INTRODUCTION
de l'objet auquel le dessin s'applique, nous demandons sincèrement à quels signes le juge pourra reconnaître les cas où celte règle devra s'appliquer, à quels signes il reconnaîtra les cas où la règle, au contraire, devra fléchir. La loi érigera-t-elle le juge en professeur d'eslhé-^ tique, et le çhargera-t-elle, comme un autre Paris, de décerner la pomme à la beauté? Mais, d'abord, qu'est-ce que la beauté? Où est-ce que commence le beau? Où est-ce qu'il finit? Même parmi les artistes reconnus, avérés, dans tous les pays et dans tous les siècles, n'y a-t-il pas des écoles qui, partant de principes opposés, envisagent l'art et conçoivent le beau d'une façon diamétralement différente? Est-ce que le beau est absolu? Ne varie-t'il pas selon la nature, les caractères, les milieux et les mœurs des pays ou des individus? Qui rêvera jamais d'établir une ligne de démarcation, nette et définie, entre le beau et ce qui ne l'est pas, ou, ce qui revient au même, entre ce qui est Tart et ce qui ne l'est pas?
L'art, il faut le dire, n'a pas de limite ; il n'a ni com^ niencement ni fin ; il n'est que Texpression de la création conçue par Tesprit humain. Dès qu'il y a création de l'esprit, Tart se manifeste. La forme sera plus ou moins châtiée, la manifestation plus ou moins grandiose, l'œuvre sera plus ou moins éphémère; Part n'en persistera pas moins. Le vulgaire, accoutumé à ne juger de l'art que par ses manifestations les plus éclatantes, ne voudra pas le reconnaître dans une manifestation à peine ébauchée et, pour ainsi dire, embryonnaire ; mais le philosophe et, par conséquent, le législateur, remontant de l'effet à la cause, confondra dans une même vue toutes ces manifestations, et, certain qu'elles procèdent toutes