‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 105 sur 501 · CHAPITRE 1. — OPHTHALMIES · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1. — OPHTHALMIES

do la cautérisation de ses paupières avec un crayon de sulfate de cuivre qui avait servi à des granuleux. M. Hairion rapporte qu'après le retour dans ses foyers d'un soldat, affligé de l'ophthalmie militaire, deux membres de sa famille devinrent aveugles .et trois borgnes, par suite de la contagion. Cet homme étant venu, dix ans après, se faire traiter à l'Institut ophthalmique de Mons, le docteur François, après l'avoir examiné, porta par mégarde aux yeux ses doigts imprégnés d'une très-petite quantité de muco-pus ; il fut assailli par une ophthalmie qui dura six mois. Un infirmier, qui n'avait pas suivi le conseil de ne faire usage d'aucun des objets qui avaient servi au malade, contracta une ophthalmie qui le rendit aveugle. Des faits nombreux du même genre prouvent amplement la contagion immédiate qu'ont, en outre, démontrée des expériences tentées sur les animaux vivants. D'après celles de M. Decondé1, un chien, dont les conjonctives palpébrales sont dans les conditions normales, devient presque constamment granuleux, au bout de quelques jours, si on l'enferme dans la même niche qu'un autre chien atteint d'ophthalmie granuleuse.

Quelques observateurs admettent que la contamination peut être médiate, c'est-à-dire se réaliser à distance par voie atmosphérique ou miasmatique. Au rapport de M. Decondé, un linge entaché, depuis plus d'une année, de matière virulente ophthalmique, fut fixé à une petite pièce de cuir, laquelle fut assujettie par ses bords, avec de la poix, au devant de l'œil d'un chien ; toutes les précautions avaient été prises pour que le linge ne touchât ni aux paupières ni au globe de l'animal ; or, des granulations apparurent. On a dit que des vêtements, des effets de literie, etc., étaient susceptibles de s'imprégner de miasmes, de les garder pendant un temps plus ou moins long, puis de les rendre à l'air, sous l'influence de circonstances propres à seconder cette restitution, et de former ainsi de nouveaux centres de contagion. Fondé sur l'autorité de Fabini, d'Omodei de Yetch, le docteur- Carron du Villards professe que l'infection miasmatique peut avoir lieu pour des sujets non atteints d'ophthalmie, quand on les place dans un, local étroit et mal aéré, où sont rassemblés des malades qui en sont affectés. J'ai donné des soins à une modiste, granuleuse, qui, ayant admis à coucher dans son ht l'une de ses compagnes, lui communiqua des granulations pour lesquelles elle entra en traitement à mes consultations cliniques La transmission ici pouvait être directe; mais, peu de temps après, le frère de l'une d elles, âgé de huit ans, ayant également pris domicile et couché dans la même pièce bien que dans un lit séparé, ce jeune garçon fut attaqué d'ophthalmie granuleuse. Je lui avais, au préalable, donné quelques conseils, à l'égard du péril auquel il s'exposait, s'il se servait surtout d'objets de toilette à 1 Wc des deux autres malades et tout parut démontrer que mes recommandations avaient été suivies.

La translation à distance est moins généralement admise que la contagion immédiate; elle est aussi d'une démonstration moins rigoureuse. Il est,0 en effet, bien difficile de savoir si, dans un cas donné, un sujet, qu'on prétend

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infecté par le premier mode, ne l'a pas été par le second. Le docteur Dccaisne affirme1 que M. Dccouvtray plaçait indistinctement les ophthalmiques dans les premiers lits vacants de ses salles ; il osa même introduire trente malades des plus graves au milieu de son hôpital ; il les confondit avec des convalescents et aucun de ceux-ci ne fut atteint. « Ne voyons-nous pas journellement, ajoute M. Dccaisne, les fiévreux, les blessés, les vénériens se réunir à leurs camabdei attaqués d ophlhalmie, sans que ceux-ci leur communiquent le mal et sans être surpris par l'infection miasmatique au milieu de laquelle ils doivent cependant se trouver placés. » Le même praticien a fait observer au congrès ophtalmologique de Bruxelles qu'à deux reprises l'armée française, pendant son séjour en Belgique, occupa des locaux naguère habités par des soldais granuleux et usa des mêmes literies, sans emporter le germe de l'ophthalmie. En supposant même fausse la théorie de la contagion miasmatique, il y aura toujours prudence à l'admettre au point de vue pratique, c'est-à-dire, en ce qui concerne l'isolement des granuleux et les mesures hygiéniques de toutes sortes, une trop grande confiance, dans un sens opposé, pouvant entraîner des résultats funestes. Nous ajouterons cependant que, depuis un grand nombre d'années, nous examinons journellement à la loupe des malades entachés de granulations, et bien que souvent nous nous approchions beaucoup de leurs yeux, celte exploration n'a jamais eu pour nous de suites fâcheuses.

De même qu'il y a des conjonctivites puro-muqueuses -simples, de même aussi il existe des vaginites, des urétrites purement catarrhales, celles, par exemple, qui résultent du séjour d'une sonde dans le conduit urinaire. Mais l'expérience démontre qu'à la conjonctivite granuleuse correspond une inflammation spécifique identique, et ayant pour siège la muqueuse de l'urètre, du vagin, du col utérin. Prenez, sur la muqueuse génitale ainsi affectée, du muco-pus pour le déverser sur l'œil, vous obtiendrez une conjonctivite purulente souvent granuleuse; le muco-pus oculaire, porté dans l'urètre, dans le vagin, donnera fréquemment lieu à une urétrite, à une vaginite. de même nature. Des preuves irréfragables attestent la vérité de ces propositions. J'ai donné des soins à une petite fille de quatre ans, qui fut frappée d une ophthalmo-blennorrhée des plus véhémentes, après qu'elle eut porte a ses yeux une serviette qui avait servi à son père, affecté d'une gonorrhée, dont il avait laissé ignorer l'existence à ceux qui l'entouraient. Cette enfant perdit un œ>l et il fallut un temps fort long pour la délivrer des granulations dont elle ela, atteinte et qui faillirent compromettre le salut de son congénère ^ Fréquemment encore, la conjonctivite purulente granuleuse des nouveau-nés dérive dune infection contractée pendant le travail de l'accouchement.

L'allégation qui précède a été énergiquemenl combattue parle docteur Warlomont, devant l'Académie de médecine de Belgique. Ce praticien affirme quej chez aucun de ses malades atteints de pannus, la blennopnthalmie inoculée n donné naissance à des granulations, ni pendant l'étal aigu, m plus tard. U mieux: o>nd les sujets étaient porteurs de produits granuleux, avant dëtre

1 Annales d'oculislùjuc, t. V, p. H 5.

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