‹ Traité théorique et pratique de statistiqueChapitre 7 sur 84 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La création des bureaux de statistique.

Dans le précédent chapitre, nous avons retracé Thisloire des commencements de la statistique en tant que science; nous allons maintenant indiquer en quelques traits comment se développa la «statistique officielle». C'est une branche de l'administration qu'on désigne plus particulièrement ainsi : celle qu'on charge de recueillir les faits qui servent de base aux mesures de l'autorité publique, ou qui sont destinés à en contrôler les actes. On se tromperait cependant gravement si l'on voulait distinguer profondément la statistique administrative de la statistique scientifique, car, dans le plus grand nombre des cas, c'est la môme chose qu'on envisage à deux points de vue différents : la statistique administrative est souvent établie d'après des principes scientifiques, et souvent la science utilise des données recueillies uniquement pour un but administratif. Si néanmoins nous faisons une distinction, c'est uniquement pour la clarté de l'exposition, afin de classer dans un ordre Ionique la masse des faits que nous

LA CRÉATION DES BUREArX DE STATlSTIQrE. 25

avons recueillis, — ou qui se sont accumulés devant nous, — et do nous mettre en état de choisir dans cette masse les traits qui nous paraissent les plus propres à donner une idée des progrès de la statistique. Nous pourrions aisément développer en autant de volumes les trois chapitres que nous consacrons à son histoire. C'est ce même besoin de clarté qui nous fait préférer pour le présent chapitre Tordre topographique (par pays) à Tordre chronologique que nous avons suivi dans le chapitre précédent.

En France, Sully avait déjà organisé, vers 1602, un cabinet complet de politique et de finances, qui peut être considéré comme le premier bureau de statistique. Les rapports que Sully demandait embrassaient Tarmée, la marine, les finances et un grand nombre de branches de l'administration, et le résultat de ses investigations se trouve exposé dans Touvrage qui a été souvent réimprimé sous le titre de Mémoires de Suîly, Richelieu et Colbert se sont également fait adresser des rapports, auxquels on a puisé, dans ces derniers temps, bien des éléments utiles à l'histoire et que la statistique pourrait également utiliser. Louis XIV demanda, vers la fin du xvii" siècle, à ses intendants, des mémoires circonstanciés sur Tétat des pro- Tinces, comprenant la population, les finances, l'industrie, etc., etc., et dont la collection complète forme 42 volumes in-folio manuscrits. Nous avons eu à consulter quelques-uns de ces volumes, qui nous ont paru d'une valeur très inégale. Boulainvillers les a résumés ; il a fait paraitre son travail sous le titre de : Êiat de la France, extrait des mémoires dressez par les intendants du royaume par ordre du roi Louis XIV à la soUicilatioJi de Mgr le duc de

Dounjognej etc. (3 vol. in-fol. 1727). Un extrait jn-i2 a paru en 1730. C'était une véritable statistique, d'après la définition d*Âclienwall (État, Stafvs, Statistique).

Le xviii'' siècle vit paraître un certain nombre de livres traitant de matières statistiques qui, sans être, à proprement parler, officiels, émanaient de fonctionnaires ou d'autres personnes disposant de documents sérieux. Ni Yauban, ni l'abbé d'Expilly ne semblent avoir été dans ce cas ; mais Boisguilbert, Messance, Moheau, de la Michaudière, Bon valet- Desbrosses, Tolosan, Necker, le chevalier de la Pommelles, même Lavoisier, bien que l'évaluation joue un trop grand rôle dans son travail. L'ami du physiocrate Quesnay, M. de Gournay, auquel on attribue le mot devenu fameux de Laissez faire, Lamez' passer, proposa en 1766 de créer un bureau de renseignements qui avait quelque ressemblance avec un bureau de statistique. Neckcr paraît avoir repris l'idée; mais c'est à François de Neufcbâteau, alors ministre de l'intérieur, que revient le mérite d'avoir organisé, en 1796, le premier bureau de statistique proprement dit, c'est-à-dire un service public chargé, non, comme antérieurement, de recueillir, de classer, et peut-être d'utiliser les rapports et autres documents adressés à l'autorité supérieure par les intendants (préfets) et autres fonctionnaires, mais de provoquer directement le relevé des données élémentaires nécessaires pour faire une statistique de l'ensemble du pays. Le bureau fut développé par Chaptal, qui chargea Peuchet, en 1801, de dresser des cadres, destinés à être remplis par les préfets. On ne trouve ces cadres ni dans l'ouvrage do J. Peuchet, intitulé : Statistique élémentaire de la France (Paris, Gilbert et C/, 1805), ni dans la Statistique générale et particulière de la France et de ses

colonies, publiée sous la direction de P.-E. Ilerbio (Paris, F. Buisson, en 7 vol.), dont le premier volume parut en Tan XII (1803), bien que ces deux ouvrages aient utilisé les réponses des préfets : on ne trouve ces cadres que dans Vlntroduction à la science de la statistique du D' F. Donnant (Paris, împ. împér., an XII [1805], p. 191 et suiv.). Donnant et Peuchet ont transporté en France, en les adoucissant cependant un peu, les violentes polémiques entre statisticiens, dont TÂlIemagne donnait alors le fâcheux exemple, mais ces polémiques sont au moins un signe de vie. La discussion vaut généralement mieux que le silence.

La statistique, terme qu'on emploie en France au moins depuis i789, semble avoir eu alors une sorte de vogue. Ballois en profita pour essayer une publication périodique, les Annales de statistique, mais la mort de Ballois mit fin à cette entreprise au bout de deux ans. Le gouvernement était favorable aux recherches numériques. Chaptal, le ministre qui fit de la statistique une division du ministère de l'intérieur dont Coquebert de Montbret fut le chef, a publié en 1819 un ouvrage en deux volumes : De l'Industrie française, qui est une véritable statistique. Le chef de TÉtat, alors consul, bientôt empereur, professait sans doute de bonne heure cette vérité : que la statistique est le budget des choses S car le comte Beugnot raconte un fait qui se rap-

* Comme nous n*aimons pas les cLlations de seconde main, nous nous sommes reportés à la souice, et publions le passage in extenso.

« L'empereur s^est arrêté sur la statistique politique. Il a beaucoup vanté les pro^^rès et l'utilité de cette science nouvelle, si propre, disait-il, à mettre sur la voie de la vérité, et à asseoir le jugement et les décisions. IL l'appelait le budget des choses, et, sans budget, point de salut, disait-il gaiement. )>

Las Cases, Mémorial de Sainte- UeVne, 1. 1, p. 43?, Paris, 1835.

28 IJVRE I. — PAIITÎK HISTORIQUE.

porte à 1807, et duquel il résulte que faire de la statistique c'était le meilleur moyen de plaire à Napoléon 1"^ Néanmoins, après la grande collection des statistiques préfectorales analysée par Herbin, la division du ministère de l'intérieur ne publia plus que des Exposés de la situation de l'empire^ et elle ne survécut pas aux événements de 1814-15.

Sous la Restauration, on commença en 1818 au ministère de la guerre Tintéressante publication sur le recrutement de l'armée, document très utile et très estimé. En 1819 on réorganisa, à l'administration centrale des douanes le bureau qui rédige le tableau du commerce extérieur, publication aujourd'hui à la fois mensuelle, annuelle et décennale, et qui s'est conquis depuis longtemps l'honneur d'être citée comme modèle. Il en est de même de la statistique judiciaire, dont le bureau, fondé en 1825, eut successivement pou r chef Guerry de Champneuf, Ârondeau et M. Yvernès. On peut mettre encore au crédit de cette époque ce fait, qu*en appelant César Moreau comme précepteur du duc de Bordeaux (comte de Chambord), le ministre le chargea de former un cabinet de statistique.

Le bureau de statistique générale de France ne fut créé qu*en 1834, et placé au ministère du commerce : Moreau de Jonnès en fut nommé chef. Ce bureau dont la première publication parut en 1835 sous le titre de Documents stalistiques, a pour attribution, outre le mouvement de la population, l'agriculture et l'industrie, l'élaboration de la partie scientifique du dénombrement^ et un certain nombre dcî

* Voy. Heuschling, Bibliogr. histor, de la France, p. 8. 2 La partie administrative du dénombrement est faite par un bureau du ministère de l'intérieur.

LA CRÉATION DES BLItEAUX DE STATISTIQUE. !29

statisliques dé moindre importance. Le bureau des subsistances, du même ministère, est presque un bureau de statistique spécial, tellement sont nombreux les renseignements qu'il relève annuellement sur les céréales — production, prix, importation, — sur le bétail et spécialement sur la consommation de la viande. Le ministère des tra« vaux publics a un bureau de la statistique des mines, fondé vers 1840, et un bureau de la statistique des chemins de fer, fondé en 1846 : les travaux de Tun et de l'autre sont très recherchés. L'instruction publique a créé un service permanent de statistique en 1876, et depuis 1877 fonctionne aussi un bureau central de statistique au ministère des finances.

L'Angleterre s'est décidée assez tard à créer un bureau de statistique. Il y a lieu d'en être surpris. Gregory King, Davenant, Petty, Josiah Child, le D' Price, Chalmers et autres avaient montré l'utilité de la statistique, et le parti qu'en pouvait tirer de simples particuliers plus ou moins bien renseignés. L'Angleterre, en outre, était un pays constitutionnel ; il fallait compter avec les chambres, les persuader au moyen de documents : de là les Paliamentarypapers, qui s'élèvent tous les ans à quelques centaines de volumes et brochures.

Ces documents ont longtemps été rédigés par les services administratifs compétents, et plusieurs continuent d'être fournis par eux. Tels sont par exemple les rapports sur les contributions intérieures, qui remontent assez haut en arrière, les rapports des postes, des sociétés de secours mutuels et beaucoup d'autres. Le premier bureau de statistique [statislical departmenl) a été fondé en 1832, au Board of trade, qui répond aux ministères du commerce du con-

tinent. Le Board était alors présidé par lord Àukland et M. Poulelt Thomson, et la direction de la statistique fut confiée à Porter, Tauteur du Progress ofthe nation. A celle époque florissaient Hac Culloch, Mac Gregor et autres : la Uritish association s^adjoint une section de statistique (1830); le bureau de la statistique judiciaire est fondé (1834) au ministère de l'intérieur [Home office), et a pour premier titulaire Samuel Redgrave; le Poorlaw Board, qui s'appelle actuellement Local taxatio7i Board, aura à son tour un slatislical department, qui a été longtemps dirigé par M. Purdy.

Un notable progrès a été fait lors de la création des Regislral gênerai offices, car il y en a trois, l'un pour l'Angleterre, à Londres, fondé en 1836 (loi 6 et 7 Guill., IV, chap. Lxxxvi); l'autre, pour l'Ecosse, à Edimbourg, créé en 1854 (17 et 18 Vict., chap. lxxx); le troisième, pour l'Irlande, à Dublin, ne date que de 1863 (26 Vict., chap. xi). C'est un enregistrement civil des naissances, des mariages et des décès, rendu nécessaire par l'imperfection des registres tenus par les paroisses. L'enregistrement civil, quoique mieux tenu que les livres des églises et chapelles, laissait cependant à désirer; mais depuis la loi de 1874, la déclaration des naissances et des décès étant devenue obligatoire, on espère qu'il n'y aura plus d'omission. Les offices centraux de l'enregistrement comprennent deux divisions : l'une a les attributions légales et le contentieux, l'autre la statistique. La statistique du Registrar général de Londres a été dirigée— depuis sa création — avec éclat par le D' William Farr, qui a publié de très nombreux travaux sur la population. Il est mort en 1883, et son successeur est M. William Ogie. Le Registrar général d'Ecosse est

LA CRKATION DES UIHEAUX DE STATISTIQUE. 31

M. Stair Agnew, et celui d'Irlande, M. Th. Grirasbaw. Nous n'avons pas besoin de dire que le bureau de la statistique du Board of Trade est chargé de la statistique du commerce et de la navigation ; il public, en outre, des documents sur Tagriculture, les chemins de fer, les colonies, l'étranger, et surtout (depuis iSoâ) le Statistical abslract que tant de pays ont imité. La statistique du Local government Board traite du paupérisme, des finances communales et de l'hygiène publique.

Revenons au continent. Dans les deux royaumes voisins, qui de 1815 à 1830 n'en formaient qu'un, la Belgique et les Pays-Bas, la statistique officielle naquit le même jour. Le 3 juillet 1826, Smits fut chargé de ce service, et publia divers travaux indiqués dans la notice que Quetelet consacre à son ami dans le tome I "du Bulletin de la commission de statistique belge (p. 533 et suiv.). Après la révolution de 1830, Smits, qui était né à Bruxelles, revint en Belgique, où il fut directeur de la statistique générale au ministère de l'intérieur. Le royaume de Belgique fit donc de la statistique dès sa naissance. Ce n'est qu'après la retraite de Smits, en 1841, que H. Heuschling devint chef de la statistique belge et en même temps secrétaire de la commission centrale. Cette commission, qui a longtemps brillé d*un vif éclat, avait été créée un peu à l'instar de celle que le gouvernement des Pays-Bas institua en 1826, mais elle en diffère assez sensiblement; les ressemblances et les dissemblances sont exposées en ces termes par Quetelet dans la notice précitée (p. 537] :

« Ce qui mérite surtout de fixer notre attention , c'est que le gouvernement avait conçu dès lors le même système d'organisation, pour la statistique générale, que celui

3^2 LIVIIE I. — PARTIE HISTOniQUË.

adopté par le gouvernement actuel. Comment se fait il cependant que ce système ait paru produire de moins bons résultats sous un gouvernement que sous l'autre? C'est probablement parce que les imtilutions dépendent moins de la forme quon leur donne que des personnes qui sont appelées à les mettre en activité, j>

Nous interrompons la citation pour dire que c'est nous qui soulignons cetle observation; nous l'avons si souvent vérifiée et si souvent vue confirmée par les faits, que nous la considérons comme un axiome. II mériterait d*être écrit en lettres d'or sur les murs de tous les monuments publics. Nous reprenons le texte de Quetelet.

« Des deux côtés, nous voyons créer, auprès du ministère de l'intérieur, un bureau de statistique générale, ainsi qu'une commission centrale de statistique; des deux côtés, le chef du bureau de la statistique générale est en même temps secrétaire de la commission centrale, et se trouve plus spécialement chargé de la publication des travaux officiels. Enfin, des deux côtés encore, des commissions provinciales, destinées à élaborer les travaux de détail et à venir en aide à l'administration, s'organisent sur les différents points du royaume, et vont recruter leurs membres parmi les fonctionnaires publics et les hommes de science le plus à même de les seconder. »

Quetelet signale ensuite les dissemblances :

« Remarquons d'abord l'organisation incomplète de la commission créée par le gouvernement des Pays-Bas, dont le but était d'ailleurs mal défini, et qui ne comptait pour membres que trois administrateurs, dont les attributions et les connaissances étaient loin d'embrasser toutes les branches de la statistitiue. Ces administrateurs entraient

dans la commission, non par suite d'études spéciales, mais simplement en vertu de leurs fonctions. Ils n'étaient d'ailleurs tenus qu'à donner des avis, et nMntervenaient pas dans les travaux comme partie active. Même remarque au sujet du ministre de l'intérieur, président de droit de la commission centrale, et qui aurait dû donner Timpulsion, mais don ties uombreux travaux absorbaient nécessairement lous les instants. Aussi les réunions de Tancienne commission (hollandaise) furent-elles rares et peu productives.

c La nouvelle commission centrale (belge) est établie sur des bases essentiellement différentes : toutes les branches de la statistique y sont représentées par des hommes spéciaux^ choisis dans les différents ministères; des élections périodiques permettent d'éliminer ceux qui répondraient mal au but de leur nomination; une organisation semi-scientifique et la publication, à côté des documents officiels, d*un recueil de mémoires sur les différentes parties de la statistique, éveillent une noble émulation, et portent chaque membre à faire preuve de talent et de zèle au profit de la chose publique; ici, d'ailleurs, rien de vague dans les attributions, qui sont nettement spécifiées, et qui tendent à doter à la fois la science et le pays d'un ensemblededocumentsutilesetcontrôlésavec un grand soin.»

Cet excellent Quetelet ne savait pas qu'en Belgique aussi Taxiome : Tant vaut Vhomme, tant vaut la fonction^ se confirmerait, en ce sens, qu'une fois les membres zélés de la commission moissonnés par la mort, et remplacés par des membres indifférents, la commission s'endormirait tout comme les commissions d'un certain nombre d'autres pays. Il est vrai que cela n'empêcha pas la Belgique de continuer à marcher sur la voie frayée et de publier un

Annuaire statistique très estimé (actuellement par les soins de H. Hubert Leemans). Ajoutons en terminant que la plupart des ministres préparent eux-mêmes leurs statistiques; la commission leur doit des avis à tous, si elle est consultée.

Le bureau de statistique de La Haye, créé en 1826, et que la révolution de 1830 avait privé de son chef, cessa d'exister. Le professeur Lobatto, de Delft, publia, il est vrai, un Annuaire qui a une importance presque officielle; on fit aussi un recensement en 1840, mais ce n'est qu'en 1848 que le bureau de la statistique générale fut rétabli au ministère de Tintérieur, et confié à M. de Baumhauer ^ On institua en même temps un bureau analogue au ministère des finances. Divers services publics, par exemple la justice, conservèrent la rédaction de leur statistique.

Le premier bureau de statistique allemand a été créé à Berlin, en 1805. LéopoldKrug avait rédigé un dictionnaire géographique et statistique, et publ ié des écrits dans lesquels il insistait sur la nécessité de recueillir, d'une manière systématique, des renseignements sur les sources des revenus publics. Le roi Frédéric-Guillaume III, ayant trouvé bons les arguments de Krug, prit l'initiative, par ordonnance du 28 mai 1805; de la création du bureau de statistique dont Krug devait être le chef. Le bureau fut organisé, mais la guerre de 1806 en provoqua la suppression. La réorganisation administrative et sociale projetée après la paix de Tilsit, fit cependant sentir l'utilité d'un bureau de statistique, et à la suite d'un mémoire que le conseiller d'État Hoffmann rédigea sur la question, il fut nommé eh 1810

* Après la mort de M. de Baumhauer, le bureau ne tarda pas à être supprimé.

LA CIIËATION DES BUREAUX DE STATIbTIUUE. 'M\

directeur du nouveau service, avec les conseillers Krug et Engelhardt comme adjoints. Le conseiller d'État HotTmann a contribué pour sa part aux réformes entreprises après la bataille d'Iéna, il a été Tun des promoteurs du régime douanier libéral par lequel la Prusse s'est annexé pacifiquement, sous le nom de Zollverein, un à un, les divers États allemands, et cette union des intérêts a fait au moins autant que les guerres de 1866 et 1870 pour établir Tempire allemand. On comprend que le bureau de statistique ait grandement profité de la présence, à sa tète, d*un homme supérieur comme Hoffmann, et d'un collectionneur patient et persévérant comme Krug; il a eu la chance d'être placé en 1844 sous les ordres de l'élève favori de son éminent fondateur, Dieterici, savant distingué qui continua les errements de son maître, et de trouver ensuite un nouveau directeur éminent en la personne de M. le conseiller intime E. Engel. Ce dernier, qui a eu pour successeur M. Blenck, avait peut-être moins de suite et de profondeur dans les idées que Hoffmann^ mais il les avait plus larges, nous dirons volontiers plus vastes, et les manifestait avec plus d'éclat. H. Engel, né à Dresde, avait d'abord été le chef du bureau saxon ; en 1860, il a été appelé à Berlin d'une façon particulièrement honorable, par un ministre qui semble avoir eu pour principe que la meilleure méthode d'administration, c'est celle qui consiste à s'entourer des collaborateurs les plus capables : ce sont les instruments les plus efficaces. H. Engel a demandé sa retraite en 1882 et vit actuellement près de Dresde.

I^a Prusse a institué en 1861 une commission centrale de statistique et l'a réorganisé en 1870 (v. la Zeitsckrifi).

Tous les autres États allemands, grands et petits, ont

36 LIVUE 1. — PARTIE HISTORIQUE.

luaiiileDaut leur bureau de statistique, et, pour les énumérer, il serait peut-être difficile de suivre un ordre strictement chronologique, car la Prusse n*est pas le seul État où une première tentative échoua, et souvent on est embarrassé pour savoir si Ton doit ou non compter cette première tentative. C*est ainsi qu'on fonda dès 1801, en Bavière, un bureau topographique auquel on adjoignit, en 1813, un bureau de statislique administrative, c'est-à-dire qui ne devait pas publier ses relevés. La statistique ne date vraiment, en Bavière, que de H. de Hermann, qui, après s*ètre placé au premier rang parmi les économistes allemands par ses Slaalswirlhschafiîiche Untersuchungen, dont la première édition est de 1832 (la deuxième est de 1874), prit la direction du bureau en 1834, et publia jusqu'en 1866 une série de travaux très estimés, que continua après lui avec non moins de succès M. G.Mayr, plus tard sous-secrétaire d*État à Strasbourg; c'est M. de Muller qui dirige actuellement le bureau.

Le Wurtemberg doit sa statistique à Hemminger, qui en commença les travaux dès 1818, par suite d'une ordonnance royale prescrivant d'entreprendre le cadastre du pays. La création du bureau statisUco-topographique date du 28 novembre 1820, nous apprend Tun de ses successeurs, M. de Riecke, dans un discours inaugural sur « la mission du bureau royal de statistique et de topographie, » inséré dans les Annales wurtembergeoises( Wnrttemb.Jahrbûcher.iSl^), publication qui reçoit les travaux du bureau. C'est M. de Schneider qui est actuellement à la tête du service. En Saxe aussi, la statistique officielle doit son origine aux travaux d'un particulier, M. de Schlieben, qui a publié de nombreux travaux, et notamment, en 1830, une brochure

sur c le but et l'organisation des collections statistiques ou des bureaux. > Schlieben créa en 183i la Société de statistique du royaume de Saxe, organisation curieuse, dont les statuts furent conGrmés par le gouyerneroent, et qui valu* rentà la société le droit de demander officiellement, pour ses recherches, le concours des autorités Cette société, qui avait un comité central à Dresde et, en outre, des comités provinciaux, a publié un certain nombre de fascicules; elle dura jusqu'en 1850, oii le bureau de statistique royal fut créé pour H. Engel, qui, jeune encore, s'était déjà fait connaître par de brillants travaux. Le directeur actuel du bureau, M. Victor Bœhmert, est un des économistes les plus favorablement connus de TAIIemagne et un travailleur infatigable. Le grand-duché de Bade avait bien nommé en 1836 une commission de statistique, mais cette commission ne fonctionna pas. Ce n'est qu'en 1853 que Mittormayer put annoncer à Bruxelles la création d'un bureau de statistiqueau ministère de l'intérieur. Enl861, le bureau passa au ministère du commerce, nouvellement créé. Il est depuis longtemps dirigé par H. de Hardeck. Les autres États allemands ont également éprouvé le besoin de créer des bureaux de statistique. Les grands-duchés de Mecklembourg-Schwwin (1851), Oldenbourg (1855). Hesse (1861), les duchés de Brunsv^ick (1853) et d'Anhalt, Hambourg, Brème, Lubeck, ont leur bureau. Le groupe d'États connu sous le nom de Thuringe entretient dans le grand-duché de Saxe-Weimar un bureau commun quedirigeade 1861 àl878, époque de sa mort, Bruno Hildebrand, professeur d'économie politique à léna. Il eut pour successeur M. Krause. Ce bureau n'empêcha pas certains services publics ou tel État, comme le duché de Saxe-Gotha (M. Hesse, mort

38 MVR£ I. — PARTIE HISTOIliQUE.

vers 1880), de faire paraître des documents particuliers.

L'édifice de la statistique officielle allemande reçut son couronnement par l'institution d'une statistique de l'Empire qui fut mise en activité à partir du 1*' janvier 1872. Les attributions de ce service {Amt, Office) se divisent en trois groupes ou sections : V population; 2"" agriculture et industrie; 3^ commerce, voies de communication, revenus communs (douanes et impôts indirects), et la direction en est confiée à M. Becker, qui dirigeait antérieurement le bureau d'Oldenbourg. Il a pour principal adjoint M. le conseiller intime Heitzen, auteur, comme M. Becker, de travaux de statistique très estimés. D'autres savants connus y ont travaillé. Le sLatistische Ami a publié depuis lors plusieurs volumes grand in-4°paran. Dès avant l'organisation de cet office central, les chefs des bureaux de statistique allemands se sont réunis pour se concerter sur l'emploi de procédés communs '. Avant l'Empire, il y avait le ZoUverein, qui exigeait également l'application de méthodes uniformes, méthodes qui étaient devenues indispensables après les événements de la période 1866-71. Nous ne pouvons que renvoyer au tome P' de la Stalistik des deutschen Reiches^ dont les 602 pages sont entièrement consacrées aux détails qui se rapportent aux matières d'organisation. La commission allemande s'est plusieurs fois réunie depuis lors.

L'Autriche a fondé son bureau de statistique en 1828, en lui donnant la destination spéciale « de venir en aide aux différentes branches de l'administration supérieure de l'État. » Il était attaché à la cour des comptes. En 1840, la mission du bureau fut élargie ; au lieu d'élaborer seulement

* Il a été question pour la première fois de ces réunions en 1857, au congrès de Vienne.

les rapports adressés aux autorités supérieures, il put en demander; on Tautorisa même (en 1844) à les publier. Cest M. le baron Czœrnig qui avait été nommé directeur de ce service en 1840. Son suqcesseur fut H. Ficker. Après sa mort, le bureau fut plusieurs fois remanié et adjoint à différents ministères; actuellement la statistique, rattachée au ministère de Finstruction publique, est transformée en une commission centrale présidée par H. dlnama-Sternegg. Plusieurs membres de la commission ont publié de bons travaux statistiques, nommons H. Schimmer. Il y a maintenant un bureau de statistique au ministère du commerce sous H. de Brachelli, et aussi un bureau de statistique agricole sous H. le conseiller de Neumann-Spallart. La commission centrale de statistique créée en 1863 d'après le modèle de la commission belge, et les Mitlheilungen aussi bien que la MonaUchrifi publiés par la commission prou* vent que cette réunion prend sa tâche au sérieux et fournit des travaux parfaitement élaborés.

Pendant longtemps, la statistique de la Hongrie a été centralisée à Vienne. Après la convention de 1867, qui établit le dualisme, la Hongriefonda un bureau de statistique pour les pays de la couronne de Saint-Étienne. H. Charles Kéleti fut le premier chef de ce bureau, qui est assisté d'un conseil composé de fonctionnaires de différents ministères. M . Kéleti a publié, en 1869, uue brochure de 82 pages sur l'organisation de ce service, et depuis un certain nombre d'autres travaux.

Si la Suisse n'a fondé son bureau fédéral de statistique qu'en 1860 ', c'est à cause de la grande décentralisation des

* C'est la date qu'on nous a donaée. On n*a donc pas lenu compte de la tentative faite en 185G par Bruno Ilildcbrand.

pouvoirs qui règne dans cette petite république. Quelques cantons avaient d'ailleurs leur bureau, ou du moins leur statisticien spécial. Il y avait encore une autre raison : on possédait Franscini, « qui à lui seul constituait un bureau de statistique, » a dit au congrès de Londres H. Vogt, qui fut le premier chef de ce bureau, qui changea un peu trop souvent de directeur, car après M. Yogt il avait M. Max Wirth, et depuis une douzaine d'années nous voyons à sa tête H. Kummer. C'est que le chef du bureau fédéral n'est pas sur un lit de roses, obligé qu*il est de correspondre avec les gouvernements des vingt-cinq cantons.

Au temps où Tltalie n*était qu'une « expression géographique, » les divers États qui se partageaient la péninsule avaient déjà presque tous songé à établir des statistiques. Turin avait sa commission royale; à Florence, Zuccagni Orlandini présidait avec distinction aux travaux de Tf/^c/o di statistica; Palerme avait sa direction de statistique, et jusqu'à Rome, « dove il governo cléricale aveva in odio Tirriverente curiosità dei laici e la petulanza délie scienze nuove, » qui fit des relevés numériques pour les publier : nous en avons souvent reproduit dans nos Annuaires. L'Italie s*unifia, et le jeune royaume, qui n'avait encore ni Venise ni Rome, institua un bureau de statistique en 1861, et en confia la direction au docteur P. Maestri, qui prit à cœur ses nouvelles fonctions et travailla avec ardeur. Lui et son zélé successeur, M. L. Bodio, nommé actuellement, en récompense de son mérite, directeur général, ont publié de nombreux travaux; les derniers venus, ils ont rattrapé les plus diligents et les ont même dépassés. Qu'on nous parle encore de la paresse italienne, ce n'est pas pour rien que nous sommes dans le siècle de la vapeur. La va-

LA CRÉATION DES BUREAUX DB STATiSTIQlE. 41

peur se compose ici d'un ebef infatigable et d'une pléiade d'employés capables. L'Italie a aussi une commission de statistique.

Il ne serait pas juste non plus de parler de la paresse espagnole, car l'Espagne aussi a de volumineux travaux à mettre en ligne. Sans parler des trop lourds in-folio qui renferment les résultats de son dénombrement de 1860, ni de son journal de statistique, de trop courte durée, il existe une série d^Anuano estadislico qui sont vraiment bien faits, et qui font honneur à la commission de statistique générale instituée en 1856. Cette commission avait le défaut d'avoir été établie avec un trop grand luxe, de sorte qu'elle n*a pu résister aux nombreuses révolutions que ce pays a traversées depuis une vingtaine d'années : actuellement la statistique de l'Espagne est dirigée par un savant distingué, M. le général Ibanez.

Le Portugal a créé un bureau de statistique au ministère du commerceet un autre, en 1860, au ministère de la guerre. En 1857, on avait institué une commission de statistique, mais un changement de ministère la fit dissoudre.

La Grèce a fait de la statistique une attribution de la division d'économie politique au ministère de l'intérieur. Créé dès les premières années de son existence, ce service a été dirigé successivement par H. Spiliotakis, ensuite, peu de temps, par M. le professeur Soutzo, et pendant une série d'années, il a eu à sa tète un homme zélé, M. Mansolas, dont nous avons vu de bons travaux. Son successeur est M. Casakis.

La Serbie a un bureau dirigé depuis 1862 par un homme distingué, M. Jakschitsch, qui en est le vrai fondateur; mais le jeune royaume (alors principauté) fait de la statistique

42 LIVRE 1. — PAUTIE HISTORIQUE.

depuis 1830, comme ce savant nous rapprend. Si nous nous trompons, M. Jakschitsch s*est occupé de statistique antérieurement à la fondation du bureau, qui dépend du ministère des finances.

La Roumanie date son bureau de statistique de 1859. On établit alors deux bureaux à la fois, Tun à Bukarest, Tautre à Jassy; en 1862, on les fusionna, ce qui était naturel. Depuis lors, le service a plusieurs fois été remanié et simplifié; au commencement, on avait des agents salariés et des commissions dans chaque arrondissement; maintenant à côté du bureau, il n'y a plus qu'une commission centrale, et tous les fonctionnaires, chacun en ce qui le concerne, sont chargés de répondre aux questions de la statistique. Chef actuel du bureau, H. Steriadi.

En 1874, la Turquie aussi songea à établir un bureau de statistique, et en confia la direction à un jeune Russe. La guerre de 1877 causa la dissolution de ce bureau. L'Egypte a son bureau séparé.

Si nous avions de Tespace pour remonter en arrière, jusqu*en 1246, nous trouverions, en Russie, les Mongols occupés à faire un recensement. Si nous voulions seulement partir de l'époque qui inaugura la civilisation, nous pourrions parler du dénombrement ordonné en 1710 par Pierre le Grand. Bornons-nous à dire que le premier bureau de statistique date de 1802; il fut érigé au ministère de Tintérieur; mais, de Taveu des Russes, ses premiers travaux n*ont pas une grande valeur. Ils se sont peu à peu améliorés, et ont reçu une vigoureuse impulsion par le comité central de statistique créé par décision du 4 mars 1858. Ce comité ressemble beaucoup aux commissions centrales créées à Tinstar de celle de Belgique; il se compose de

représentants de divers ministères — pendant longtemps sous la présidence de H. de Sémenoif, actuellement sous celle de H. Troînitzki, dont le père (si nous nous trompons) a été le prédécesseur de H. de Sémenoff — et d*un bureau chargé du travail matériel. Il y a, en outre, un bureau de statistique au ministère des finances, que dirigeait (jusqu'en 1876) M. de Bouchen, auquel H. Vesselovski a succédé, et un autre, au ministère de Tagriculture, quiest'placé sous les ordres de M. /Wilson. Tous les ministères, d'ailleurs, publient des travaux de statistique.

N'oublions pas de dire que le grand-duché de Finlande possède un bureau de statistique depuis le mois de décembre de l'année 1865 dont le^hef, H. Ch. Ignatius, s'est fait favorablement connaître, il a quitté le bureau en 1885 en devenant sénateur.

Nous voici arrivé à la Suède, pays qui a peut-être été le premier à posséder une organisation officielle de la statistique. Nous ne voulons parler ici ni du cadastre prescrit en 1628 par Gustave-Adolphe, travail qui devint une statistiqueagricole, ni des tableaux du commerce demandés par le chancelier Oxenstiern, en 1637 et pendant quelques années après, ni d'autres travaux analogues, mais de la Tabellen- Commissionen^ ou commission des tableaux, nommée en 1756, et destinée à élaborer et à publier, au nom de la chancellerie d'État, le résumé annuel du mouvement de la population, qui parait depuis 1749. Cette publication reçut du développement en 1810 et postérieurement. La commission de 1756 n'a pas cessé de fonctionner; seulement, en 1853, elle fut un peu remaniée, et le bureau agrandi. Voici comment s'exprima H. Berg, alors chef de ce bureau, sur celte commission, en 1855, au Congrès de

Paris: « Ainsi que la commission centrale de statistique de Belgique, elle se compose de représentants des principales administrations supérieures et de membres de l'Académie des sciences de Stockholm, placés sous la présidence d'un haut fonctionnaire public. Le secrétaire de la commission, secondé par deux employés, remplit à peu près la fonction de chef de bureau. > La réforme, annoncée dès lors, s'accomplit quelque temps après, en 1860. A Londres, M. Berg dit à ce sujet: « La commission centrale, dont les membres soiU nommés par le roi parmi les fonctionnaires des conseils supérieurs de l'administration et des bureaux des ministères, est présidée par H. le ministre de Tintérieur. Le chef du bureau central y remplit les fonctions de vice-président et de rapporteur général. Le règlement d'ordre et d'attribution delà commission centrale esta peu près le même que celui de la commission centrale de Belgique. » Cependant les changements ne semblent pas avoir été — au moins vus de loin — bien profonds; chaque ministère a gardé sa statistique : le bureau central fait le dénombrement, le mouvement de la population et les relevés, dont aucun autre service n'est chargé; mais, et cela est reconnu, les travaux actuels sont bien supérieurs aux précédents; la réforme, sous ce rapport, est sérieuse. M. Sidenbladh a succédé à M. Berg. En Norvège, « l'œuvre des tableaux» s'accomplissait au ministère des finances, mais on ne nous a pas dit depuis quand. En 1845, on établit un bureau de statistique au ministère de l'intérieur. En 1861, sur la proposition du professeur Daa, qui avait représenté la Norvège à Londres, le plan de travail du bureau fut sensiblement amélioré, et depuis lors les publications ont marché avec une régularité digne d'éloge, sous Tintelligenle direction de M. Kiaer,

LA CKÉATIOiN DES BUREAUX DE STATISTIQUE. 4o

Le Danemark avait créé une commissioD ceutrale de statistique, dès 1833, sur la proposition de Jonas Coliin. On faisait des relevés auparavant, seulement « le gouvernement tenait toutes ces choses couvertes d*un voile épais. Mais, quand on se fut décidé à former des étals provinciaux consultatifs, on sentit le besoin des renseignements de statistique ; les élus du peuple ne pouvaient naturellement pas donner des conseils sur l'état des choses sans les connaître. » Voilà, nous apprend Bergsœ en 1853, pourquoi on nomma la commission en 1833. Il ajoute un peu plus loin : « Dans Tannée 1849, le Danemark a reçu une constitution libre. L'organisation de la commission de statistique n'était pas eu harmonie avec le nouveau système. On sentit le besoin de plus d*unité dans la direction des travaux de statistique officielle, et la nécessité d'employés, qui, toute Tannée s'occupassent de travaux statistiques. » On supprima donc en 1849, la commission, et on institua un bureau qui fonctionne à partir de 1 850. Après la mort prématurée de Bergsœ le bureau fut dirigé pendant une série d'années par le conseiller d'Etat David : il passa ensuite sous la direction de M. Falbe-Hansen, il est actuellement dirigé par H. Marins Gad.

Nous aurions ainsi fait le tour de TEurope, pourvu que le voyage n'ait pas paru long au lecteur I Nous ne dirons que quelques mois des autres contrées. Aux Etats-Unis, on fait des census depuis 1790, et l'opération est devenue peu à peu une œuvre grandiose; mais on se bornait à établir des bureaux temporaires, dont les deux derniers directeurs, M. Kennedi et le général Walker, ont produit des travaux remarquables. En 1866, une loi créa au ministère des finances un bureau permanent, surtout pour la statistique

commerciale et la navigation. D*abord sous H. Delmar, ce bureau a été ensuite dirigé par le docteur Young, auteur de bons travaux de statistique; actuellement c'est H. Nimibo qui en est le Directeur. Les départements de Tagriculture, de l'éducation et d'autres encore publient des statistiques dont quelques-unes sont vraiment remarquables : nous aurons à en mentionner quelques-unes, dans ce volume. . Quelques États ont des statistiques particulières, parmi lesquelles nous ne signalerons que le bureau du tratail de Boston, la liste étant trop longue pour que nous la donnions au complet.

Dans l'Amérique du Sud, la république Argentine a son bureau à Buenos-Ayres, sous la direction de M. le D^ Faustino Jorge, auquel a succédé le D' Coni. L'Uruguay a le sien à Montevideo, dirigé par M. Vaillant. Le Chili (chef, M. Manuel G. Carmona) et le Pérou ont leurs bureaux; le Canada a le sien, et les colonies australiennes en ont également établi, et, ce qui est plus important, elles ont trouvé des hommes zélés et entendus. L'Egypte a aussi un bureau depuis 1870, et le Japon a créé un service de statistique en 1872. Les travaux scientifiques y sont dirigés par M. Kodji Sougui et la partie administrative par M. Hirokata Nakamoura; leurs collaborateurs connaissent les principales langues de TEurope (M. Ono a travaillé dans les bureaux de Paris) et le bureau s'est formé une bibliothèque spéciale. Quant à la Chine, nous ne serions pas étonné, qu'elle eut, depuis des siècles, un bureau de statistique * .

* Nous devons à un sinologue distingué, M. d'Hervey de Saint- Dcnys, professeur au GoUège de France, la note saivante sur la statistique en Chine :

(( Les Chinois n*ont composé, que je sache, aucun ouvrage de statistique proprement dit; mais, en ce qui regarde Iç chiffre de la

LA CRÉATION DBS BCREAUX DE STATISTIQUE. 47

Nous avons parlé jusqu'à présent des bureaux fondés par les États, mais nous ne devons pas oublier qu'un certain nombre de grandes villes ont éprouvé le besoin de constituer une statistique municipale. Le plus ancien exemple connu est celui de Paris, dont le premier titulaire, Villot, mourut en 1829. Il n'eut que bien tard un successeur en M. le D' Bertillon (1879) auquel son fils a succédé en 1883. Il nous serait difficile de donner une liste tout à fait complète des villes entretenant des statistiques *, mais nous pouvons

population par famille, par lête, par sexe et par âge, sur telle ou telle étendue de territoire, le rendement des terres, la nature et la proportion des impôts, le mouvement du commerce, etc., on trouve dans les livres chinois de nombreux renseignements périodiques très précis, remontant à des époques très anciennes, à Taide desquels on pourrait établir des calculs et dresser des tableaux à la manière européenne.

(( Le plus ancien dénombrement de la population remonte au vin/^ttroisième siècle avant Jésus-Christ. Le second qui nous soit conserve n*eut lieu que mille ans plus tard ; mais à partir du douzième siècle avant notre ère, les dénombrements relatés se succèdent sans interruption jusqu'à nos Jours, à des Intervalles très rapprochés. Ils ne sont jamais faits en nombres ronds, d'une façon approximative, mais toujours par chiffres précis, ne négligeant pas même l'unité, ce qui indique évidemment un recensement régulier.

(( En ce qui concerne les documents relatifs au rendement des terres, aux impôts fonciers ou personnels, à l'importation et à l'exportation des marchandises de toute sorte, à la valeur variable do l'argent, etc.; le célèbre encyclopédiste Ma-touan-lin en a formé un recueil considérable, qui a été continué Jusqu'au dernier siècle par une réunion de lettrés. Cette série de documents, classés par ordre chronologique, commence avec la dynastie des Han, fondée l'an 206 avant Jésus-Christ.

« A défaut d'ouvrages chinois de statistique, on ne manquerait donc pas des éléments nécessaires pour entreprendre quelques travaux de cette nature, relativement à l'empire chinois. »

* Nous avons fait des efforts pour réunir des renseignements sur la date de la création des bureaux municipaux, mais nous n'avons eu que des données incomplètes ou peu satisfaisantes. Un statisticien distingué, entre autres, nous écrit : u Je ne sais si Je dois dire 1865, où le bureau fut érigé à titre temporaire, ou 1872, parce que le

dire que les cilés suivantes éiaieut représentées au congrès de Budapest (nous suivons l'ordre de la liste hongroise) : Berlin, Breslan, Dresde, Chemnitz, Leipzig, Altona, Franctort (nous comptons Brème et Hambourg parmi les États); Vienne, Prague, Trieste, Lemberg, Bruxelles, Copenhague, Budapest, Palerme, Naples. Nous apprenons par une autre voie qu*il y a des bureaux municipaux à Riga, Stettin, Munich, Cracovie, Milan, Messine, Rome, Venise (nous croyons savoir que Gènes a également une statistique); plusieurs villes américaines, New-York, Boston, Philadelphie et autres ont des bureaux spéciaux. D'autres villes, en Europe et en Amérique, si ellesn^ont pas unbureau proprement dit, ontdu moins, attaché à leur administration un employé chargé de faire exclusivement de la statistique. Il est juste aussi de mentionner les bureaux de statistique entretenus par divers chemins de fer, par des compagnies d'assurance (on nous cite notamment celles de Magdebourg et de Gotha), et nous connaissons même une grande maison de banque, à Paris, (|ui entretient depuis longtemps un statisticien distingué et deux employés.

Nous aurions bien voulu, en mentionnant les bureaux de statistique des différents pays, faire connaître les principales publications de ces services; mais ces publications sont si nombreuses, que les simples titres auraient rempli un gros volume. Or, ces titres en auraient dit bien peu au lecteur qui no fait pas de la statistique son étude exclusive, et quant aux statisticiens de profession, ils connaissent la

bureau a été établi à cette date définitivement. )> Le hasard veut que nous ayons connaissance d'une tentative antérieure dans la même localité, datant de 1855, qui a produit une brochure... sans suite. — En somme, la plupart des bureaux datent de 1860 à 1870, deux ou trois sont antérieurs, deux ou trois de date postérieure.

plupart de ces livres : nous ne leur aurions rendu aucun service. D'un autre côté, les publications des bureaux de statistique sont loin d*embrasser Tenseroble des matières. Généralement, les finances, l'armée, la marine, restent étrangères aux bureaux centraux de statistique. Parfois ces services ont des bureaux spéciaux. Ainsi on trouve un bureau spécial de statistique judiciaire en France, en Angleterre, en Russie, en Italie; la Bavière, TAutriche, les Pays-Bas, font traiter cette statistique par le bureau central, les autres pays la laissent publier par les ministères de la justice. Des différences analogues existent pour Tagriculture et le commerce et même pour les chemins de fer. Les postes et les télégraphes, les routes et chemins, les secours mutuels, la charité publique et autres matières spéciales surtout les finances sont le plus souvent publiées uniquement dans des documents parlementaires, de sorte qu*il n*aurait pas suffit d*indiquer les publications du bureau central, nous aurions dû donner la liste de tontes les publications officielles se rapportent à la statistique; or, une pareille bibliographie exigerait, pour être complète, nous le répétons, un très fort volume. Nous ne saurions mieux faire que de renvoyer au Katalog der Bibliothek des K. Statisiisclim Bureaus zu Berlin ', qui nous paraît le plus complet qui existe. Nous dirons en passant que la bibliothèque de ce bureau est très bien organisée, et que les savants y sont facilement admis, de sorte qu'elle rend de notables services à la science.

Nous terminons par une observation générale. L*usage

* Berlin, 2 ?ol., 1874 et 1870, en vente au Bureau de statistique. Ce catalogue no renferme pas seulement les publications officielles, mais aussi un grand nombre d*ouyrages sur Tadministration et Téconomie publique, etc.

oO LIVRE I. — PARTIE HISTORIQUE.

s*établit de plus en plus de ne pas se borner à publier des colonnes de chiffres, on prend la louable habitude de les commenter. Généralement le commentaire est placé dans rintroduction, quelquefois il accompagneles tableaux. Nous voudrions qu'aucun document ne fût publié sans les explications qui en facilitent Tintelligence complète, sans Tindication — s*il y a lieu — des textes de la loi qui influen cent les chiffres, qui en font connaître toute la portée. Quelques statisticiens ont donné Texemple : que leurs publications servent de modèles aux autres.

Page 1