‹ Traité théorique et pratique de statistiqueChapitre 65 sur 84 · SI · texte numérisé non relu

SI

iS.9S 72

Pays-Bas.

Suéde. . .

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Ce tableau n*a tout son intérêt que si on le rapproche de plusieurs tableaux antérieurs. La. publication officielle de la SLatisUque de la France (période 1861-1865), a comparé les décédés aux vivants de même ordre et a trouvé que, sur 100 célibataires adultes de chaque sexe (15 ans et au-dessus?), il en mourait : 1.38 hommes et 1.32 femmes, soit, sur 100 iudividus des deux sexes 1.35; sur 100 mariés 1.78, sur 100 mariées 1.55, sur 100 époux des deux sexes 1.66; sur 100 veufs 6.88, sur 100 veuves 5.35, sur 100 des deux sexes 5.88. La Statistique de la France donne ensuite les décès par âge et par état civil; mais nous préférons emprunter le même tableau à M. le docteur Bertillon père, parce que nous aurons à combattre ses conclusions. Les chiffres de M. Bertillon s'appliquent à la période 1856-65, et sont calculés sur 1,000 vivants de chaque catégorie d*àge et d'état civil s.

On trouvera le tableau à la page suivante.

* On a ajouté 0.14 pour les divorcés deux sexes.

2 Dont 0.04 pour les divorces et ceux dont Tétat civil est inconnu.

3 Le tableau est emprunté à l'article Mariage du Dict. des sciences médicales précité.

473 LIVRE IV. — PARTIE APPLIQUÉE OU DÉMOGRAPHIE. Nombre det décès sur iflOO vivante de chacune det catégorie* qui suivent.

SIZB MAtCDLia. ftBXt rtMi«i«.

Afra. CAlIbaUtras. Mariât. Vaifa. Géllbatalraa. Mariécai \win.

iSkSOaaii 6.89 51. 3S 774.00 7.33 11.86 12.31

95 ans et aa-destos. 480 00 357.00 385.00 387.70 416.00 334.00

M. BertilloD tire de ce tableau et d'autres analogues certaines déductions que nous croyons erronées, et comme cet honorable savant est un statisticien distingué, on nous permettra d'insister quelque peu. Nous lui reprocherons d*abord d'avoir assis une partie de ses raisonnements sur des chiffres trop faibles. Ainsi, la Statistique de la France arrête son tableau à Tâge de 75 ans, parce que, dit-elle, à partir de 75 ans, l'effet de l'âge prédomine certes sur toute autre influence. Nous ajouterons que les chiffres baissent très rapidement : 15,000 vivants, 5,000, 1,800, 504, 87, voilà les réductions de 5 ans en 5 ans. On ne prend pas de rapports sur d'aussi petits chiffres. Cette observation s'applique aussi aux mariages antérieurs à l'âge de 20 ans. Le recensementde 1872 a constaté l'existence de 820 mariés de 18 à 19 ans, et de 2,3o0 époux âgés de 19 à 20 ans^ tandis que les nombres

* liO recensement de 1876 a 776 mariés et 5 veufs pour l'âge de 18

correspondants des célibataires sont de 309,401 et 295,666 : quel est le nombre annuel des décès de mariés âgés de 15 à 20 ans? Il est bien faible, 28 (1863), 30 (1864), 60 (1865). Ce sont là des chiffres qu'un statisticien dédaigne : il lui faut de « grands nombres. » Nous pensons comme M. Bertillon qu'on ne devrait pas se marier, avant l'âge de 20 ans; mais nous n'irons pas jusqu'à exciter le législateur à interdire ces mariages. Comme des unions aussi précoces ont contre elles l'opinion, — qui est une très grande puissance, — et souvent aussi des obstacles économiques (le manque de rêve* nus), et autres (par exemple le service militaire), et que les parents autorisent rarement leurs fils à se marier si jeune, lorsque le mariage a néanmoins lieu, c'est qu'il doit gêné* ralement y avoir des motifs très considérables, assez forts pour braver l'opinion et renverser les obstacles. H. Bertillon cite lui-même un de ces motifs entre mille. « Dira-t-on que la mortalité des jeunes époux a pu être grossie par certain nombre de mariages in extremis amenés par des convenances de famille? Il faudrait le prouver. » Nous trouvons cette réponse naïve. C'est vous qui accusez, c'est à vous à prouver vos accusations. C'est à vous à rechercher les motifs qui poussent ces jeunes gens, — contrairement à l'usage, et contrairement à leur intérêt apparent, — à contracter des unions précoces. Tant que vous n'avez pas découvert et exposé ces motifs, vous n'avez pas le droit de les condamner. Ces motifs sont bons ou mauvais, nous l'ignorons, aussi ne les jugeons-nous pas. Ne serait-ce pas aller trop loin que de ne voir dans ces mariages qu'un acte de légèreté, et au-

à 19 ans et 2,2 17 mariés et 36 veufs pour l'âge de 19 à 20 ; ces chiffres sont trop peu différents pour influor sur le raisonnement.

ra1t-on préféré voirie jeune homme ruiner sa santé en « courant les filles? »

Si Ton veut être conséquent, dès qu'on parle de faire intervenir le législateur, il faut interdire le mariage aux jeunes filles avant l'âge de 25 ans, — car il meurt plus de jeunes épouses de 20 à 25 ans< quftde jeunes filles de cet âge; et si l'on pouvait plaisanter en matière sérieuse, nous dirions que le législateur devrait ordonner qu'on commençât par le second accouchement, qui est moins dangereux que le premier : ce dernier devrait être complètement interdit.

Nous abordons la question du célibat. Il va sans dire que le mariage est Tétat normal de Thomme fait; aussi la nature l'y pousse-t-elle avec une force extraordinaire, etTopinion seconde la nature. Il y a donc des causes physiques et des causes morales qui portent l'homme à se marier, et celui qui résiste doit avoir, en général, de très bonnes raisons. Ceux qui ont une mauvaise raison pour rester célibataires forment une infime minorité, par conséquent, ceux qui accusent les célibataires en masse devraient commencer par prouver leur dire. M. Bertillon n'accepte le célibat que dans les deux cas suivants :

« 1^ Les infirmes et les malades de corps et d'esprit, et tous ceux que poursuit la fatalité de quelque terrible hérédité morbide.

« 2'' Ce fort petit nombre de célibats féconds : les uns féconds en grandes œuvres (tels que les Newton, les Pascal, les Kant) ; les autres, moins éminents, ont pourtant fait un pacte, un mariage, avec le travail incessant, quelquefois.

* Cela ne s^applique qu*à la France ; en Hollande, il faudrait aller jusqu'à 40, et en Belgique jusqu'à 50 ans.

saThumain, qui les a pris tout entiers; ils ont prouvé, par leur loDg et utile labeur, la légitimité de leur contrat. Les uns et les autres ont payé, et amplement payé, leur dette. Et encore peul^on croire que, convenablement mariés, la plu* part eussent été plus heureux et plus complets. «

Ck>mmençons par le n^ 1. Combien il y a*t-il d*in* firmes, etc.? Le savant détracteur des célibataires ne semble jamais s'en être informé. Nous avons pourtant, dans les tables de recrutement, d'excellents documents qui, s'ils n'ont pas été préparés pour le but spécial qui nous occupe, n'en fournissent pas moins d'utiles données. Prenons le Compte rendu du recrutement de 1875 ^ Sur 283,768 jeunes gens portés sur les listes du tirage, 29,797 sont complètement impropres au service : c*est plus de 10 p. 100. En outre, 21,959 jeunes gens sont envoyés aux services auxilliaires, et 19,508 sont ajournés ; beaucoup de ces derniers agiraient peut-être sagement en ne se mariant pas. Les tableaux de recrutement dressés en conformité avec la nouvelle législation sont un peu trop compliqués pour la présente étude; si nous prenons des statistiques antérieures à 1870, nous trouvons dans les comptes de 1868quel6.85 p. 100 des jeunes gens inscrits ont été exemptés pour infirmités, 2.S9 pour défaut de taille, ensemble 19.44 p. 100; le compte de 1869 donne 16.83 et 2.47 ensemble 19.30 p. 100. Faut-il consulter encore un compte rendu? Voici celui de 1867: nous y trouvons 16.26 et 3.16, ensemble 19.42 p. 100. Cette coïncidence n'est-elle pas remarquable? Comme il s'agit tous les ans d'autres jeunes jens, on est obligé de penser que les commissions de recrutement produisent des résultats tout

* Nous en avons maintenant de plus récents; mais ils diffèrent trop pour que nous ayons à modifier la rédaction de la précédente édition.

à fait conformes à la réalité. On objectera peut-être que nous avons tort de compter ici les jeunes gens réformés pour défaut de taille. Nous admettons volontiers qu'il ne faut pas les compter tous, mais un certain nombre d'entre eux sont certainement infirmes (Voy. plus loin un argument de M. Herbert Spencer). En revanche, un certain nombre de jeunes militaires sont réformés pour cause d*infirmités contractées au service, o.u qui se sont déclarées plus tard. Le chiffre en a été, par exemple, de 2,000 en 1869. On dira peut-être qu'un certain nombre parmi les « infirmes « se marient, car on peut être impropre au service militaire et néanmoins plus ou moins propre au mariage ^ Soit; mais, dans la vie civile aussi, nous voyons tous les ans un certain nombre d'hommes entrer dans la classe des infirmes par suite de maladies, d'accidents ou de défauts héréditaires qui se déclarent ou se révèlent après l'âge de 20 ans. Les professions dangereuses ne sont pas rares. Est-il étonnant alors que la mortalité soit plus grande parmi les célibataires ? Le grand nombre d'infirmes et le nombre non moins grand de ceux qui exercent des professions dangereuses ne fournissent-ils pas une explication très suffisante de la mortalité des célibataires?

H. Bertillon place avec l'instinct d'un vrai statisticien, à côté des empêchements physiques au mariage, un empêchement moral,— nous allions dire intellectuel. — Hais nous en voyons bien d'autres, et ne sommes nullement de l'avis de ceux qui affectent de croire que l'immoralité est presque la seule cause du célibat. Nous pensons, au contraire, qu'il

* Le contraire est également possible (on peut être propre au service militaire et impropre au mai'iage) ; nous en trouvons des preuves dans la partie médicale de Tarticle du D' Bertillon.

est très moral de ne pas se marier, quand on se sent hors d*état de remplir tous les devoirs dont on se chargerait. Il ne s'agit pas seulement d'inaptitude physique, il est telle carrière qui s'y oppose. Quelquefois, des iils sont privés du mariage parce qu'ils ne peuvent pas soutenir leurs parents et en inème temps une famille à eux ; d'autres n'ont pas pu trouver de compagne, ou ont été refusés, parce qu'ils avaient des charges de celte nature. Si un fils unique, bien portant, n'est pas marié, pariez 10 contre 1 que sa mère est restée veuve, vous êtes sûr de gagner. Les trois quarts des vieux garçons que nous avons connus sont dans ce cas. 11 y a encore un grand nombre d'autres empêchements honorables ou moraux au mariage , d'une* nature intime , que nous croyons devoir passer sous silence. Le vice, sans doute, fait également des célibataires, mais très peu; généralement les débauchés « font une fin, » c'est l'expression reçue, et se marient.

D'un autre côté, le mariage rend*il réellement heureux tous ceux qui en contractent les liens? On sait que les divorces et les séparations de corps prononcés par les tribunaux sont nombreux; il y a, en outre, les séparations à l'amiable, les abandons du domicile conjugal, soit par le mari, soit par la femme; enfin, il y a les ménages qui sont un « enfer. » 11 y aurait beaucoup à dire sur ce chapitre; mais nous nous en abstenons, pour ne pas avoir l'air d'être l'adversaire dun régime que nous célébrons comme le régime normal de l'humanité ; nous soutenons seulement que le fait du mariage en lui-même est indifférent pour la durée de la vie.

Un mot encore des veufs. Décidément, M. le D' Bertillon est l'homme le plus galant de France et de Navarre 1 S'il

meurt proporUonnellement plus de veufs que d'hommes mariés, -* et même souvent de célibataires, — du même âge, c'est que ces maris sont inconsolables! Est-ce que M. Bertillon aurait fait un voyage en Tile d'Ulopia? Nous qui n'y sommes pas allé, nous pensons que, s'il meurt tant de veufs, c'est qu'un certain nombre peuventavoir contracté la maladie dont leur femme est morte (nous en avons va plusieurs exemples autour de nous), et, dans tous les cas^ le mari et la femme vivent sous le même régime hygiénique, sous les mêmes influences. morbides, et ce qui nuit à l'un des époux ne doit pas être utile à l'autre. Le chagrin tue quelquefois, mais pas souvent. Cette cause ne change pas les décimales d'un tableau. D'un autre côté, la mort de la femme, si elle dissout le mariage, ne dissout pas le minage, surtout lorsqu'il y a des enfants, et M. Bertillon lui-même ne conseille pas trop à ces pères de famille de convoler à de secondes noces'.

Résumons le principal défaut des raisonnements et déductions de H. Bertillon : il cherche une cause unique. Dès qu'il a ce penchant, il a nécessairement (c'est une loi physiologique) une opinion préconçue, à laquelle il rapporle tous les phénomènes : il cherche des arguments pour sa thèse. 11 n'a aucunement prouvé que la vie conjugale est plus saine que la vie isolée : il a seulement constaté qu'il meurt plus de célibataires; mais ne peut-il donc pas y avoir d'AUTRES causes de cet excédent de décès? Ces autres causes sont pourtant évidentes : l"" les infirmités; S^" les professions dangereuses (dans une certaine mesure); S"* la mi-

* Dans le 4C« rapport du Registrar gênerai (publié en 1885), nous comptons 62 centenaires, dont 39 veufs. II n*est pas parlé des autres s'ils sont mariés ou célibataires.

sère (qu'il ne faut pas confondre avec la pauvreté). Nous sommes assez disposé à classer M. Bertillon, en cette question, parmi les mystiques, qualiCcation qui ne lui convient pas en général , mais elle caractérise sa manière de parler du mariage.

Depuis que nous avons écrit les pages qui précèdent, la question du célibat a été abordée par d'autres auteurs. Mentionnons d'abord l'ouvrage posthume de WappAus édité par son élève M. Gandil. Ce statisticien reconnaît qu'il y a des causes légitimes de célibat, et, pour lui, la situation économique du jeune homme en est une. Tout le monde sera de cet avis. On a souvent remarqué que les crises économiques diminuent le nombre des mariages, et plus d'une fois on a comparé ces derniers avec le prix du pain, le cours de la rente, etc. On a d'ailleurs aussi recherché l'influence du climat, de la race, etc. et l'on a cru avoir constaté cette influence. Nous nous arrêtons sur ce point pour ne pas nous éloigner de notre sujet; revenons-y par une citation de M. Herbert Spencer.

 l'occasion d'une communication faite par M. Bertillon père à Tacadémie de Bruxelles sur l'influence du mariage, qui selon lui prolongerait la vie , l'éminent philosophe anglais, dans son excellente Introduclion à la Science Sociale, (Paris, Germer Baillière, 2« édit., 1875, p. 99). réfute le raisonnement du docteur Bertillon. Nous allons transcrire quelques passages.

« Il suffit d'examiner les circonstances qui, dans nombre de cas, déterminent ou empêchent les mariages, pour voir que le rapport apparent établi par les chiffres n'est pas le vrai. Dans les cas d'inclination quelle est le plus souvent la raison qui fait décider pour ou contre le mariage? C'est la

possession des moyens d'existence. II y a certainement des imprévoyants qui se marient sans avoir de quoi vivre, mais presque toujours l'homme diffère, ou la femme refuse, ou la famille fait opposition jusqu'à ce que le futur couple se soit assuré des chances raisonnables de pouvoir supporter les charges auxquelles il s'expose. Eh bien, parmi ces jeunes gens dont le mariage dépend d'une position, quels sont ceux qui ont le plus de chance de s'assurer le revenu nécessaire? Les meilleurs, tant physiquement qu'intellectuellement — les forts , les capables , les esprits bien équilibrés au point de vue moral... Or, quels sont, par rapport à la longévité, les effets de la circonspection, de l'empire sur soi-même et de la prévoyance comparés aux effets de l'étourderie, de l'absence d'empire sur soi-même et de l'imprévoyance?... »

Le second argument de M. Herbert Spencer est que le même excédent de force vitale qui pousse Thomme au mariage tend aussi à prolonger la vie (p. 100).

« Une autre influence, ajoute-t-il, agit dans le même sens. Le mariage n'est pas entièrement déterminé par les désirs de l'homme, il l'est aussi par les préférences de la femme. Toutes conditions égales d'ailleurs , la femme se sent attirée vers les hommes forts — qu'il s'agisse de force physique, intellectuelle ou émotionelle. Il est visible que la liberté du choix les conduit fréquemment à refuser des échantillons inférieurs, particulièrement les individus mal conformés, malsains, ou incomplètement développés au physique ou au moral. Par conséquent en tant que le mariage dépend de la préférence de la femme, les hommes bien doués trouvent facilement à se marier, et une partie des autres restent forcément garçons. Cette influence contribue pour

sa part à metlre au nombre des hommes mariés les individus présentant le plus de chance de vivre longtemps et à confiner dans le célibat ceux qui ont le moins de chance de longue vie... » (p. 101-102).

Ainsi, le groupe, ou la « collectivité démographique • des célibataires comprend un grand nombre d'individus que rétat de santé a empêché de se marier, soit qu'ils aient euxmêmes évité de le faire, soit qu'ils n'aient pas pu trouver de femme, la plus grande mortalité des célibataires n'est donc que la conséquence de la plus grande morbidité de beaucoup d'entre eux. Mais ceux qui se portent bien vivront au moins aussi longtemps qu'un autre. (Voyez p. 492, en note.)

Nous ferons remarquer en passant combien il est injuste et ininlelligent de juger, et plus encore, de condamner les hommes qui sont restés célibataires. 11 faut une véritable élroitesse d'esprit et une ignorance complète de la vie sociale pour vouloir leur attribuer à tous un seul et même motif, et un motif immoral encore d'abstention. Quant aux moyens barroques proposés par certains députés plus riches en bons sentiments qu'en intelligence , ils ne méritent pas que nous nous y arrêtions.

Mentionnons, puisque nous en sommes aux causes qui abrègent ou allongent la vie humaine, une autre circonstance à laquelle on attribue des effets exagérés , nous voulons parler de l'aisance et de la pauvreté. On croit volontiers que l'une allonge et que l'autre abrège la vie, ce qui est bien loin d'être vrai , dans la mesure que beaucoup de personnes le croient. On n'a pas besoin d'avoir trouvé que l'arrondissement de la Bourse, à Paris, habité par des gens aisés, a une mortalité de 13 à 16 pour 1,000, tandis que le dix-neuvième arrondissement, où l'aisance est peu répaa-

due, fournit 25 à 31 décès pour 1,000, pour attribuer à Taisance une influence favorable. Mais, si, au lieu d'abuser de ce renseignement , en lui donnant une valeur absolue, on voulait en faire un bon usage; on démontrerait qu'on ne vit pas plus longtemps parce qu'on mange des aliments chers, ou qu'on boit des vins vins, qu'on habite des appartements dorés, et qu'on couche entre des draps ornés de broderies et de dentelles S » nullement, car la pléthore est aussi nuisible à la santé que l'anémie, — mais que les gens aisés vivent généralement avec plus de régularité (c'est parfois affaire de tenue, de convenance, plutôt que de vertu), qu'ils ne s'enivrent pas, qu'ils ont soin de la propreté de leur corps et de celle de leur habitation, et qu'ils ne négligent pas les recommandations les plus vulgaires de l'hygiène'. La plupart des centenaires dont on a constaté la longévité, n*ont vécu que d'aliments grossiers, mais leur vie a été exempte de toute débauche et de tout excès. Ce sont donc plutôt les causes morales, se rattachant à l'aisance, que les causes physiques, qui prolongent la vie, et ces causes morales, l'ouvrier le moins salarié peut en avoir le bénéfice, aussi bien que son patron. Nous regrettons que l'espace ne nous permette pas de développer cette donnée et de prouver, par exemple, que ce qui est agréable au goût n'est pas tou-

* Parcourez la liste des 87 centenaires (22 hommes, 65 femmes), dressée parle 38» rapport du Registrar gênerai de Londres, p. lxxxix; on y donne le nom, la profession et l'adresse des individus, et vous trouverez que 12 sont morts dans le workhouse ou almhouse, Timmense majorité des centenaires sont des ouvriers ; on ne compte parmi eux que 7 fermiers, 1 maître d'écriture et quelques employés, soldats ou marins, vivant d'une pension de l'État.

2 C'est la salubrité qui prolonge la vie plus encore que l'alimentation ; on s'habitue, à la rigueur, à une mauvaise nourriture, mais non À l'ingestion de miasmes putrides.— Voy., entre autres, Registrar gênerai, 37« rapport annuel, p. xix.

jours utile à la santé; on pourrait en faire un livre utile.

Il n*est pas impossible que, même en dehors des professions évidemment dangereuses, les occupations les plus ordinaires, les métiers où rien ne choque à première vue, exercent une influence sur la santé et sur la durée de la vie. Malheureusement on a pas encore assez de documents sur cette matière. Ce qu'on trouve, jusqu*à présent de plus complet, ce sont les rapports annuels du Registrar gênerai (Voy. p. ex. le Supplément au 45» rapp. , c'est le 3* rapp. décennal où il est question des décès par profession). Les essais faits sur le continent, par ex. à Francfort-sur-Hein, sont insignifiants , parce que les chiffres sont infiniment petits. Vers 1870 nous avions commencé un travail sur plusiers millions de bulletins de décès, mais le travail commencé a été brûlé en 1871 avec les bulletins, lors de l'incendie de rhotel de ville. Nous avions beaucoup engagé M. Bertillon père à reprendre le travail, nous espérons que son fils et successeur le fera.

Passons à un autre ordre d'idées.

On constate habituellement la mortalité par mois , pour montrer l'influence des saisons. Dans la période 1861-1865, ramenée à 12,000 par an, elle a été : en janvier de 1 ,078 ; février 1,089; mars 1,087; avril 1,038; mai 944; juin 881; juillet 926, août 1,061; septembre 1,050; octobre 977; novembre 937 ; décembre 938. II résulte des tableaux détaillés que, pendant ces cinq années, le maximum à oscillé entre des mois voisins^ tandis que le minimum est resté fixé au mois de juin. En Italie le maximum des décès (1^150 à 1,175) varie aussi, mais il semble toujours revenir au mois d'août (moyennel863-1875). Enl875, le maximum desdécès (1 ,196) eut Heu en février; pendant douze ans, le minimun (794

484 UVIIE IV. — PARTIE AM>L10U£E Ot DÉIIOCRAt»HÎE.

à 857) est resté fidèle au mois de mai. On trouvera d'autres différences dans d'autres contrées, et les hommes spéciaux pourront constater Tinfluence du climat et celle de Tâge ; ils pourront mettre la mortalité par mois en regard des naissances par mois , car ce sont surtout les très jeunes enfants qui meurent, etc. C'est dans l'inattendu des combinaisons utiles que se manifesteFesprit ingénieux du statisticien» mais c'est ici surtout qu'on doit être sur ses gardes contre l'abus. On distingue aussi» dans le mouvement de la population ce que dans la botanique on appelle VhabitaU L'habitation à la ville ou à la campagne a probablement une influence, et voici comment elle se présente en France [moyenne de 1861-65):

Seie Stsa L«» étn.

ntMoIlB. fémlala. Mica.

Seine (avec Paris) 2.56 9.55 9.55

Villes 9.66 9.55 2.61

Gampagaes 9.17 9.14 9.15

France enUère.... Tsî T26 Ts

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