‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 100 sur 501 · CHAPITRE I. — OPHTHAUIIKS · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — OPHTHAUIIKS

racnce à s'ulcérer ou à être affectée d'une manière quelconque ; un ramollissement un peu étendu de cette membrane avec accompagnement de chémosis la contre-

indique ; l'observation démontre que les accidents dont elle est le siège sont susceptibles de progresser avec une effrayante rapidité, du moment oùl'œil a subi l'impression du caustique. Parfois le salut de l'organe est compromis dans l'espace de quelques heures. M. Desmarres considère le crayon de sulfate de cuivre comme une bonne pierre de touche dans cette circonstance. Lorsque le gonflement de laconjonctive est considérable, dit-il, et que la purulence est très-abondante, il arrive souvent qu'après avoir écarté les paupières avec des crochets appropriés, on trouve la cornée munie de sa diaphanéité, bien que déjà elle soit gravement atteinte. Si, avant de procéder à l'application du nitrate d'argent sur la conjonctive, on touche la cornée à sa périphérie avec le sulfate de cuivre, on constate, lorsque la membrane est déjà malade et sous l'influence de l'étranglement, que l'endroit touché revêt une teinte bleuâtre, tandis crue si la cornée est saine, elle conserve sa transparence. L'épithélium étant détruit, dans le premier cas, l'intervention du caustique pourra mettre l'organe en danger, tant en augmentant la tuméfaction locale qu'en atteignant directement le miroir de l'œil. Nous devons ajouter que la cautérisation, dans de telles circonstances, n'agit pas seulement d'une manière délétère sur la face antérieure de la cornée, lorsque le caustique vient à se porter sur elle; la capillarité vasculaire et l'action endosmotique des tissus tendent, en outre, à charrier la matière corrosive jusqu'au sein de la substance cornéale.

Les principes qui viennent d'être formulés ont pour source les désastres que j'ai constatés chez quelques-uns de mes confrères, et je l'avouerai, sur quelques-uns de mes malades, au début de ma pratique ophthalmologique. Les modifications que M. de Graefe a introduites dans la méthode eclrotique, appliquée aux conditions morbides dont il s'agit ici, tendent-elles à en atténuer les dangers? c'est ce que l'expérience aura à démontrer. Cet observateur ne pense pas1 que la cautérisation avec le nitrate d'argent soit contre-indiquée dans les ophthalmies purulentes, quand, par l'extension du travail phlegmasique de la conjonctive à la cornée, celle-ci est devenue trouble, s'est ulcérée ou même perforée. Cette complication, du côté dumiroir, demande seulement une surveillance plus attentive et un soin particulier dans l'ablution de l'organe et la neutralisation du caustique en excès, de peur que l'agent corrosif ne gagne la cornée. La cautérisation, en outre, sera peu énergique et ne devra pas dépasser l'action que l'état de la conjonctive réclame. Lorsque la perforation de la cornée, dit-il, est imminente, et que l'infiltration purulente se propage visiblement, le traitement de la conjonctivite seule est insuffisant pour prévenir la destruction ultérieure de la cornée. On doit s'efforcer de dégager la circulation dans cette membrane en réprimant la pression intra-oculaire. Deux moyens conduiront à l'obtention de ce but : les instillations d'une solution de sulfate d'atropine ( de 5 à 10 centigrammes de ce dernier pour A grammes d'eau distillée) et la paracentèse de la cornée. M. de Graefe ajoute que les instillations mydriatiques, même quand on

1 Annales d'oculisUrjue, l. XL, p. 73.

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les réitère fréquemment, sont Bouvent stériles dans l'espèce, ce qui dépend , un grande partie, de ce que la tension de la tunique cornéale contrarie le passage du liquide à travers sa substance ; comme le médicament ne pénètre pas dans les chambres oculaires, l'iris reste insensible à son action. Celle-ci ne se manifeste quelquefois qnc quand la tension du globe a été diminuée par l'écoulement de l'humeur aqueuse.

La plupart des auteurs conseillent l'excision du bourrelet ebémosique, dans le but de fournir une prompte évacuation au sang qui distend les réseaux vascu laires de la conjonctive et aux fluides accumulés sous elle. On rapporte que, dans Pophthalmie purulente qui désola l'armée française en Espagne, ce procédé sauva la vue à un grand nombre de militaires qui y furent soumis au début de l'affection, tandis que la plupart de ceux qui ne furent pas ainsi traités devinrent aveugles. On pratique cette opération avec des pinces et des ciseaux courbes dont on tourne la convexité contre le bulbe, quelquefois avec les ciseaux seuls. Elle est loin d'être toujours facile, le gonflement des paupières s'opposant, dans quelques cas, à son exécution. Carron du Villards introduit entre elles le dilatateur de Kelley-Snowdcn, après avoir endormi le malade avec le chloroforme.

Becr ne parle pas de l'excision des tumeurs de ce genre , mais il ne manque pas d'en conseiller le débridement sur plusieurs points, les scarifications devant être profondes, sans intéresser néanmoins la sclérotique. C'est également la pratique à laquelle j'ai eu maintes fois recours, lorsque le salut de la cornée me paraissait compromis par suite de l'étranglement qu'elle subissait, et qu'aucun autre moyen ne me semblait avoir prise suffisante sur la dégénérescence. Les scarifications peuvent être, à la rigueur, bornées à la partie inférieure du cercle chémosique. On les effectue, dans les cas urgents, une fois par jour, et même deux fois, comme le conseille Jiingken. Les lotions abondantes, avec de l'eau chaude, provoquent, après leur exécution, un dégorgement salutaire.

Tyrrell a longtemps préconisé l'excision rayonnante du bourrelet chémosique; c'est-à-dire la résection, avec des ciseaux courbes, de quelques replis conjonctivaux dans une direction radiée occupant l'intervalle des muscles droits. Il lui substitua plus tard la scarification rayonnante, dans les interstices de ces muscles, avec le kératotome. Dans ces modes de solution de continuité, Tyrrell a pour but, tout en provoquant une effusion sanguine abondante, d'éviter la mortification de la cornée, en épargnant les principaux troncs vasculaires qui sillonnent la région antérieure de l'organe.

Conjonctivites subaigud et chronique. — Leur résolution demande qu'on rende aux vaisseaux frappés d'inertie leur élasticité et leur énergie primitives. On tend à ce but par les remèdes astringents et par quelques autres, qui sollicitent une stimulation locale. Outre les solutions , que nous avons recommandées contre les conjonctivites aiguës et qui peuvent être applicables aussi aux bas chroniques, nous mentionnerons les collyres de sulfate de cuivre, de pierre divine, de sublimé, de tannin , l'extrait de saturne combiné avec l'huile d'olive . le blanc d'œuf alumineux, l'infusion de thé noir(Voy. Collyres). L'alcool camphré, le laudanum de Sydenham, peuvent être utilement associés aux solutions astringentes. Nous ordonnons fréquemment le laudanum étendu d'eau pour instilla*-

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tions, tous les soirs, entre les paupières, rarement le laudanum pur. Le repos de la nuit seconde les effets de ce remède; souvent pou de jours suffisent pour qu'une diminution soit constatée dans la phlogose. Des malades ont été soulagés par de simples lotions avec de l'eau chaude (page 464). On n'oubliera pas les cataplasmes de cerfeuil ( page 171).

Les pommades à l'oxyde rouge de mercure, qu'on peut combiner avec l'acétate de plomb cristallisé, avec la pierre divine, avec le camphre, le laudanum (Voy. Po7nmades) , jouissent, dans les conjonctivites subaiguës et chroniques d'une efficacité puissante. Le pannus et les complications diverses, susceptibles de s'associer à la forme pathologique qui nous occupe, pourront réclamer l'exécution d'indications spéciales. J'ai entendu Broussais préconiser beaucoup contre les ophthalmies chroniques l'application journalière ou presque journalière d'une sangsue à chaque tempe.

Cotijonctivites dermatosiques . — Les conjonctivites morbilleuse, scarlatineuse, érysipélateuse et varioleuse se dissipent d'ordinaire en même temps que la maladie qui a présidé à leur développement. Si l'on croit utile d'avoir recours à% quelques liquides médicamenteux contre ces inflammations, il faut les employer tièdes. Persistent-elles après l'affection cutanée, on les traitera d'après le type qu'elles présentent. L'ophthalmic varioleuse surtout sera surveillée avec le plus grand soin quand elle a envahi la cornée. Nous en indiquerons le traitement dans la Section 111.

Conjonctivite iodique. — Le collyre au sulfate de zinc et les principaux topiques usités contre l'ophthalmie catarrhale lui sont applicables. Les fomentations avec une infusion de fleurs de sureau additionnée d'extrait de saturne seront plus particulièrement utiles quand elle sera compliquée d'eedème sous-conjonctival.

Conjonctivite miasmatique ou méphitique. — Le docteur Furnari annonce que M. Chevalier, chargé par l'administration de la surveillance d'un curage général des égoutsde Paris, ne tarda pas à se convaincre que les éaïollienls prolongeaient les ophthalmies des hommes qui y étaient occupés, tandis que les astringents jouissaient contre elles d'une action salutaire. M. Furnari ajoute qu'aussitôt qu'un ouvrier sentait ses yeux s'affecter, il se rendait à la tente, où le collyre astringent était toujours préparé en quantité suffisante. Telle était l'efficacité de ce moyen qu'on a vu un grand nombre de ces hommes reprendre leurs travaux après une ou deux heures d'interruption. La rougeur et la cuisson ne reparaissaient presque jamais, quand l'ouvrier s'exposait de nouveau aux miasmes délétères; ce n'était parfois qu'au bout de sept ou huit jours que survenait une conjonctivite semblable à la première.

Ophthalmiesénilc. — Elle réclame l'application des moyens en usage contre les conjonctivites indolentes et les blépharites. La complication d'un ectropion aux paupières inférieures pourra militer pour l'emploi de la cautérisation ou de l'excision de la paroi mu pieuse de ces voiles, opérations dont il sera question plus lard.

Article 2. — Conjonctivite partielle.

L'inflammation de la conjonctive, uniquement localisée dans une. région de cette membrane, nous offre deux formes très-communes : 1° la blépharo-conjonctivite ; 2° la conjonctivite angulaire.

§ 1. — Blépharo-conjonctivite (Conjonctivite palpébrale, blépharite muqueuse).

caractères ANATOMiQUES. — Constituée par l'inflammation du feuillet qui tapisse la face interne des voiles palpébraux, la blépharo-eonjonctivite commence assez habituellement, d'après Burkard Eble, vers les conduits excréteurs des glandes de Meïbomius, le long du bord palpébral, et le plus ordinairement aux commissures des paupières. La teinte que ce feuillet contracte peut être rosée au début , et devenir de plus en plus foncée. Das filets sanguins, tortueux, se dirigent du bord ciliaire des paupières à leur bord adhérent ; la vâscularisation devient d'aulant plus confluente que l'inflammation prend plus d'intensité; pourvus de calibres variables, les vaisseaux donnent lieu alors à des anastomoses nombreuses, d'où il suit que le tissu malade nous offre et des vaisseaux qui se portent d'avant en arrière, et d'autres qui ont une direction transversale ou oblique. La conjonctive scléroticalc est, dans cette circonstance, plus ou moins envahie. Notons les hypertrophies des papilles de la conjonctive palpébrale et les vésicules miliaires produites par le gonflement de ses glandules, conditions si souvent confondues avec des granulations, et sur lesquelles nous reviendrons dans l'article suivant. Les bords palpébraux deviennent le siège d'un certain degré de tuméfaction et de rougeur.

caractères physiologiques. — Les symptômes fonctionnels de la blépharite muqueuse peuvent être déduits de ceux qui signalent la conjonctivite catarrhale, dont elle est le premier degré : sentiment de cuisson et de gravier ; sécrétion muqueuse plus ou moins abondante.

traitement.— Elle réclame, dans sa période aiguë, la médication de la conjonctivite catarrhalc. Est-elle subaiguë ou chronique, on la combattra par les moyens qui jouissent le plus d'efficacité contre les conjonctivites anciennes, et plus particulièrement parle collyre au sublimé, simple ou laudanisé (page 152), et par les pommades rouges. Les hypertrophies des papilles trouvent souvent dans ces topiques une ressource suffisante pour leur guérison. Dans d'autres cas, il y aura lieu de scarifier la paroi où elles siègent , s'il s'agissait de granulations véritables. On peut encore les attaquer activement avec une solution concentrée de nitrate d'argent, ou de sulfate de cuivre, ou avec un crayon de ce dernier sel.

Dans les blépharitcs et dans quelques conjonctivites aiguës ou chroniques, une pratique traditionnelle et populaire a consacré l'application, pendant lanuit, sur les paupières d'un morceau de foie ou de rouelle de veau. J'ai vu ce moyen extrapharmaceutique dissiper l'ardeur locale, et produire un grand amendement dans les accidents inflammatoires.

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