‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 107 sur 501 · CHAPITRE 1. — 01MITIIAUIIKS · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1. — 01MITIIAUIIKS

voit sur les paupières retournées^ dit Aétius, des clevures qui ressemblent à des grains de millet ou à de petites lentilles; cette forme est plus rebelle que les autres. » Avicenne, Albueasis, ne sont pas moins explicites. Dans le cours des xvi1', xvne et xvme siècles, des ophthalmics épidémiques, en tous points semblables à la maladie qui depuis a reçu le nom d'oplitbalmie militaire , sévirent dans plusieurs parties de l'Europe. Telle fut l'épidémie de 1566, décrite par Forestus ; les médecins anglais la désignaient sous la dénomination de paupières murales; telle fut aussi celle de Breslau (1699 et 1700) et celle qui, en 1761 et 1762, assaillit les troupes anglaises en Westpbalie. Quelles que soient les inductions qu'on tirera de ces citations, il n'en est pas moins vrai que le retour d'Egypte d'un grand nombre d'bommes infectés -de l'ophthalmie granuleuse, et qui portèrent dans leurs familles et dans les régiments les germes de cette terrible maladie, a dû puissamment concourir à lui donner les vastes proportions qu'elle a acquises. C'est ce que d'ailleurs a savamment démontré M. Decondé , qui , dans une série d'articles consignés dans les Annales (F oculistique , s'est efforcé d'établir la filiation cpii a uni les épidémies ophthalmiques dont furent atteintes les armées de divers États depuis l'expédition d'Egypte.

traitement. — La médication de la conjonctivite granuleuse est soumise à quelques variations qui dépendent surtout du degré d'intensité inflammatoire que la mal présente.

ophthalmie granuleuse aiguë. — Son traitement peut être ramené aux trois chefs suivants, autour desquels se groupent des indications spéciales :

1° Le mal est à ses débuts, pas de chémosis, cornée saine;

2° Chémosis; la cornée paraît jouir de ses conditions normales ou n'est que très-faiblement prise ;

3° Hyperphlogose ; volumineux bourrelet chémosique ; cornée ramollie ou largement ulcérée.

Dans le premier cas, je cautérise immédiatement la paroi interne des paupières avec une solution concentrée de nitrate d'argent ; le no 1 , ou même le n<> 2 des solutions indiquées page 193. Le malade fait un fréquent usage d'un collyre composé de 15 centigrammes d'azotate d'argent pour 30 grammes d'eau distillée. Dans l'intervalle de ces instillations, fomentations avec une solution d'extrait de Saturne ou d'alun. Purgatifs.

A l'application de ces mêmes moyens, réclamés par la seconde condition, il faut joindre les scarifications du chémosis, s'il étrangle la cornée par ses dimensions trop considérables. Ces scarifications sont loin d'être toujours indispensables. J'ai vu la solution caustique de nitrate d'argent remplacée par le crayon de sulfate de cuivre et le malade guérir.

Dans le troisième cas, s'abstenir de cautérisation ; se tenir en garde contre la procidence de l'iris, à h avers une perforation possible de la cornée, et employer au besoin les mydriatiques. Injections souvent répétées avec une solution de nitrate d'argent préparée dans les proportions de 15 centigrammes de ce sel pour 30 grammes d'eau distillée; fomentations résolutives ; émissions sanguines «ans quelques circonstances, débridement du bourrelet ehémosique. Cata-

plasmes sinapisés aux. jambes; purgations énergiques; caloniel parfois associé à l'opium. Régime sévère; repos absolu.

Les douches oculaires, souvent répétées (page 102), ne peuvent que seconder utilement les efforts du praticien, quelque soit le degré de la maladie.

W. Àdams a beaucoup préconisé contre ces phlogoses purulentes le tartre stibié précédé de la saignée générale (page 122). Le docteur Clot-Bey paraît avoir employé avec avantage, dans l'ophthalmie d'Egypte, une solution d'alun et de sulfate de zinc, de chaque 4 grammes pour 300 grammes d'eau de sureau. L'usage de ces fomentations a parfois calmé avec rapidité la violence des accidents inflammatoires. Dans l'opinion du docteur Dccondé, le plus grand danger qu'offrent ces opbtbalmies dérive du contact de la paupière supérieure tuméfiée et versant des flots d'un mucus acre et corrosif sur la surface de l'œil. Pour remédier aux périls qui en résultent, il introduit sous le voile supérieur, le plus avant possible, une mèche de ouate, substance dont la souplesse et l'élasticité se prêtent au contour et aux mouvements du globe. La mèche, qui absorbe avec facilité la matière purulente, devra être assez longue pour dépasser par ses extrémités les deux angles de l'œil. Le coton, imprégné d'une forte solution d'acétate de plomb, sera renouvelé toutes les deux ou trois heures. La paracentèse delà cornée a été préconisée par Wardrop dans les ophthalmies purulentes, avec chémosis et imminence de sphacèle ou de perforation de la cornée (page 195), rupture quia lieu souvent vers un point de la périphérie de cette membrane. Ware se conformait à la doctrine de Wardrop, lorsque, malgré une médication antiphlogislique rigoureuse, la cornée commençait à perdre sa transparence et laissait voir un bord blanc à sa circonférence. « J'ai tenté trois fois cette opération, dit Burkard Eblc, et toujours avec un avantage marqué. Ce résultat confirme pleinement celui obtenu par Wardrop, Mac-Gregor, Farrel et Mùller. »

ophthalmie granuleuse chronique. — Dans cette forme morbide, la tâche du. médecin consiste moins à détruire de vive force les produits granuleux qu'à en solliciter graduellement la résolution, pour ramener peu à peu les tissus à leurs conditions physiologiques. Une médication, composée de moyens en harmonie avec la délicatesse de l'organe visuel, et, par cela même, d'une application exempte d'exacerbations phlegmasiques, conduit plus sûrement au but que ces ressources incendiaires qui, manifestant leur action bien au delà de la couche granuleuse, portent dans les tissus de profonds ravages. Quelle (pie soit, d'ailleurs, la médication mise en œuvre, l'ophthalmie qui nous occupe cm l'une des plus tenaces de toutes celles dont se compose le domaine de l'oculistique. Dans un discours prononcé à l'Académie de médecine de Belgique (séance du 10 avril 1859), le docteur Warlomont portait le défi à ses collègues, de leur montrer un seul homme, ayant séjourné deux ou trois mois dans une salle de granulés, où il aurait été traité par n'importe quelle méthode, et offrant des conjonctives tout à fait normales. Si l'on a appliqué, disait-il, la méthode ectrotique, des cicatrices blanches se sont substituées aux côùjbnctives ; a-t-on invoqué un traitement plus doux, l'état de boursoullemcnt qui subsiste, recelé le germe de nouvelles atteintes ; le malheureux donc qui a été affligé. de 1 oph-

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thalmie militaire, n'est jamais sur d'être guéri. Dans l'opinion du docteur Fallût, cette affection peut surgir de nouveau chez le soldat congédié, qui en a été attaqué, bien qu'il n'en présente plus de trace au moment de sa libération; la science ne possède pas de critérium d'après lequel on puisse affirmer qu'il n'existe aucune connexité entre deux atteintes éprouvées par le même individu à des époques plus ou moins éloignées; toute limite dès lors, qu'on voudrait établir à ce sujet, serait arbitraire.

Scarification. — Une ressource dont je ne saurais assez préconiser l'emploi consiste dans la division des surfaces granulées avec la lancette, ou mieux avec un scarificateur. Les médecins, qui se sont succédé à mes consultations cliniques, ont tous été surpris des résultats qu'elle fournit; tous, sans exception aucune, m'ont assuré qu'aucun moyen ne valait celui-là, parmi les expédients qu'ils voyaient mettre en œuvre dans les autres consultations ophthalmologiques. La scarification doit-être délicatement pratiquée avec un instrument bien tranchant, et n'effleurer que la superficie des parois granuleuses ; si le couteau pénétrait profondément dans les tissus, le procédé serait mille fois plus nuisible qu'utile. Je scarifie à larges traits transversalement et quelquefois verticalement. 11 m'arrive souvent aussi, quand les granulations sont exubérantes, de diriger le tranchant à plat, de manière à les enlever partiellement par abrasion ; c'est en partie pour ce motif que j'ai substitué au scarificateur de M. Desmarres un instrument qui n'en diffère que par une plus grande longueur de la lame (pl. 6, fig. 7). L'opération terminée, l'œil est plongé dans un vase rempli d'eau où le sang s'écoule avec abondance; l'administration, pendant huit ou dix minutes, d'une douche oculaire, présente ici de grands avantages. Je pratique habituellement ces scarifications de deux jours l'un. Elles sont exemptes de souffrances, tant que les granulations offrent des dimensions de quelque importance; le malade n'accuse généralement quelques picotements douloureux que lorsque les productions granuleuses se sont de beaucoup réduites, que les surfaces sont à peu près aplaties et que la guérison semble prochaine.

La bonification instantanée de la vision, immédiatement après la scarification, est l'une des conséquences les plus communes de cette opération. J'ai observé nombre de malades incapables de se livrer à des travaux demandant quelques efforts de vision, et qui, après avoir été scarifiés, s'y adonnaient sans aucune gêne. Pendant près d'une année, l'un d'eux, tailleur, aujourd'hui guéri, venait souvent sonner à ma porte, au lever du jour, sollicitant avec instance l'application d'un moyen, sans lequel, me disait-il, il lui serait impossible d'accomplir sa tâche. J'ai vu, chez un autre sujet, le soulagement ainsi obtenu durer quinze jours. Il résulte, en outre, de la dépression subie par les aspérités granulaires, que presque jamais les cornées ne se prennent, pendant tout le temps qu'on exécute le procédé dont il s'agit. Il faut joindre enfin aux bénéfices qui en découlent que les surfaces ainsi dégorgées, et superficiellement ouvertes sont plus facilement pénétrées parles topiques, quels qu'ils soient, destinés à en modifier les conditions.

Excision. — Recommandée par Pellier, par Lutens et par quelques autres auteurs, 1 excision, que j'exécute rarement, ne doit guère être réservée qu'aux gra-

miliitions déjà anciennes et dans lesquelles une saillie considérable des exubérances donne une forte prise à l'instrument. Pratiquées avec des ciseaux droits ou courbes, à brandies plates, les excisions seront dirigées de telle sorte qu'elles efllcurent, pour ainsi dire, les parties affectées ; il faudra se bien garder d'emporter de grands lambeaux de conjonctive, de crainte d'exaspérer l'inflammation et de donner lieu à des cicatrices dures, coriaces, et à des raccourcissements considérables, sans obtenir, comme compensation, quelques résultats favorables, au point de vue du mal principal.

Cautérisation.— L'application, longtemps continuée, des catbérétiques est, après la scarification , l'un des meilleurs moyens de détruire les productions granuleuses. Je préfère les fortes solutions de nitrate d'argent, et môme, quand elles semblent susciter une réaction trop vive, je les remplace par une solution concentrée de sulfate de cuivre ou d'alun, revenant quelquefois plus tard au nitrate d'argent, quand l'œil s'est familiarisé avec ce genre de remèdes. J'ai recours à ces moyens, immédiatement après la scarification, quand l'écoulement sanguin est tari, ce qui arrive au bout d'un laps de temps fort court. Dansquelques cas, je ne les applique pas à chaque scarification. Ma règle de conduite est fondée sur la marche de la maladie, sur les résultats de la médication et sur les susceptibilités individuelles.

La cautérisation de la face interne des paupières avec la pierre infernale est l'une de celles qui a conquis le plus de vogue. Les dangers qu'elle offre, brides, adhérences vicieuses, raccourcissements modulaires, etc., nous ont engagé à la bannir ici de notre pratique. M. Hairion fait remarquer que si l'on cautérise , avec le nitrate d'argent solide, une surface granuleuse, on donne lieu à une escarre qui ne tombe que du second au troisième jour, en même temps qu'on suscite dans ces parties une congestion plus ou moins vive. A la chute de l'escarre la muqueuse, plus enflammée et plus irritable, offre de nouvelles conditions morbides parfois opiniâtres ; mais si vous substituez au crayon une solution énergique d'azotate d'argent, les douleurs sont beaucoup moins vives; l'escarre, plus Superficielle, est habituellement éliminée au bout de quelques heures , et l'on ne voit jamais surgir les accidents dont il vient d'être question. Le professeur de Louvain ajoute que c'est surtout dans les conjonctivites purulentes aiguës que cette solution a sur la pierre une supériorité notable.

M Valiez (de Bruxelles) s'efforce d'atténuer l'énergie de ses cautérisations, en couvrant le crayon de nitrate d'argent d'un lambeau de toile demi-élimée ou d'un morceau de mousseline. M. Coursserant se borne à effectuer, avec la pierre infernale, un attouchement léger en cinq ou six points très-circonscnts. 11 assigne à cette cautérisation étoiléc le triple avantage de provoquer, avec assez de promptitude, la résorption des granulations, de mettre à l'abri des réactions inflammatoires qui surgissent à la suite des cautérisations en nappe, et de prévenir l'apparition de ces tissus de cicatrice qui remplacent la muqueuse a jama.s détruite.

Les reproches imputables au crayon de nitrate d'argent doivent s adresser a plus forte raison, aux autres caustiques capables de corroder profondément le* tissus • acides minéraux, nitrate acide de mercure non affaibli, chlorure de zmc,

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