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CHAPITRE I. — OPHTFIALMIES

dans la première. Il y a lieu de remarquer aussi que les surfaces palpébrales, \ raiment granuleuses, sont dépourvues de vaisseaux ayant un cours bien appréciable, comme la chose a lieu, et souvent d'une manière exagérée, dans les auti es blépharo-conjonctivites. Le phénomène s'explique fort bien, d'ailleurs, lorsqu'on réfléchit au mécanisme qui préside à la constitution des productions granuleuses. Nous le considérons comme l'un des guides les plus précieux pour reconnaître si les aspérités dont une paupière est pourvue sont des granulations ou des hy- ' pérémies papillaircs ou autres.

La scarification des paupières granulées fournit généralement un sang épais , plastique , se coagulant avec rapidité. Je scarifie journellement des granuleux dont le sang n'arrive pas au vase qu'ils tiennent devant eux; il s'arrête sur la oue, s'y fige , et souvent les" malades ne s'en délivrent, par les lotions , qu'avec quelque peine. Si l'on scarifie, au contraire, des paupières atteintes d'une conjonctivite chronique, sans granulations, il y a écoulement d'un sang habituellement fluide et dépourvu de plasticité ; quand il est abondant , une rigole se forme sur la joue du patient , et le liquide tombe dans le vase prêt à le recevoir. .

Le muco-pus de l'ophthalmie purulente granuleuse est épais, empèse le linge et le traverse, comme le ferait la sécrétion d'un vésicatoire; on ne peut le faire disparaître que par un lavage prolongé. Il est lourd et se précipite aisément au fond de l'eau. Le mucus de la conjonctivite puriforme non granuleuse est plus ténu et surnage en partie dans le liquide.

Bien que le muco-pus soit parfois copieux dans les conjonctivites granuleuses chroniques, il arrive fréquemment qu'il est dénué d'abondance, associé, dans ce cas, à des phénomènes inflammatoires peu développés et souvent presque nuls. Cette condition peut faire penser au malade qu'il est guéri ou dans un état voisin delaguérison. Mais si vous renversez les paupières, vous découvrez, dans un grand nombre de circonstances, la persistance de plaques granuleuses, surtout vers le cul-de-sac rétro-tarsien supérieur. Or, ce reliquat morbide suffit pour devenir, sous l'influence d'une cause irritante, souvent bénigne , le point de départ d'une conjonctivite puro-muqueuse aiguë et d'accidents sérieux. Quelques auteurs parlent de granulations sèches ou non sécrétantes, distinction que n'admet pas M. Thiry, qui considère la sécrétion purulente comme une condition de l'existence de l'état granuleux. Elle peut seulement être diminuée de quantité, n'exister, par exemple, que le matin, au réveil du malade.

Les troubles fonctionnels, susceptibles de s'associer aux ophthalmies granuleuses anciennes, sont ceux des conjonctivites chroniques : prurit, sentiment de gravier , larmoiement habituel, collement des paupières, clignotement de ces voiles, etc. Les yeux sont sensibles à l'éclat delà lumière solaire ou artificielle • plusieurs sujets se plaignent de kopiopie. Chez les uns, la vue reste bonne • elle est plus ou moins troublée, chez les autres, suivant l'hypérémie intra-oculaire et suivant surtout les conditions de la cornée susceptible de se dépolir de s'ob «m», de se vaseulariser plus ou moins. On peut à peu près admettre comme - que, quand la mo.t.é supérieure de la cornée est occupée par une opacté vaseuse, cette condition dénote une irritation lente et chronique de cette par-

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tie, pav suite du frottement (|u'y exercent, à la manière d'une râpe, des aspérités plus ou moins dures logées sur la muqueuse de la paupière correspondante. Or ces aspérités sont des granulations' ou des papilles hypertrophiées. Si le segment inférieur de la cornée est plus rarement altéré, c'est qu'il est à peine couvert par la paupière inférieure, qui n'est, d'ailleurs, douée que d'une mobilité très-bornée, tandis. que la supérieure chevauche incessamment sur la région voisine du miroir, contre laquelle elle se trouve pressée par les contractions de l'orbiculairc. Très-fréquemment, en outre, la kératite panniforme est accompagnée d'un certain degré d'abaissement de la paupière supérieure , qui occupe tantôt un œil, tantôt les deux yeux : à voir cette occlusion incomplète, on dirait que les malades sont livrés à un demi-sommeil. Le ptosis peut s'expliquer ici par l'épaississement du voile palpébral, devenu pliis lourd par suite de l'addition de quelques éléments anomalement entrés dans sa composition. On a encore invoqué l'engourdissement de sa mobilité, à cause du processus congestif dont il est le siège.

Chez Pierre Rosset , Savoisien, âgé de vingt-neuf ans, qui se présenta pour la première fois à mon dispensaire en janvier 1851 , la maladie , qui affectait les deux yeux, datait de mai 1848 , époque à laquelle il faisait campagne en Italie, dans l'armée du roi Charles-Albert. Atteint alors d'une ophlhalmie très-aiguë, qui l'avait contraint d'entrer à l'hôpital de Brescia, où il séjourna cinquante jours, il fut saigné, purgé, soumis à l'usage de plusieurs collyres, et un vésicatoirelui fut appliqué à la nuque. Ces expédients triomphèrent de la violence de laphlegmasie, mais laissèrent la vision frappée d'un affaiblissement considérable.

Comme je ne découvris, tout d'abord, aucun symptôme objectif, sauf un cer- ' tain degré de ptosis, ma première pensée fut pour une amaurose. Les pupilles étaient contractées ; il y avait de la sensibilité à l'éclat du jour ; la Qamme d une bou-ie paraissait au malade coupée vers ses bords en plusieurs segments. Mais, par une exploration plus minutieuse, et surtout par l'inspection latérale des cornées à la loupe, j'y constatai la présence de plusieurs ulcérations plates et diaphanes; puis, retournant les paupières supérieures, je m aperçus qu elles étaient infectées de granulations. Nous avions affaire à une double ophthalnne o-ranuleuse, qui avait entraîné les conditions anomales des miroirs. ° 11 importe d'autant plus d'examiner soigneusement les cornées , dans ces circonstances, que les facettes dont elles sont pourvues étant souvent tout aussi transparentes que le reste de la membrane, et se perdant d ailleurs dans le, reflets de l'œil, il en résulte la possibilité dune erreur préjudiciable au point de vue du traitement. 11 serait possible encore, dans l'hypothèse de admission d'une amhlyopie congestive, qu'on fût porté à envisager la chute de. la pauvre supérieure comme le résultat d'une paralysie incomplète de la troisième p*.*, paralysie reconnaissant la même cause que l'amblyopic présumée. Mais ,1 ta* se souvenir que l'état granuleux des voiles palpébraux engendre fréquemment blépharoptose ; c'est ce qui a fait dire à Fischer ( de Prague) qu .1 avait surtout rencontre le dernier phénomène morbide dans les ophthahno-blcnnorrheeschioniques.

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