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CONSOMMATIONS

La statistique des consommations suppose la possession de deux renseignements : le chiffre de la population, et le montant de la production. Lorsque la production est connue et qu'on a ajouté l'excédent d'importation, ou défalqué l'excédent d'exportation, on a la consommation totale; la consommation moyenne ou par tète se trouve par une simple division. La consommation moyenne est un chiffre abstrait, mais on en comprend l'utilité; il permet souvent de corn-

parer le degré d*aisance de différents pays et de différentes époques, et c'est généralement le moyen de se rendre compte de l'effet de l'augmentation ou de la réduction d'un impôt; la consommation est aussi un trait de mœurs et peut être mise en rapport avec d'autres données. Ainsi, lorsqu'on compare la consommation des céréales dans les différents pays, on trouve que le climat exerce — du moins en partie », — son influence sur le choix du grain qui fournît littéralement le pain quotidien. Tandis qu'il faut, par tête, 2 hectolitres de froment dans le Royaume-Uni, 1 h. 50 aux États- Unis, 1 h. 40 en Italie, 1 h. 10 en Belgique, on se contente de 0 h. 78 en Suisse, 0 h. 77 en Autriche, 0 h. 75 aux Pays- Bas, 0 h. 69 en Russie, 0 h. 54 en Prusse, et de très faibles quantités en Suède, Norvège, Danemark. En France, on compte 2 h. 20 par tète. Hais les pays qui consomment peu de froment, emploient çurtout du seigle pour leur pain : la Russie 2 hectolitres, la Prusse 1 h. 96, les Pays-Bas et la Suède 1 h. 15, la Belgique 1 h., le Wurtemberg 0 h. 60, et les Ëtats-Unis, qui cultivent tant de maïs, emploient 0 h. 15 seulement de seigle. Ailleurs on mêle de Torge, de l'avoine, même de la fécule de pomme de terre au pain. La qualité du pain diffère le plus souvent selon les provinces et selon le degré d'aisance des populations.

Il est très difficile de se procurer des chiffres certains sur la consommation des céréales, il vaut mieux chercher à établir la consommation du pain, comme nous avons pu le faire dans notre Statistique de la France. Il est un peu plus facile de connaître le chiffre approximatif de la consommation de

* On trouvera peut-ctrc que nous faisons un fréquent usage de cette restriction. C'est qu'il y a peu de causes UDiques. Dans le cas qui nous occupe, le degré d'aisance a sa part d'influence» les habitudes prises ont la leur.

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la viande, au moyen des registres d'oclroi, des listes d'abatloirs, elc., du moins pour les villes; pour l'ensemble d'un pays, on devra encore s'aider de conjectures, d'évaluations. Kn réunissant ce que nous avons trouvé de plus vraisemblable sur les divers Ëtats, la consommation moyenne par Icte serait comme suit : Royaume-Uni 39 k. 4 de viande, France30kil.,Mecklembourg29k.,Bade25k.4, Suisse 23k., Danemark 22 k. 6, Bavière 21 k. 9, Suède 20 k. 2, Autriche 20 kil., Russie 20 k., Saxe 19 k., Prusse 18 k. 9, Pays-Bas 18 k. 2, Belgique 18 k., Italie 13 k., Espagne 12 k.9.

On peut aisément mesurer la consommation des denrées coloniales : café, chocolat, thé, dont les quantités se relèvent sur les tableaux des douanes, et même celle du sucre, des boissons, vins, eaux-de-vie et bières, tabac à cause des impôts qu'ils supportent. C'est en général le tlsc qui fournit ici les données premières au statisticien, car ces denrées sont des matières éminemment imposables : mais nous ne reproduirons aucun chiffre, parce que les divers gouvernements en publient tous les ans et même plus souvent. Nous ferons seulement remarquer que ces denrées sont quelquefois considérées comme consommations de luxe, et propres à montrer le progrès de l'aisance. Toutefois, le tabac et l'eau-de-vie deviennent des habitudes tellement invétérées, que le mouvement de leur consommation n'indique plus rien. On s'en est servi, avec raison, pour montrer quel chiffre élevé atteignent les dépenses inutiles, même du simple travailleurmanuel.

On a essayé aussi de comparer la consommation du fer, des tissus, du cuir, etc., et bien que nous aussi l'ayons tenté ailleurs, nous n'ignorons pas que nos évaluations, comme celles de nos confrères, ne peuvent avoir d'autre prétention

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que de donner, faute de mieux, un renseignement approximatif.

S'il ne s'agissait que de grouper des salaires, nous ne manquerions pas de matériaux. On en publie partout : l'Angleterre dans les Miscellaneous staiislics et autres documents officiels, puis dans une série de publications privées, dont la plus récente est de rinfaligable M. Leone Levî {Work and pay, Loudon 1877). En Allemagne, entre autres travaux, nous devons rappeler la grande enq uête sur les ouvriers agricoles {DieLagederlândlichenArbeiler,lierl\n,Wie*^SLndtyeic.^ 1875) et les ouvrages de M. von der Goltz et autres, puis les enquêtes du ministère du commerce de 1876, en Prusse, le volume Labour in Europe par M. Young, des États-Unis, les rapports des secrétaires d'ambassade anglais, et d'autres publications analogues. En FraAce, en dehors des données enfouies dans les enquêtes, ou a le document annuel publié par le bureau de la statistique générale de France.

Nous pourrions continuer cette énumération, mais nous croyons rendre plus de service en indiquant ici quelques intéressants problèmes. En voici un qu'avec un peu de persévérance de simples particuliers pourront résoudre. Tout le monde a constaté q\ïè le même travail se paieditféremment, , selon les localités. Pourquoi le salaire est-il plus élevé à tel endroit qu'à uu autre? M. Balbie pense que les usages, les traditions y sont pour beaucoup; les économistes, — et les ouvriers sont d'accord avec eux sur ce point, — sont d'avis que l'oifre et la demande règlent les prix. Cela est tellement

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\T«ai que, en recevant le livre prucilé de M. Leone Levi, nous l'ouvrons par hasard p. 57 : nous trouvons que le salaire hebdomadaire des ouvriers agricoles est de 12 schilHogs dans le comté deDevon et de 20 dans le comté de Northumberland; et quelle raison donnet-on? Dans le Devon, les ouvriers sont nombreux ; dans le Norlhumberland, l'industrie les enlève à Tagricullure. H n'est vraiment pas nécessaire d'insister sur une vérité aussi banale, il suffit de rappeler le mot de Cobden : Quand 2 patrons courent après 1 ouvrier, les salaires s'élèvent; quand 2 ouvriers courent après un patron, ils baissent. Du reste, tout le système des Trades-Unions est fondé sur ce principe : ils sont organisés en vue de diminuer la concurrence des travailleurs.

Ces points sont acquis, et pourtant ils n'épuisent pas la matière. Nous avons recueilli un certain nombre de faits desquels il résulte qu'en dehors de Tinfluence de l'ofTre et de la demande, les salaires son t plus élevés dans les contrées fertiles ou dans les industries productives que dans des milieux moins favorables. En^d'autres termes, le salaire de l'ouvrier est dans uia certain rapport avec le bénéfice du patron. Il y a là une proportion plus ou moins rationnelle, logique, nécessaire, et nullement arbitraire. Nous appelons sur ce point l'attention des chercheurs patients, curieux des choses sociales. Il y a deux manières de constater ce rapport : Tune, c'est de comparer les salaires usuels dans une série de circonscriptions agricoles avec le rendement des cultures les plus répandues ou les plus fréquentes; l'autre, plus difficile à réaliser, mais possible^ au moins pour les sociétés par action, c'est de comparer le montant total des salaires au montant total des dividendes.

Nous présenterons encore un autre problème à résoudre.

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En fait, les salaires ont augmenté partout : est-ce par l'elfet des trades- unions? Nous ne le croyons pas. Les fonctionnaires ne peuvent pas faire grève, et néanmoins leurs salaires ou traitements se sont élevés dans une proportion peu dififérente de celle des salaires. Nous avons noté, dans l'industrie même, une série de cas où les salaires ont augmenté sans trades'unionsy sans chambre syndicale, sans Gewerkverein^. Ces organisations exercent en général des effets plus apparents que réels; mais, si elles devenaient sérieusement actives et influentes, elles feraient plutôt du mal que du bien, car elles voudraient régler à un point de vue unique (celui des ouvriers) une matière qui doit être réglée par voie de transaction: Quoi qu'il en soit, c'est la hausse successive des salaires qu'il faudrait pouvoir noter pour une série d'années, et rapprocher ce renseignement des grèves, afin d'en constater les effets durables : nous croyons que les résultats seraient inattendus. Il y a lieu d'avoir en vue toujours la même classe d'ouvriers moyens, afin que les chiffres soient comparables, car, entre le salaire le plus élevé et le salaire le plus bas, il y a bien des degrés.

La comparaison des dépenses et des recettes, soit des ouvriers, soit des employés, commis, instituteurs et autres personnes ayant un faible revenu, présente un grand intérêt, mais il est difficile de se procurer des chiffres sérieux ; en cette matière, des statisticiens non officiels ont plus de chance quedes bureaux d'obtenir des résultats satisfaisants. Les budgets d'ouvriers que certains auteurs ont publiés eont incomplets pour les receltes, et comptent des dépenses

* Les gagea des domestiques ont doublé depuis 30 ans, sans la moindre ^rcvc; les bons domestiques sont si rares qu'on élève les gages de ceux dont ou est content.

.'Î;i0 IJVRE IV. — PARTIE APPUQL'ÉE OU DÉMOGRAPHIE.

fictives. On omet généralement les petites recettes en nature, bien des avantages gratuits, comme Taffouage, etc. Les vêtements coûtent généralement moins que Ton dit. Mais ce qui doit plus particulièrement rendre suspects ces budgets, c'est qu'il y a dans ces « couches sociales » bien peu de personnes qui notent leurs recettes et leurs dépenses.

Une statistique à faire, est encore le rapprochement de la petite industrie de la grande. Des publicistes ont soutenu que la petite industrie sera infailliblement absorbée par la grande. Ce qui est vrai, c'est qu'un certain nombre de petites industries ont subi, ou sont en danger de subir cette absorption; mais elles sont remplacées largement par d'autres : les ouvriers des fabriques sont fournis par l'accroissement de la population. Supposons que les forgerons soient destinés à être ainsi absorbés, s'ils étaient remplacés par autant de photographes (ce ne sont là que des exemples destinés à faire comprendre notre pensée), y aurait-il là un mal social? Le travail des tisserands à la main, qui faisait vivre misérablement tant de familles, se fait maintenant en grande partie par les machines : en revanche, des centaines de mille employés de chemins de feront pu se fonder un petit home, moins triste que celui de ces ouvriers enchaînés pendant quatorze heures à leur métier. Or, ce que la statistique devrait pouvoir établir, c'est le nombre des familles qui peuvent vivre sans que l'épouse ou la mère ait besoin de gagner un salaire. Le nombre proportionnel de ces familles, est-il plus grand en 1885 qu'en 1855 ou en 1825? Personne n'a pu encore le dire. Qu'on tâche du moins de préparer des éléments de comparaison pour les statistiques de l'avenir.

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