‹ Traité théorique et pratique de statistiqueChapitre 76 sur 84 · Dirers · texte numérisé non relu

Dirers

Bob flottés de tonte espèce 366,712

Dans la navigation maritime, on distingue le cabotage du long cours. Dans le langage de la douane française, le cabotage ne s'applique qu'à la navigation entre deux ports français : un navire qui irait de Dunkerque à Nice ferait du cabotage; mais ce serait le grand cabotage, parce qu'il passerait le détroit de Gibraltar; s'il restait dans la même mer, de Dunkerque à Bayonne, ou de Cette à Nice, ce serait du petit cabotage. L'ensemble des navires employés à cette utile navigation , transporte annuellement plus d'un million de

tonnes de marchandises; le chiffre des documents officiels est double, mais on additionne l'entrée et la sortie; la même marchandise figure donc deux fois sur le tableau. On comparera utilement le transport par cabotage, et même le transport par fleuves et canaux, avec le trafic des chemins de fer.

La quantité des marchandises transportées par les navires de long cours, français et étrangers, est bien plus considérable, puisqu'elleadépassélS millions de tonneaux en 1875. L'effectif de la marine marchande donne lieu à des considérations très importantes; mais, avant de les indiquer, nous allons présenter quelques chiffres. Les pays sont classés d'après le tonnage total.

Effeciif de la marine marchande dans lee paya eUaprês {i874'i8T5).

■H8IIIDLI DU MAVIIU. DONT TArBDIS.

NtTirM. Tonoage. Noires. Toana^e.

Grande-Bretagne et Irlande'.. 37,136 7,744,000 5,048 2,073,000

États-Unis 21,184 3,373.579 3,958 1,116,425

NorTége 7,447 1,245,293 199 39,295

Allemagne 4,602 1,068,384 299 189,999

Italie 19,713 1,031,889 138 52,370

France 15,U1 1,028,228 537 205,420

Espagne 2,886 665,184 242 155,417

Russie 3,535 530,064 3i2 78,118

Pays-Bas 1,827 455,662 80 63,280

Soède 2,958 449,802 461 58,697

Antricbe-Hongrie 2,816 316,803 98 56,271

Grèce 5.001 231,960 16 5,866

Danemark 2,957 225,545 135 29,422

Portngal 433 111,260 23 18,452

Belgiqne 57 45,322 24 30,397

Turquie 231 37,760 9 3,047

Le bureau de statistique de la Norvège, particulièrement compétent en ces matières a dressé les tableaux de 1882-83

* Les colonies sont comprises dans ces chiffres pour 11,675 navires et 1 ,592,000 tonneaux. Les colonies ont 878 vapeurs avec 127,000 tonn.

pour TAnnuaire (Uebersichten) de M. de Neumann-Spallart (Stuttgart, J. Maier 1884, p. 444). Ce tableau ne donne que les navires au-dessus de 50 tonneaux, il offre pour l'Europe un total de 24,064,447 tonnes et pour la terre entière de 30,810,903 tonnes. Les chiffres attribués à chaque Ëtat ne diffèrent pas beaucoup de ceux que nous donnons dans le tableau ci-dessus, sauf que Tltalie ne vient qu'après la France — quant au nombre des navires — (France 2,%1, Italie 2,618 nav. de plus de 50 tonneaux), mais le tonnage italien 911,357 est supérieur au tonnage français 819,724.

On doit éviter de confondre Tefiectif (le nombre des navires portés sur les rôles) avec le mouvement des ports. Ce dernier indique les entrées et les sorties des navires tant nationaux qu'étrangers; le même navire peut figurer plusieurs fois sur le même tableau ; tel vapeur y figure même un certain nombre de fois, s*il fait des trajets réguliers, périodiques. Mais revenons à l'effectif. Il est instructif de comparer l'effectif à diverses époques pour constater le progrès soit de la navigation à voiles, soit des bateaux à vapeur. Le progrès consistera dans le nombre des navires, mais plus encore dans le tonnage de ces derniers. On aura déjà compris qu'on doit utiliser avec prudence le tableau des effectifs, parce que tel pays compte tous les navires, tandis que tel autre s'arrête, — sans avertir, — à une grandeur déterminée : l'Angleterre, par exemple, à 17 tonneaux. Les caboteurs sont partout compris dans l'effectif. Tous les pays devraient donner les détails que nous trouvons dans le document français sur la capacité des navires; la classification des navires y est très détaillée; mais nous croyons devoir la résumer ainsi :

Effectif de la marine marchande»

Nombra du Bcvlras. Proportion pour mlllo. 1871. 1884. J87B. 188«.

Moins de 30 tonnes 10,455 1I,21S 678 730

De 30 à 100 tonnes 2,54S 2,3U 163 151

De 100 à 1.000 tonnes S^36S 1,616 154 105

Aa-dessDs de 1,000 tolrnes 76 913 5 14

Sur Tensemble des 15,352 navires que la France possédait au 31 décembre 1884, 10,075 avaient fait la petite pèche, 535 la grande, 2,160 la cabotage, le reste le long cours, ou avait servi à divers autres emplois. On compte, par exemple. 62 yachts de plaisance.

Les voies de communication qui préoccupent surtout l'attention publique depuis bientôt cinquante ans, ce sont les chemins de fer. Après plus de trente années d'efforts, le monde civilisé était arrivé, en 1860, à posséder 106,000 kilomètres de chemins de fer, dont 51,000 en Europe; de 1860 à 1870, on avait doublé le réseau, car il atteignit alors environ 212^000 kilomètres, dont 105,000 en Europe. En 1876, TEuropea plusdel43,000 kilomètres de voies ferrées, l'Amérique 133,500, l'Asie 12,400, TAustralie et l'Afrique 2,500 : le tout ayant coûté près de 82 milliards de francs, représentant, soit dit en passant, au plus le quart, peutêtre la cinquième partie seulement des épargnes du monde civilisé depuis cinquante-cinq à soixante ans. C'est dire quels résultats grandioses l'humanité pourrait obtenir, si tous ses efforts étaient dirigés vers le progrès.

Tous les pays n'ont pas travaillé avec la même ardeur à la construction des chemins de fer; les uns en étaient empêchés par leur pauvreté, les autres par la nature du terrain ou par rétendue du territoire, et, de l'ensemble de ces em-

540 UVRB IV. — PARTIS APPLIQUÉS OU DÉMOGRAPMIS.

pèchements \ on se fait une idée en calculant, par exemple, le nombre de kilomètres de chemins de fer par million d'habitants ou par million (ou millier] de kilomètres carrés de superficie. Nous ne ferons pas ces calculs, parce que la construction des chemins de fer continue et fait changer les proportions, d'ailleurs ces calculs sont bien faciles.

La longueur des chemins de fer, leurs frais de construction, et tout ce qui concerne rétablissement du réseau, finira par être une de ces données fixes, comme la longueur d*un fleuve qu'il faut déterminer, qu*on doit inscrire, mais qui, une fois notée, reste stéréotypée, et ne donne aucun souci au statisticien. Le nombre des locomotives et des wagons sera un renseignementd*ordre secondaire. Ce qu i le préoccupera, ce sera la circulation des voyageurs de 1^, 2« et 3* classe ; ce seront les quantités de marchandises transportées, la nature de ces marchandises, la direction qu'elles prennent, et même les charges, impôts, etc., qu'elles supportent. Ce qui Tintéressera encore, c'est de connaître les recettes et les dépenses.

< Il 68t aussi des pays qui sont allés trop vite en besogne, et les États- Unis, si Ton en ju^e diaprés le tableau ci-après, que nous empruntons au Journ, off» allemand (20 mars 1885) qui Ta pris dans le Raàway Age de Chicago :

V^nke judiciaire de cheminé de fer aux Éiati- Unis.

Nombre L«ar longi-«or Caplul eo ictioot

det en milles et

Aeoéet. tigeee. de 1,409 met. obllfatiooi.

1876 30 3,8i0 217,848,000 dollars.

Tolauz... 306 25,844 1,499,450,000 dollars.

Nous renvoyons, pour les chiffres, à notre Statistique de la France et à nos Annuaires. On y trouvera également des renseignements sur les routes et chemins ; ici, nous nous bornerons à quelques courtes indications sur les postes et sur la télégraphie.

La poste et le télégraphe peuvent être étudiés comme grandes administrations, et alors on demande ce qu'elles coûtent et ce qu'elles produisent, quel personnel elles emploient, comment on doit le recruter, etc. ; mais on peut aussi envisager Tune et l'autre au point de vue du public, de la facilité des communications qu'elle lui offre, par le nombre des bureaux, des stations, des bottes, des distributions, des facteurs; on peut aussi chercher dans l'intensité plus ou moins grande du mouvement de la circulation des indices sur la richesse et la prospérité d'une nation. Nous avons peut-être été le premier, il y a bien des années, à calculer le nombre moyen de lettres par 100 habitants, pour en tirer quelques déductions, et notre tableau a été souvent imité; mais alors, avant 1850, le télégraphe électrique n'existait que dans le cabinet de quelques physiciens expérimentateurs : de nos jours, on dédaigne quelque peu les missives qu'on est obligéde faire transporter prosaïquement, comme tout autre colis, pour s'en tenir aux télégrammes qui traversent, en un clin d'œil, les plus grandes distances.

Néanmoins nous allons donner une courte statistique postale indiquant les choses qui changent le moins.

542 LIVRE lY. — PARTIE APPLIQUÉE 00 DÉMOGRAPHIE.

Union pOMtalê (1880).

Nembrt d«i barwas.

Empire allemand 9,460

Antrichfl 4,0S5

Hongrie S,30i

Ra«>ie 4.458

Suède 1.785

Norrége 924

Danemark 560

Royaume-Uni 14.549

Pays-Bas 1,316

Loxemboorg 66

Belgique 793

Suisse i,86SI

France 6,941

Espagne 3.64S

Portugal 755

Italie 3,3J8

Grèce 143

Roumanie 195

Perse 60

Japon 4,665

Honkong 9

Cochinehine 26

Inde néerlandaise 1S8

— • française 5

•- briUnniqne 4,409

Ceylan 115

Iles Seychelles 1

Rénnion 17

Nossi-Bé 1

Egypte 177

Sénégal 5

Saint-Pierre et Miqaolon — 4

ÉUts-Unis 42,989

Mexique 897

liondaras 19

— britannique 3

Gaadoloope 36

Curaçao 1

Surinam 10

Cayenno 16

République Argeolioe 375

Taïli 5

Naabrt

NdBbrc

dMb«liM.

d«Mipl«7«l

IG

Il y a en tout plus de 110,000 boîtes à lettres et près de 334.000 employés des postes. Si nous n'avions pas, soit dit

en passant, les machines de la grande industrie on n'aurait pas pu distraire de l'industrie et de Tagriculture les hommes occupés par la poste, les chemins de fer, le télégraphe et tant d'autre invention moderne.

La statistique ajoute des détails sur le nombre des objets transportés; pour le télégraphe, dont les fils s'étendent de plus en plus, on peut donner des renseignements sur l'organisation du service, la longueur des fils, le nombre de dépêches payantes et gratuites, etc.

Il est encore un autre moyen de distribution des produits, bien difiérent de ceux dont nous venons de parler : c'est celui que facilitent les institutions de crédit, et même les monnaies. Cette dernière, surtout dans sa forme métallique, — la seule sérieuse, réelle, — est l'intermédiaire commode des échanges; le crédit, de son côté, rapproche les deux principaux agents de production : le capital et le travail, rapprochement fécond, qui fait naître les produits. La statistique des institutions de crédit a été plusieurs fois entreprise, on peut dire essayée; mais il reste beaucoup à faire pour éclairer toutes les questions qui se rattachent à ces matières. Les comparaisons de pays à pays sont difiiciles à cause de la différence des législations, des fluctuations, des habitudes commerciales etd'autrescirconstances.Quetirerat-on de précis d'un tableau comme celui-ci :

Mouvement des banques en 1876 (milliODS de francs).

Banqao de France

— d'Angleterre

Banques allemandes

Banqne d'Anlriche

^ de Bolgiqne

— néerlandaise

Banqaes nationales américaines. .

Clrenlition

ortefeuille.

des bill«u.

Enealué.

Pour tirer parti de ce tableau, il fautsavolr bien des choses qui n*y sont pas exprimées. C'est le mouvement de chaque banque pendant une série (tannées qu'il faut suivre pas à pas, ajouter le taux de l'escompte, etc., puis rapprocher le tout des grands événements économiques et politiques de l'époque, et c'est^ non un fait^ mais des séries de faits qu'il faut étudier. Il faut se consacrer pour ainsi dire tout entier à de pareilles recherches pour que la science en tire profit.

Les monnaies et le mouvement des métaux précieux sont un sujet d'étude de premier ordre, à une époque où le rapport entre la valeur des métaux subit de si fortes oscillations. Il est très important de suivre ces oscillations et d'en mesurer l'écart; mais il est plus intéressant encore de se rendre compte des progrès de la dépréciation du numéraire, or, et argent. Il est évident que les prix s'élèvent, en partie du moins, — par celte cause; — mais ce n'est qu'en connaissant le prix d'un grand nombre de marchandises, pendant une série d'années, qu'on peut espérer résoudre ce problème.

Page 1