CHAPITRE XIV
Observations préliminaires.
Si la démographie est la science de l'homme vivant en société, en tant qu'elle peut être exprimée par des chiffres \ on comprend combien le domaine en est vaste, puisqu'il s'agit d'étudier tour à tour les rapports physiologiques, moraux, intellectuels, économiques, sociaux et politiques des populations. Ce domaineesttellement vaste qu'on n*en saisit bien les contours qu'après un moment de réflexion et après l'avoir mentalement divisé en régions. Il faudrait bien des volumes pour faire une démographie à peu près complète.
* Si l'OD n'admettait pas les chiffres comme marque distlDctive, on serait obli^^é de comprendre dans la démographie le droit, la morale, l'économie politique, etc. Dans Touvrage posthume de WappSus, publié par M. Qandil {EinleUung, etc.)f Tauteur s'exprime d'une manière défavorable sur le mot démographie. Si Ton on restreint la sigoificntion iiu relevé des naissances, mariages et décès, elle manque en cflct tout à fait d'importance.
Ce n'est donc pas un travail de cette nature que nous offrons au lecteur; notre cadre d'ailleurs ne le comporterait pas. Notre tâche nous semble consister seulement dans robligalion de compléter l'exposé de la théorie par la citation d'un certain nombre de faits qui permettent de montrer l'application. Nous aurons ainsi l'occasion de reproduire les chiffres les plus importants ou les plus curieux et de pouvoir en tirer quelques déductions; mais nous aurons surtout celle d'indiquer des moyens ou des méthodes d*analyse, des combinaisons usitées ou à tenter, et même de mettre le lecteur.en garde contre certaines illusions.
Nous voudrions surtout le mettre en garde contre la trop grande promptitude de tirer des inductions des faits, et surtout contre la tentation de les attribuer à une cause unique. Nous sommes tous portés à conclure vite, parce que la besogne se trouve ainsi plus tôt achevée; parce que Tesprit humain a horreur de l'incertitude et aime à se reposer sur une solution ; parce quel'amour-propre est engagé à paraître savoir. Mais les choses ou les faits n'ont aucune considération pour nos convenances personnelles, elles restent ce qu'elles sont : si nous nous trompons, volontairement ou involontairement, tant pi s pour nous et pour ceux qui nous suivent sans défiance. On trouve sans doute parfois des solutions vraies, exactes, quelquefois complètes, mais il ne faut pas trop les chercher dans les causes uniques. En effet, en matière sociale, les causes uniques sont extrêmement rares, s'il en existe ; il y a presque partout un concours de causes, et cellesci sont contrariées par des causes en sens inverse, de sorte que nous n'enregistrons généralement que des résultantes; il y a lutte, neutralisation et compensation, il y a à la fois addition et soustraction , multiplication etdivision. Ajoutons
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que nous possédons assez rarement tous les chiffres dont nous avons besoin, et plus souvent il nous manque les données nécessaires pour les interpréter en toute sécurité. Le moment de s*endormir sur leurs lauriers n*est donc pas en core venu pour les statisticiens; il faudra peut-être quelques générations encore a^ant qu*on ait bien su faire la part de toutes les influences; mais il n'y a pas lieu non plus de se décourager, car le chemin parcouru est déjà assez considérable, et il est évident que nous nous rapprochons du but.