‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 113 sur 501 · CHAPITRE 1. — OPHT-HALMIKS · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1. — OPHT-HALMIKS

bien propre à congestionner la tête et les yeux et à seconder la production des accidents qui nous occupent.

L'impression sur les yeux du fœtus d'une matière leucorrhéique ou gonorrhéiqjie, fournie par la mère, est encore une condition étiologique digne de l'attention du praticien. M. Thiry fait observer que le liquide leucorrhéique dépend souvent ici d'une vaginite folliculeuse commune chez les femmes grosses; il peut être aussi produit par une inflammation simple , avec développement des papilles du col utérin, ou par des fissures siégeant dans cette région, et qui provoquent si fréquemment son engorgement et un écoulement plus ou moins copieux. Or cette matière donne lieu à une variété bénigne et non contagieuse de la conjonctivite puriforme (ophthalmie leucorrhéique des nouveau-nés), qui ne diffère en rien de la forme catarrhale dont nous avons parlé. L'infection des veux, au contraire, par un écoulement blennorrhagique, à l'influence duquel le fœtus a été soumis durant l'accouchement, surtout si la tête est restée longtemps au passage, peut engendrer la variété granuleuse ou contagieuse (ophthalmie blennorrhagique des nouveau-nés). Nous croyons, avec le docteur Thiry, qu'une conjonctivite ainsi constituée offre une concordance parfaite avecl'ophthalmie égyptienne ou des armées et avec l'oplilhalmie gonorrhéique. Ce professeur rapporte qu'une jeune femme blonde et lymphatique, entrée dans son service de l'hôpital Saint-Pierre, avait mis au monde un enfant qui fut attaqué d'ophthalmie purulente granuleuse. Ayant constaté la virulence et la spécificité de la conjonctivite, M. Thiry prédit à ses élèves que la mère devait être entachée de granulations sur un point quelconque des organes sexuels. On la visita au spéculum, et l'on trouva le col de l'utérus couvert de granulations identiques par la forme, parla couleur et presque par le volume. Il peut arriver encore qu'un enfant né sain contracte la variété morbide qui nous occupe dans une crèche ou dans un hôpital. Plus d'une fois elle a reconnu pour point de départ l'imprudence de confier le jeune sujet à une nourrice granuleuse, ou de le faire coucher dans le même lit qu'un enfant granuleux.

Dans quelques cas, l'enfant d'une mère affectée de flueurs blanches et même de gonorrhée conserve ses yeux dans les conditions normales. Ce phénomène peut, jusqu'à un certain point, s'expliquer par cette réflexion du docteur Carron du Villards, qu'il faut qu'un écoulement soit bien abondant pour que le fœtus, traversant le canal vaginal au milieu des sécrétions produites par l'accouchement, et entouré comme il l'est du dépôt amniotique, soit infecté. 11 y a lieu de remarquer encore que l'enfant naît les yeux fermés. En supposant l'existence d'une matière délétère qui les aborde, peut-être que, dans quelques circonstances, les marges palpébrales, étroitement rapprochées l'une de l'autre, n'ont pas fourni au passage de cette matière un accès suffisant vers l'œil.

traitement. — Je vois souvent la forme catarrhale de l'ophthalmie des nouveau-nés céder avec rapidité à un collyre de 40 ou 15 centigrammes d'azotate d'argent pour 30 grammes d'eau distillée, fortifié, dans quelques cas, par «1rs lotions ou des fomentations avec une solution d'extrait de saiurne ou d'alun, eelle dernière substance constitue à toutes les périodes de L'ophthalmie la hase de la médication de M. Bowman. Les lotions dites adoucissantes (eau de gui-

mauve, do graine de lin, etc.), les topiques émollienls, quels qu'ils soient, doi« ^cnU>l, c proscrits. Plus encore chez les enfants que chez les adultes, au lieu de diminuer le mal, ils tendent plutôt à augmenter la tuméfaction et la la.vité des tissus. On peut enduire d'axonge les bords palpébraux pour en prévenir l'agglutination. J'ai remarqué que Jaegcr père faisait] toujours instiller du laudanum entre les paupières, vers le déclin de ces ophthalmics.

C'est surtout quand l'inflammation se complique de granulations qu'il est urgent d'en enrayer la marche en portant aussitôt que possible sur les parois internes des paupières une solution concentrée de nitrate d'argent. Nous employons le plus habituellement dans de telles circonstances celle que nous avons désignée sous le nom de no | : une partie d'azotate d'argent pour huit parties d'eau. La face interne des voiles palpébraux ayant été largement touchée avec le pinceau, depuis le bord ci liaire jusqu'au cul-de-sac oculo-palpébral, nous pratiquons quelques lotions avec de l'eau salée, pour neutraliser l'excès du caustique. Le ramollissement de la cornée, de larges ulcérations sur cette membrane en contre-indiquent l'usage (p. 216). M. de Graefe fait observer avec juste raison que la conjonctive scléroticale, quel que soit son état de phlogose, n'a pas besom d'être cautérisée, parce que sa souffrance est secondaire, et que les modifications que subit la conjonctive palpébrale suffisent pour exercer sur les conditions du bulbe leur influence salutaire. Parfois des yeux, couverts de mucus et photophobes, s'ouvrent spontanément et comme par enchantement le lendemain d'une seule cautérisation. Il est rare que, dans notre pratique, celle-ci soit répétée plus souvent qu'une fois dans les vingt-quatre heures. Quelques oculistes ont l'habitude d'effectuer ces attouchements avec un crayon de sulfate de cuivre, que j'ai vu parfaitement réussir dans des circonstances pareilles.

La cautérisation, quel que soit le mode qu'on adopte, n'empêche pas de recourir aux instillations d'un collyre plus ou moins énergique de nitrate d'argent et à l'usage d'autres liquides résolutifs. On a beaucoup conseillé en Angleterre l'eau camphrée de Bâtes (page 147). Les fomentations astringentes sont surtout un moyen efficace pour réprimer le gonflement des paupières; le docteur Dubois eut beaucoup à se louer des applications de cerfeuil dans un cas de ce genre (page 173). On ne saurait s'efforcer assez d'expulser des yeux, par des lotions fréquentes, simples ou médicamenteuses, les matières parfois si acres, qui les envahissent. On arrive à ce but par les douches oculaires, tièdes, par des injections avec des seringues, avec une bouteille de gomme élastique (pag 142). C'est à l'aide de l'irrigatcur Éguisicr que le docteur Nalhalis Guillot débarrasse les yeux des nouveau- nés des produits muco-purulents qui les baignent.

Ware était tellement partisan des émissions sanguines, dans Fophthalmie des nouveau-nés, qu'il ne craignait pas, dans la première période du mal et pour en enrayer le cours, de pratiquer chez ces jeunes êtres la saignée de l'artère temporale. Scarpa recommande la saignée générale. L'application d'une sangsue à chaque tempe est plus usitée dans la pratique. Je ne prescris qu'exceptionnellement cet expédient, (pic j'ai vu rarement suivi de soulagement, dans de telles circonstances. Ici, comme dans les ophthalmo-blennorrhées des adultes, la sca-

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