CHAPITRE XV
Statistique de la population.
Le premier renseignement qu'on demande sur chaque pays, c'est sa grandeur; et bien que ce mot s'applique plus particulièrement à l'étendue du territoire, il arrivera assez fréquemment qu'on répondra par le chiffre de la population. C'est, en effet, par le nombre des habitants qu'un État est grand. Nous allons donc, avant tout, donner un aperçu de l'état actuel de la population des différents pays, en ajoutant l'indication sommaire de la superficie du territoire. Nous classerons les États selon le chiffre de la population au recensement le plus récent, en indiquant la date de chaque dénombrement *.
< On trouvera dans notre Annuaire des évaluations sur les pays que nous avons cru devoir omettre ici ; nous nous abstenons de donner le chiffre de Tensemble de la population de la terre : personne ne connaît ce chiffre, car il y a beaucoup de pays sur lesquels on ne possède aucun renseignement authentique.
Russie
Allemagne
Aatriche-HoQgrie
France
Royanme-Uni
lUiie
Espagne
Belgique
Ronmanie
Soède
Portngal
Pays-Bas
Soisse
Danemark
Norvège
Grèce
Serbie
Lnxembonrg . .
Ensemble de la Tnrqoie...
Chine
Japon
ÉUU-Uni»
SaperScie en ktlomètrei
MrréB.
ADDée du déoembremaat.
évaloation
PepuI«tloD
dénombré
I e«ito «iit<*.
Nous ne donnons ici que'le résultat des dénombrements, mais chacun sait que par suite de l'excédent des naissances sur les décès, la population augmente tous les ans. Dans un certain nombre de pays, on a Thabitude d'ajouter ces excédents au chiffre des recensements, pour connaître approximativement la population de Tannée.
La comparaison de l'étendue du territoire avec le nombre des habitants nous invite à calculer la densité de la popu-
* En outre, la Finlande, 2,112,240 habiUnts, et la population de TABie, dont on ne connaît pas le chitTre exact. < Voici, pour les principaux États allemands, les chiffres de 1880 :
Prosse 348,339 kil. carrés. 27,279,111 habitants.
Bavière 75,864 — 6,284,778 —
Saxe royale 14,993 — 2,972,805 —
Wnrlemberg 19,504 — 1,971,118 -
BaJo 15,257 — 1,570,254 —
Hesse 7,678 — 930,340 —
lation. Sous ce rapport, Tordre des pays n'est plus celui du tableau qui précède. Nous allons indiquer Tordre qui résulte des calculs d'il y a dix ans, en mettant à la suite de chaque nom le nombre d'habitants par kilomètre carré. Ce nombre varie un peu avec les années; il tend à s'accroître, mais sans trop affecter le rapport entre les différents pays, nous reproduisons les chiffres de la période précédente pour qu'on puisse faire des comparaisons avec la période actuelle. Voici donc comment se rangent les Ëtats d'après leur densité : Saxe royale, 182; Belgique, 181; Pays-Bas, 116; Hesse, 115; Royaume-Uni, 106; Bade, 99; Wurtemberg, 96; Italie, 93; empire d'Allemagne, 76; Prusse, 74; France, 70; Bavière, 66; Suisse, 64; Autriche- Hongrie, 61; Danemark, 50; Portugal, 48; Espagne, 33; Grèce, 29; Russie, 14; Suède, 10; Norvège, 6; États-Unis, 4. Nous omettons les autres contrées, et faisons en même temps remarquer que, dans le même Ëtat, il y a souvent une très grande différence d'une province à l'autre; ce sont là des détails dans lesquels Tespace ne nous permet pas d'entrer. Ces détails ne manquent cependant pas d'importance, car la densité de la population explique bien des faits économiques, sociaux et même politiques, et le statisticien doit souvent en tenir compte. Nous aurons à en reparler ^
Une seconde question qui préoccupera beaucoup le statisticien, et qui appellera même souvent les méditations de Thomme d'État et du publiciste, c'est l'accroissement de la population. L'état stationnaire est, à tort ou à raison, considéré comme une chose fâcheuse, comme l'indice d'une
* Nous rappelons que si nous donnons des chiffres, ce n^est pas — ici du moins — pour indiquer la situation d*un pays, mais pour montrer comment on se sert des chiffres et comment on les contrôle.
STATISTIQUE DE hk POPULATION. 427
situation économique peu Tavorable; en tout cas, comme la puissance d'un pays dépend à beaucoup d'égards du nombre de ses habitants, on ne peut pas s'empêcher de temps à autre de comparer son propre accroissement avec celui de ses voisins. Le moyen le plus simple et le plus exact de mesurer Taccroissement, c'est de comparer des recensements opérés à diverses époques : les chiffres qu*on trouve parles dénombrements sont la résultante des causes qui agissent en divers sens. A défaut de recensement, et dans Tintervalle de deux opérations, on établit la différence entre les naissances et les décès, en défalquant de cette différence l'excédent de l'émigration sur Timmigration, ou en y ajoutant, s'il y a lieu, l'excédent de Timmi* gration.
Nous allons donner pour quelques pays les chiffres de plusieurs dénombrements antérieurs :
France, 1836, 33,540,910; — 1846, 35,410,761; — 1856, 36,039,364; — 1866, 38,067,064; — 1876.36,905,788. On doit tenir compte ici, pour 1860, de l'annexion de la Savoie et de Nice, 689,059 hab., et en 1871, de la perte de l'Alsace- Lorraine, 1,549,738 hab. Les dénombrements antérieurs à 1836 laissent à désirer.
Royaume-Uni (Grande-Bretagne et Irlande), 1831, 24,392,485; 1841, 27,057,923; — 1851, 27,725,949; — 1861, 29,321,288; — 1871, 31,845,379. L'Angleterre proprement dite avait, en 1831, 13.896,797 hab., et, en 1871, 22,712,266. Dans la même période, TÉcosse a passé de 2,364,386 à 3,360,018 hab., tandis que l'Irlande a subi une forte diminution de 7,767,401 à 5,412,377.
Danemark (proprement dit), 1831, 1,223,797; — 1851, 1,407,747; — 1871, 1,784,741 habitants.
Suède, 1830, 2,888,082; — 1850, 3,382,541; - 1870, 4,168,525 habitants.
Norvège, 1835, 1,194,827; — 1855, 1,490,047; —1875, 1,802,282 habitants.
Russie (proprement dite), 1851, 55,818,243; — 1858, 63,639,272; — 1863, 65,333,845; — 1867, 68,242,574; - 1870, 70,467,868. En cette même année 1870, la Pologne comptait 6,026,431; et la Finlande, 1,773,612 habitants. On trouvera dans Schnilzler, VEmpire des Tzars, des renseignements sur les époques antérieures. Au commencement de ce siècle, la Russie avait 34 millions d*habilants.
Pays-Dos, 1839, 2,860,559; « 1859, 3,309,128; - 1869, 3,575,080 habitants.
Belgique, 1846. 4,337,196; — 1856, 4,529,560; — 1866, 4,827,833; — 1876, 5,336,186 habitants.
Nous ne donnons ces renseignements ni pour TAllemagne, ni pour TAutriche, ni pour l'Italie, parce que les territoires de ces pays ont subi de trop forts remaniements (voy. plus haut les chiffres actuels) pour que les dénombrements puissent servir à calculer le taux de Taccroissement de ces pays; pour établir ici ce taux, il faudrait entrer dans des développements que notre cadre ne comporte pas. M. Bodio à fait les calculs nécessaires, en décomposant et recomposant les territoires, selon les données de Thistoire. Nous lui empruntons quelques-uns de ses chiffres, en faisant remarquer qu'il a pris l'augmentation géométrique d'après la formule que voici : 100 ({/ ^ ij; n représente ici le nombre des années de la période, a' le chiffre de la population de la dernière, et a ceini do la première année de la période.
AogmtotaUoa AD|B«Btatiou
moytBDS moyaoae
Êta'*. Périodes. aoBoalle Périodes. MBsello
(«ométrtqao . féom4trlqn« .
Franco i860-6i 0.49 186i.81 0.Î5
Italie 1801-61 0.61 1861-83 0.67
Royaame-Uni 1801-61 0.98 1861-84 0.93
Angloterre (et Galles) seule. 1801-61 1.37 1860-84 1.32
Danemark 1801-60 0.93 1860-83 1.01
Soède 1801-60 0.8S 1860-83 0.77
Norfége 1801-60 l.OS 1860-83 0.76
Rossie d*Eorope 1851-67 0.84 1867-79 1.39
Antriche (CJsleithaoe) 1830-60 0.64 1860-83 0.77
Hongrie 1830-60 0.03 1860-80 0.47
Saisee 1837-60 0.59 1860-83 0.63
Empire allemand 1816-61 0.96 1861-83 0.84
Pmsse 1816-61 1.13 1861-83 0.94 *
Bavière 1818-61 0.55 1861-83 0.71
Saie 1815-61 1.38 1861-83 1.49
Wortemborg 1816-61 0.44 1861-83 0.69
Pays-Bas 1795-1860 0.71 1860-83 1.03
Belgiqne 1831-60 0.77 1860-83 0 84
Portugal 1861-60 0.39 1861-78 0.70
Espagne 1860-60 0.66 1860*83 0.33
L'augmentation calculée arithmétiquement (en défalquant simplement la première année de la période du montant de la dernière) donne un chiffre légèrement supérieur. A défaut de dénombrement, on peut aussi calculer Taugmentation de la population au moyen de Texcédent des naissances sur les décès, mais ce procédé ne tient pas compte de l'immigration. On se sert aussi, pour faire ressortir d*une manière saisissante le taux de Taccroissement, d*un moyen peu scientifique : celui de calculer la période du doublement de la population. Cette période est d'autant plus petite, que l'accroissement est plus rapide. Mais ce moyen a Tinconvénient de supposer que le taux de l'accroissement ne change pas. Or, le taux est très variable selon les époques, et dans la plupart des pays il est, maintenant, en diminution constante. P our ne citer que la France, l'accroissement annuel a été : de 1821 à 1831 de 0.69 p. 100 par an : de
1831 à 1841 de 0,50 p. 100; de 1841 à 1851 de 0,46 p. 100; de 1851 à 1861 (les annexions non comprises) de â5 p. 100; de 1 861 à 1872 de 0,06 p. 100. Ce dernier résultat s'explique par la guerre de 1870-1871. Selon le résultat du dénombrement du mois de décembre 1876, la population a fortement augmenté de 1872 à 1876 (d'environ de 0,62 1/2 p. 100 par an dans ces 4 années], de sorte que Taccroissement annuel moyen, pour la période de 1866 à 1876, s'élève encore à 0.10 p. 100. De 1876 à 1880 l'accroissement a été de 0.42 par an. Antérieurement à ce siècle, l'accroissement de la population a été assez lent en Europe, où plutôt Fessor en a été arrêté par des guerres continuelles, par de fréquentes famines et de terribles épidémies. Ce n'est qu'après avoir sensiblement atténué ces fléaux que l'Europe est devenue réellement florissante. Hais le progrès semble s'arrêter.
On se demandera peut-être, d'où vient la décroissance du taux de l'augmentation qu'on remarque en France et ailleurs. La première idée qui doit se présenter à tous les esprits , c'est qu'à mesure que la population devient plus dense , il y a moins de place pour les nouveaux venus. On se marie plus tard, — car il est plus difiicile de se faire une position, — et on a ainsi moins d'enfants. D'ailleurs, les richesses augmentent, on est plus exigeant sous le rapport du bien-être^ on hésite davantage à se charger d'une famille* Cette explication, fournie par la raison, répugne au sentiment de bien des personnes, elle est trop pessimiste : c'est une sorte de condamnation à perpétuité; on en cherche donc une autre : Les découvertes de la science, dit-on, et surtout l'emploi de la vapeur, aidées par l'heureuse influence de la longue paix qui a suivi l'année 1815, ont donné un grand élan à la production, et par suite à la population.
L'effet de ce progrès extraordinaire est atteint, l'élan s'arrête, et le mouvement tend à rentrer dans les données ordinaires d'une situation normale. En dehors de ces causes puissantes et générales de progrès ou d'arrêt, on a relevé des causes locales et particulières : il y en a certainement; mais il convient de les regarder de près avant de les accepter : il en est tant qui sont plus apparentes que réelles.
Cette question est très vaste, il faudrait un volume pour répuiser; nous rentrons dans notre cadre, plus étroit, en présentant les principaux résultats des dénombrements. Nous commençons par les sexes. La proportion entre les deux sexes a été comme suit, eu France, aux dénombrements ci-après :
SeKt
Saxe
Seie
Sete
idimuIIb.
réiDioia.
maMQlia.
féminia
On voit que le nombre des femmes l'emporte toujours sur celui des hommes. Ce fait se produit dans presque tous les pays : voici, en effet, sur cent habitants, la proportion des individus du sexe masculin dans les contrées suivantes : Royaume-Uni 48.94; Angleterre seule 48.69; Danemark 49.10; Suède 48,39; Norvège 49.14; Russie 49.72; Autriche 48.52; Hongrie 49.64; Suisse 49.29; Empire allemand (ensemble) 49.57; Prusse (seule) 49.29; Bavière 48.72; Saxe 48.87; Wurtemberg 48.19; Pays-Bas 49.01 ; Belgique
* Nous commenvoDs à 1801, mais nous n'avons une contlance com-" plète dans les chitfres qu'à partir de ceux de 1836.
43i LIVRE IV. — PARTIE APPLIQUÉE OU DEMOGRAPHIE.
50.13; Portugal 48.35; Espagne 49.51; Italie 50.19. Nous devons laisser à la sagacité du lecteur le soin de rechercher les causes des difiérences qui existent d'un pays à l'autre; nous ferons seulement remarquer que, si presque partout le sexe féminin l'emporte en nombre dans les recensements, ce n'est pas qu'il naisse plus de tilles, tout au contraire, les naissances mâles sont plus nombreuses (voy. plus loin); seulement, il meurt plus de jeunes garçons, de sorte que l'équilibre, après s'être établi (à l'âge de 15 ou 16 ans), et être resté quelque temps stationnaire, se dérange de nouveau, et donne définitivement la prééminence à l'autre sexe.
L'âge est une donnée trop importante pour que nousn'entrions pas dans de plus amples détails. D*après le recensesement de 1872, sur 100,000 Français, 9,29-2 sont âgés de moins de 5 ans; 9,059 de 5 à 10; 8,706 de 10 à 15; 8,448 de 15 à 20; 8,794 de 20 à 25; 7,220 de 25 à 30; 7,041 de 30 à 35 ; 6,889 de 35 à 40 ; 6,456 de 40 à 45; 4,087 de 45 à 50; 5,472 de 50 à 55; 4.951 de 55 à 60 ; 4,167 de 60 à 65; 3,053 de 65 à 70; 2,321 de 70 à 75; 1,295 de 75 à 80; 527 de 80 à 85; 171 de 85 à 90; 36 de 90 à 95; 6 de 95 à 100 ans. Si Ton compare les deux sexes on trouve deO à5 ans, 50.60 garçons, contre 49.50 filles; à l'âge de 5 à 15 ans, 50.07, contre 49.93 filles ; de 20 à 25, 47.41 hommes, contre 52.59 femmes. A partir de 30 ans jusqu'à 50 ans , l'équilibre est presque parfait; à partir de 60 ans, les femmes l'emportent. Toutefois, ce ne sont là que les données d'un seul dénombrement, et comme il suit immédiatement une guerre considérable, on constate un déficit dans le nombre des hommes âgés de 20 à 25 ans.
Si maintenant nous faisons abstraction du sexe et com-
parons seulement le nombre des adultes, nous trouvons une grande supériorité du côté de la France. Voici ce tableau que nous empruntons à notre Europe politique et sociale (Paris, Hachette).
nombre, aur Î0,000 habUaniSf des individut de Vâge d'deteous,
OIRaofl. BitO. MiaO. MkiO. 40160. 601100.
France 929 2,683 i,634 1,475 2,364 i,015
Pay«-Bas 1,127 3,139 i,743 1,344 1,877 770
Belgique 1,164 2,968 1,661 1,352 1,960 895
Danemark 1,249 2,974 1,806 1,299 1,834 838
Suède 1.257 3,007 1,770 1,353 1,831 782
Irlande 1,260 3,649 1,710 1,166 1,568 647
Grande-Bretagne.. 1,306 3,228 1,752 1,308 1,672 734
Norvège 1,353 2,995 1,742 1,356 1,657 897
ÈUts-Unis 1,462 3,702 1,856 1,337 1,303 420
Prusse 1,510 3,155 1,725 1,3(5 1,663 602
Nous avons moins d'enfants; mais, grâce à une moindre mortalité dans le jeune âge, nous avons plus d'adultes. Pour faire ressortir la valeur économique de cet avantage, nous avons supposé que chaque enfant au-dessous de 5 ans coûte à la société 400 francs par an , chaque adolescent de 5 à 20 ans, compensation faite du produit de son travail, 100 francs, tandis que chaque individu (homme ou femme de 20 à 60 ans) a été censé produire pour 1,000 fr., et chaque individu de 60 ans et au-dessus, — défalcation faite de ce que coûtent à la société les vieillards de plus de 70 ans, — 200 fr. ; si ensuite on défalque la totalité des frais de la totalité des produits, et qu'on divise le reste par 10,000, on trouvera comme gain moyen net par individu de tout âge la moyenne qui suit : France, 493 fr. 55 ; Pays- Bas, 445 fr. 33; Belgique, 440 fr. 06; Suède, 434 fr. 69; Danemark, 430 fr. 94; Norvège, 409 fr. 37; Grande-Bretagne, 403 fr, 36; Prusse, 393 fr. 29; États- Uni s, 361 fr. 70; Irlande, 361 fr. 45. Ces chiffres représentent la valeur théo-
rique nette de la production par individu. Il est inutile de dire qu'on aurait pu faire d*autres évaluations, les moyennes n'auraient pas été les mêmes, mais Tordre des pays, — et c'est l'essentiel ici, — n'aurait pas changé.
Si le nombre des adultes est proportionnellement élevé en France, on ne s'étonnera pas de voir que notre pays est celui où le nombre relatif des célibataires est le plus petil^ (les enfants étant célibataires). On s'en convaincra en parcourant le tableau qui suit, et où nous avons classé les pays d'après le nombre des célibataires hommes :
État civil. — Rapport sur iOO pour chaque sexe.
SBXB MA8CDLI1I. SCZB Fftilllllll.
C4lll'«i«lrei. Htriés. Veafs. Céiibaulrts. HtrléM. Vetaves.
Franee. 1884.... 54.2 iO.3 ' 5.5 49.5 40.0 10.5
— 1876... 53.3 41.3 5.4 48.3 40.8 iO 9
— 187â.... 53.5 40.9 5.6 49.3 40.4 fO.8
Espagne 58.4 36.9 4.7 54.9 36.i 8.9
lUUe ^.... 60.6 35.3 4.1 54.9 35.9 9.9
Angleterre 61.3 35.1 3.6 58.6 33.9 7.5
Danemark 61.4 35.1 3.5 57.9 35. i 7.0
Autriche 61.6 33.4 3.0 58.7 33.7 7.6
Suède 63.5 32.9 3.6 60.8 31.8 7.4
Pays-Bas 63.6 33.4 4.0 59.6 33.5 7.9
Prusse 63.3 33.3 3.9 58.5 33.3 8.3
Suisse 63.3 33.0 4.7 60.3 31.0 8.7
Norvège 63.5 33.9 3.6 60.8 31.8 7.4
Portugal 63.6 31.9 4.5 61.4 29.9 8.7
Belgique 63.9 31.6 4.5 60.8 31.7 4.5
On pourrait faire un livre très intéressant en signalant les différences qu'on constate sur ce tableau, et en cherchant, si possible, à les expliquer; ici nous devons le plus souvent nous borner à indiquer en passant les points que le lecteur
* Nous disons le nombre relatif, parce que la nature des chiffres consultés le veut, mais, comme on le verra plus loin, pages 417 et 418, le nombre absolu des célibataires adultes est moins grand en France que dans la plupart des autres pays.
pourrait utilement approfondir '.Quant à appeler son attention sur la régularité des chiffres, et à en conclure avec lui à la faible intervention du hasard, cela nous semble superflu, après tout ce qui a été dit jusqu'à présent. Le régularité est un fait que chacun constate au premier coup d*œil; elle nous frappe et nous excite à en chercher les raisons , et une fois que nous sommes entrés dans cet ordre d'idées, chaque écart, chaque déviation, chaque apparente anomalie nous fait penser aux causes de ces phénomènes. C'est là que commencé la vraie diflBculté , c*est là qu'il faut surveiller ses propres préjugés, qu*il faut se méfier des opinions préconçues, qu*il faut se tenir en garde contre le penchant de trouver une cause unique. II existe peut-être des causes uniques, mais elles sont si rares et si invraisemblables en matière sociale , qu*il faut y regarder à deux fois avant de les accepter.
Nous aurions à parler maintenant des professions, relevé qui se fait presque toujours lors des dénombrements. Il est d'un grand intérêt de savoir combien d'habitants s'oc-
* Pour multiplier ses moyens d'investigation, nous allons donner au lecteur les nombres réels (ou absolus) des recensements de 1872 et 1876 :
ItTi. Sexcmauulln. S«za rémiDiD. EDseraLle.
EofanU de 0 à 15 ans 5,875,069 4,807,4S7 10,683,516
GélibaUiras de 15 ans et aa-dessas. 3,756,367 4,037,341 7,792,708
Mariés 7,344,519 7,316,730 14,661,249
Vsofs ou Tentes 1,007,536 1,958,912 2,966,448
Total 17,982,511 18,120,410 36,102,921
tijtfanUdeOàlSans 6,046,339 4,943,867 10,990,200
Cëlibatsiree de 15 ans et aii-detsas. 3,752,242 3,999,976 7,752,218
Mariés 7,588,929 7,567,241 15,156,170
Veufs ou reuves 986,129 2,021,065 3,007,194
Total 18,373,639 18,532,149 36,905,788
La proportion des femmes relativement aux hommes varie d'ane catégorie à Tautre.
436 uvhb iv. — partie appliqués ou démographie.
cupent d'agriculture, combien sont adonnés au commerce et à rindustrie, combien se sont consacrés aux professioDS libérales. Malheureusement ces relevés sont encore de date trop récente pour qu'on ait déjà arrêté un cadre fixe, partout et toujours le même , permettant de comparer des dénombrements différents. Comment connaître le nombre des personnes qui vivent, par exemple, de l'agriculture, si vous séparez les familles de leurs chefs et réunissez dans la même colonne toutes les femmes sans profession et tous les enfants? C'est une faute aussi de réunir tous les domestiques dans la même colonne; il faut les classer avec leurs maîtres ou patrons, mais en les totalisant ensuite dans une colonne spéciale. Il y a encore quelques autres causes de difTérence, mais moins importantes ■.
Par toutes ces raisons, nous nous bornons à indiquer ici les proportions qui résultent des dénombrements français de 1861, de 1866 et de 1880. Nous donnons le rapport sur 10,000 habitants de la population entière :
SMl. 18M. ISMt.
AgricQltare 5,316 5,U9 4,880
iDdDStrie 2,735 Î.879 î,490
Commerce 3W 399 1,0»
Professions se rattachant aai trois prôcédentos.. 367 287^ g^
Professions direrses 46 52)
ProfessioDi libérales 919 948 420
Sans profession 159 147 200
Profession non consUlée 166 139 50
Il est des pays où le nombre des agriculteurs est propor-
* M. Bodio a réuni dans une brochure spéciale, Popolaxione eUutificata per profegsioni (Roma, 1876), les résultats des releTés des divers pays. Ses rapprochements montrent qu'en cette matière aussi, ilya quelque chose à faire. Du reste quelques progrès ont été réalisés dans ces dernières années , surtout si Ton fait entrer en ligne de compte le grand recensement des professions opéré en Allemagne en 1882.
^ La classification des professions est différente.
tionnellement plus grand , et d'autres où il est moindre qu'en France. Il n*y a pas, en ces matières , de proportion absolument bonne ou mauvaise, car il faut tenir compte de rétendue du territoire, de la nature du sol, du climat, delà facilité des communications et de bien d'autres choses encore; mais, en somme, la proportion la plus désirable, parait être celle où environ la moitié de la population fournit les denrées alimentaires, tandis que l 'autre procure les autres produits.... matériels, intellectuels et moraux.
Il reste à mentionner un autre relevé fait lors des dénom* brements : c'est celui des infirmités, parmi lesquelles la cécité et la surdi-mudité sont les plus importantes. Nous reproduisons les chiffres absolus qui suivent, tout en faisant quelques réserves sur la possibilité d'obtenir ici de bons renseignemens par les dénombrements généraux.
MOBDl-MOBTt.
France 1872
Angleterre... 1871
Ëcoflse
Irlande
Danemark. . . . 1870
Norvège 1865
Soède 1870
Aatriche 1869
Hongrie 1869
SoisM 1870
Proue 1871
Bavière 1871
Saxe 1871
Wartemberg.. 1871
Pays-Bas 1869
Belgique..... 1858
Espagne 1860
Italie « 1861
Saxe
matculia.
Saxe
fémloio.
Bnaamble.
Seza
niMollo.
Sexa
féminin .
10,5il
Easembla.
2 Population totale flu royaume, alors : 21,777,334. (Voy. p. 4Î5.)
Pour que la statistique de la cécité fût bien instructive, il faudrait distinguer entre les aveugles de naissance et ceux qui ont perdu la vue par suite : l'' de maladie, 2' d'accident, 3^ de vieillesse. Quelques pays indiquent séparément les aveugles de naissance des autres, par exemple: Francel872, 2,376 de s. m. et 1,797 de s. fém. ; Angleterre 1871, 1,065 s. masc. et 903 fém. ; Ecosse» 136 m. et 148 f.; Irlande, 103 m. 105 f. Ces chiffres ne méritent sans doute qu'une confiance restreinte, à cause de la négligence avec laquelle le public répond aux questions de cette nature. Les muets sont tous sourds de naissance ou à peu près. D*où vient-il qu'il y a beaucoup plus de sourds-muets que de sourdes-muettes ? Cette question mériterait d*ètre examinée à fond (ainsi que celle de la valeur des chiffres}.