DISTRIBUTION
L'économie politique donne au mot distribution plusieurs acceptions : il y a la distribution des revenus , pour laquelle on emploie dans certains cas aussi le mot répartition, et il y a la distribution des produits (ou des marchandises).
La distribution des revenus peut être prise dans le sens
littéral, indlquantle nombre des grands, moyens et petits revenus et de leurs subdivisions statistiques qu'on relève souvent à Taide de Tassiette de l'impôt (nombre et importance des cotes); la distribution du revenu peut aussi être prise dans le sens de répartition des résultats de la production^ et dans ce cas la distribution indique la part des divers agents de la production, celles de Tentrepreneur, du propriétaire, du capitaliste et de l'ouvrier, en d'autres termes le montant des bénéfices^ de la rente, des intérêts et des salaires. Cette distribution-là n*est pas du domaine de la statistique. Elle se fait par un travail intérieur, par la réaction mutuelle économique, c'est au sein de la société un travail analogue au mouvement de la vie animale et végétale, les forces restent invisibles, on n'en constate que les effets. Il ne serait pas impossible à la statistique d'enregistrer ces effets, c^est-à-dire le montant des bénéfices, des loyers, intérêts et salaires , si les intéressés voulaient donner les indications nécessaires , mais jamais administration ne les obtiendra d'une manière exacte, il est donc inutile de s'y arrêter. On pourra tout au plus suivre le mouvement du taux de l'intérêt, de la hausse et de la baisse des salaires, relever d'autres faits analogues, mais sur la répartition des parts dans le résultat de la production on ne pourra faire que des conjectures, des théories ou des utopies, selon qu'on sera guidé par la raison ou poussé par la passion.
Nous arrivons à la troisième acception du mot distribution, c'est celle des produits ou marchandises.
Le grand distributeur des produits, c'est le commerce. Nous lui devons de pouvoir prendre le matin notre café importé d'Asie, notre chocolat venu d'Amérique, d'avoir à nos repas les mets les plus variés , de nous vêtir en employant
à la fois la soie de la Chine, les laines de TAustralie, le coton de rAmérique et les lins de l'Europe ; nous lui devons de ne pas mourir de faim en cas de mauvaise récolte, etc., etc. Ces faits sont trop connus pour que nous ayons à insister. Le mouvement du commerce peut être intérieur ou extérieur (international) • On a pas encore pu établir une bonne statistique du commerce intérieur, il parait cependant qu*en relevant les transports effectués sur les chemin de fer et par la navigation , on devrait déjà pouvoir donner de précieux détails. Il ne serait peut-être pas impossible de pouvoir les compléter au moyen des octrois, des banques, de la navigation intérieure , des certains impôts et de certaines consommations, en un mot d'une manière indirecte, ce qui serait très désirable, car ce commerce est d'une très grande importance. Pour le commerce extérieur, on peut consulter les tableaux des douanes, dont les chiffres laissent sans doute à désirer, spécialement pour l'exportation, mais qui donnent dans le plus grand nombre de cas une idée assez exacte de la réalité. Selon ces tableaux, le pays dont le commerce est le plus étendu c'est le Royaume-Uni ; on peut en évaluer le montant, entréesetsorties réunies, à 1 7 ,380 millions de francs, puis viennent la France et l'Allemagne. Le commerce (spécial] de chacun de ces pays oscille autour de 7,500 millions ; les États-Unis en sont à 5 milliards ; la Russie atteint une somme d'environ 3,700 millions; TAutriche- Hongrie dépasse 2,750 millions, et les autres pays se suivent à peu près dans l'ordre que voici : Pays-Bas 2,500 millions ; Belgique 2,400 millions ; Italie 2,260 millions ; Espagne 780 millions; Turquie 720 millions ; Suède 690 millions; Danemark 570 millions ; Norvège 470 millions; Portugal 290 millions; Grèce 195 millions de francs. Ce sont là des sommes
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arrondies, les chiffres précis de chaque année ^e trouvent dans nos Annuaires statistiques, et sont d'ailleurs publiés en beaucoup d'endroits. C'est en ces endroits qu'on verra aussi la différence entre les importations et les exportations, que nous avons dû réunir ici, pour ne pas trop multiplier les tableaux. L'augmentation et la diminution des entrées et des sorties, en quantité et en valeur, est suivi avec soin par les hommes d'Etat et les économistes, à cause des précieuses indications qu'on en peut tirer.
Dans la plupart des pays, l'importation dépasse actuellement en valeur l'exportation. Autrefois l'idéal du commerce consistait dans un excédent d'exportation, lequel excédent, pensait-t-on , était payé en métaux précieux et contribuait seul à enrichir un pays. On en est revenu des erreurs du système mercantile; mais pendant quelque temps on était disposé à croire que, les produits ne s'achetant qu'avec des produits, l'importation et l'exportation devaient se balancer. Mais voilà que, dans beaucoup de pays, les entrées dépassent en valeur les sorties. On a cherché à expliquer ce qu'on croyait devoir considérer comme une anomalie ; mais en réalité, c'est l'égalité de valeur qui serait surprenante. En effet, on ne peut estimer une marchandise qu'à sa valeur actuelle : celle qui sort d'un pays, n'a pas encore supporté les frais de transport , et on ne peut pas compter le bénéfice que l'exportateur pense faire, puis qu'il n'est pas encore réalisé; la marchandise qui entre, au contraire, doit être augmentée de tous ces frais. Donc, à la sortie, la marchandise est comptée au prix de revient; à l'entrée, au prix de revient on ajoute les bénéfices et les frais de transport, elles doit donc être plus chère. L'exportateur fait des affaires pour gagner en non pour perdre.
Il en résulte que, logiquement, Timportation devrait toujours dépasser l'exportation en valeur. Malheureusement, les déclarations, — surtout à la sortie, — ne sont pas rigoureusement exactes, et l'évaluation des prix ne saurait suivre de près les fluctuations du marché, ni en indiquer toutes les nuances ^ Les tableaux des douanes ne peuvent donc pas être d*une exactitude mathématique; ils fournissent néanmoins une approximation suffisante pour la plupart des cas. Aussi, s'ils indir|ucnt un fort excédent dans un sens ou un autre, on peut Taccepter pour vrai. S*il en est ainsi, une question surgit: Comment solde-t-on l'excédent d^importation ? On solde par les bénéfices sur les placements à l'étranger, par d'autres affaires en valeurs mobilières, par le gain sur les transports, etc. Nous avons traité cette question slu Journal des Économistes, juillet, 1877, et plusieurs fois ailleurs, et nous ne croyons pas devoir insister ici.
Faute de mieux, on mesure quelquefois la richesse d'un pays par son commerce extérieur divisé par le chiCTre de la population (moyenne par tète). C*est un simple indice qu-on obtient ainsi. Ce n'est également qu'un indice qu'on trouve en passant en revue les principales exportations pour connaître les principales productions. On compare aussi le progrès du commerce avec l'accroissement continu du produit des impôts, pour savoir si les charges augmentent plus vite que le revenu. Nous avons un jour comparé la valeurducommerccextérieur des di vers paysaveclenombre des canons de la marine militaire correspondante, pour
* Les marchandises ont souvent plusieurs prix, selon leurs qualités, maie généralement la statistiquo doit se contenter d*un prix moyen unique.
savoir s*il y avait un rapport rationnel entre le mouvement commercial et la dépense faite pour le protéger. D*un autre côté, la différence entre les entrées et les sorties peut indiquer les consommations. La France ne produit pas de coton, ni de café, etc.; Texcédent d'importation est donc consommé dans le pays. Ces exemples suffiront; mais il y aurait encore bien autre chose à tirer de l'étude des tableaux des douanes, et de leur comparaison soit avec les fluctuations des droits de douane, soit avec d'autres données.
Pour en finir avec le commerce, nous citerons, pour ceux qui aiment les gros chiffres, un tableau que M. Neumann- Spallart s'est donné la peine d'établir avec beaucoup de soin ; nous le traduisons, pour plus de commodité, en millions de francs ' :
Earope
Amériqae
Aûo
Aastralie
Afrique
Nous n'avons pas besoin de dire qu'il y a ici un double emploi considérable; chaque chiffre figure, en effet, deux fois , à la sortie d'un pays et à l'entrée de l'autre. On remarquera que la valeur des importations dépasse celle des exportations, nous en avons donné l'explication plus haut. Signalons un problème que nous avons cherché à résoudre ailleurs : Quelles sont les circonstances qui font dominer, soit l'importation soit l'exportation ?
Le commerce a pour principal véhicule la navigation
* M. de Neumann-Spallart donne, dans ses Uebersichten, publiée en 1884, une série d*annéea dont la dernière (1882) offre 44,916 millions + 38,391 millions, aoit un total de 83,307 millions de francs.
Vaiaor
Valeur
desInporUtloos.
d«t «iportatiOBt.
ToUn».
d'une part, les chemins de fer de Tautre. On peut négliger maintenant le roulage, les caravanes et autres moyens de transport primitifs.
La navigation est fluviale (canaux compris) ou maritime. La navigation fluviale n*est pas relevée dans tous les pays, ou du moins le relevé n'est pas publié. En tout cas, ces données présentent une difficulté : un fleuve (ou un canal) est long; il est des marchandises qui font un grand et d*autres qui font un petit trajet; dans les pays qui lèvent une taxe de navigation , la même marchandise peut reparaître plusieurs fois sur les tableaux, autant de fois qu'il y a des bureaux de perception. Pour éviter les doubles emplois en Allemagne, on indique les quantités de marchandises qui ont passé, par exemple : sur le Rhin, à Manheim, Mayence, Cologne, etc.; sur TElbe, à Magdebourg, etc. , etc. ; en France, on calcule la tonne kilométrique, c'est-à-dire qu'on multiplie chaque tonne par la longueur du trajet.Pour Tannéel 875, on a trouvé ainsi le chiffre de 1 ,721 millions de tonnes, en 1881 on a atteint 2,174, en 1882 2,264; il oscillait, de 1872 à 1874, entre 1,500 et 1,600 millions. On voit, soit dit en passant, que les chemins de fer et la navigation peuvent prospérer en même temps. L'emploi de la tonne kilométrique est une solution, mais elle n'est pas encore la perfection, parce que ces gros chiffres abstraits ne parlent pas clairement à l'esprit : 100 quintaux de farine ayant fait 100 kilomètres, n'équivalent pas en temps de disette à 200 quintaux qui auraient parcouru 50 kilomètres, et encore moins à 1 ,000 quintaux qui auraient fait un trajet de 10 kilomètres, et pourtant dans les trois fois il y auraitlO,000 tonnes kilométriques. L'administration faisait ces relevés surtout dans un intérêt fiscal, elle avait :i justifier les droits qu'elle
percevait; oiais depuis la suppression des droits de navigation la statistique n'a plus de but fiscal , elle a passé dans le service de la navigation du ministère des travaux publics et ici on s'est appliqué à constater l'importance des transports effectifs; la même marchandise peut passer devant plusieurs bureaux, mais elle n'est inscrite qu'une seule fois, et c'est ainsi qu'on parvient à éviter les doubles emplois. Le montant des transports effectifs a été de 19,740,239 tonnes enl881etde 20,589,289 tonnescnl88â,dont8,745,467tonnes sur les fleuves et rivières et 11,843,812 sur les canaux. Pour 1881 nous pouvons donner la quantité des diverses marchandises transportées :
y ombre de tonnée embarquéee en iSSt sur V ensemble des coure d'eau.