CHAPITRE [. — OPttTHALMIES
inoculés, ces produits disparaissaient invariablement sous l'influence de la blennophthalmie. Dans l'opinion de M. Thiry, s'il paraît que que des granulations n'ont point été constatées chez les inoculés de M. Warlomont, c'est qu'il a le plus habituellement opéré avec de la matière émanant d'urétrites simples. La conjonctive, d'ailleurs, comme tous les tissus, possède de grandes variations de sensibilité ; il en est qui résistent à l'impression des agents irritants, comme d'autres y cèdent avec la plus grande facilité; peut-on admettre que, partout et toujours, le virus granuleux déposé sur une conjonctive aboutit invariablement aux mêmes conséquences? Dans l'espèce enfin, le muco-pus a été mis en rapport avec des tissus généralement délabrés par des dégénérescences profondes, la conjonctive oculo-palpébrale ne pouvant guère conserver ses conditions physiologiques, quand la cornée est entachée de la lésion ancienne et grave qui milite, en désespoir de cause, pour* l'application de l'inoculation.
La transmissibilité de la maladie virulente des yeux aux organes de la géné ration est démontrée par les recherches suivantes.
Après avoir recueilli une certaine quantité de muco-pus exsudé par une conjonctive granuleuse, M. Thiry le plaça sur la partie de la muqueuse où viennent s'ouvrir les canaux des glandes vulvo-vaginales, et il obtint des granulations spécifiques avec exsudation purulente. La même expérience faite pour le col utérin et l'urètre a fourni des résultats identiques.
Observation VIII.— En juin 1858, plein d'ardeur pour la recherche de la vérité, M. Guyomar s'introduisit dans l'urètre, el à l'aide d'une sonde cannelée, du muco-pus d'ophlhalmie purulente granuleuse, pris chez un nouveau-né âgé de trois jours, et dont la mère portait un écoulement génital. Une blennorrhagie se déclara à la tin du deuxième jour; elle devint atroce à partir du cinquième, et ne céda qu'au bout de trois semaines à un trailement énergique dirigé par le docteur Clerc. Vers l'époque de la diminution de l'écoulement, le malade Tut pris d'un rhumatisme musculaire des lombes, qui le força de s'aliter pendant quelques jours. Une fois guéri de l'écoulement et du rhumatisme, M. Guyomar constata, comme pour le triomphe complet delà doctrine, qu'une tuméfaction granuleuse , qui persistait encore deux mois après, s'élail développée vers l'orifice du méat urinaire.
Il résulte des considérations qui précèdent que l'affection granuleuse doit souvent exister simultanément, chez un même-individu, sur divers points de l'économie. C'est en effet ce qui a lieu. Qui ne sait qu'elle envahit rarement un seul œil, le sujet ne tardant pas à porter lui-même le venin de l'infection dans son congénère. L'une de mes malades, âgée de trois ans, entre à l'Enfant-Jésus, pour une fièvre qui la tourmentait, "d'après l'expression de la mère; elle était atteinte aussi d'une conjonctivite légère attribuée à la suppression d'une gourme. A l'hôpital, elle contracte une ophthalmie purulente aiguë ; elle en sort, au bout de six semaines, et on l'amène à mon dispensaire. Je constatai une ophthalmo-blennorrhée des plus intenses aux deux yeux, avec ectropions et présence de ces granulations en pavés, caractéristiques. Elle était, en outre afieetee depuis quinze jours, d'urélrite et de vaginite. Ce fait est instructif a plus dun titre. Tant que l'enfant habitait .on domicile, la conjonc-
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tivite était simple ; celle-ci devient granuleuse à l'hôpital, sous Pinflenee d'une condition virulente ; puis la malade s'infecte elle-même, cl infecte sa mère et sa sœur naguère saines, aujourd'hui granuleuses. Le docteur Thiry dit avoir fréquemment vérifié chez les hommes la coexistence d'une uréirile avec l'atl'ection oculaire, les deux, lésions offrant une identité frappante. Nombre de fois aussi chez les femmes, il trouva au col de l'utérus, dans la vulve, à l'urètre, des granulations absolument semblables à celles qu'il ohservait sur la conjonctive affectée.
Le fléau granuleux exerce surtout ses ravages dans les maternités, dans les salles d'asile, dans les prisons, dans les armées, partout en un mot, oii beaucoup d'individus ont entre eux des rapports journaliers. Si l'ophthalmie purulente granuleuse sévit si cruellement en Egypte, il faut en attribuer principalement le motif à la„malproprelé, à l'ignorance et à l'incurie des habitants de ce pays dans les basses classes. Rien n'est si commun que d'y rencontrer des enfants, de malheureux fellahs, portant dans leurs orbites des mouches qui s'y nourrissent des sécrétions morbides ; nul doute que ce ne soit là l'un des moyens par lesquels l'ophthalmie se communique l. En Egypte, d'ailleurs, presque tous les gens ignorent les précautions à prendre pour se préserver de la contagion, et, quand ils les connaîtraient, consentiraient-ils à s'y soumettre? Il faut avoir vu, comme nous, les musulmans en temps de peste et dans les incendies, pour savoir jusqu'où va le fatalisfne auquel ils sont livrés et qui les rend indifférents sur tout ce qui peut éloigner d'eux un danger. L'ophthalmie égyptienne, offrant, sous les rapports aigu et chronique, les symptômes qui viennent d'être décrits et demandant le même traitement, il nous paraît superflu de 'lui consacrer un article spécial. Parmi les borgnes et les aveugles que j'ai observés, lors de mon dernier voyage à Constantinople, en 1838, et dont beaucoup stationnaient comme mendiants aux portes des mosquées et des couvents des derviches (moines turcs), j'ai rencontré un bon nombre de granuleux. Plusieurs, me dit-on, étaient des anciens pèlerins de la Mecque, qui avaient contracté l'ophthalmie purulente à leur passage en Egypte.
Une opinion, professée par plusieurs auteurs, admet que l'ophthalmie granuleuse a été importée en Europe par les soldats français, anglais, italiens, qui avaient participé à la campagne d'Egypte. Ce fait ne peut qu'être radicalement inexact, puisque nous voyons cette ophthalmie se former pour ainsi dire sous nos yeux, et qu'elle a dû exister de tout temps. Quelques documents exposés par le docteur Vlcminckx, devant l'académie de médecine de Belgique (26 mars 1859), tendent à démontrer qu'elle était connue dans l'antiquité. « On
« c La mouche syrienne est plus petite que celle de nos pays ; son vol est rapide et un peu saccadé. Rien n'égale son entêtement : Vous la chassez, mais elle revient et ne vous quitte que suivant son bon plaisir. Sa voracité est telle que, lorsqu'elle a trouvé sa pâture sur votre visage, elle ne cède pas à la menace et préfère se laisser écraser. Aussi les indigènes sont- ils soumis à ce tyran, et vous êtes étonné de voir des personnes causer, des enfants jouer, ayant cinq ou six mouches réunies à l'angle interne de leurs yeux. Que de victimes sur la conjonctive desquelles cet insecte doit déposer le fatal virus ! "(Cordier, Eliologie de roplilhalmic purulente spontanée. Thèse inaug. Paris, 18î>8.)