur rouge. Mais personne ne croira jamais qu'une
semblable méthode puisse en rien servir à l'étude de la statistique. Ce sont de ces jeui d'esprit, aussi étrangers à cette science que les détails d'histoire naturelle ou de topographie dont d'autres écrivains l'ont mal à propos voulu enrichir. > Ce témoignage est concluant. En effet, Peuchet et Donnant étaient, probablement par jalousie de métier, constamment à se disputer, et si Donnant avait présenté comme neuve une méthode déjà connue, Peuchet aurait saisi Toccasion de se moquer de son ignorance, ce qui aurait mieux valu que de déprécier, contrairement à l'évidence, une chose dont l'utilité, dans certaines limites, est incontestable. Playfair est donc bien le premier qui ait employé pour les travaux de statistique le diagramme, et créé ainsi l'une des branches de la méthode ou du procédé graphique.
Nous avons été moins heureux pour la cartographie, cette seconde branche de la méthode graphique ; nous ne savons pas d'une manière positive qui le premier a eu l'idée, non de marquer sur une carte tel ou tel renseignement figuré ou symbolisé, cet usage remonte bien haut, mais d'en indiquer, par divisions administratives (provinces, déparlements), l'importance plus ou moins grande, au moyen de différentes nuances d'une même couleur, ou aussi au moyen de hachures plus ou moins serrées pour représenter les différentes teintes. Nous trouvons seulement dans Fallati (Einleitung, p. 154, note 2) la mention d'une Producten-Karle von Europa (carte des produits de l'Europe. Dessau, 1782), mais nous ne connaissons pas cette carte. En tout cas, c'est le baron Ch. Dupin et, après lui, Guerry qui ont popularisé la méthode. Nommons aussi, parmi les initiateurs, M. Minard, qui, le premier ', a figuré le mouvement des marchan-
< On lui dispute la prionté en Belgique. M. Clieysson semble admet-
dises par les fleuves et chemins de fer aa moyen de bandes d*une largeur proportionnelle à Tiraportance du trafic. Une fois née, la méthode graphique arriva très rapidemeutà une remarquable perfection, de sorte qu'elle n*a pour ainsi dire pas d'histoire. La théorie peut en être exposée en peu de pages; le reste est une affaire de goût et d'imagination, comme pour tout art; les bons modèles, d'ailleurs, ne manquent pas.