CHAPITRE I. — OPHTALMIES. -a
décoller la concrétion au bout do dis. ou douze minutes. Pejsiste-t- elle à adhérer, par quelques points, à la conjonctive, on la saisit par les bords avec des pinces, et on l'extrait de toutes pièces. Le décollement doit s'effectuer graduellement et de proche en proche , précaution sans laquelle le tissu morbide se rompt et ne peut être enlevé que par lambeaux. L'ablation de la pseudo-membrane hâte la guérison, d'après M. Chassaignac. Elle ne se reproduit plus, chez quelques malades, après avoir été extraite; chez d'autres, elle se reforme jusqu'à deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures. Elle ne se renouvelle pas, généralement, passé le troisième jour, si elle a été enlevée lors de chaque douche. Le docteur Rieux annonce*1 que l'examen microscopique du produit anormal a conduit M. Coflin à y constater les caractères des sécrétions de nature diphthérilique. M. le professeur Gruby , dit-il, a soumis au microscope une première pseudo-membrane jaunâtre , peu adhérente et qui, avec un grossissement de 800 diamètres, a présenté des filaments de fibrine s'entrecoupant sous différents angles et emprisonnant dans leur trame des globules de pus. Une membrane de deuxième formation, bien lavée, a été enlevée, avec des pinces, de la surface de la même muqueuse palpébralc et placée dans le champ de l'instrument; complètement débarrassée des globules purulents, elle n'a laissé voir qu'une trame librineuse organisée.
11 est digne de remarque que, tandis que presque tous les oculistes considèrent cette forme morbide comme très-rare, et n'apparaissant qu'exceptionnellement dans quelques diphthérites généralisées ou à l'état épidémique, M. Chassaignac la regarde, au contraire, comme fort commune. « L'oplilhalmie purulente des nouveau-nés, dit-il 2, est dans beaucoup de cas, sinon dans tous, une ophthalmie diphthéritique pseudo-membraneuse. » Mais il faut noter que ce chirurgien n'obtient ces concrétions que sous l'influence d'un expédient en même temps agent d'investigation et agent de traitement: nous voulons parler des irrigations à l'eau froide; d'où il y a lieu d'inférer, suivant M. Mackenzie, que ce qu'on prend ici pour une fausse membrane pourrait bien n'être que l'épithélium que l'action de la douche a tellement épaissi et transformé qu'on peut l'enlever avec des pinces. Nous ne saurions accepter cette opinion. 11 nous paraît infiniment plus probable que les pseudo-membranes de M. Chassaignac sont constituées par du inuco-pus concrété. Recueillies comme les concrétions existant quelquefois dans l'ophlbalmic des nouveau-nés qui n'ont pas été soumis aux douches, et placées dans des tubes à analyse, elles ne conservent que fort peu de temps leur consistance et leur aspect membraneux ; elles se transforment en une matière épaisse, que le microscope fait reconnaître pour être du mucus et du pus mélangé d'un liquide qui n'est autre que celui des larmes.
étiologie. — Lorsqu'on réfléchit aux conditions complexes qu'abordent brusquement les yeux des nouveau-nés, conditions si différentes de celles dont ils jouissaient au sein des ténèbres et de la température douce et uniforme de la
' Rieux , De l'efficacité des douches oculaires dans le traitement des altérations de la cornée. Paris. 1817.
' Chassaignac, Lettre a C Académie des sciences.
25<) LIVIIK II. — M.VI.AKIKS DU GtOBB oia I.AIHK.
vie fœtale, il est facile <lc se rendre compte de la production des ophtbalmiea <|ui les atteignent ; l'on est même en droit de s'étonner que ces inflammations ne soient pas plus fréquentes. Le refroidissement, toutes les causes catarrhales en un mot , semblent surtout aptes à favoriser l'invasion de la première forage que nous avons décrite, et qui s'associe parfois à -un certain degré de coryza. L'impression du grand air, lors de la translation do, ces jeunes ('1res à la mairie, celle de l'eau froide quand on leur confère le baptême j ont été notées comme pouvant agir d'une manière délétère sur des organes si tendres encore. Quelquesuns nient l'influence de la dernière de ces causes, en alléguant que la conjonctivite des nouveau-nés est tout aussi commune chez les enfants Israélites et musulmans, que l'on ne baptise pas, que chez les catholiques. Nous opposerons ,i cette allégation l'opinion de l'abbé Desmonccaux, (pie sa double qualité de ministre des autels et d'oculiste rend fort compétent dans la question dont il s'agit :
«A peine l'enfant est-il né, dit-il, qu'il est de devoir, qu'il est d'usage de le porter à l'église pour y être régénéré par le baptême dans l'ordre de la grâce. C'est au milieu de cette piscine salutaire qu'on lui découvre la tète, dans le temps même le plus rigoureux, pour faire l'affusion avec une eau froide, souvent glaciale, et que l'enfant reçoit avec des cris perçants, avec des mouvements con* vulsifs qui effrayent les assistants, enfin avec une eau qui, répandue sur la fontanelle ou aux environs, peut donner lieu à une ophthalmie d'où des hypopyons, des taies, la destruction de la cornée et un malheureux état de cécité. Ces accidents, dont je suis souvent le témoin, arrivent plus particulièrement l'hiver que l'été. L'eau chaude, dans l'administration du baptême, ne porte aucune atteinte à l'essence de ce sacrement; le Rituel de Paris dit : Poterit misecri aqua calida cum frigidd, ne noceal infantibus. Voilà les reproches dont je suis continuellement accàblé; voilà la plaie dont mon cœur est blessé, plaie toujours ouverte , toujours renaissante, parce qu'elle porte non-seulement sur les accidents qui arrivent aux yeux, mais même sur le reste du corps. » Nous ajouterons que, dans un grand nombre de paroisses, l'eau tiède a été substituée à l'eau froide pour l'administration du baptême, pratique dont la généralisation ne pourrait avoir que de bons résultats.
La longueur et la difficulté de l'accouchement, la compression éprouvée la tête du fœtus dans le travail, l'exhalation des lochies, l'introduction entre 1 paupières de l'eau savonneuse avec laquelle on lave l'enfant, du gin, du tvhisfoj, avec lesquels on lui frictionne la tête dans quelques familles anglaises (Mackeu zie), l'exposition des yeux à une lumière vive, l'encombrement dans un peti espace, dans une salle d'hôpital mal aérée, ont été notés comme causes tl l'ophthalmie des nouveau-nés, qui règne parfois épidémiquement dans le hospices. Quelques observateurs disent avoir constaté qu'elle présentait surtout une forme grave lorsque des péritonites et d'autres accidents puerpéraux sévissaient d'une manière épidémique chez les femmes en couches. L'habitude. qui existe encore dans certaines localités d'emprisonner le corps du nouveau-né dans des langes étroitement serrés, pratique barbare (pie la parole éloquente de i.-L Rousseau a tant contribué à faire tomber parmi nous en désuétude, est